« Des problèmes qu’il faudra bien appeler d’un autre nom et peut-être politique »

Althusser et l’insituabilité de la politiqueAu moment précis où, critiquant sa « déviation théoriciste », Althusser procède à une repolitisation de la philosophie, il écrit en 1967 qu’il ne sait finalement pas ce qu’est la politique. En 1978, dans Marx dans ses limites, il affirme encore que jamais les classiques du marxisme « ne nous ont donné… le commencement d’une analyse répondant à la question : qu’est-ce que peut bien être la politique ? ». Cet article cherche à reconstruire la positivité de ces remarques désabusées d’Althusser, à partir d’une ébauche consacrée en 1961 à la « conception marxiste de la politique ». En se posant la question de ce que pourra bien être la politique dans un régime communiste, Althusser, au moment où il entre dans sa « maturité », en arrive à saper toutes les conceptions marxistes de la politique, et d’abord celle de la lutte de classes pour le pouvoir d’État – et même de la lutte de classes tout court. Bien plus, il fait subir comme un vacillement à l’althussérisme au moment précis où il commence à l’élaborer. En évoquant « toute une zone qui n’est pas située dans les concepts théoriques, et qui justement sera la zone libérée par la fin du politique conçu classiquement », Althusser nous montre magistralement que la politique ne peut avoir lieu qu’à la condition exprès de n’être située en aucun lieu prédéterminé. Insituabilité de la politique qui acquiert sa dimension positive lorsqu’elle est travaillée par l’analyse althussérienne de l’ « étrange vacillement de la théorie » effectué dans l’œuvre de Machiavel.

Precisely as he was repoliticizing his philosophy and criticizing his “theorist deviation”, Althusser wrote in 1967 that he did not know, after all, what was politics. In 1978, in Marx in his limits, he wrote that the classic Marxism “has never yet provided the beginning of an analysis answering the question : what can politics be about?”. This article attempts to reconstruct the positivity of such remarks, on the basis of a sketch devoted in 1961 to the “Marxist conception of politics”. In asking the question of what politics would look like in a communist regime, the “mature” Althusser undermines all Marxist conceptions of politics, starting with that of class struggles aiming at seizing State power – and even of class struggle per se. Moreover, he shakes Althusserianism even as it is barely taking shape. In his mention of “a zone which is not located in theoretical concepts, and which will be precisely the zone liberated by the end of classically conceived politics”, Althusser shows that politics can only take place when it is not located in any predetermined space. This non-situationability of politics takes its positive dimension when Althusser studies the “strange shaking of theory” operated in Machiavelli’s work.

Peu après la publication de Pour Marx et Lire Le Capital en 1965, Althusser entame une critique de ce qu’il appellera bientôt sa « déviation théoriciste » : en définissant la philosophie comme « Théorie de la pratique théorique », il aurait comme « oublié » la politique dans la définition même de la philosophie. Mais cette entreprise de repolitisation de la philosophie s’opère dans des conditions tout à fait singulières. Dans une lettre à Franca Madonia du 6 décembre 1967, il écrit en effet : « L’été a été théoriquement très rude, je veux dire du point de vue de la … quelque chose a commencé à , et je me suis rendu compte de toute une série de phénomènes qui m’étaient restés mystérieux… Très en gros, je me suis avisé de deux choses : 1. que la philosophie avait un rapport organique avec la politique et 2. que je ne savais pas ce qu’est la politique. Tu vois : des banalités – mais fort amères à constater, puis à vivre.»([[Lettres à Franca, Paris, Stock/Imec 1998, p. 754.) Il est certes possible de voir dans cette amertume le constat lucide et désespéré d’un échec irrémédiable, mais on peut également prendre les choses à l’envers, et faire de ce « je ne sais pas ce que c’est que la politique » quelque chose comme la contribution souterraine, hautement paradoxale, d’Althusser au dépassement simultané de toute « théorie marxiste » et de toute idée d’ « autonomie du politique », y compris sous la forme d’un marxisme « hétérodoxe ». Pour soutenir cette hypothèse, parcourons les quelques textes, jamais publiés de son vivant, où il tente de définir ce que peut bien être « la politique ».

Une « zone qui n’est pas située dans les concepts théoriques ». Une « zone libérée par la fin du politique… »

À l’automne 1961, désormais connu comme l’auteur marxiste d’un livre important sur Montesquieu, Althusser est invité à parler de la « conception marxiste de la politique » à un colloque, finalement annulé, sur la théorie politique. Dans une note préparatoire([[Conservée dans ses archives.) à sa contribution (probablement jamais écrite) il résume en cinq points la « thèse des marxistes sur la politique» : 1. La politique « appartient à la superstructure ». 2. « La politique et l’État apparaissent avec les classes sociales, c’est-à-dire avec un certain degré de développement de l’infrastructure » 3. « La politique est indissolublement liée…à la lutte politique, c’est-à-dire à la lutte de classes, et à l’État, qui est à la fois l’instrument de domination des classes et l’objectif de leurs luttes » ; on retrouve dans ces mots une position plutôt « classique » : la politique est lutte (de classe) pour le pouvoir d’État (pour sa conquête ou sa conservation). 4. Par là même, « l’horizon… ou l’essence intérieure de la politique, c’est la violence pour le pouvoir », identifié comme « possession des instruments de la violence statutaire (État) ». 5. « L’essence de cette essence, c’est sa condition : l’existence des classes, et ce qui les conditionne, l’existence de l’exploitation des hommes par les hommes – groupés en classes ». Les choses semblent donc relativement claires : l’essence de la politique, c’est l’exploitation, pensée comme violence économique de classe, et les luttes qu’elle engendre. Mais elles sont, justement, peut être trop claires.

Dans une seconde note préparatoire, Althusser se livre à une analyse anticipatoire d’autant plus intéressante qu’elle est chez lui rarissime. « Voir s’il n’y a pas des restes d’idéalisme (idéologie de type Aufklärung) dans les thèses de Marx sur le dépérissement de l’État ». Dans une société communiste, nous disent les classiques, « il n’existera plus d’État, plus de Démocratie, plus de politique ». Dans la vision marxienne de la société communiste, soutient Althusser, on retrouve le grand mythe d’un « état social autorégulateur » : « avec le dépérissement de l’État, apparaît le surgissement, enfin libéré de ses excroissances parasitaires et artificielles, de la société civile dans sa pleine positivité sans contradictions de classe ». Marx, autrement dit, partirait d’une affirmation juste : « c’est dans la société civile qu’il faut rechercher les origines et le sens de la superstructure », pour l’interpréter en termes idéalistes : « Ne peut on pas considérer que cette vue, ainsi présentée (fin de toute politique, fin de toute superstructure) est une vue idéaliste (dans la mesure où elle assimile le contenu de l’histoire à un modèle de la conscience de soi de la société… la prise de conscience de la société civile, sorte de coïncidence de soi à soi, la société civile conçue sur le modèle de la conscience de soi….ou le modèle de la conscience de soi imposé à l’inconscient de la société civile ?) ».
Jusqu’ici, les lecteurs d’Althusser sont en terrain relativement connu, celui du refus de l’idée de transparence à soi des rapports sociaux, celui de la théorie de l’idéologie dont il affirme dans toute son œuvre qu’elle est « éternelle » : même dans une société communiste, il y aura de l’idéologie. Quel qu’en soit le contenu, a toujours pensé Althusser, l’idéologie sera toujours l’idéologie : elle n’est pas, en elle-même, liée à l’existence des classes et à la lutte des classes : c’est donc au même sens qu’aujourd’hui qu’elle pourra être dite « idéologie » dans une société communiste. Mais qu’en est-il de cet autre élément de la superstructure : la politique ? Sur ce point, le texte althussérien est alors affecté d’un principe d’incertitude généralisée.
Première occurrence de cette incertitude : « Ne peut-on pas dire que la société civile elle-même, même débarrassée de ses classes et de la lutte des classes, possède en quelque sorte une capacité d’être à elle-même, sur son propre terrain, son propre inconscient ? de produire spontanément, et en dehors des luttes de classes, des mouvements idéologiques, des réactions idéologiques susceptibles de se cristalliser en problèmes qui ne seront plus simplement des problèmes de l’autorégulation technique de la société, mais, dépassant la pure technique, seront des problèmes qu’il faudra bien appeler d’un autre nom et peut-être politique ? »
Seconde occurrence : « dans ce concept de mœurs (pas nommé comme tel) les Lénine et autres pensent en fait toute une zone qui n’est pas située dans les concepts théoriques, et qui justement sera la zone libérée par la fin du politique conçu classiquement : une nouvelle zone ouverte à l’activité et à la réflexion théorique. C’est peut-être là que se jouera la politique, dans une forme nouvelle, inédite, dans la mesure où les éléments idéologiques et les contestations ou luttes qui se jouaient naguère à travers la lutte des classes se joueront là – de nouvelles contestations, de nouvelles luttes, détachées de leurs anciennes formes et de leur ancien contenu ». Une « zone libérée » qui n’est « pas située dans les concepts théoriques » : entendons « pas située » dans ce que l’on entend habituellement par concept théorique, mais aussi « pas situable », « introuvable dans la théorie marxiste ». Le « politique conçu classiquement » (sans doute à la fois « le politique » de la « science politique » et « la politique » au sens « marxiste » du terme), versus « la politique, dans une forme nouvelle, inédite » (une forme et pas seulement un contenu).
Troisième occurrence : « Tout se passe donc comme si la société civile elle-même ne pouvait pas être considérée comme autorégulatrice simplement, mais aussi comme lieu de surgissement de formations idéologiques spontanées réactionnelles, et que le rapport de ces formations idéologiques réactionnelles avec l’infrastructure ne sera pas forcément, évidemment, le même que lors de l’existence des classes sociales, mais sera différent, sans pourtant être inexistant… on aurait alors affaire : 1. à une infrastructure sans conflits de classe, mais avec des problèmes techniques de développement. 2. à une superstructure différente de la superstructure des sociétés de classe, avec des formations différentes, ayant des origines différentes, mais ne se réduisant pas à des problèmes de pure technique, posant donc des problèmes qu’il faut bien appeler (bien que l’horizon du sens de ce mot ait alors changé) politiques. 3. à la nécessité d’affronter ces problèmes nouveaux avec des moyens de conscience et aussi d’organisation nouveaux ».
On peut bien sûr minimiser la portée de ces remarques, comme le fait d’ailleurs Althusser lui-même : « Tout ce qu’on peut dire c’est qu’avec de nouveaux rapports de production peuvent naître de nouvelles superstructures qui pour l’essentiel des anciennes ne leur ressembleront pas». Il est toutefois difficile d’en rester à une telle lecture, si l’on prête attention au fait que dans cette note d’ « anticipation » aux yeux même d’Althusser, « se joue évidemment le destin et le sort de quelques concepts théoriques ». Reprenant une expression employée ailleurs par Althusser, on peut au contraire soutenir que ces fluctuations sur le mot « politique » introduisent un « étrange vacillement » dans le statut des concepts théoriques marxistes… ou althussériens.
Dans une société sans classe et sans État, la politique ne pourra certes pas se définir par la lutte de classes pour le pouvoir d’État. Mais pourquoi continuer à employer le même mot ? Dans la textualité althussérienne, le destin de l’idéologie et celui de la « politique » (bien distinct, en ce sens, de celui de l’État) sont trop intimement liés pour pouvoir être traités en des approches opposées. Si la politique doit continuer à exister dans une société sans État, elle doit être, en son fond, identique (fût ce sous la forme d’une identité hautement paradoxale) à ce qu’elle est dans une société avec État. Et il faut alors prendre les choses à l’envers : la forme anticipatoire du raisonnement althussérien, loin de céder aux charmes d’une représentation utopique hautement problématique, nous dit tout simplement, en dépit de toutes les évidences tant marxistes que proprement althussériennes, que « la politique » n’est pas réductible à la lutte des classes pour le pouvoir d’État : bien plus, elle ne peut pas être identifiée à la « lutte des classes » tout court. Affirmation déroutante pour Althusser lui-même, que son dispositif théorique lui interdit de penser jusqu’au bout, mais qu’il n’en affirme pas moins avec une force singulière. Précisons : la réflexion d’Althusser est aux antipodes de tout ce qui peut ressembler à une théorie de l’ « autonomie du politique » dans laquelle s’égareront tant de « marxistes critiques » de la fin du XXème siècle, toujours tendanciellement conçue comme autonomie de la sphère étatique. Son refus implicite, dans cette note, d’identifier la politique à la lutte de classes le conduit au contraire à appréhender la politique comme « une zone qui n’est pas située dans les concepts théoriques », la zone « libérée par la fin du politique conçu classiquement ».

« Penser sous la conjoncture ». Machiavel, ou d’ un « étrange vacillement de la théorie »

La lecture de Machiavel, qui commence en 1961, est pour Althusser l’occasion d’expérimenter les effets productifs de cette «zone qui n’est pas située dans les concepts théoriques », mais qui n’en produit pas moins d’importants effets théoriques.
« Ce qui frappe, dans le cas de Machiavel, c’est une singulière disproportion entre le destin de sa pensée d’une part, et le statut de cette même pensée » : ainsi commencent, en 1962, les notes du premier cours d’Althusser sur Machiavel, plaçant d’emblée au cœur de sa réflexion la question du « statut » de l’œuvre de Machiavel. Fut il un « théoricien » (c’est-à-dire un philosophe), ou un simple praticien de la politique, un politique ayant réfléchi sur son activité ? Les philosophes postérieurs prennent au sérieux Machiavel, mais ils le font sans le dire. De fait, « si l’on considère le statut de cette pensée, de cette même pensée, on est bien embarrassé pour lui reconnaître le statut d’une pensée théorique au sens classique du terme. » Pour Althusser, en 1962, une théorie politique est une pensée qui prend « la politique comme objet théorique ». À cette époque, un constat semble s’imposer : quand les philosophes classiques traitent de Machiavel, celui-ci est « étranger au monde de leurs concepts » : « état de nature, contrat social, contrat d’association, contrat de soumission, état civil, souveraineté politique, etc. Ces concepts, et la problématique qui leur est liée (nature du lien social, origine des sociétés, fin et destination du pouvoir politique) sont alors constitutifs de toute société politique proprement dite ».
Dix ans plus tard, Althusser affirmera qu’il faut considérer Machiavel comme un théoricien au sens « non classique» du terme. En 1962, même s’il est fasciné par le « dispositif » machiavélien, son jugement théorique reste assez négatif. L’intérêt de Machiavel, à ses yeux, vient plutôt de ce qu’il élabore une sorte de critique paradoxale du dispositif de la philosophie politique classique : « il est critique sans le vouloir, naïvement, autant par son impuissance que par son refus… Il est en deçà de la philosophie politique classique ». Comme elle, il cherche à fonder sa pensée politique dans une anthropologie, mais cette anthropologie, justement, n’est pas une anthropologie : il parle bien plus « des hommes » que de « l’homme » ; il cherche également à la fonder dans une théorie de l’histoire mais celle ci se révèle contradictoire. Mais cet échec permet de révéler « le problème oublié par la réflexion classique : le problème de la constitution de l’État national, le problème du surgissement de la monarchie absolue ». Tous les philosophes classiques, affirme Althusser, écrivent dans l’après coup de la constitution des monarchies absolues. Ils n’éprouvent donc pas le besoin de penser une telle constitution : leur problème est de réfléchir sur ses fondements, ce qui est tout autre chose – et leur fondement, justement, est anthropologique. Machiavel, lui, écrit en Italie et pour l’Italie, où un tel avènement ne peut être pensé que comme une pure exigence : il écrit dans l’avant-coup. Il est ainsi le révélateur du lien consubstantiel unissant la philosophie politique classique et la recherche d’un fondement ; il est comme sa mauvaise conscience parce qu’il rappelle « les origines effectives d’une organisation politique qui se croyait sans origines ». Il nous permet, très précisément, de déconstruire la naturalité du lien « théorie politique »/recherche d’un fondement. La pensée de Machiavel n’est que le « témoin imaginaire d’un événement réel, ou le témoin réel d’un événement imaginaire », mais c’est précisément son « impuissance théorique » qui est au principe de sa force disruptive. D’un côté en effet, écrit Althusser en une formule saisissante, elle « s’épuise conceptuellement dans le des concepts où elle tente de saisir les conditions de cet événement pur : la fortune et la virtù ». De l’autre elle permet de frapper de suspicion tout projet de recherche d’un fondement. En quelques pages impressionnantes, Althusser peut ainsi affirmer : « La plupart des thèmes de Machiavel sont à l’état d’obsession plutôt que de pensée. Il tourne autour d’eux, il reste fixe sur un point central dont il n’arrive pas à rejoindre le lieu exact, il en parle constamment, et pourtant jamais ne dit exactement ce dont il parle et ce qu’il veut dire… Tout le déchirement et le flou de sa conscience tient à ce qu’il en est réduit à l’obsession théoriquement inénonçable (il n’y a pas de concepts qui y correspondent) d’un avènement sans précédent … : l’avènement d’un avenir politique, d’une forme politique non dessinée, non préfigurée dans la réalité. » Ou encore : Machiavel « sait ce qu’il veut, mais il ne sait pas exactement dans quel champ se situe sa théorie elle-même : psychologique, politique ? ».
Dans ces analyses parfois énigmatiques de 1962, nous retrouvons à nouveau les éclairs de 1961 sur l’insituabilité de la politique. Fortement marquées de négativité dans ce cours sur Machiavel, elles s’énoncent positivement dix ans plus tard, dans son nouveau cours sur Machiavel.

Dans Machiavel et nous, version remaniée de son cours de 1972, Althusser maintient son diagnostic d’ « utopie », reprenant à son compte la définition gramscienne du Prince comme « manifeste utopique révolutionnaire ». Le Prince de Machiavel est un texte comparable au Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, en ce sens que Machiavel, lui aussi, a « conçu la tâche révolutionnaire qui était <à l'ordre du jour> », et qu’il a posé ce problème « du point de vue du peuple », et non pas en rédigeant un texte sans point de vue, assimilable à ce que l’on appelle en général « science politique ». Mais il est utopique en ce sens qu’il confie à « un autre » que le peuple, à un individu « d’avance inidentifiable », la tâche de réaliser cette mission historique : Marx et Engels, bien sûr, feront beaucoup mieux. Il suffit toutefois d’un peu d’attention pour réaliser que la comparaison des deux textes, aux yeux même d’Althusser, est peut être beaucoup moins à l’avantage de Marx qu’il ne veut bien l’écrire.
Althusser, dans Machiavel et nous, repose la question du statut du texte machiavélien dans son rapport à la théorie, et reprend presque mot pour mot une formulation déjà rencontrée dans son cours de 1962 : « s’il est clair que nous sommes constamment devant une pensée théorique d’une grande rigueur, le point central, où théoriquement tout se noue, échappe interminablement à la recherche »([[« Machiavel et nous », in Écrits philosophiques et politiques, T. 2, Stock/Imec 1995 p. 56). Mais il va en faire le signe, positif, de l’exceptionnelle singularité de Machiavel.
Il n’existe pas de théorie générale de l’histoire chez Machiavel (comme il en existe chez Marx, pense manifestement Althusser). « Mais qui empêche de dire, comme certains marxistes en seraient tentés, que si Machiavel avait disposé d’une théorie générale de l’histoire scientifique qu’il ne pouvait fonder, il aurait pu rapporter les fragments théoriques qu’il dispose de son mieux, mais dans le vide, à une théorie générale, soit de l’État, soit de la politique([[Ibid., p. 58.) ? » Ces marxistes, pourtant, commettraient la plus grave faute de lecture possible : ils s’exposeraient à « rater ce qui fait le plus précieux de Machiavel ». Mais qui sont ces « marxistes » non identifiés ? Il s’agit à l’évidence, d’abord, d’Althusser lui-même, et plus particulièrement celui de la « coupure épistémologique », d’un Marx fondateur du « continent histoire » sous l’espèce du « matérialisme historique » – science de l’histoire permettant, en droit, d’élaborer une « théorie générale » de l’histoire et de la politique. De l’Althusser de la « Théorie », qui n’aurait pas parlé, comme dans Machiavel et nous, de « l’effort de Machiavel pour penser les conditions de possibilité d’une tâche impossible, pour penser l’impensable » – expression immédiatement commentée pour éviter toute erreur d’interprétation : « Je dis bien pour penser et non pas pour imaginer, pour rêver… » Mais il faut se garder de toute interprétation platement chronologique : dans sa lettre à Franca du 29 septembre 1962, commentant son cours du début de l’année, il affirmait déjà que « le problème fondamental de Machiavel était de penser les conditions de l’instauration d’un <État nouveau> à partir d’une situation où les conditions étaient à la fois entièrement favorables… et entièrement défavorables », et que « le problème central de Machiavel au point de vue théorique pouvait se résumer dans la question du commencement à partir de rien d’un nouvel État absolument indispensable et nécessaire ». Tout se passe plutôt, en réalité, comme si la réflexion sur Machiavel introduisait, d’emblée, du jeu dans la construction du dispositif althussérien.
La grande originalité de Machiavel, écrit Althusser, est d’avoir construit un « dispositif théorique » inédit. Il existe en effet deux types d’ « espace théorique »([[Ibid., p. 62.) : celui de la «pure théorie » et celui de la « pratique politique » – celui de la théorie soumise au primat de la pratique politique. Il s’agit bien de deux espaces théoriques, et non d’un espace théorique qui serait opposé à un « espace de la pratique ». Ou plutôt, il s’agit des deux oppositions à la fois. D’un côté, nous avons deux espaces théoriques, l’adjectif « pure » permettant de marquer la différence, mais étant aussitôt plus que relativisé par le « supposé qu’elle existe » qui lui est immédiatement adjoint : « l’espace de la pure théorie, supposé qu’elle existe. » De l’autre, pourtant, nous retrouvons quelque chose comme une distinction « théorie/pratique ». «Le premier espace, théorique, n’a pas de sujet (la vérité vaut pour tout sujet possible), tandis que le second n’a de sens que par son sujet, possible ou requis ». « Le premier espace, théorique » : ce qui implique, malgré tout, que l’autre ne l’est pas réellement.
Machiavel, aux yeux d’Althusser, déconstruit le dispositif de la « science politique » : loin d’appliquer des règles universelles à l’analyse d’un cas particulier, il soumet au contraire l’énoncé de règles aux exigences d’une tâche à accomplir : il pense « sous la conjoncture », ce qui est tout autre chose que penser « sur la conjoncture ». Les différents éléments de la conjoncture ne sont plus des données objectives sur lesquelles réfléchit la théorie, « ils deviennent des forces réelles ou virtuelles dans le combat pour l’objectif historique, et leurs rapports deviennent des rapports de force »([[Ibid., p. 60.) Autrement dit, les éléments théoriques deviennent eux-mêmes des forces agissantes dans la conjoncture, bien loin d’être des vérités sans sujet éventuellement utilisables par une application de la théorie à la pratique. Reprenant avec d’autres mots ce qu’il qualifiait en 1962 de « tourniquet des concepts », Althusser parle ici d’un « étrange vacillement de la théorie », qui la fait rentrer dans une dimension politique par sa capacité à ménager en son sein « un certain lieu vide : vide pour le remplir, vide pour y insérer l’action de l’individu ou du groupe d’hommes qui viendront y prendre position… pour constituer les forces capables d’accomplir la tâche politique assignée par l’histoire – vide pour le futur ».([[Ibid., p. 62.)
Cette place est-elle vide parce que la conjoncture italienne est marquée par l’absence de sujets politiques clairement identifiables, ou ce vide est-il caractéristique de toute théorie qui voudrait se présenter comme, au sens strict du terme, politique ? « Je dis bien vide quoi qu’elle soit toujours occupée. Je dis vide pour bien marquer le vacillement de la théorie en ce point : parce qu’il faut que ce lieu soit rempli, autrement dit, que l’individu ou Parti soient capables de devenir assez forts pour compter parmi les forces, et assez forts encore pour regrouper les forces alliées, devenir la force principale et renverser les autres ». Mais que peut bien être une place vide « toujours occupée » ? La logique de la réflexion althussérienne le pousse à affirmer que cette place, parce que vide, n’est jamais vraiment occupée, que le Manifeste machiavélien est infiniment plus productif que le Manifeste du Parti communiste, et que la théorie cesse d’être politique à partir du moment où elle se charge de remplir ce vide – lorsque cela advient, nous sommes confrontés à la dichotomie de la science et de la propagande politique, visant à faire passer dans « les masses » les acquis de « la science ». Mais une autre dimension de sa pensée et de sa vie le conduit à partir au contraire du principe que les sujets politiques sont, aujourd’hui, une fois pour toutes, identifiés en la personne de la classe ouvrière et de son Parti et que la place, finalement, n’est jamais vide. Entre une place toujours vide et une place toujours pleine, nous sommes au cœur de la tension caractéristique de la conception althussérienne de la politique.

Philosophie, politique : brouiller les cartes

La réflexion menée sur Machiavel est l’une des sources du ballet extrêmement complexe mené par Althusser, à partir de 1966, autour des notions de politique et de philosophie, dont les textes publiés de son vivant ne constituent que la partie immergée.
La politique comme à la fois l’une des conditions externes de la philosophie et comme l’un de ses éléments internes, et peut être comme son élément propre : telle est la caractéristique essentielle des diverses « autocritiques » menées à partir de 1966. Pour l’Althusser de Pour Marx et Lire Le Capital, Marx avait inauguré à la fois une science nouvelle (le « matérialisme historique ») et une philosophie nouvelle. Celle ci étant essentiellement chez lui « à l’état pratique », il s’agissait alors de l’élaborer en quelque sorte à l’état théorique. Mais il était entendu qu’elle était et serait de nature scientifique, c’est-à-dire relevait de l’espace de la « pure théorie ». C’est très précisément ce qui va être remis en cause par la « repolitisation de la philosophie », qui va conduire Althusser, d’un même geste, à rejeter l’identification de la philosophie à une science et à s’ouvrir à une inquiétude explicite sur la nature même de la politique. Pour donner une idée de la complexité du nouveau dispositif qu’Althusser tente de construire, il suffit de comparer deux passages presque contemporains.
Dans une lettre à Franca du 13 septembre 1966, on trouve la réflexion suivante : « Je dirais aujourd’hui que le matérialisme historique est la théorie générale, dont la théorie du mode de production capitaliste, ou la théorie du politique et de la politique… ou la théorie de l’idéologique, ou la théorie de l’instance économique du mode de production capitaliste… sont des théories régionales ». La politique se trouve donc assignée à une place déterminée dans un système d’instances : une sphère spécifique côtoyant d’autres sphères spécifiques, objet d’une science, ou de sciences elles-mêmes spécifiques. La lettre ne dit pas qui assigne cette place à la politique ainsi qu’aux autres sphères, mais la réponse ne fait pas le moindre doute : il ne peut s’agir que de la philosophie. Ce que confirme une longue note manuscrite conservée dans les archives d’Althusser .
« Il y a plusieurs Théories générales…groupant des Théories régionales. La comparaison des Théories régionales et des théories générales… peut faire apparaître des vides entre Théories générales, autrement dit l’exigence d’une nouvelle Théorie générale. Mais… ce constat n’est que le constat et l’exigence de la < Théorie la plus générale > (ou philosophie) ». La philosophie semble ainsi conçue comme la «théorie la plus générale » assignant des places à l’ensemble des autres théories. Mais c’est précisément ce qui va être déconstruit dans l’analyse qui suit immédiatement : « La philosophie a pour objet de penser la conjoncture de l’ensemble des Théories générales et des Théories régionales existantes. Dire qu’elle est la théorie de la conjoncture des théories existantes veut dire qu’elle n’en est pas la théorie : il n’y a pas de Théorie générale des Théories générales, sinon ce serait le savoir absolu – elle est seulement la Théorie de l’articulation des théories existantes dans leur conjonction actuelle – son objet n’est que la complexité actuelle des objets existants, dont la Théorie philosophique est elle-même un élément. Étant théorie de la conjoncture elle se pense elle-même comme effet de la conjoncture, et effet rectifiant-reclassant-ouvrant : elle est donc une stratégie en même temps qu’une théorie et une tactique en même temps qu’une stratégie. Penser la conjoncture c’est penser l’effet de rectification-reclassement-ouverture de cette pensée sur la conjoncture. Au sens large toute philosophie est donc politique ou pratique : <Éthique> ». « Théorie de la conjoncture des théories existantes », la philosophie est bien la théorie « la plus générale » ; mais si elle est « la plus générale », c’est en tant qu’elle est une stratégie visant à intervenir, pour « faire bouger les choses », dans la conjoncture qui est toujours « actuelle », c’est-à-dire justement en tant qu’elle n’est pas « générale », au sens habituel du terme : en tant qu’elle est « politique ». Inversement, l’un des effets de cette stratégie est que la philosophie s’assigne à elle-même sa propre place comme simple « élément » de la complexité. Mais c’est justement en tant que « simple élément », en tant que pratique « située » qu’elle vise à cette généralité. Elle y vise, en général, en plein aveuglement sur sa propre pratique, en pleine dénégation de ce qu’elle est pourtant. Parlant toujours d’un autre lieu qu’elle-même, du lieu de la politique, elle ne cesse de dénier sa dimension politique en prétendant affirmer le vrai sur les choses. La philosophie marxiste, ou ce qu’Althusser préférera dénommer « pratique nouvelle de la philosophie » parle (parlera ?) explicitement depuis son propre lieu : celui de la politique. Ce qui pose, naturellement, un redoutable problème, car si ce tout ce que nous avons vu est exact, la politique, en un sens au moins du terme, ne saurait occuper de lieu, étant ce qui est irréductible à toute place assignable. Venons en, maintenant, aux déplacements affectant la politique elle-même.
On ne sera guère étonné de retrouver, à propos de la politique, ce que nous venons de repérer au sujet de la philosophie. D’un côté « le » ou « la » politique occupent une place située, ou en tout cas « situable » dans la « topique » marxiste sur laquelle Althusser insiste fortement à partir de 1968. « Une topique » écrit-il dans une note du 28 octobre 1967, intitulée « Sur la philosophie » « est une mise en place, non seulement une désignation des lieux dans un champ théorique, mais une désignation des rapports de force en fonction de l’efficace attribuée à chaque force en fonction de son lieu. Toute mise en place est, d’avance, une mise en rapport de force. Elle est théorique, mais possède virtuellement une fonction pratique, en ce qu’elle indique déjà, dans son expression théorique, dans la modalité de sa présentation théorique (qui est mise en place : comme les joueurs se mettent en place pour pouvoir jouer, comme les armées prennent position pour le combat) son propre mode d’emploi ».([[Écrits philosophiques et politiques, vol. 2, p. 314.) La topique est, certes, mise en place d’instances par un principe (philosophique ou politique, c’est tout un) qui se met lui-même en place comme l’une de ces instances. Mais ce principe, de ce fait, excède par définition la place qu’il semble s’attribuer à lui-même. Ce qui peut se dire autrement, en reprenant la métaphore du jeu de cartes employée par Althusser. Les joueurs de carte sont décrits comme se mettant en place dans un dispositif apparemment déjà constitué où il ne leur reste plus qu’à s’installer. Mais si l’on prend au sérieux cette image de la « mise en place », en lui donnant le sens actif qu’elle appelle, il semble presque inévitable de penser ces joueurs comme ceux qui n’ont de cesse de « brouiller les cartes ».
Philosophie et politique ont ainsi pour caractéristique de se dédoubler elles-mêmes. Le vacillement du statut de la « théorie » est précisément ce qui la définit comme « politique », Mais il faut ajouter que ce vacillement est démultiplié. Nous avons d’un côté une philosophie qui est « une stratégie en même temps qu’une théorie », et de l’autre une pratique politique qui se dédouble à son tour, comme tente de l’expliquer Althusser dans une note du 8 octobre 1967, intitulé « Du statut singulier de la pratique politique », extraite du dossier préparatoire à un livre collectif sur la philosophie.
La pratique politique est décrite dans cette note comme une « zone à la fois transparente et opaque ». En un sens, elle est transparente. Le texte est ici très « pris » dans l’ontologie du Parti (réel ou à construire, on ne le sait pas vraiment) dont Althusser, malgré qu’il en ait, ne parvient pas, faute de vraiment essayer, à se dégager, mais il n’en énonce pas moins une idée suggestive : « Toute pratique produit son évidence, ses évidences, son expérience, auto-rectificatrice, et ses résultats réfléchis dans la critique et les ». La notion d’ « évidence » est ici affectée de positivité, ce qui est extrêmement rare chez Althusser où elle est, en général, attribuée à l’idéologie. Cette transparence, toutefois, est indissolublement liée à une « opacité » : « Opaque. On ne dispose pas d’une théorie de la pratique politique. On dispose seulement d’une théorie de sa possibilité (d’ailleurs à constituer, mais en droit on peut le faire)… Ce qu’on trouve dans les textes des classiques (Lénine, Mao)… c’est une politique de la politique, c’est la définition de la pratique politique sous les espèces d’une politique de la politique, d’une politique de la pratique politique, ce n’est pas une théorie de la pratique politique, de ses mécanismes ».
Althusser peut vouloir dire que cette absence est un manque qu’il faut à tout prix tenter de combler, en construisant une « véritable théorie », nous ramenant directement à la « pure théorie, supposé qu’elle existe ». Mais peut-être veut il en même temps nous signifier autre chose : peut-être cette opacité est elle consubstantielle à la nature même de la politique dans son insituabilité propre ? Dans une « Note sur la conjoncture politico-théorique », datée du 4 mai 1967, traitant des rapports à entretenir avec l’UJC-ml, un groupe maoïste fondé à l’initiative d’élèves d’Althusser, il écrit en effet : « À la racine de ces sous estimations / surestimations, on trouve, si tel est le cas, une mise en rapport inexacte de la théorie et de la politique : très précisément un court-circuit précipité entre théorie et politique. En d’autres termes, on trouve l’idée qu’une théorie suffit à définir directement une politique, alors qu’il faut une pour pouvoir définir une politique à partir d’une théorie juste. Cette politique de la politique peut elle-même être pensée théoriquement. Mais elle se distingue de la théorie du politique en général en ce qu’elle porte sur un objet spécifique : la politique, c’est-à-dire les conditions de l’action politique… Ce qui décide, c’est le contenu objectif de la conjoncture ». La « politique de la politique » est ici clairement conçue en termes positifs, par opposition à une simple « théorie de la politique ». Mais cette « politique de la politique » peut, elle-même, être pensée théoriquement, ce qui constitue un nouveau redoublement….

Un « concept intérieurement déséquilibré »

Tout indique que le concept althussérien de politique est un « concept intérieurement déséquilibré ». Ce qui ne fait qu’accroître sa dimension paradoxale. Car il s’agit d’une figure bien connue des lecteurs d’Althusser : elle désigne ce qu’il appelle, dans Pour Marx, un « concept pratique », indicateur de l’absence d’un véritable « concept théorique » destiné à le remplacer lorsqu’il sera trouvé.([[ « Note complémentaire sur l’ », Pour Marx, p. 254-255.) Et voilà peut-être le grand paradoxe althussérien : le « concept pratique », récusé dans Pour Marx, est subrepticement réintroduit, sans crier gare, comme ce qui est peut-être le concept des concepts : celui de politique. On peut alors revenir sur l’amertume althussérienne, à nouveau exprimée dans un texte de 1978 qu’il renonça à publier.
Dans Marx dans ses limites, après avoir critiqué la thèse de « l’autonomie du politique ou de la politique », Althusser poursuit : « Mais le fait est que cette thèse aberrante nous met sur le seuil d’une autre de la pensée marxiste : à savoir son incapacité à penser … Paradoxe, dira-t-on, s’il est vrai que l’œuvre de Marx et Lénine est pleine de . Oui, elle en est pleine, pleine d’analyses politiques. Mais jamais nos auteurs ne nous ont donné… le commencement d’une analyse répondant à la question : qu’est-ce que peut bien être la politique ? Qu’est-ce qui la distingue des formes non politiques, et alors comment désigner ces autres formes ? À moins d’affronter ces questions, nous risquons d’être, longtemps encore, … Car parler de ce que peut être la politique entraîne à donner son avis sur le parti. Or que fait-on dans le parti, si ce n’est de la politique ? »([[Écrits philosophiques et politiques, t. I, Stock/Imec, 1994, p. 512.)
Onze ans après sa lettre à Franca, Althusser dresse un constat d’échec encore plus impitoyable. Mais, dans l’extrême négativité de son discours explicite, fortement englué dans les apories construites toute sa vie durant, on peut aussi repérer quelque chose comme la face sombre d’un discours positif. Car ce qu’il affirme souterrainement, derrière et contre ce constat d’ignorance, c’est qu’en dépit de toutes les apparences, et d’abord des apparences « althussériennes », la « place » de la politique – tout comme celle de la philosophie – est justement de ne pas occuper de place assignable, pas plus celle de la « lutte de classes » que celle de l’État, et que s’il est un lieu où l’on ne fait pas beaucoup de politique, c’est, précisément, dans « le parti », ou tout autre réalité assimilable (elles sont légion) – où l’on ne sait que trop ce que « politique » veut dire. Althusser a un mot, rien qu’un mot, à la fois pauvre et riche, disséminé dans ses écrits, pour nommer cela : « faire bouger les choses ». Inidentifiable en son temps par les lecteurs des seules œuvres publiées de son vivant (et par ceux qui, parfois, s’affrontèrent durement à l’althussérisme politique ), cet Althusser là, destructeur du marxisme au moment précis où il cherche à le reconstruire, n’a sans doute pas épuisé sa productivité.

Matheron François

Enseigne la philosophie à Paris. Traducteur de {L'anomalie sauvage} et (en collaboration avec É. Balibar) du {Pouvoir constituant} d'Antonio Negri. A édité une partie de l'œuvre posthume de Louis Althusser. Co-secrétaire de rédaction de {Multitudes}