Le scandale de l’endettement français : –

Une règle : le silence est d’orLes crises grecque et irlandaise ont montré la fragilité des emprunts d’états face aux marchés financiers. Dans ce contexte, plus que jamais, l’attention est portée sur les niveaux, la structure, et la composition de la dette. La gestion française est catastrophique dans ces trois domaines, surtout quand on la compare à celle de l’Allemagne.

La dette publique française atteint 85 % de la richesse produite en 2011. Soit, en 4 ans, 22 points au dessus du taux de 2007. Des niveaux jamais égalés. Avec un déficit qui atteint 7 % du PIB en 2010, contre un excédent de 1,5 % en 2000.

La dette française a non seulement explosé quantitativement, mais sa structure qualitative s’est aussi dégradée. Elle place la France dans une position doublement délicate face à des marchés financiers et des agences de notation plus suspicieux que jamais : par la structure de ses échéances et par la composition de ses détenteurs. La dette est à présent composée principalement d’échéances à court terme[[Plus on se colle des règles prohibant le déficit budgétaire futur quand on a déjà des dettes, plus on tombe dans le mécanisme du revolving (on emprunte à beaucoup moins long terme, donc à des taux plus élevés). Les crédits revolving consentis aux ménages pauvres n’autorisent que des découverts faibles, mais comme ils sont à court terme ils se payent à 17,5-19 % au lieu de 8 %.. Il faudra donc rembourser et souscrire de nouveaux emprunts dans un contexte de crise de confiance des marchés. Ainsi, la part de l’encours de la dette à échéance à moins d’un an est passée de 8 % en 2007 à 19 % en 2010, et a presque quadruplé en valeur en 4 ans. L’encours de la dette négociable de l’état s’établirait en 2010 à 1.254 milliard d’euros, un montant supérieur de 75 % à celui de 2002, soit, une hausse d’environ 8 % par an pendant 9 ans. Entre 2008 et 2010, la dette aura cru d’un quart. La sensibilité des finances de notre pays à une augmentation des taux, ou à une montée de l’inflation, n’a jamais été si grande. Ce constat a aussi été enregistré par la Cour des Comptes.

Cette fragilité créée par une gestion catastrophique est encore aggravée par la composition de la détention de notre dette. Nos finances n’ont jamais tant été soumises au bon vouloir d’investisseurs internationaux qui n’ont jamais été si versatiles.

Ainsi, en mars 2008, cette dette publique était détenue à 60,5 % par des non résidents. Deux ans plus tard, leur part atteint 71,4 % en juin 2010. Soit une augmentation de près de 11 points de la dépendance française aux investisseurs étrangers.

Bien que dans l’année en cours, à l’approche des élections, cette proportion se soit réduite, elle manifeste largement le laisser-aller global de la gestion des finances publiques dont a fait preuve M. Sarkozy. De plus, les niveaux de 2010 restent supérieurs de 6 points à ceux de 2007.

Or, Reinhardt, Université de Maryland, et Rogoff, Université d’Harvard, (2008) montrent entre 1800 et 2000, une forte corrélation entre mobilité des capitaux et crise financière. En effet, les investisseurs non-résidents ne subissent pas les coûts de leur retrait dans les mêmes proportions que les résidents. Ils ne supportent pas les coûts de la récession qu’ils engendrent, dès lors, le retrait de ces capitaux est plus probable.

À court terme, nous sommes fragilisés, à long terme nous devrons payer. Pourquoi en est-on là ?

La crise est une explication. Mais, comparons avec la dette allemande sur la même période.

En 2007, la France, bonne élève, dépasse très légèrement les critères de Maastricht fixés à 60 %, du PIB. Sa dette publique à 63,7 % du PIB, est inférieure à la dette allemande à 66,2 % du PIB. En 2011, après la crise, la dette française atteint 86,2 % du PIB, 10 points au dessus de l’Allemagne, parvenue à 76,7 % du PIB. Les projections 2012 s’aggravent avec un écart de plus de 14 points (91,4 % du PIB pour la dette française contre 77 % pour la dette allemande).

Pourtant, la crise a frappé l’Allemagne comme la France, ces déficits sont donc liés à la gestion Sarkozy, qui n’a pas permis de véritable reprise, a contrario de l’Allemagne. Pour un même montant investi, la croissance française est bien inférieure à la croissance allemande. Le fataliste y verra des caractéristiques structurelles françaises.

C’est plutôt lié à sa politique : en France, on licencie massivement, engendrant des pertes irréversibles de compétences, en Allemagne, on passe au temps partiel, maintenant l’appareil industriel prêt à la reprise. Quand l’économie mondiale a commencé de frémir, on a du, après les indemnités de licenciement, subir les coûts du recrutement de personnes moins qualifiées que celles qu’on avait licenciées. Nos grands groupes paient moins d’impôts que les PME qui génèrent plus d’emplois sur le territoire français. 2 milliards de réduction d’impôts sur les grandes fortunes inscrits au budget 2011, 104 milliards d’euros de niches fiscales dont plus de la moitié sont inefficaces, illustrent bien l’esprit de la gestion Fillon-Sarkozy, dont l’austérité pèsera sur les plus pauvres. Or Keynes l’a bien montré, c’est en redistribuant aux pauvres qui ont la plus grande propension marginale à consommer que le multiplicateur joue à plein. L’inverse de la politique actuelle inefficace et injuste.

En bref, les montants de la dette, sa structure, sa composition et son affectation sont proprement scandaleux, dangereux, inefficaces, et injustes… La France, comme l’Italie après Craxi, mettra des décennies à s’en remettre. Pour comble, M. Sarkozy prétend changer la Constitution pour contraindre ses successeurs au respect des finances publiques ! Une règle, dans votre cas, M. Sarkozy : «le silence est d’or !».

Taddei Julia

Chercheuse en économie au CRI, université de Technologie de Compiègne et enseignante à l’IEP de Paris.