Tous les articles par Manchev Boyan

Le mythe d’Arachné, tel que le raconte Ovide, présente la potentialité de la vie comme inséparable du mouvement de la métamorphose. La métamorphose immanente de l’araignée (arakhné) démontre la puissance technique du corps – ou bien la tekhné en tant que sa seule puissance primitive. Ce mythe est donc beaucoup plus qu’une allégorie de la prise du pouvoir sur le corps – l’opération de fond de toute (bio) politique. Il trace les contours d’une autre opération, d’une contre-opération, l’opération de la métamorphose : le corps ne se transforme qu’à travers l’invention de nouvelles techniques par lesquelles le corps lui-même devient une nouvelle arme. Comme si le mythe d’Arachné avait complété Deleuze deux mille ans en avance : il nous faut de nouvelles armes, il nous faut donc de nouveaux corps. Telle est la leçon – et l’exemple – d’Arachné, le double obscur de Prométhée.

The dark double of Prometheus – Metamorphosis and technics

As told by Ovid, the myth of Arachnè presents the potentiality of life as inseparable from the movement of metamorphosis. The immanent metamorphosis of the spider (arakhné) proves the technical power of the body – or tekhné as its real primitive power. Thus this myth is definitely more than an allegory of the seizure of power on the body – the ground operation of every (bio)politics. It draws another operation or counter-operation, that of a metamorphosis: the body changes but through the invention of new techniques through which the body itself becomes a new weapon. As if the myth of Arachnè had complemented Deleuze with an advance of two thousand years: we need new weapons, therefore we need new bodies. That is the lesson – and the example – of Arachnè, the dark double of Prometheus.

Noise : l’organologie désorganisée

Si l’instrument musical relève bien d’une organologie anthropotechnique, la musique noise peut se penser comme une force de désorganisation, ainsi qu’un principe de recyclage et une chirurgie de la chair sonore. Comment penser dans ce cadre la dés-instrumentalisation qui accompagne si souvent le noise (clouage de pianos, cassage de guitares) ? Une analyse de la […]

Manchev Boyan

Philosophe, professeur à la Nouvelle université de Bulgarie et à l’Université des arts de Berlin, ancien directeur de programme et vice-président du Collège international de philosophie. Son travail actuel, qui avance la perspective d’un mobilisme et d’un matérialisme radical, est centré sur l’ontologie, la philosophie de l’art et la philosophie politique. Manchev est l’auteur de cinq livres et de nombreux articles en plusieurs langues. Parmi ses publications récentes figurent : Miracolo (Lanfranchi, 2011), L’altération du monde : Pour une esthétique radicale (Lignes, 2009), La Métamorphose et l’Instant – Désorganisation de la vie (La Phocide, 2009), Rue Descartes 64 : La métamorphose (sous la dir. de B. Manchev, PUF, 2009), Rue Descartes 67 : Quel sujet du politique ? (sous la dir. de G. Basterra, R. Ivekovic et B. Manchev, PUF, 2010).