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L’énergie radicale de Touki Bouki


Le film Mille soleils de la cinéaste Mati Diop (Grand prix du FID de Marseille 2013) nous convie aujourd’hui à revoir le film de Djibril Diop Mambety, son premier long-métrage, Touki Bouki, le voyage de la hyène, considéré comme un classique du cinéma après avoir reçu le prix de la critique internationale du festival de Cannes en 1973. Par ses caractéristiques formelles très audacieuses et par les thèmes toujours actuels qu’il traite, ce film continue à nous questionner : que nous dit-il sur l’histoire du cinéma depuis lors ? De quelles manières Mati Diop le convoque-t-elle ? Comment dialogue-t-il avec le Sénégal contemporain ? Mais également avec les relations France-Afrique ? Ou avec l’Occident ?

The Radical Energy of Touki Bouki

Mati Diop’s recent film Mille Soleils (2013) invites us to revisit Djibril Diop Mambety’s classical but still avant-gardist movie Touki Bouki («The Hyena’s Travel »), which received the International Critics’Award at Cannes in 1973. Its audacious formal choices as well as its socio-political themes continue to question us : what does it tell us about the evolution of cinema after 1973 ? About today’s Senegal ? About the relations between France and Africa ? About the West ?

 Deux avocats s’arment de l’hospitalité du droit d’auteur pour forcer l’hostilité du droit des étrangers. Là où la Préfecture voit en X. un étranger, nous voyons d’abord un auteur, tel est le déplacement introduit par les avocats Sylvia Preuss-Laussinotte et Sébastien Canevet, spécialisés respectivement en droit public des étrangers et en droit civil de la propriété intellectuelle. » Jouant avec les formes de la performance, X. et Y. c/préfet de…, dispositif des artistes Olive Martin et Patrick Bernier, se déploie sous la forme d’une plaidoirie. Emmanuelle Chérel présente une analyse de cette expérience menée aux confins de la justice et de l’art comme champs de discours particuliers. Construite à partir d’une investigation extrêmement précise du «  mal nommé droit » des étrangers mais également du droit d’auteur, la Plaidoirie prolonge la réflexion sur la construction du signe artistique et son implication dans le contexte où il apparaît.

A plea for a jurisprudence
An experiment in intellectual property and migration rights

Emmanuelle Chérel analyzes the experiment conceived by Olive Martin and Patrick Bernier as a defense speech using intellectual property and the status of creator in order to protect foreigners from extradition. This plea articulated within a very specific inquiry about legal technicalities reframes our construction of the artistic sign and its implication in its social context.

Chérel Emmanuelle

Emmanuelle Chérel est docteure en Histoire de l’art contemporain habilitée à diriger des recherches, membre du laboratoire de recherche Langages, actions urbaines et altérités de l’École Nationale d’Architecture de Nantes. Travaillant sur les dimensions politiques de l’art, elle a publié Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes – Enjeux et controverses (PUR, 2012). À l’École supérieure des Beaux-arts de Nantes, elle mène depuis 2008 le projet de recherche Pensées archipéliques nourri des théories post-coloniales et décoloniales. Elle est membre du groupe Ruser l’image ? et codirige actuellement avec Fabienne Dumont l’ouvrage Histoire de l’art et postcolonialité en France : quels enjeux ? (à paraître aux PUR).