Tous les articles par Wolfe Charles T.

La philosophie rencontre la figure du monstre d’abord comme un défi à l’ordre – ordre naturel ou ordre moral, la distinction est secondaire. Ce défi peut également être porteur de sens, comme une malédiction. Puis la philosophie «naturalise » cette figure, soit pour effacer toute dimension potentiellement chaotique dans l’univers, soit pour construire une ontologie (un « roman métaphysique», comme on disait au dix-huitième siècle) du vivant et de son imprévisibilité, dont le monstre est la représentation princeps. Mais il existe un troisième moment, une troisième « rencontre » entre la philosophie et le monstre, qui marque une sorte de retour à sa puissance significative, dans la pensée contemporaine cette fois : elle attribue à la figure du monstre un pouvoir messianique. Nous tentons ici d’évaluer le sens et la justification de cette attribution.

Présentation

Pendant longtemps on a considéré le matérialisme comme un pur mécanisme, ou encore un « spatialisme » qui ne connaîtrait rien au temps (Negri, Macchina tempo et L’Anomalie sauvage). C’est une tradition de pensée marxiste qui vient de La Sainte Famille. Sans se soucier du débat historique, constatons que ce verdict signifierait : pas de […]

Il existe une figure classique du philosophe matérialiste qui rit du reste de l’humanité, de ses craintes, ses superstitions et même ses valeurs. On peut retrouver au choix cette figure sous les traits de Démocrite, Épicure, Spinoza, Rabelais, La Mettrie, etc. Mis à part l’intérêt que l’on peut avoir pour cette figure du philosophe, assez éloignée des bancs de l’école, le texte présent vise à décrire ou (re)définir ce personnage conceptuel afin que l’on comprenne que c’est ainsi – en riant – que le philosophe matérialiste accède au monde « humain », au monde « des valeurs ». On verra alors que le vieux reproche fait au matérialisme, à savoir sa froideur et son incapacité à saisir la dynamique de l’action humaine, sa « cruauté d’anatomiste » comme dit Flaubert, ne l’atteint pas ; ou alors l’atteint à cause de son rire.

The figure of the materialist philosopher as the « laughing philosopher », who mocks the rest of humanity, its fears, superstitions and even values, is a classic one. It has been associated variously with Democritus, Epicurus, Spinoza, Rabelais, La Mettrie and others. Apart from the interest one might have in this figure of the philosopher as someone who is rather far removed from school benches, the present essay seeks to describe or (re)define this conceptual character in order to argue that laughter is the materialist philosopher’s « mode of access » to the human world, the so-called world of « values ». This implies that the equally classic reproach towards materialism – its coldness, its inability to grasp the dynamics of human action, what Flaubert would have called an « anatomist’s cruelty » – fails ; or only successfully targets materialism when it laughs.

De-ontologizing the Brain

from the fictional self to the social brain The brain thinks, not man. Man is just a cerebral crystallization. — Gilles Deleuze & Felix Guattari [1 I don’t pretend to account for the Functions of the Brain. I never heard of a System or a Philosophy that could do it. — Bernard Mandeville [2 What […]

La catégorie d’organisme a un statut ambigu : scientifique ou philosophique ? Elle a longtemps en tout cas servi de « caution » scientifique à une argumentation philosophique qui refuse la tendance dite « mécaniste » ou « réductionniste » perçue comme dominante depuis le dix-septième siècle, que ce soit au sein de l’animisme stahlien, […]

Le post-modernisme est obsédé par le corps et terrifié par la biologie. Le corps est un thème diablement populaire dans les « cultural studies » – mais il s’agit ici du corps plastique, reconfigurable, socialement construit, non pas de cette parcelle de matière qui tombe malade, qui pourrit et qui meurt. La créature, l’individu qui […]

Multitude : le nom d’un pluriel

Charles : A vrai dire pendant longtemps je ne me souciais pas de cette question qui me semblait byzantine ou bonne pour les Pères de l’Eglise. Mais petit à petit on y vient. Je crois comprendre que 1) Multitude n’a pas besoin de pluriel, ni chez Bento Spinoza ni chez Toni Negri, pour designer une […]

Exposé à la Société Littéraire de Sorgues, 22 nov. 2003Que signifie être de gauche aux Etats-Unis ? Que signifie avoir une vision de gauche de l’histoire des Etats-Unis ? A une époque ou ce pays suscite au moins autant d’opprobre que sous Nixon, cette vision est riche d’enseignements, dans un double sens : elle suscite […]

Review of John Rajchman, The Deleuze Connections (Cambridge, MA: MIT Press, 2000), 167 p.Version originale en langue anglaise de art190, rub10 John Rajchman may well have provided us with the first book in English to treat Deleuze seriously as a philosopher, instead of just proceeding by comparisons of the « Deleuze and X » sort, that is, […]

Il se peut que John Rajchman nous ait donné le premier livre en anglais qui prenne Deleuze au sérieux en tant que philosophe, au lieu de reproduire les plates comparaisons habituelles, résolument pédagogiques, entre « Deleuze et x » (au choix : Spinoza, Nietzsche, Bergson, etc.). Si l’on excepte les beaux ouvrages de Jean-Clet Martin et de […]

Wolfe Charles T.

Chercheur en histoire et philosophie des sciences à l’université de Sydney. Il travaille sur l’ontologie matérialiste du vivant, surtout à l’époque des Lumières, autour de La Mettrie, Diderot, Sade, le cerveau, et l’organisme, et a dirigé les volumes suivants : {The Renewal of Materialism} (2000) ; Monsters and Philosophy (2005) et (avec Antonio Negri et Ubaldo Fadini), {Desiderio del Mostro} (2001). Membre du comité de rédaction de {Multitudes}, dans laquelle il a coordonné une Mineure sur la philosophie de la biologie (2004).