Tous les articles par Alloa Emmanuel

Tyrannies de la transparence
L’idéal de transparence semble s’imposer à tous les esprits comme une évidence. Toute opacité est suspecte de cacher des pratiques douteuses (népotisme, corruption, détournement, abus) en faisant obstacle à une indispensable soif de vérité. Prenant à contre-pied cette aspiration commune à tout rendre transparent, on s’efforce ici de souligner certains des coûts, des écueils et des victimes collatérales de l’impératif de transparence agité aujourd’hui de façon irréfléchie dans nos discours publics.

Tyrannical Transparency
The ideal of transparency imposes itself as obvious. Any form of opacity looks suspicious: it must hide corruption, nepotism or misdeeds. We attempt to take some distance from this categorical imperative of universal transparence, by shedding light on a number of its costs, dangers and collateral damages.

La transparence est notre censure
Contrairement à ce qu’on continue d’affirmer, l’âge de la censure n’a pas été remplacé par un âge de la transparence. Dans les régimes post-répressifs qui caractérisent nos sociétés, la transparence représente une forme nouvelle, particulièrement efficace – car imperceptible – de censure. Si la nature de ce nouveau mécanisme de sélection nous échappe encore, c’est parce que nous restons prisonniers d’une conception moderne – et prohibitive – de ce qu’est la censure. Pourtant, à ses origines, l’institution du « census » n’avait pas pour but d’interdire mais de recenser les vies afin de les gouverner plus efficacement.

Transparency is our Censorship
Contrary to common belief, the age of censorship has not been replaced by an age of transparency. In our post-repressive societies, transparency is a new and efficient—because unnoticeable—form of censorship. We fail to see it because we remain trapped in modern (prohibitionist) conception of censorship. But originally, the institution of the census did not intent to forbid, but to count and compute people’s life in order to govern them more easily.

Vers Madrid. Le cinéma de l’approche de Sylvain Georges

Vers Madrid
Le cinéma de l’approche de Sylvain Georges

Cet article propose une lecture du dernier film de Sylvain Georges Vers Madrid, dédié au mouvement des Indignados. Tentant de cerner ce qui fait la particularité de l’objet documentaire, et de l’œil documentaire de Sylvain Georges en particulier, il explore trois façons dont on pourrait en-tendre la proposition suivante : le cinéma documentaire de Sylvain Georges est un cinéma de l’approche. L’approche est alors successivement entendue comme appareillage, comme prise de champ et comme approximation sensible.

Towards Madrid
Sylvain Georges’ Cinema of the Approach

This article offers a reading of the last film by Sylvain Georges, Towards Madrid, dedicated to the move-ment of the Indignados. In its attempt to focus on the specificity of the documentary mode of filming, it explores three possible interpretations of the following proposition: “Sylvain Georges’s documentary films are to be understood as a cinema of the approach”, where the approach is successively described as a matter of apparatus, as a form of distancing and as a sensitive approximation.

Alloa Emmanuel

Philosophe, actuellement Research Leader à l’Université de Saint-Gall. Son dernier ouvrage en français s’intitule Partages de la perspective (Éditions Macula). Il vient également de diriger, en anglais, avec Dieter Thomä, le volume Transparency, Society and Subjectivity. Critical Perspectives (Palgrave Macmillan, 2018).