Tous les articles par Antonioli Manola

Le stade esthétique de la production /consommation et la révolution du temps choisi
À partir d’une relecture de quelques textes de Jean Baudrillard, l’article retrace les étapes de l’élargissement du paradigme du travail au temps prétendument « libre » des loisirs, devenu un pilier essentiel de l’économie contemporaine et du « capitalisme artiste ». Après une discussion de L’esthétisation du monde de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, la lecture d’André Gorz permet d’envisager une sortie des paradoxes et de l’appauvrissement de l’expérience entraînés par le lien indissociable entre « temps de travail » et « temps des loisirs » (tous les deux contraints), dans la perspective utopique (mais désormais concrètement réalisable) d’une « révolution du temps choisi ».

The Aesthetical Stage of Production /Consumption and the Revolution of Chosen Time
Starting from a re-reading of some of Jean Baudrillard’s texts, the paper redraws the stages of the extension of paradigm of the work to the allegedly “free” time of leisure activities, which is becoming an essential pillar of the contemporary economy and of “artist capitalism”. After a discussion of Gilles Lipovetsky and Jean Serroy’s “Aesthetization of the World”, a reading of André Gorz’s work allows us to envisage an exit of the paradoxes and impoverishment of the experience pulled by the inseparable link between “working time” and “leisure time”, in the utopian prospect (but from now on concretely achievable) of a “revolution of chosen time”.

À travers une lecture de deux textes peu connus de Félix Guattari, l’article vise à montrer les points de convergence qui existent entre le projet écosophique qu’il était en train de développer à la fin de sa vie et les enjeux contemporains du design. Un nouveau design («  mineur ») devrait aspirer à produire des «  artefacts-interfaces » resingularisés et resingularisants, lieux d’une hétérogenèse qui associe éléments naturels et culturels, subjectifs et techniques. Une fois sorti de son «  ère paléolithique », le design pourrait ainsi devenir (selon Guattari) un «  art majeur » de l’écosophie.

Design and ecosophy

By reading two little-known texts by Felix Guattari this paper aims to show the converging points which exist between the ecosophical paradigm that Guattari was developing at the end of his life and contemporary issues of design. A new kind of “minor” design should aspire to produce resingularized and resingularizing “artefacts-interfaces”, locations of heterogenesis connecting natural and cultural, subjective and technical elements. Once design escapes from its “paleolithic era”, it could therefore become (according to Guattari) a “major art” of ecosophy.

Antonioli Manola

Est docteur en philosophie et sciences sociales de l’EHESS (Paris) et ancienne responsable de séminaire au Collège International de Philosophie. Elle enseigne actuellement l’histoire et la théorie du design et de l’architecture à l’ENSA de Dijon et la philosophie de l’architecture et de l’urbain à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles et codirige des projets de recherche et création sur les enjeux actuels (esthétiques, politiques et philosophiques) de la théorie et la pratique du design et de l’architecture. Elle est également membre du comité de rédaction de la revue Chimères.