Les externalités

Lorsqu’une opération économique, entre deux agents A et B, a des effets sur un troisième agent C sans qu’il y ait transaction monétaire ou convention d’échange entre A et C ou entre B et C, on dit qu’il y a création d’une externalité. Si l’externalité créée s’opère au détriment de C, c’est-à-dire si elle diminue son bien-être actuel, ou l’empêche de jouir d’un bien, d’un service potentiel, on dit qu’il s’agit d’une externalité négative ou d’une deséconomie externe. Si du fait de la transaction entre A et B, l’agent C voit augmenter son bien-être, sa richesse, ses possibilités d’action, de connaissance, s’améliorer son environnement, on dit qu’il y a création d’externalité positive.

C’est l’économiste A. Marshall qui a introduit la notion d’externalités positives technologiques à propos d’une entreprise C qui, par son implantation géographique, bénéficie d’aménités (transport, accessibilité, proximité des marchés, des concurrents) au-delà de sa contribution fiscale ou marchande. Chez Alfred Marshall, la part de croissance de la firme qui ne relève pas de l’accumulation du capital et du travail, mais de la technique, s’explique par ces externalités technologiques.

Le successeur de Marshall à Cambridge et prédécesseur de J.-M. Keynes, Arthur C. Pigou a justifié la rationalité des politiques de transfert publics en montrant que la création d’externalités empêchait de confondre l’utilité sociale et collective avec l’agrégation des utilités individuelles. L’économiste John Meade a développé l’exemple pédagogique de l’apiculteur qui peut envoyer gratuitement ses abeilles butiner sur le champ de son voisin agriculteur. La coutume (common law) veut que l’agriculteur ne demande pas un loyer pour le service rendu aux abeilles et se contente de quelques pots de miel que lui donne l’apiculteur. Les externalités permettent au raisonnement économique très mal armé pour traiter les problèmes d’interdépendance, d’aborder les problèmes d’échange et de coordination dans des systèmes complexes où il n’existe pas de contrepartie monétaire réglée par des prix de marché.

Moulier Boutang Yann

Professeur de sciences économiques à l’Université technologique de Compiègne, il enseigne l’économie et la culture européenne à l’Université de Shanghaï. Il a publié, entre autres, Liberté, égalité, blabla (Autrement, 2012), L’abeille et l’économiste (Carnets Nord, 2011) et Le capitalisme cognitif (Éditions Amsterdam, 2007).