Chaudement là

Finalement
il n’y a que moi
en moi il n’y a que moi
c’est beaucoup
ce qu’il y a en moi
d’inexploré
je le sais il est à fleur de peau
ce qu’il y a en moi
d’inexplorable
je sais qu’il est à fleur de tête
ou affleure t-il au cœur ?
Qu’y a t-il de plus facile à atteindre ?
D’où les mots sortent-ils ?
Projetés par l’inexplorable innommé
pourtant s’écrivent
la nuit le jour.
Pas de différence la nuit le jour
pas de différence dans l’extrafolie
pas de différence dans la douleur.
Tête cœur
pas de différence
poser la question.
La question se pose
la question seule se pose.
Sur la page seule s’écrit se continue se lit
seule.
Je me lis seule me continuant d’écrire
je seule lis moi cette folie.
Est-ce moi seule cette folie,
Si je me lis ?
Si je m’écris ?
Creuser creuser si j’écris.
Creuser creuser si je me lis.
Quelle différence ?
S’écrit-elle la différence ?
Qu’y a t-il entre
le différent inexploré et le différent inexplorable ?
Creuser creuser creuser.
D’où les mots différents sortent-ils ?
Sortent-ils différents ?
Sortent-ils de la peau ?
Sortent-ils de la tête ?
Sortent-ils du cœur ?
Sortent-ils ?
Où creusent-ils ?
À quel endroit nommable ?
Creusent-ils ? Creusent-ils ?
Creusent-ils l’endroit ?
Creusent-ils l’envers ?
Creusent-ils l’envers de la peau ?
À l’envers de la peau
le cœur la tête.
De la tête à l’envers sortent
les mots de la peau
il faut en passer par là.
À l’envers de la peau la tête
le cœur repassera
me lira le cœur
le cœur repassera les mots
bien chaudement le fer à repasser
chaudement le cœur pour repasser
la tête froide des mots sortis
de la tête froide.
Il faut en passer par là
la tête froide
pour passer les mots
aux différents
ceux qui lisent
ceux qui lisent
ceux qui lisent
ceux qui croient que
je suis seule au monde
ont raison.
Et eux les mots ont raison.
Et eux les morts ont raison
seuls sous le cœur du moi
seuls inexplorés sans moi froids.
Moi toute inexplorable
chaudement là
à creuser dans le froid
dans le cratère du froid
dans le froid Chalamov
dans l’Est Chalamov
à l’Est du moi
à l’Est de moi
à l’aide de moi
où ça creuse
dans ceux qui lisent
dans ceux qui lisent
dans ceux qui lisent
à l’envers de moi.
Il n’y a pas de moi.
Que des mots qui traversent.
C’est beaucoup
finalement.

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Extrait du recueil L’Énergie de l’erreur, à paraître aux éditions Dumerchez.

Dou Dominique

Commence à écrire des poèmes et à tenir des carnets à quinze ans. Encouragée par Félix Guattari continue d'errer-écrire, sans vouloir publier. Puis découvre « Langages totalitaires » de Jean Pierre Faye. Enfin, sous l'ardente lecture d'Armand Gatti, décide d'envoyer un manuscrit à un éditeur. Vit-écrit à Paris, l'hiver surtout.