Tous les articles par Alexandre Monnin

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

Laurence Allard

est maître de conférences en Sciences de la Communication, Université de Lille/Ircav-Paris 3-Sorbonne Nouvelle. Elle analyse les usages citoyens des technologies depuis de nombreuses années. Elle est la co-traductrice avec Delphine Gardey et Nathalie Magnan du Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais. Sciences, Fictions, Féminismes, ed. Exils, 2007. Elle a également co-fondé Labo Citoyen, une association de Sciences Citoyennes, en résidence à la Cité des Sciences et de l’industrie. Son travail réflexif sur l’effondrement s’inscrit dans la continuité d’un engagement sur un «contre-faire» du numérique. Elle a été ainsi amenée à être associée à un safe space sur les réseaux sociaux autour de la thématique effondriste.

Alexandre Monnin

est directeur scientifique d’Origens Media Lab, enseignant-chercheur en école de management (ESC Clermont) et président de l’association Adrastia. Docteur en philosophie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sa thèse a porté sur la philosophie du Web. Il a co-édité un livre à ce sujet : Philosophical Engineering. Towards a Philosophy of the Web, Wiley Blackwell, 2013. Il est membre du réseau d’experts de la mission Etalab sous la responsabilité du premier ministre (depuis 2013), du GDS Eco-info et du GDR «Internet & Société» du CNRS (depuis 2018). Il a contribué à la rédaction du rapport intitulé «Pour une sobriété numérique» publié par le Shift Projet dans le cadre du groupe de travail «Lean ICT» (2017-2018).

Cyprien Tasset

est chercheur associé au Laboratoire de Changement Social et Politique (Paris 7) et membre d’Origens Media Lab. Avant de transposer un questionnement similaire au cas de l’« effondrement », sa thèse, dirigée par Luc Boltanski, portait déjà sur le rapport entre des notions péri-universitaires et les expériences biographiques de leur public, à propos des « intellos précaires » (2015). Ses principales publications sur ce thème figurent dans Sociologie & Sociétés, Politiques de Communication et, avec Giulia Mensitieri et Adrien Mazières-Vaysse, dans Émulations (2018).