Tous les articles par J.K. Gibson-Graham, Jenny Cameron &  Stephen Healy

La construction du  commun comme politique post‑ capitaliste
Aujourd’hui la planète est confrontée à l’absence de gestion de communs vitaux tels que l’air, le climat, l’eau. Il importe de construire des modalités collectives de gestion de ces communs, impliquant le maximum de parties prenantes. Pour cela, il faut sortir du capitalocentrisme, parallèle au phallocentrisme dénoncé par les féministes, pour lequel le commun serait engendré inévitablement par les contradictions du capitalisme. Il vaut mieux analyser la manière dont le commun se construit progressivement en mettant une ressource en commun quel que soit le régime de propriété. Trois exemples sont donnés : la qualité de l’air dans une ville australienne jouxtant une mine de charbon, où habitants et industriels ont reconnu peu à peu la nécessité de prévenir la pollution ; la menace sur la couche d’ozone qui a été conjurée à la fois par le Protocole de Montréal de 1985 et par une multitude d’actions en ce sens ; le développement des installations solaires domestiques par les citoyens australiens. À chaque fois une communauté d’acteurs s’est formée transversalement aux lignes de clivages de classe, et c’est une prolifération de ces communautés qui peut mettre l’énergie, l’atmosphère et d’autres ressources planétaires en commun. Il faudrait cependant que cette politique ait un nom, pour lequel l’article propose « La construction du commun ».

Commoning as a postcapitalist politics
Today the planet faces a genuine tragedy of the unmanaged “commons” (like air, climate, water). In this article, we explore how the process of commoning offers a politics for the Anthropocene. To reveal the political potential of commoning, however, we need to step outside of the capitalocentric ways that the commons have generally been understood, and that feminist thinkers have denounced as parallel to phallocentrism. We argue that commons can be conceived of as a process—commoning—that is applicable to any form of property, whether private, or state-owned, or open access. We turn to three examples from the past and the present that provide insights into ways of commoning the atmosphere (air quality in an Australian town, the international response to the threat on the ozone layer, the development of domestic solar energy by Australien citizens). We reveal how a politics of commoning has been enacted through assemblages comprised of social movements, technological advances, institutional arrangements and non-human “others.”

J.K. Gibson-Graham, Jenny Cameron &  Stephen Healy

J.K. Gibson-Graham est le nom de plume commun pris par les économistes-géographes-féministes, Katherine Gibson et Julie Graham. Le premier livre écrit ensemble, The end of capitalism, a été publié en 1996. Julie Graham est morte d’un cancer en 2004. Katherine Gibson est professeur à l’Insitute Culture and Society à l’Université de Western Sidney en Australie. Les deux amies ont fondé le Community economies research network pour travailler avec des chercheures et chercheurs d’autres pays. À côté de l’enseignement théorique, Katherine Gibson mène des recherches-actions, surtout en Australie et en Asie du Sud-Est. Nous l’avons rencontrée parmi les accompagnateurs du projet d’écologie urbaine Rurban en banlieue parisienne. Jenny Cameron et Stephen Healy sont, comme Katherine Gibson, chercheurs à l’Institut Culture et Société de l’Université de Western Sydney. Ils sont tous les trois co-auteurs de Take back the economy, an ethical guide for the transformation of our communities paru en 2013 aux Presses de l’Université du Minnesota aux États-Unis.