Kreyol pale, Kreyol konprann

Cet article discute de quelques aspects de la créolisation dans le contexte éthique, racial et linguistique qui s’est déployé à partir de certains événements de la révolution haïtienne.

This paper discusses some aspects of Creolization in ethnic, racial, and linguistic contexts, as they evolve from certain events of the Haitian Revolution.
« Créole », d’après le dictionnaire d’Oxford, veut dire « natif du lieu, du , corruption coloniale présumée de criadillo, diminutif de criado, … selon certains écrivains du XVIIIe siècle, mot appliqué à l’origine par les noirs sud américains à leurs propres enfants nés en Amérique, pour les distinguer des noirs fraîchement importés d’Afrique ; mais d’Acosta, 1590, l’applique aux espagnols nés aux Indes occidentales ».
Plus loin le dictionnaire précise : « Dans les Indes occidentales et dans d’autres régions d’Amérique, à Maurice, etc., personne née et naturalisée dans le pays, soit européenne (généralement espagnole ou française) soit de race noire africaine, le nom n’ayant aucune connotation de couleur, et devant être distingué dans sa référence à l’origine, d’une part de ceux qui sont nés en Europe (ou en Afrique) et d’autre part des aborigènes ».
Ou encore le mot peut vouloir dire, « descendant de colons européens, né et naturalisé dans ces régions ou colonies et plus ou moins modifié quant au type par le climat et l’environnement ».
Ou encore : « Noir né aux Indes occidentales ou en Amérique, distingué de ceux qui sont fraîchement importés d’Afrique ».
Ou encore : « se dit d’animaux ou de plantes, produits ou cultivés aux Indes occidentales, mais n’étant pas indigènes ».
La définition est donc en conflit avec elle-même, signifiant d’une certaine façon et sous des rapports légèrement différents, à la fois natif et non natif.
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Moreau de Saint-Méry, dans ses analyses et descriptions détaillées de la colonie française de Saint Domingue, écrites juste au moment où la colonie allait s’effondrer dans un cataclysme qui débouchera sur une guerre raciale génocidaire, révolution pour la liberté de tous sans considération de races et finalement pour l’indépendance vis-à-vis de la France sous le nom nouveau de Haïti, donne ses propres définitions de Créole, comme en passant, dans le premier volume de sa Description Topographique Physique, Civile, Politique et Historique de a Partie Française de l’Isle Saint-Domingue: « le nom de Créols (commun à tous ceux qui naissent aux Colonies) ».([[Tous les mots en italique sont en français dans le texte (NdT).
Moreau I, 34.)
Il décrit les créoles blancs, eu égard à leur naissance dans des conditions de pouvoir absolu, entourés d’esclaves toujours prêts à satisfaire leur moindre caprice, comme d’incorrigibles tyrans : « Tout le monde connaît ce trait attribué à un enfant Créol et qui peut en peindre un grand nombre -« Mon vlé gnon zé. – Gnia point. – À coze ça mon vlé dé. » — « Je veux un œuf. – Il n’y en a point.-À cause de cela j’en veux deux. »([[Moreau I, 35.)
Pour les noirs de la partie française de Saint Domingue, esclaves le plus souvent mais pas toujours, Moreau remarque : « Comme les nègres Créols prétendent, à cause du baptême qu’ils ont reçu, à une grand supériorité sur tous les nègres arrivant d’Afrique, et qu’on désigne sous le nom de Bossals… ».([[Moreau I, 55.)
Après une longue description des manières et des mœurs des blancs et des noirs dans la colonie, description comprenant les différences tribales entre africains, Moreau entre dans une analyse des « degrés divers du mélange ». L’analyse se présente sous la forme de onze tables de permutations raciales, exposant chacune dix combinaisons. Dans une colonie où les femmes blanches se faisaient extrêmement rares, la première table représentait sans doute les cas les plus probables et les plus fréquents :

|D’un Blanc et d’une |Négresse, vient…….. |un Mulâtre |
| // |Mulâtresse……….. |Quarteron |
| // |Quarteron…………. |Métis |
| // |Métive…………….. |Mamelouque |
| // |Quarteronnée……… |Sang-mêlé |
| // |Sang-mêlé |Sang-mêlé qui s’approche continuellement du Blanc |
| // |Marabou……….. |Quarteron |
| // |Griffonne…………. |Quarteron |
| // |Sacatra……………. |Quarteron |

Dans cette table, l’inversion des sexes paraît peu probable, les sanctions sociales contre ce genre de « mélange » étant plus dures pour les femmes blanches et le nombre de ces femmes étant à Saint Domingue bien inférieur à celui des hommes blancs. Mais puisque Moreau dresse, de fait, le catalogue des cas correspondants, il faut supposer qu’ils se produisaient parfois.
D’un nègre et d’une Blanche, vient…. Un Mulâtre
D’un Mulâtre et d’une Blanche un Quarteron
D’un Quarteron d’une Blanche un Métis
D’un Métis et d’une Blanche un Mamelouque
D’un Mamelouc et d’une Blanche un Quateronné
D’un Quarteronné et d’une Blanche un Sang-mêlé
D’un Sang-Mêlé et d’une Blanche un Sang-mêlé
D’un Sacatre et d’une Blanche un Quarteron
D’un Griffe et d’une Blanche un Quarteron
D’un Marabou et d’une Blanche un Quarteron

Et bien entendu, les individus de chacune de ces catégories de mélange de sang (ensemble racial usuellement défini par le titre « les gens de couleur »), pouvaient procréer entre eux – probablement avec plus de facilité qu’avec les blancs et peut-être plus facilement qu’avec des africains pur sang. Ainsi :
D’un Mamelouc et d’une Marabou, vient Quarteron
D’un Sacatra et d’une Marabou, vient Griffe
D’un Griffe et d’une Métive, vient Quarteron

…et ainsi de suite, tout au long du spectre racial visible et invisible….

Moreau ne se soucie pas de classer les gens de couleur comme Créoles, mais ils tombent automatiquement tous sous cette définition, étant nés dans l’île. Plus que les européens et les noirs purs (qu’ils soient ou non créoles) les gens de couleur ont été « modifiés quand au type, par le climat et l’environnement », la situation est devenue responsable même de leur constitution génétique. Fait propre aux colonies françaises : les gens de couleurs étaient, comme les esclaves africains, un groupe séparé – ethniquement, sociologiquement et politiquement. À Saint Domingue, vers la fin du XVIIIe siècle, ils égalaient presque en nombre les blancs de la colonie, beaucoup d’entre eux avaient reçu une éducation de qualité et beaucoup étaient aussi riches en terres et en esclaves que leurs équivalents blancs – lesquels répugnaient toutefois grandement à reconnaître la proximité et refusaient obstinément d’accorder aux gens de couleur des droits politiques d’aucune sorte ou quelque parité sociale que ce soit avec la communauté blanche.
Dans une autre partie de la chaudière créole, à l’opposé des gens de couleur que leur généalogie, leur éducation et leur position économique poussaient à l’assimilation aux colons blancs, il y avait les esclaves fugitifs connus sous le nom de marrons, dont certains vivaient en permanence dans les régions montagneuses reculées où ils se mélangeaient aux quelques derniers survivants des cinquante mille indiens Taïnos qui habitaient l’île quand Colomb y établit son premier fort trois siècles plus tôt. Libres de toute influence européenne, les communautés de marrons tendaient à revenir aux voies africaines tout en absorbant certaines pratiques culturelles et religieuses des Taïnos. Cette forme de créolisation, tout à fait différente de celle qu’expérimentaient les gens de couleur, donnaient aux marrons une forme de droit à l’indigénisme.
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« Creolisation », dans mon dictionnaire, c’est « la production d’une race créole ». À Saint Domingue, à la veille de la révolution française, il y avait plusieurs races créoles en ce sens. Plus précisément, une paire de races créoles – les marrons et les gens de couleur – avait été créée sur une base génétique modifiée. Mais la race créole blanche, aussi bien, était devenue différente des français européens, dans l’apparence, dans l’attitude, le tempérament, le comportement (le rapport de Moreau insiste sur tous ces points), et aussi, de façon plutôt tranchée, dans les aspirations politiques et économiques. Les créoles noirs, esclaves pour la plupart avec un petit nombre très actif d’affranchis (comme Toussaint Louverture) différaient des noirs nés en Afrique et importés comme esclaves à Saint Domingue – non seulement eu égard à la question du baptême que retient Moreau, mais dans quasiment toutes les autres sphères de la culture. Les créoles noirs, comme le montrera la révolution haïtienne, étaient fermement pour l’abolition de l’esclavage et des droits égaux pour tous sans considération de race, ainsi que l’avait proclamé la révolution française… mais ils préféraient en général la culture européanisée dans laquelle ils étaient nés aux façons tribales de l’Afrique. Les façons africaines étaient une force puissante dans leur pays compte tenu du fait qu’en 1791 plus de soixante pour cent des esclaves de Saint Domingue étaient bien des bossales et non des créoles.
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Mon exemplaire du dictionnaire d’Oxford ne définit jamais le créole comme une langue. Moreau le fait, mais d’une manière quelque peu contradictoire : « J’ai à parler maintenant du langage qui sert à tous les nègres qui habitent la colonie française de Saint Domingue. C’est un français corrompu, auquel on a mêlé plusieurs mots espagnols francisés, et où les termes marins ont aussi trouvé leur place. On concevra aisément que ce langage, qui n’est qu’un vrai jargon, est souvent inintelligible dans la bouche d’un vieil Africain, et qu’on le parle d’autant mieux, qu’on l’a appris plus jeune. Ce jargon est extrêmement mignard, et tel que l’inflexion fait la plus grande partie de l’expression. » Mais quand des voyageurs non créoles méprisent en le rapetissant ce « jargon corrompu », Moreau vire aussi promptement que vigoureusement à sa défense : « Il est mille riens que l’on n’oserait dire en français, mille images voluptueuses que l’on ne réussirait pas à peindre avec le français, et que le créole exprime ou rend avec une grâce infinie ».([[Moreau I, 80-81=
Bien que Moreau décrive ici le créole comme la langue des noirs, il la cite d’abord telle qu’elle sort de la bouche de l’enfant blanc gâté et impérieux typique, qui exige qu’on lui donne deux œufs parce qu’on lui a dit qu’il n’y en avait pas quand il en a demandé un. Le marmot aurait certes appris le créole de ses nénènes noires – comme n’importe qui d’autre de son rang social. Mais la langue créole est sortie du besoin qu’avaient les propriétaires d’esclaves de communiquer avec des ouvriers provenant de nombreuses régions d’Afrique et de tribus diverses avec des langues non moins différentes et inintelligibles entre elles.
Un manuel des années 40 à destination des officiers et diplomates, paru à l’époque où l’on pouvait encore penser que tout américain cultivé disposait au moins de quelques bribes de français, déclare rondement que le créole haïtien est le langage qu’on doit s’attendre à voir surgir d’africains forcés d’apprendre le français à l’oreille sans rien savoir de sa grammaire.
Résultat : une nouvelle langue dont le vocabulaire est en grande partie tiré du français (bien qu’en réalité le Kreyol haïtien absorbe sans peine des mots espagnols et anglais et de toute autre langue qu’il rencontre), mais dont la grammaire et la syntaxe ressemblent d’avantage à de l’africain. En ces premières années du XXIe xiècle, le Kreyol haïtien est encore jeune, vert et indéfiniment adaptable, avec une orthodoxie linguistique bien développée, assaisonnée d’un robuste mépris pour les règles – une énergie et une expressivité qui rivalisent avec l’anglais de Shakespeare.
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Les propriétaires d’esclaves Saint Dominguois étaient très conscients du danger qu’il y avait à mettre ensemble, dans les groupes de travail de la plantation, trop d’esclaves parlant une même langue – que des esclaves de la même région et de la même tribu s’entendent facilement et le risque de révolte ou de marronage s’en trouvait considérablement accru. Bien que nombre de propriétaires d’esclaves préférassent telle tribu particulière pour leurs diverses qualités (les Aradas, tribu de Toussaint Louverture, étaient prisés pour leur intelligence et leur loyauté, alors que les Congos, tribu de Jean-Jacques Dessalines, étaient présumés indociles), ils s’efforçaient de sélectionner et de mélanger les éléments de tribus et de groupes linguistiques, dans l’espoir d’éviter la collusion et de s’assurer que les Bossales à peine débarqués ne comprendraient pas la langue ou quoi que ce soit d’autre de la situation, à leur arrivée sur telle ou telle plantation, et seraient du coup contraints de se soumettre aux conditions locales – de se créoliser eux-mêmes, pour ainsi dire, seule issue à la peur et à la confusion.
Toutefois, dès lors que les maîtres étaient obligés d’utiliser le créole pour communiquer avec tous leurs esclaves, ils ne pouvaient empêcher ceux-ci d’acquérir la même lingua franca pour s’entendre entre eux.
Vers 1791, le créole était, selon toute probabilité, la première langue de Saint Domingue, étant la seule à être parlée et comprise par tous. Les créoles noirs apprenaient la langue depuis la naissance – et il en allait de même des créoles blancs, puisque le créole était non seulement la langue de leur nénènes mais aussi la langue employée dans leur famille pour communiquer avec les domestiques. Le français demeurait la langue du gouvernement, de l’art et de la haute culture. Pour tous les groupes créoles, quelle que fût leur race, leur position, leur servitude, le français était la langue de l’ascension sociale. Mais la langue créole venait en premier, pour tous les groupes créoles.
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Le mythe national haïtien, imprégné d’une bonne dose de religion, donne un rôle quasi magique à la langue Kreyol pour son rôle dans le rassemblement de Bwa Kayman en août 1791 – quand la première insurrection servile de masse, qui déboucherait sur la révolution haïtienne et l’indépendance finale de Haïti, fut mise au point. La langue Kreyol était le ciment qu’il fallait aux diverses pratiques religieuses africaines qui, la légende le dit, furent agrégées lors du moment cérémoniel du rassemblement de Bwa Kayman, pour devenir le Vaudou, religion nationale de Haïti. Dans la mise au point et l’organisation du mouvement, la langue Kreyol fut essentielle non seulement pour les ordres et les messages et pour l’entente mutuelle des révolutionnaires naissants, mais elle fut aussi importante que le Vaudou pour fondre ces peuples d’origines africaines très différentes en une seule identité haïtienne.
Boukman Dutty, à la fois hûngan et guerrier, présida aux aspects tant rituels que politiques du rassemblement de Bwa Kayman. On lui attribue un chant Kreyol qui fond ensemble le religieux et le révolutionnaire :

Bon Dye ki fe soley
Ki klere nous anwo
Ki soulve lanme
Ki fe loray gronde
Bon Dye la
zot tande
Li kache nan nyaj
Li la
Li gade
Li we tout sa blan yo fe
Bon Dye blan you mande crim
Bon Dye pa nou vle byen
Men Bon Dye ki si bon odonen nou vanjans
Li kondi bra nou
Li va ba nou asistans
Jete potre Dye Blan ki vle dlo nan je nou
Koute libete ki pale nan kè nou.

Boukman fut tué dès le début dans un combat entre colons blancs et esclaves rebelles en 1791. Toussaint Louverture, un créole noir affranchi, se fraya peu à peu un chemin vers le commandement de tout le mouvement révolutionnaire et finalement vers le gouvernement de toute la colonie de Saint Domingue. Sa vision d’une société nouvelle pour la colonie était elle-même une sorte de créolisation – c’est-à-dire quelque chose de profondément modifié quant au type par la situation dans laquelle on devait la construire. Le rêve que Toussaint réalisa brièvement était un Saint Domingue où l’économie de plantation se poursuivrait, mais avec un travail libre, et qui demeurerait une possession française, mais avec bien plus d’autonomie qu’auparavant. L’esclavage serait détruit pour toujours, et une égalité durable serait établie entre blancs, noirs et gens de couleur… vision admirable pour laquelle nombre de sociétés de l’hémisphère occidental luttent toujours, afin de la faire exister d’une façon ou d’une autre, souvent avec un insuccès manifeste.
La vision de Toussaint fut trahie par les Français, et Toussaint fut remplacé par Jean-Jacques Dessalines. Certains soutiennent que Dessalines était un bossale de la Côte d’or, mais beaucoup s’accordent à dire qu’il était né à Saint Domingue, étant ainsi créole, comme Toussaint. Mais sa ressemblance avec Toussaint était limitée. Dessalines avait une expérience plus longue, plus âpre, de l’esclavage, il avait, à la différence de Toussaint, adopté bien peu de manières et de mœurs de créoles blancs, et il n’avait que très peu de sympathie pour les blancs aussi bien que pour les gens de couleur. Plus encore : Dessalines avait été un témoin direct de la trahison française du plan social relativement modéré et accommodant de Toussaint. Sa solution, une créolisation aussi à sa manière, fut plus radicale, et de très loin. Dans la société de Toussaint, chacune des trois races de Saint Domingue continuerait d’exister – de manières égales, intégrées, mais distinguables. Dessalines mit la chaudière créole sous un feu bien plus fort. Sous la chaleur de ce feu toutes les différences raciales – les douzaines et douzaines de permutations de Moreau Saint Méry – furent fondues ensemble. Que Dessalines ait massacré tous les blancs survivants à Saint Domingue est notoire. On sait moins qu’il extermina principalement les membres de la classe esclavagiste et épargna les marchands, docteurs, clercs et autres gens blancs de même sorte en les redéfinissant tout bonnement comme noirs ! Dessalines avait vu assez de conflits entre noirs et gens de couleur pendant la guerre civile qui précéda l’indépendance. Dans sa chaudière, toutes les couleurs furent niées en noir ; dans sa constitution de 1804, tous les citoyens haïtiens sont par définition nèg.

Si seulement le langage était tout puissant ! Nous pourrions nous défaire de l’idée même de race partout dans le monde. Mais à tout le moins Dessalines, avec ce coup de Kreyol, porta au racisme un coup mortel en Haïti.

(traduit par Jean-Yves Mondon)

Bell Madison Smartt

Enseigne depuis 1984 à Goucher College avec sa femme, la poétesse Elizabeth Spires. Il est actuellement directeur du centre Kratz pour la création littéraire à Goucher College et il est membre du « Fellowship of Southern Writing » depuis 2003. Il est l’auteur de onze romans dont : {The Washington Square Ensemble} (1983), {Waiting for the End of the World} (1985), {Straight Cut} (1986), {The Year of Silence} (1987), {Doctor Sleep} (1991), {Save Me, Joe Louis} (1993), {Ten Indians} (1996), {Master of the Crossroads }(2000) et {Soldier's Joy}, qui a reçu le prix Lillian Smith en 1989. Le dernier volume de sa trilogie haïtienne, {The Stone that the Builder Refused}, a été publié par Pantheon à l’automne 2004. Les traductions françaises des ses livres ont été publiées chez Actes Sud. Pour plus de détails, voir [->http://faculty.goucher.edu/mbell]