Renvois

Cette section regroupe quelques renvois à des disques récents, à quelques livres et sites internet, dans le but d’offrir des premières pistes d’exploration dans les domaines musicaux évoqués dans la mineure, en se concentrant sur les productions des quinze dernières années.

Le lecteur curieux d’entrer dans les mondes sonores évoqués par les articles de la mineure peut se diriger d’abord vers les enregistrements suivants, choisis parmi les musiciens qui ont marqué (les marges de) la scène des quinze dernières années – et laissant donc dans l’ombre les grands noms (Charlie Mingus, John Coltrane, Ornette Coleman, Anthony Braxton, Sam Rivers, etc.) qui scandent les encyclopédies du jazz.

Tim Berne Bloodcount, Unwound (Screwgun, 1996)
3 CD d’enregistrements merveilleusement bruts de concerts donnés par le quartet déployant les compositions méandresques de Tim Berne (de 10 à 40 minutes par morceau). La musique oscille entre de longs délitements lyriques étendus entre les deux saxophonistes et les accélérations, décalages, recadrages incessants de la batterie de Jim Black. Berne s’est créé un univers parfaitement singulier de contrepoints serpentins, de dissonances hurleuses et de poly-rythmes affolants qui a la beauté inquiétante, luxuriante et torride d’une forêt tropicale.
[http://www.screwgunrecords.com/->http://www.screwgunrecords.com/

Eugene Chadbourne, Country Music in the World of Islam (Fundamental, 1990)
Eugene Chadbourne pourrait être le chaînon manquant entre John Fahey et Frank Zappa, plus dispersé que le premier, plus « minoritaire » et sympathique que le second. Fantaisistes et mélancoliques, brechtiens et laconiques, bancals et bordéliques, imbriquant plages d’improvisation « pure » et reprises de standards (rock, country, jazz, folk, etc.), ses disques exigent une attention de tous les instants. Ils sont livrés en kit et le plus souvent sans mode d’emploi. Celui-ci n’y fait pas exception, mais il recèle quelques joyaux qui peuvent faire office de prises : les entrelacs de guitares folk psychédéliques improvisées de Chadbourne et ses invités, l’improvisateur punk Elliott Sharp et Rick Bishop, du groupe de rock hermétique Sun City Girls.
[http://www.eugenechadbourne.com->http://www.eugenechadbourne.com/

Benoît Delbecq 5, Pursuit (Songlines, 2000)
Ce quintet parvient à esquisser des thèmes qui vous hantent comme des fantômes : d’autant plus obsédants qu’ils ne sont jamais qu’entraperçus derrière des voiles et des esquives, en un jeu fascinant de cache-cache, de course poursuite, de déliquescences et de recompositions permanentes. Bande sonore idéale pour un film qui serait consacré aux processus d’individuation par tension, disparation et métastabilité décrits par Gilbert Simondon.
[http://www.hask.com->http://www.hask.com/

Arthur Doyle, Plays and Sings from the Songbook. Volume 1 (Audible Hiss, 1995)
Le parcours d’Arthur Doyle peut être retracé schématiquement selon deux lignes difficiles à ajuster. Une ligne continue d’abord, rappelant qu’il a commencé dans les années 60 en jouant alternativement du free jazz avec Noah Howard et de la soul avec Gladys Knight and the Pips, pour conclure qu’il joue aujourd’hui, à ses propres dires, de la « free jazz soul ». Selon une seconde ligne, discontinue cette fois, sa carrière s’est déroulée en dents de scie, le ramenant régulièrement dans la rue ou en prison, aux États-Unis et à Paris. Des quelque trois cents titres qu’il aurait composés en prison en France, il a retenu sept comptines / monologues intérieurs, qu’il interprète ici au chant ou au saxophone (parfois les deux en même temps), au piano ou à la flûte, totalement hors contrôle (au sens usuel du terme, en tout cas).

Kevin Drumm, Sheer Hellish Miasma (Mego, 2002)
Kevin Drumm a rejoint récemment le Territory Band de Ken Vandermark, après avoir joué du post-rock, de la musique répétitive-minimaliste, ou encore des musiques improvisées électroniques. Ses recompositions pourraient rappeler la fin des années 60, lorsque pop, avant-garde et contre-culture se télescopaient. (La reprise de la conflictualité depuis Seattle 1999 pourrait bien y être pour quelque chose). Sur cet album solo à la guitare préparée, doublée de manipulations électroniques, sorti sur le label phare de l’electronica expérimentale Mego, il met en pièces le heavy metal, pour en dégager des drones bruitistes à deux doigts du harsh noise japonais (Merzbow, Masonna, etc).

Ellery Eskelin, One Great Day (Hatology, 1997)
Entre les relents de bal musette sortant de l’accordéon d’Andrea Parkins, les pulsions binaires de la batterie rockante de Jim Black et le saxophone ténor d’Ellery Eskelin, en perpétuelle hésitation entre le lyrisme d’un Coleman Hawkins et les éruptions d’un Archie Shepp, ce trio postmoderne figure déjà parmi les classiques qui ont scandé la constante réinvention du jazz.
[http://home.earthlink.net/~eskelin->http://home.earthlink.net/~eskelin

Fushitsusha, Allegorical Misunderstanding (Avant, 1992)
Premier album du trio « rock » de Keiji Haino, guitariste japonais énigmatique passé de collectifs free jazz à ce que l’on a appelé l’ « isolationnisme » au milieu des années 90. Un peu plus enlevée qu’à l’accoutumée, cette première production sur le label de John Zorn ouvre un paysage de désolation burroughsien, décharné, fait de faux départs et de bribes d’accords, traversé parfois par des plaintes stridentes. Il offre ainsi un prolongement pétrifiant et improbable à James Blood Ulmer (sous tranxène) autant qu’à Durutti Column.

Gerry Hemingway Quintet, The Marmalade King (Hat Art, 1995)
Raffinement, complexité, résistance et forçage caractérisent et le jeu du batteur et les dispositifs thématiques du compositeur, toujours en devenir de narration – comme sur ce disque dont les titres évoquent des contes d’enfant imaginés par le père pour sa fille. Violoncelle, trombone et saxophone multiplient les couches mélodiques tissées sur les pulse-beats que Gerry Hemingway et le bassiste Mark Dresser ont hérités de leur passage chez Anthony Braxton.
[http://www.mindspring.com/~gerryhem->http://www.mindspring.com/~gerryhem

Le Jazz Non, Corpus Hermeticum, 1997 / Smalltown Supersound, 2000
En deux temps, une compilation du label néo-zélandais Corpus Hermeticum (Sandoz Lab Technicians, Omit, Gate, etc.) et la réponse du label norvégien Smalltown Supersound (Jazzkammer, Supersilent, etc) ont signalé l’émergence d’une nouvelle génération. Arrivée au (non ?) jazz par le rock indépendant ou les musiques électroniques, elle suspend les clivages entre improvisations, drones, rock lo-fi, bricolages électroacoustiques, free jazz incompétent et n’importe quoi stylisé.

Evan Parker, Conic Sections (Ah Um, 1993)
Avec Derek Bailey et Peter Brötzmann, Evan Parker a été l’un des principaux artisans de la bifurcation du free jazz vers les musiques improvisées européennes au tournant des années 60-70. Il est connu également pour sa maîtrise, et son usage inventif, de la technique de la respiration circulaire. Elle l’autorise à tirer du saxophone des flux de note ininterrompus. Livré à lui-même sur Conic Sections, il se démultiplie, module et répercute ses flux dans toutes les directions, dessinant des motifs géométriques complexes, une sorte de Palais des glaces sonore. Indications posologiques à toutes fins utiles : espacer les prises.
[http://www.shef.ac.uk/misc/rec/ps/efi/mparker.html->http://www.shef.ac.uk/misc/rec/ps/efi/mparker.html

William Parker Quartet, Compassion Seizes Bed-Stuy (Homestead, 1996)
Avec ce disque qu’un premier abord peut croire âpre et chaotique, mais qui se revèle plus magiquement pacifié et pacifiant à chaque écoute, le bassiste William Parker nous fait saisir de compassion l’un des quartiers déshérités de Brooklyn, Bed-Stuy. La subtilité infinie de la batterie de Susie Ibarra, le lyrisme gigantesque du pianiste Cooper Moore, et les plaintes fragiles du saxophoniste Rob Brown son inoubliables.
[http://www.velocity.net/~bb10k/PARKER.disc.html->http://www.velocity.net/~bb10k/PARKER.disc.html

Billy Tipton Memorial Saxophone Quartet, Box (New World Records, 1996)
Quatre souffleuses et une batteuse propulsent la douzaine de morceaux de ce CD sur des mélodies et des rythmes qui, entre la tradition klezmer, le folklore des Balkans et le swing, entraînent irrésistiblement l’auditrice vers la jubilation. C’est la cohésion de l’ensemble réuni autour d’Amy Denio et Jessica Lurie qui renverse toute résistance sur son joyeux passage.
[http://www.amydenio.com->http://www.amydenio.com/

Henry Threadgill’s Zooid, Up Popped the Two Lips (Pi Recordings, 2001)
Il suffit de décrire les instruments réunis par le groupe de Henry Threadgill pour mesurer son originalité : saxophone, guitare acoustique, oud, tuba, violoncelle et batterie. Sept morceaux tissent des structures rythmiques et harmoniques superposées, passionnément complexes, infiniment suggestives, qui ressuscitent les danses de vie endormies dans nos corps.

Ken Vandermark 5, Simpatico (Atavistic, 1999)
Le saxophoniste Ken Vandermark sait composer des morceaux remarquablement compacts qui allient le raffinement mélodique au punch le plus percutant. Il sait aussi tirer de ses jeunes acolytes un son aussi dense dans le traitement de ses thèmes angulaires qu’explosif dans l’envolée des solos. La puissance d’entraînement qui caractérise sa carrière insuffle une force irrésistible dans chacun de ses nombreux projets.
[http://www.kenvandermark.com->http://www.kenvandermark.com/

David S. Ware, Dao (Homestead, 1996)
À la fois Sonny Rollins, le dernier Coltrane et Albert Ayler, le saxophoniste David S. Ware produit une « musique de feu » (Archie Shepp) d’une ferveur invraisemblable, que l’on pensait disparue corps et biens depuis le début des années 70. Le free jazz avait connu bien des variations (pastorales avec Marion Brown, théoriques avec Anthony Braxton, surpeuplées avec Alan Silva, etc), il avait rarement connu une telle force de frappe (plus sobre, le terme anglais « focused » conviendrait mieux). David S. Ware et William Parker (contrebasse) apparaissent ici lancés comme des trombes. Matthew Shipp (piano) et Whit Dickey (batterie) installent un jeu de contraintes (des bâtons dans les roues), qui oblige Ware et Parker à redoubler d’inventivité et d’énergie. Explorations des recoins de l’âme humaine, lyrisme échevelé, force tellurique, blues de tout un peuple ? Si l’on veut, mais comme seuls des martiens et/ou des cyborgs peuvent en produire.
[http://www.aumfidelity.com/david-s-ware.html->http://www.aumfidelity.com/david-s-ware.html

John Zorn, Spy Vs. Spy (Elektra/Nonesuch, 1990)
La musique d’Ornette Coleman soumise au rouleau compresseur de John Zorn. Il impose une même règle à des morceaux très disparates, prélevés d’un bout à l’autre de la carrière d’Ornette Coleman, de la fin des années 50 à la fin des années 80. L’indéniable monotonie (monomanie ?) est compensée par une cadence infernale et déployée en trois volets : l’assise est confiée à la contrebasse (Mark Dresser), l’attaque centrale aux deux batteries (Michael Vatcher, Joey Baron) ; l’attaque latérale aux deux saxophones suraigus (Tim Berne canal gauche, John Zorn canal droit). John Zorn condense les morceaux, sans les appauvrir ou les dénaturer (ils sont immédiatement reconnaissables), mais en en dévoilant d’autres facettes. L’un des pics de sa discographie protéiforme (free jazz, musique contemporaine, musique de films, noise rock, ambient dub, musique klezmer, etc.), en tout cas.
[http://members.tripod.com/~JFGraves/zorn-index.html->http://members.tripod.com/~JFGraves/zorn-index.html

Quelques livres
Alexandre Pierrepont, Le champ jazzistique, Marseille, Parenthèses, 2002
Revue L’homme, No 158-159, 2001, No spécial consacré au jazz
William Parker, Sound Journal, trad. A. Pierrepont, Paris, Jalan-Sons d’hiver, 2004
Philippe Carles & Jean-Louis Comolli, Free Jazz, Black Power, Gallimard, Folio, 2001
John Corbett, Extended Play: Sounding Off from John Cage to Dr Frankenstein, Durham, Duke UP, 1994
Graham Lock, Forces in Motion: the Music and Thoughts of Anthony Braxton, New York, Da Capo, 1988

Quelques sites de bons labels
Atavistic : [http://www.atavistic.com/->http://www.atavistic.com/
Aum Fidelity : [http://www.aumfidelity.com/home.htm->http://www.aumfidelity.com/home.htm
Cadence/CIMP : http://www.cadencebuilding.com/
Erstwhile : [http://erstwhilerecords.com/->http://erstwhilerecords.com/
FMP : [http://www.fmp-online.de/->http://www.fmp-online.de/
Grob : [http://www.churchofgrob.com/Churchofgrob/grobhome.html->http://www.churchofgrob.com/Churchofgrob/grobhome.html
Hat Hut : [http://www.hathut.com/->http://www.hathut.com/
Mego : http://[www.mego.at/->http://www.mego.at/
Pi Recordings : [http://www.pirecordings.com->http://www.pirecordings.com/
Songlines : [http://www.songlines.com->http://www.songlines.com/
Thirsty Ear : [http://www.thirstyear.com/->http://www.thirstyear.com/
Tzadik : [http://www.tzadik.com/->http://www.tzadik.com/

Revues, fanzines, listes de discussion, diffusion, festivals
La revue The Wire. Adventures in Modern Music : [http://www.thewire.co.uk/->http://www.thewire.co.uk/
Le site du Fennec pour les musiques créatives : [http://fennec.ouvaton.org/index.html->http://fennec.ouvaton.org/index.html
Le fanzine néo-zélandais Opprobrium : [http://info.net.nz/opprobrium/->http://info.net.nz/opprobrium/
Downtown Music Gallery: http://www.downtownmusicgallery.com/
Banlieues Bleues : [http://www.banlieuesbleues.org/->http://www.banlieuesbleues.org/
Sons d’hiver : [http://www.sonsdhiver.org->http://www.sonsdhiver.org/

Degoutin Christophe

Part time punk. Membre du comité de rédaction de Multitudes.et secrétaire de rédaction.