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La logique de Nuremberg ne s’applique pas en Afrique
Au sortir de la Deuxième guerre mondiale, les vainqueurs ont voulu punir les responsables de l’Holocauste et s’assurer par là du non-retour des violences de masse. Les procès se tenaient au nom des victimes mais celles-ci s’étaient vu donner un territoire propre, Israël, où elles pouvaient se tenir à l’écart de leurs bourreaux. En Afrique, les puissances occidentales ont prétendu tenir le même discours avec la Cour pénale internationale, mais elles attaquaient en même temps militairement ce qui restait des milices armées. Surtout, victimes et bourreaux furent condamnés à continuer de vivre ensemble, à reconnaître leurs fautes et à aménager leurs droits et devoirs respectifs, ce à quoi s’est consacré la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (CODESA) avant même la libération de Mandela, la fin officielle de l’Apartheid et la mise en place de la Commission de Vérité et de Réconciliation. Elle eut donc un rôle politique pionnier.
The Logic of Nuremberg Does Not Apply in Africa
The nations who won World War II made sure the perpetrators of the Holocaust would be punished and their victims protected, and given a voice during a trial. A safe and distant territory, Israel, was provided so that they could escape their oppressors. In Africa, the West pretended to do the same with the International Court of Justice, while they were attacking what was left of the armed militias. But victims and perpetrators were bound to live together, to acknowledge their crimes, to devise duties and rights, as hammered out by the Convention for a Democratic South Africa (CODESA) even before the freeing of Nelson Mandela, before the end of apartheid and before the Truth and Reconciliation Commission. It played a truly pioneering political rôle.

Mahmood Mamdani

Enseignant-chercheur en sciences politiques ougandais, dirige actuellement l’Institut de recherche sociale de l’université Makerere de Kampala et enseigne à l’université Columbia à New York. Sa thèse soutenue en 1974 à Harvard portait sur la formation des classes en Ouganda. Banni par Idi Amin Dada, il revient en Ouganda en 1979 et publie Imperialism and Fascism in Uganda. En 1986, il fonde le Centre pour la recherche fondamentale (Center for Basic Research, CBR), la première institution de recherche non-étatique en Ouganda, et le dirige de 1987 à 2006. Il préside le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) de 1998 à 2002. Il dirige également l’Institut d’études africaines (Institute of African Studies) de l’université Columbia de 1999 à 2004.