Anyone but Bush

Contestation et dissidence aux États-Unis L’Europe, le monde entier ont peur d’une réélection de Bush. Tout sauf Bush, parce qu’au Moyen-Orient, dans l’Afrique ravagée par le sida, dans une Chine emballée en une course vertigineuse à l’inégalité, dans un monde officiellement libre-échangiste où le Sud doit payer sa dette rubis sur l’ongle, mais ne peut vendre ni son soja ni son coton au Nord, l’Amérique administrée par Bush collectionne les records négatifs en tout genre. La seule consolation que l’on peut avoir à ce jeu de vilain, c’est qu’il a précipité une sourde prise de conscience par l’Europe que l’Amérique de Cheney, de Bush et de son Ministre de la Défense veut tout sauf une Europe politique. Si jeu de vilain il y a, le refus net de continuer à jouer est venu deux fois : de la vieille Europe sur l’Irak, et du Sud quand, autour du Brésil de Lula, de l’Inde, de l’Afrique du Sud, une vingtaine de pays ont envoyé promener les accords de l’OMC à Cancun.

Bush or not Bush et au-delà

Doit-on aujourd’hui être anti-américain pour comprendre le monde ? Faut-il revenir au vieil anti-impérialisme ? Certes non ! Avoir les yeux rivés sur l’Amérique, ce n’est pas vouer aux gémonies le gouvernement américain, ni s’aligner servilement comme tel Grand d’Espagne, de Londres ou de Pologne, ni porter au pinacle le Peuple américain (paré de toutes les vertus de la démocratie, d’une démocratie servie tellement à toutes les sauces qu’elle devient insipide), c’est consulter froidement le lieu géométrique où se prépare en grande partie la météorologie mondiale. Et en matière de tornade, la prévision est plus que complexe, les interférences multiples. Mais pour comprendre le monde, il faut comprendre aussi l’Amérique de l’intérieur. Il faut s’interroger sur ses ressorts internes, aller au-delà de cet éloge tocquevillien de la Démocratie en Amérique, d’autant que cette dernière se met à ressembler dangereusement depuis ses Patriot Acts aux vieilles nations européennes.
Les évaluations alarmistes du déclin (Emmanuel Todd) se succèdent ; les évaluations rassurantes (Alexandre Adler) leur répondent. Negri et Hardt échappent avec Empire et sa suite Multitude dont nous donnons les bonnes feuilles dans ce numéro, à ce qu’il faut bien appeler un piège binaire. Mais depuis le 11 septembre, l’Amérique inclassable dans un nouvel impérialisme semble pâlir. Le régime d’exception, de guerre sans fin est devenu un programme mondial ânonné avec plus ou moins de conviction ou d’arrières pensées, mais la bannière étoilée est tellement en première ligne que sa coalition d’alliés en Irak fait presque office d’armada de pacotille et que le bon vieil anti-américanisme primaire est de retour. Et, plus les gouvernements européens seront muets sur leur propres turpitudes (en matière de brevétisation des logiciels par exemple, de dettes du Sud, de défense des libertés publiques), plus ils favoriseront cet exutoire : les Américains sont méchants, donc nous sommes bons.
La Guantanamisation du monde s’opère chaque fois que des zones de non droit s’enkystent dans la vie quotidienne, dans le droit du travail, dans les camps d’internement des immigrants clandestins aux portes de l’Europe (notre frontière sud est pire que le Rio Grande). Nous sommes tous américains ! S’arrêter donc au tout sauf Bus, qui deviendra un signe de ralliement européen cet automne, comme l’avait été le premier mouvement d’opinion publique contre la guerre l’an dernier, s’avèrerait doublement trompeur.
L’Amérique de Bush, celle des fondamentalistes protestants, prolife et pro-famille du Big Business traditionnel, celle qui soutient une insoutenable politique au Proche-Orient est une réalité massive : une enquête sociologique des plus sérieuses remarquait que 90 % des Américains s’affirment croyants, et surtout qu’un homme sur deux fréquentait un lieu de culte toutes les semaines (pour mémoire le chiffre de pratiquants masculins en Europe est de 10 %). Plus de 30 % des ménages américains possèdent un patrimoine d’actions (ce qui leur permet de vivre en s’endettant à un niveau inégalé) et davantage encore dépendent pour leur protection sociale et leur retraite des rendements financiers des Pensions Funds qui mènent la danse de la financiarisation de toute ressource planétaire.
Seconde erreur : s’en remettre à l’électorat populaire démocrate et au parti de l’âne. Et ajouter avec un brin de condescendance, surtout dans la gauche européenne, que le réflexe démocratique américain se réveillera malgré tout avec Kerry et Edwards. Anyone but Bush, alors Kerry okay… hélas ! Comme si la gauche institutionnelle américaine devait envier quelque chose à une gauche française incapable de dire oui franchement à l’étape constitutionnelle de la construction européenne, ergotant sur le mariage homosexuel, ou à une gauche anglaise empêtrée en Irak et réclamant son chèque de compensation comme Margaret Thatcher, ou à une gauche allemande faisant des lois imbécilement répressives contre les chômeurs. Il y a une étrange complaisance, des raffinés fabiusiens aux « prolétariens » Lutte ouvrière, à résumer l’Amérique de la contestation au sympathique Michel Moore, sacré champion inconditionnel de ce combat peu regardant contre Bush. Et beaucoup de facilité à s’estimer quitte d’aller y regarder de plus près. Justement, regardons-y de plus près.

L’Amérique bâillonnée

Nous le disions, l’Amérique de Bush est bien réelle. Comme le rappelle le récent ouvrage du journaliste Lewis Lapham([[L’Amérique bâillonnée, Paris, Saint-Simon, 2004. , la loi du bâillon (gag order), a souvent été de mise en période de crise pour faire taire, aux États-Unis, toute forme de contestation .La forme actuelle de ce gag order s’appuie sur les deux lois « USA Patriot Act »([[Pour : Uniting and Strenghtening America by Providing Appropriate Tool Required to Intercept and Obstruct Terorist Act ), promulguées par le très fondamentaliste Attorney General John Ashcroft. Il s’agit d’un dispositif qui menace la liberté d’expression des citoyens américains et réduit très sensiblement leurs libertés individuelles.
Le dernier exemple en date est celui de Steve Kurtz, enseignant à l’Université de New York et artiste, membre du célèbre Critical Art Ensemble (CAE), qui s’est fait arrêter, avec deux de ses collègues, à la suite de la découverte, à son domicile, d’un laboratoire mobile d’extraction de l’ADN. L’actuel travail du CAE, intitulé Free Range Grains([[Voir le projet Free Range Grain sur le site du Critical Art Ensemble : http://www.critical-art.net/biotech/free/ ) et publiquement accessible sur le site du groupe, vise à éduquer et à alerter le public sur les dangers des biotechnologies, et notamment des OGM . Le séquenceur (que l’on trouve pour 60 $ dans tous les magasins de jouets pour enfant au Canada) servait à détecter d’éventuelles contaminations génétiques dans les produits alimentaires. Confondant démarche artistique et bioterrorisme, le FBI a inculpé les trois membres du CAE au titre de la section 175 du US Biological Weapons Anti-Terrorism Act de 1989, amendée par le Usa Patriot Act([[Voir J.-C. Paye, « L’État d’exception, forme de gouvernement de l’Empire », Multitudes, 16, pp. 179-190. ), interdisant la possession de « tout agent biologique, toxine ou système de fabrication » sans justification de « recherche dans des buts prophylactiques, de protection, ou autres buts pacifiques ». Même si cette histoire semble devoir se terminer par une simple amende pour délit mineur, elle n’en est pas moins révélatrice d’une Amérique confinée dans une hystérie anti-terroriste, savamment entretenue par Bush et son administration.
Le refus de la même administration, en raison de l’extraterritorialité de Guantanamo, d’accorder aux personnes capturées dans l’intervention en Afghanistan le statut de prisonniers de guerre (visite par des organismes telle la Croix Rouge), ou les droits de la défense garantis constitutionnellement à tout détenu sur le sol américain, a suscité des sérieuses interrogations chez les juristes. La perplexité a atteint son comble lorsque ont été connus les mauvais traitements ou tortures infligées aux Irakiens dans la prison d’Abou Graïb). Ce n’est plus le Vietnam qui était évoqué, mais bien les pratiques honteuses des démocraties coloniales européennes. Dans ces deux cas, et c’est ce qui doit nous vacciner contre tout anti-américanisme primaire, l’arrêt de la Cour Suprême qui a désavoué Bush et le tournant de l’opinion publique vis-à-vis du Proconsul Brenner en Irak ont montré à quel point la bataille dans l’œil du cyclone est serrée. On aurait aimé autant de réactions à propos de quelques brillantes opérations françaises en Afrique !

Eppur, si muove

L’aile droite du parti républicain a, dès le lendemain du 11 septembre 2001, orchestré une campagne de dénigrement contre toute critique de la politique de Bush au nom d’une unité nationale mythique. Les media inféodés à leurs actionnaires financiers et à l’audimat se sont montrés timides dans leurs analyses politiques, tandis que le noyau centriste du parti démocrate s’est quasiment accroché au sillage du parti républicain. Néanmoins, on observe depuis l’arrivée de Bush au pouvoir des mouvements de contestation et de dissension qui émergent dans tous les recoins de la société américaine, jusque dans les milieux les moins soupçonnés, comme en témoignent groupements de mères de soldats dans des petites villes, les groupes d’influence soutenus par des célébrités. Il n’est que de voir le nombre incalculable de pages de publicité achetées par l’ACLU (American Civil Liberties Union) réalisées par des acteurs([[ http://www.aclu.org . ) ou des professeurs de faculté, dans les grands quotidiens comme le New York Times ou le Washington Post, ou simplement le courrier des lecteurs de ces journaux. Les forces démocratiques ont toujours été promptes à combattre le gag order, c’est-à-dire contre la censure d’opinion et pour le droit à l’action politique. Les États-Unis restent un immense réservoir de ressources démocratiques, où l’activisme reste sans doute inégalé dans le monde.
Malgré un état d’intimidation puissant, de simulation permanente d’un état d’exception se justifiant par la guerre contre le terrorisme, et donc de contre-terreur, il existe aux États-Unis, une gauche radicale, particulièrement virulente dans ses critiques, et dynamique dans ses campagnes de recrutement et de collecte de fonds. Les médias dominants sont en train se réveiller. On aurait en effet vite fait de condamner en bloc les médias pour ne pas avoir joué leur rôle de contre-pouvoir. Des journaux comme le New York Times, pour reprendre l’exemple le plus évident, ont régulièrement publié, depuis 2001, sous la plume de Paul Krugman ou de Maureen Dowd, des éditoriaux au vitriol contre l’administration Bush. Autre indice de ce réveil, les médias commencent à reprendre, quand ils les jugent légitimes et pertinentes, des analyses de la gauche radicale pour les diffuser dans l’opinion.
Loin d’être une structure « dormante » (à l’image des réseaux dormants d’espions), pour reprendre les analyses discutables de Verta Taylor([[Verta Taylor, « Social Movement Continuity : The Women’s Moovement in Abeyance », in American Sociological Review, n°54, 1989), le mouvement social américain n’a jamais cessé d’être actif depuis le 11 septembre et s’est organisé avant tout sur Internet. Comme dans l’Italie de Berlusconi, les activistes américains ont massivement mobilisé Internet pour contourner l’absence de débat public dans les médias. Cet usage d’Internet rencontre d’ailleurs la vieille peur qu’a l’Amérique de la rue. Sa substitution par une agora virtuelle est vue d’un bon œil et perçue comme étant le gage d’une activité plus saine et plus réfléchie. On ne compte plus aujourd’hui le nombre de sites critiquant ou parodiant la politique de Bush et de son administration avec notamment le projet Not in our name([[ http://www.notinourname.net/ ) qui recense toutes les initiatives pacifistes. On ne compte plus non plus jeux et concours destinés à décrédibiliser l’administration Bush avec en particulier le Bush Raps (Re)Mix, site mettant à la disposition des internautes des enregistrements sonores de discours de Bush et les encourageant à les remixer pour en faire la critique([[ http://host200.ipowerweb.com/~bighugep/BushRemixContest.htm ), ou le projet Propaganda Remix([[ http://homepage.mac.com/leperous/PhotoAlbum1.html ) qui détourne des images de propagande américaines, nazies, soviétiques. Le réseau Refuse and Resist([[ http://www.artistsnetwork.org/ ) ou le Soundtrack for Peace Project([[ http://www.unitynetwork.net/shine/ ) montrent, à leur manière, à quel point les artistes américains investissent de plus en plus l’Internet pour s’en servir comme arme critique. La culture du sample est mise à contribution massivement : une initiative d’un des membres d’Indymedia San Fransisco atteint un sommet du genre en détournant les images du Seigneur des Anneaux, pour en faire une critique féroce et particulièrement efficace de Bush et de son complexe militaro-industriel([[ http://movies01.archive.org/opensource_movies/newsreal/st01en/ . ).
L’initative MoveOn.org([[ http://www.moveon.org. ) (deux millions et demi de membres) est probablement la plus populaire. Anti-Bush et anti-guerre, elle critique également la timidité du parti démocrate et organise toutes sortes d’activités : pétitions électroniques ; collecte de petits dons de quelques dollars ; coordination entre ses membres pour des activités locales (rencontres, débats) ; formation politique pour de futurs activistes ou politiciens ; offre des conseils à ses membres pour s’adresser à la presse, notamment par le courrier des lecteurs qui est la rubrique la plus lue dans les quotidiens américains. Move on a organisé un concours de la meilleure pub anti-Bush à la télévision « Bush en 30 secondes » et recueilli 1500 projets pour en présélectionner 50. L’association a lancé des campagnes d’inscription sur les listes électorales, enjeu majeur de la présidentielle car le groupe démographique jeune (18-25 ans) vote très peu et se situe en majorité à gauche. Le vote des Noirs est également recherché (90% ont voté pour Gore il y a 4 ans). MoveOn qui se rend compte que les actions de rue ont le plus d’impact en politique utilise l’Internet pour rassembler les gens. Susceptible de faire passer, notamment par ses pubs à la télé, un message plus radical et plus critique que celui des candidats officiels comme Kerry ou Edwards, elle offre un complément à la campagne du parti démocrate qui devra se montrer plus modérée([[Voir l’ouvrage publié par Move On : Move On’s 50 Ways to Love Your Country: How to Find Your Political Voice and Become a Catalyst for Change ). MoveOn, avec l’argent récolté et celui de Soros, devrait jouer un rôle significatif cet automne([[ Voir les références données par Stéphane Spoiden à la fin de cet article. ).
Si la gauche radicale a longtemps critiqué la frilosité du parti démocrate en proie à une véritable gentrification, l’usage d’Internet par le candidat démocrate Howard Dean est particulièrement intéressant. Ce dernier a sans doute joué un rôle de catalyseur. Sa campagne reposant sur l’Internet([[ http://www.deanforamerica.com
) a innové de plusieurs manières : en demandant aux citoyens de faire de petits dons par l’Internet, en organisant un système de communication leur permettant de transmettre en direct leurs observations, en créant du dialogue immédiat et spontané. Il a su créer à travers les blogs, des communautés de personnes partageant les mêmes convictions politiques, peu représentées dans la sphère publique. Le sens civique en chute libre aux USA depuis des années a repris de façon magistrale à la faveur de l’édition en ligne, des blogs, et de tout un réseau de cyberactivistes d’un nouveau type qui a donné naissance à un nouveau genre de citoyen, le netizen. La campagne de Dean a finalement capoté parce qu’elle était fondée sur une stratégie se résumant à contrer et critiquer Bush sans discernement, qui se résumait au slogan Anyone But Bush (N’importe qui sauf Bush), ainsi qu’à une rhétorique agressive qui ne réussit jamais en politique aux Etats-Unis. Cependant, il faut lui reconnaître le mérite d’avoir inauguré un style de critique ouverte et sévère de la politique Bush après du grand public. Dean a servi de fantassin de la gauche, sans être particulièrement à gauche lui-même. Il a tiré tout le groupe démocrate vers des positions de gauche radicale et a surtout montré qu’elles fonctionnaient dans le public. Sa campagne a créé une assise médiatique aux critiques ultérieures de la politique de Bush.Ses méthodes de communication politique ont été reprises par John Kerry et causent à l’heure actuelle de grands soucis au parti républicain. Bush qui possédait un avantage immense en terme de financement, voit cet avantage s’amenuiser. Les cybercampagnes de gauche toutes fondées sur un « grass-root movement » (mouvement de base) électronique renvoie à la préhistoire les banquets à 1.000 dollars la place pour donateurs fortunés. La gauche pourrait bien avoir trouvé la parade pour contrer la machine électorale républicaine, financée par les grandes entreprises et de riches donateurs. Les groupes d’influences (PAC-Political Action Committee) indépendants comme MoveOn, mais pro-démocrates, amassent des sommes considérables et peuvent bénéficier du soutien sans faille de quelques milliardaires dont le plus célèbre est George Soros qui a juré de tout faire pour sortir Bush.
Ces groupes d’influences « indépendants » ne sont pas soumis aux lois fédérales limitant les donations pour dépenses électorales. En d’autres termes, ils peuvent rassembler et dépenser des sommes illimitées à condition de ne pas « coordonner » leurs activités avec la campagne électorale de candidats officiels de partis. La question est de savoir si les républicains vont pouvoir mettre en place des organisations similaires, de type MoveOn ou Democracy For America [[ http://www.democracyforamerica.com ( groupe des supporters d’Howard Dean créé après sa défaite aux primaires). . Ces avantages financiers ne sont pas déterminants car les Républicains, traditionnellement beaucoup plus fortunés que les Démocrates pourront rapidement essayer d’organiser sur l’Internet leur aile populiste et fondamentaliste chrétienne. En essayant d’introduire un amendement constitutionnel interdisant le mariage homosexuel, Bush a déjà essayé de mobiliser la partie de son électorat qui avait fait défaut à son père dans sa réélection manquée après la première guerre du Golfe. Il a échoué car la Cour Suprême, là encore, a rejeté cette proposition.

La bataille de novembre aux Etats-Unis sera largement gagnée sur l’Internet par les Netizen.
A l’heure où l’Europe devra ratifier la Constitution européenne et où les gouvernements des vieilles nations sont de plus en plus répressifs à l’égard du peer 2 peer, Nous devrions en prendre de la graine. EuroNetizen à vos claviers ! !

Spoiden Stéphane

Stéphane Spoiden. Dirige le programme français du Département de Sciences Humaines àl'université du Michigan à Dearborn, où il enseigne depuis 1996. A publié La littérature et le sida. Archéologie des représentations d'une maladie (Toulouse, Presses Universitaire du Mirail, 2001). Membre du comité éditorial de la revue Contemporary French Civilization. Correspondant de Multitudes aux USA