Tous les articles par Moulier-Boutang Yann

Ainsi Macron soit-il ? Ou la messe est dite mais la ruse de l’histoire l’accompagne

Yanis Varoufakis, qui avait interpellé Jean-Luc Mélenchon en l’invitant à prendre position sans barguigner vraiment pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, a été aussi un des premiers à faire une déclaration d’opposant au nouveau président intronisé : « Selon Yanis Varoufakis, qui argue de conversations personnelles avec Emmanuel Macron, ce dernier a conscience de la […]

Brexit : une sortie qui vient de loin

  If it were done when ’tis done, then ’twere well It were done quickly. (« Si cela est fait quand ce sera fait ; ce serait bien Que ce soit fait rapidement. ») Shakespeare, Macbeth, Acte 1, Scène 7 Ainsi l’incertitude britannique à se décider sur l’Europe aura duré soixante ans. Finalement ce sera non. Non pas […]

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive. Financé par une taxe pollen

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive
Financé par une taxe pollen

Le revenu d’existence sort du ghetto des utopies. Cet article formule sept caractéristiques qui doivent présider aux mises en œuvre de cette nouvelle base d’un système de protection sociale adéquat aux transformations de l’activité, du travail rétribué et de l’emploi salarié – trois notions qui ne se recouvrent que partiellement. Quelques principes peuvent servir de guide pour l’action : un montant bas ou même moyen du revenu de base en ferait volens nolens un auxiliaire d’une politique néolibérale ; un montant élevé qui supprime vraiment la pauvreté est la clé de l’acceptation sociale d’une telle réforme révolutionnaire auprès des principaux intéressés ; le financement du revenu de base serait au mieux assuré par l’instauration d’une taxe Pollen.

For a Basic Income of Contributive Pollinization
Financed by a Pollen Tax

The proposal for an unconditional basic income no longer sounds like a utopia. This paper spells out seven features to frame this new form of welfare adapted to the new conditions of economic activity and waged labor. The main guidelines are the following : a low level of basic income would make it a tool for neoliberal policies ; a high level would not only suppress poverty but would be the key to mak-ing it socially acceptable ; it would be best financed by a Pollen Tax on all financial transactions.

L’Euro, la souveraineté monétaire en question

L’euro, la souveraineté monétaire en question

Les contraintes budgétaires mises par les traités européens à des États dont les banques privées sont mondialisées n’ont pas protégé contre la crise des subprimes. Mais c’est la Banque centrale européenne qui donne un peu de marge de manœuvre aux États et aux investisseurs. Les critiques actuelles contre l’Europe ne sont pas fondées : c’est dans plus d’Europe, voulu depuis une vingtaine d’années par les Allemands, qu’on trouvera les voies vers le futur, tel le revenu garanti pour tous.

The Euro and the Question of Monetary Sovereignty

The budgetary constraints set in place by European Treaties to national States whose banks are globalized did not manage to protect us against the subprime crisis. It is the European Central Bank which opens a little space of action to States and investors. The current attacks against Europe are unfounded: the solutions will come from more European integration, as it has been pushed forward by the Germans over the last twenty years, solutions which must include a universal guaranteed basic income.

Populisme tu m’aimes, moi non plus

Populisme tu m’aimes, moi non plus

Le populisme européen invite à se défaire des deux inventions politiques essentielles que sont l’Europe et l’écologie politique. Comme tous les populismes, il rassemble pour des raisons électorales des courants incompatibles et rallie à des signifiants sans contenus. Ce populisme est l’effet d’un manque fédéral de l’Europe.

Populism, You Love Me, Neither Do I

European populism wants us to abandon these two most important political inventions: Europe and political ecology. Like all forms of populism, it aggregates incompatible currents of thoughts for purely electoral reasons, by agitating signifiers without signified. This populism results from the lack of a federal Europe.

Les leçons grecques

La Grèce a quasiment disparu des écrans radars en août. Elle va réapparaître un court temps pour les élections de fin septembre qui diront si Alexis Tsipras a gagné son pari tout à fait raisonnable de garder le pouvoir, de permettre à Syrisa d’avoir la mise sur l’administration de la potion amère des réformes qu’il […]

Contrer ou promouvoir l’ethnicisation par les statistiques ?

Contrer ou promouvoir l’ethnicisation par les statistiques ?

Depuis une vingtaine d’années, les statistiques dites « ethniques » font l’objet en France d’un débat récurrent. Si elles aident à faire apparaître des contradictions et des inégalités centrales dans la société, elles sont une arme à double tranchant dans la mesure où elles entraînent également un effet de stigmatisation par l’assignation à une appartenance supposée communautaire non nécessairement revendiquée subjectivement. C’est peut-être en observant ce que se fait et se dit hors de France qu’on pourra mieux mesurer les effets comparés de ce dispositif profondément ambivalent.

The Ambivalence of Statistical Ethnicity

The debates on “ethnic statistics” (calling for individuals to declare their ethnicity during the census operations) has been continuous in France over the past decades. While such statistics help document, quantify, map and understand widespread mechanisms of ethnic domination, they also impose stigmatizing effects by assigning individuals to a fixed identity not necessarily chosen by their mode of subjectivation. Looking at what has been said and done outside of France may help reevaluate the profound ambivalence of such procedures.

L’automation intellectuelle, la mort de l’emploi et le revenu de pollinisation

L’automation intellectuelle,
 la mort de l’emploi et le revenu 
de pollinisation

Les discours lénifiants promettant de résoudre tous les problèmes sociaux et écologiques par une « reprise de la croissance », synonyme de « retour au plein emploi », sonnent de plus en plus creux. Nous vivons une deuxième vague de déploiement du capitalisme cognitif, caractérisée par l’automatisation de tâches intellectuelles bien plus complexes, dont les études les plus sérieuses montrent qu’elle annonce une explosion spectaculaire des chiffres du chômage (jusqu’au sein des classes les mieux éduquées). Les leçons de la première vague d’industrialisation du début du XIXe siècle enseignent que seuls des combats idéologiques et politiques peuvent conduire les logiques économiques à s’adapter à ces nouvelles dynamiques. Les mesures préconisées depuis 15 ans par Multitudes (revenu universel garanti, taxe pollen, réforme de l’éducation) sont plus urgentes que jamais.

Intellectual Automation, Death of Employment and Pollination Income


« Back to growth » and « Back to full employment » mantras have lost all traction on our economic realities. We are in the middle of a second wave of cognitive capitalism, which automatizes much higher forms of intellectual work. Analysts forecast massive increases in unemployment, especially among highly educated segments of the population. Lessons drawn from the first industrialization, at the beginning of the 19th century, show that only ideological and political struggles can push the economy to adapt to such new dynamics. The measures promoted by Multitudes over the last 15 years (universal guaranteed income, pollen tax, reformation of the educational systems) appear more urgent than ever.

Que sang valeurs fleurissent

Que sang valeurs fleurissent
On a raison de moquer l’éva(rt)luation comme une maladie artistiquement transmissible et éminemment virale. Maintenant que le dieu Valeur est mort, il faut se donner trois principes pour évaluer l’évaluation : d’abord, admettre que l’évaluation artistique est un genre, comme le paysage est un genre en peinture ; ensuite chercher l’esprit, non le corps ou la lettre, de l’évaluation ; enfin constituer un espace de fuite, un ermitage extérieur dans l’espace sauvage, matrice d’abord, puis dans un jardin en ville qui capture au loin les montagnes, l’infini.

Values: Let Them Bleed… and Bloom!
One is right to mock eva(rt)luation as a highly viral artistically-transmitted disease. Now that the Value god is dead, we need three principles to evaluate evaluations: first, admit that art evaluation is a genre of its own, like landscape painting; then, look for the spirit, not the body or the letter, of evaluation; finally, constitute a space of flight, a hermitage away in the wilderness, a matrix, then an urban garden in order to capture the far away mountains, the infinite.

La plèbe, la multitude et la rente

La plèbe, la multitude
et la rente
Le retour de la catégorie de plèbe, qu’on croyait liée à l’empire romain ou aux luttes populaires de l’époque de la Renaissance, tient à la difficulté de catégoriser en termes marxistes, liés à la production, des alliances transversales entre groupes émergents et exclus. La plèbe qui cherche à accaparer les surplus ressemble à la multitude décrite par Toni Negri et Michael Hardt comme surgissant dans les villes pour profiter de la rente urbaine. Ce que décrivent Corten et ses amis n’est-il pas la classe antagoniste du capitalisme cognitif en constitution ? L’image du devenir-plèbe de la multitude, et de la régression vers le capitalisme agro-industriel, programmée avec le Mondial de foot et les Jeux Olympiques, semble très écornée.

Plebeian Politics, Multitude and Rent
The return of the notion of “plebs”, which was mostly used to refer to the Roman Empire or to popular uprisings in the Renaissance, is probably due to the fact that it is very difficult to explain in Marxist terms (based on relations of production) the new transversal alliances between emergent and excluded social groups. In its effort to capture various forms of rent, the plebs is somewhat similar to Hardt and Negri’s multitude jumping out of the cities in order to capture the urban rent. What is described by Corten and his friends as the plebs may be the antagonist class to cognitive capitalism. The image of a becoming-plebs of the multitude, and of a regression towards agro-industrial capitalism, as programed by the World Football Tournament and the Olympic Games, deserves a debate.

Entre confédéralisme qui fait le jeu des souverainismes et des fascismes nationaux et un véritable saut fédéral, il faut choisir !

Elections Européennes : À quelque chose malheur est bon ! Dans le désastre actuel qui frappe particulièrement l’Hexagone, on a envie de dire : Hic Rhodus, hic salta ! Mot à mot « Voici Rhodes, saute », expression prêté à un athlète par le fabuliste grec Aesope qui voulait s’encourager à faire un saut en avant décisif. En fait, […]

Y a-t-il une araignée sur la toile ?

Les discours dénonçant actuellement un retour de manivelle des mécanismes d’exploitation et des luttes de classes sur un Internet qu’on aurait assimilé trop rapidement à un vaste espace de liberté relèvent d’une mélancolie qui passe à côté des véritables nouveautés du capitalisme cognitif. Ils confondent exploitation et domination, et occultent la régression de la domination en soulignant la résurgence de nouvelles exploitations. Ils ratent également la spécificité d’une forme d’exploitation qui porte sur des intangibles et sur une puissance d’invention vouée à échapper à ce qui l’emprisonne.

Is There a Spider on the Web ?
Recent talks about a backlash of exploitation and class struggles on the Internet appear as a self-defeating form of melancholy, which misses the real novelties of cognitive capitalism. They tend to confuse domination with exploitation : even if the latter is coming back, domination is on the decrease (as epitomized by the feats of Julian Assange and Edward Snowden). They also misconstruct the nature of exploitation under the regime of cognitive capitalism, which needs to extract surplus value from the capacity to invent, and not only to labor, a fact which considerably alters the distribution of power in class struggles.

Fragments politiques et économiques de Chine

Les auteurs insistent sur la diversité des points de vue des auteurs chinois du numéro et sur le caractère central de la construction de l’État providence, ce qui différencie la Chine du Brésil par exemple. Ils croient, à la différence de François Godement, à des contradictions majeures qu’on verra émerger tôt ou tard, liées à des problèmes démographiques comme le vieillissement de la population, ou sociaux comme le rôle des femmes ou les conflits ethniques, ou à l’usage croissant des nouvelles technologies de communication. Les modèles culturels globalisés véhiculés par les réseaux sociaux, s’ils sont encore marginaux, ont une certaine emprise, comme le montre le développement des ONG.

Political and Economic Fragments from China
Through the diverse views presented by the Chinese authors gathered in this issue, a crucial question emerges: that of the construction of a Welfare-State, which sets China apart from Brazil, for instance. Disagreeing with François Godement, the authors believe that major contradictions will sooner or later emerge, linked to demographic issues such as the ageing of the population, or to social issues such as the place of women or ethnic conflicts. The globalized models of sociality carried by social networks, while still marginal, are an increasingly important factor, as demonstrated by the development of NGOs.

Entretien avec François Godement (Asia Centre)

Les questions ouvertes par vos correspondants ont été refermées depuis la fin de 2012. Le Parti et l’État sont parvenus à mettre la conjoncture économique sous contrôle au prix d’un renforcement de la censure, d’un étouffement des mouvements sociaux et d’un semblant de redistribution. Mais pour la Chine, l’essentiel, ce sont les marchés extérieurs. Une économie dans laquelle les ménages épargnent la moitié de leurs gains n’est pas fondée sur la consommation de masse. C’est l’État qui a su gérer la formidable augmentation des investissements dans les infrastructures et le bâtiment, dont profite surtout l’élite. La question de l’environnement est nouvelle et fait peur ; elle est traitée en termes de responsabilité individuelle.

Interview with François Godement
The questions raised by the previous contributions have been closed to public debate since the end of 2012. The Party and the State manage to keep their grip on the economic situation thanks to a strengthening of censorship, repression on social movements and an appearance of redistribution. What is essential for China, however, are the foreign markets. An economy where households save half of their income is not based on mass consumption. The State was successful in managing the tremendous expansion of investments in infrastructure and real estate, to the advantage of a small elite. Environmental issues are new and generate many fears, mostly to be treated on the basis of individual responsibility.

André Gorz, pour mémoire

Sans André Gorz, on n’aurait jamais assisté à la greffe réussie entre la gauche anti-institutionnelle issue de Mai 1968 et l’écologie antiproductiviste, donc a-socialiste, dont est issu peu ou prou tout ce qui cherche encore une gauche digne de ce nom.

Without André Gorz we would never have witnessed the successful grafting of the anti-institutional post-68 left onto an anti-productivist and therefore a-socialist ecology, which has given rise to everything still in search of a leftist project worthy of the name.

Des mouvements à la politique

Les mouvements sociaux actuels,
de la Puerta del Sol à Occupy
Wall Street, doivent être réinscrits
dans l’évolution à long terme des
formes de contestation du capitalisme.
Alors que le capitalisme a
cherché à fixer le pauvre sur place,
l’opéraïsme a mis en lumière une
autre forme d’accumulation primitive,
paradoxalement liée à l’auto-
mobilité des travailleurs, puis
aujourd’hui à la pollinisation.

From Movements to Politics

The current social movements,
from the Puerta del Sol all the
way to Occupy Wall Street, must be
reconsidered within the long term
evolution of the opposition to capitalism.
While capitalism attempted
to anchor the poor in its most
profitable location, operaist thinkers
showed another form of primitive
accumulation, based on
the auto-mobility of workers, and
today to pollination.

La dette : illusion comptable et aveuglement suicidaire

Après avoir distingué entre différents types de dette, cet article propose une réflexion de fond sur l’obsolescence de la façon dont nos calculs économiques comptabilisent la création de richesse. La crise de la dette est d’abord une crise de la mesure. L’analogie de la pollinisation permet de faire comprendre ce dont il s’agit : nous ne comptons que le miel produit par nos activités sans inclure la pollinisation, ni prendre soin de la survie des abeilles. La dette est un artifice comptable, qui résulte de cette double cécité, dont certains abusent pour exploiter les autres. Elle risque de nous faire tous sombrer dans son aveuglement.

Debts : illusions in accounting and suicidal blindness
After distinguishing several types of debts, this article invites us to reconsider the way we measure and count wealth. The debt crisis is first and foremost a crisis in measurement. The analogy of pollination helps us see what’s wrong: our obsolete modes of accounting only pay attention to honey, without including pollination or the welfare of the bees. This double blindness leads to more brutal and suicidal forms of exploitation, which threaten to maim us all.

La dette, la vie et la mauvaise économie

Éloge intempestif de la dette
À qui, à quoi sert ce consensus sur le coupable tout trouvé à la crise quasi-systémique que nous frôlons avec délice et frisson ? En ces temps de bigoterie financière, Multitudes fait l’éloge de la bonne dette pour se débarrasser de la mauvaise. Cet article, volontairement polémique, démontre que la dette est non seulement une force de vie et une condition de transformations sociales, mais aussi un levier de pouvoir politique, que les multitudes doivent apprendre à s’approprier.

In Praise of Debt
Who benefits from the consensual moralistic attack on debt? Instead of condemning it altogether, this article attempts to distinguish good debt from bad debt. It suggests that debt is not only a force of life and a condition for the emergence of the new, but also a form of political leverage which the multitudes should learn to exploit.

Politique économique crédible de la gauche : mode d’emploi

On ne trouvera pas dans ce dossier un programme comme celui qu’on distribuait dans les salles de cinéma. Plutôt des réflexions sur les conditions de possibilité d’un tel programme. Si nous en sommes encore aux prolégomènes, c’est qu’il y a du pain sur la planche – et sur les conditions d’élaboration d’un tel programme et sur […]

Préalables à tout programme économique crédible

Les gesticulations qui, avant chaque échéance électorale, traversent les différents segments de la gauche pour élaborer un programme économique sont le symptôme persistant d’une pensée qui patine. Au lieu de théories économiques, cet article propose une tactique politique : imposer au parti socialiste, par des négociations préalables, de devoir s’engager sur des mesures à la fois écologiques et sociales.

Preliminary Remarks to Any Credible Economic Program
The agitations surrounding the task of devising an economic program tend to paralyze the Left. Instead of economic theories, this article formulates a political tactic: it advocates imposing to the Socialist Party, through negotiations of electoral support, measures which would push it simultaneously towards greener and more social positions.

Droit de propriété intellectuelle, terra nullius et capitalisme cognitif

Le capitalisme cognitif présente deux caractéristiques principales, l’intelligence collective et l’utilisation intensive des nouvelles technologies de l’information basées sur la digitalisation des contenus et des procédures. Cela implique un défi énorme à l’application des droits de propriété intellectuelle et entraîne une crise globale des modèles économiques des industries culturelles. Le mouvement de l’open source se rapproche du principe de terra nullius qui se trouve actuellement rejeté par le droit constitutionnel, alors que les mécanismes du copyleft et des Creative Commons esquissent un nouveau système d’appropriation capable de protéger efficacement la biosphère contre la biopiraterie et la noosphère contre la prédation des externalités positives par le capitalisme cognitif.

Intellectual Property Rights, terra nullius and cognitive capitalism

Cognitive capitalism presents two main characteristics, collective intelligence and intensive use of the new technologies of information based on digitalization of contents and procedures. This creates an enormous challenge to the enforcement of intellectual property rights and produces a global crisis for the economic models of cultural industries. The open source movement is closer to the terra nullius principle, which is now rebuked by constitutional law, while Copyleft and Creative Commons stand for a new system of appropriation rules, which will efficiently protect the biosphere against biopiracy and the noosphere against predation of positive externalities by cognitive capitalism.

Flopenhague !

Flopenhague ! Une artiste comique a eu cette jolie trouvaille verbale pour qualifier le ronflant sommet de décembre qu’on aurait mieux fait de tenir sur pilotis dans l’Océan Indien aux Maldives ou dans un désert africain d’ores et déjà brûlant plutôt que dans les brumes glaciales du Danemark. Tous ceux qui pariaient sur des résultats […]

Taxe carbone ou taxe pollen ?

Pour une taxation de tous les flux financiers et monétaires Ainsi c’est décidé : la France fera de la taxe carbone. Ne peuvent que s’en réjouir ceux qui, comme moi ou Jérôme Gleizes[1], se sont opposés fortement aux écologistes partisans du marché des droits de polluer (Laurence Tubiana ou Alain Lipietz) en prédisant que ce quasi-marché cumulait […]

Europe : le numéro que vous avez demandé est-il attribué ?

In memoriam de l’indépendance de la livre sterling !   Lorsque la crise financière s’est déclenchée dans la foulée de celle des subprimes en août septembre 2007 (deux ans déjà), que la Banque Centrale Européenne est intervenue massivement, Jean-Claude Trichet son gouverneur a été rapidement perçu comme le véritable patron de la barque. The Economist, l’hebdomadaire […]

« Beyond Google »

Ne serait-ce qu’à cause de sa puissance et de ses visées tentaculaires, Google mérite une critique radicale, mais à sa hauteur. Comprendre Google et l’importance qu’il a pris dans notre quotidien suppose un regard allant au-delà du moteur de recherche lui-même et de ses services. L’usage de Gmail et de ses publicités contextuelles comme de Google Street View et de ses rues filmées via un objectif à 360˚ (comme si nous y étions) n’est pas neutre. Sauf qu’en amont de Google, il y a nos désirs. Il y a nos sources d’information et de connaissance, chaque jour en nombre plus démentiel, et moins fiables que jamais du côté des médias classiques… En aval, alors qu’Internet devient peu à peu aussi commun et invisible que l’électricité, se posent les questions des limites des moteurs tels que Google. Et puis il y a nos détournements, nos créations, nos projets individuels ou collectifs…

Beyond Google
If only because of its power and its tentacular expansion, Google deserves a radical critique, but at its height. Understanding Google and the importance it has in our daily lives requires a look beyond the search engine itself and its services. The use of Gmail and its contextual advertising, as well as Google Street View and its streets filmed with a 360˚ angular view (as if we were there) is not neutral. Except that, before Google, our desires exist. The number of sources of information and knowledge grows insanely every day, and at the same time the mainstream media become less reliable. As the Internet becomes as ubiquitous and invisible as electricity, the limits of engines such as Google need to be questioned. And then there’s our fidelity, our creations, our individual and collective projects…

Peut-on faire l’économie de Google ?

Google ne nous est pas indispensable comme le frigidaire et l’eau courante. Impossible de le ramener à ce statut commode d’objet de consommation ou de service quotidien, et ainsi de le tenir à distance. Comme les réseaux sociaux, ce réseau des réseaux cognitifs s’immisce dans notre perception, dans notre ordonnancement des mots, des concepts, dans la visibilité de tout, dans notre mesure de toutes choses. Au-delà de son discours missionnaire, le meilleur allié de Google est la formation d’un nouveau type de travailleur de la connaissance, de cyber-sentant, de cyber-patient ou de cyber-réseaunnant (comme raison, réseau et résonnance). La force hégémonique de Google ne relève pas de la coercition (de son monopole ou de sa position dominante), mais de la captation de ce mode de constitution de nos subjectivités dont le moteur de recherche devient certes, le medium, puis en deuxième temps la matrice de média.

Can we do without Google ?
Google is not as essential as a refrigerator or running water. Yet, we are unable to downsize it to that convenient status of object of consumption or everyday service, and thus keep it at a safe distance. Same as social networks, this network of knowledge networks interferes in our perception, our arranging of words and concepts, in the visibility of eveyting, in our measure of all things. Besides its missionary discourse, the best ally of Google is the formation of a new type of knwledge worker, of cyber-feeling, cyber-patient or cyber-réseaunnant (from « reseau » -network- and resonance). The hegemonic power of Google is not the coercion (its monopoly or dominant position), but its coopting of our subjectivities, for which the search engine is indeed the medium, and in a second phase the matrix of media.

Laboratoire Amérique Latine

Le renouveau attendu après l’élection de Barack Obama en Amérique du Nord, ne saurait faire oublier que les premiers vrais craquements de l’ordre néolibéral (1980-2008) sont venus de l’Amérique latine depuis bientôt dix ans. Frémissement au Mexique dès les années 1990, avec le zapatisme qui a compté tellement pour toute la génération Seattle dans la […]

Les vertiges de la crise des subprimes

Dans un monde chaotique où la tentation est grande de se borner à cultiver son jardin comme Candide en renonçant à « y comprendre quelque chose », cette outrecuidance qu’avaient encore Hegel ou Marx, rien n’est plus revigorant pour l’intelligence que de suivre la trajectoire du missile de croisière que constitue la crise financière en cours. Nous […]

Ce qu’éditer veut dire – Hommage à Christian Bourgois

Christian Bourgois (21 septembre 1933-20 décembre 2007, éditeur à Paris), écrivait très peu. Se sachant perdu et ne pouvant se rendre à la 21e Foire internationale du livre de Guadalajara au Mexique, le 23 novembre 2007 pour recevoir le prix Merito Editorial, il confia à Dominique, sa femme et collaboratrice, son message de remerciement. Dans […]

De quelques objets trouvés non réclamés à la consigne

Éloge intempestif de Mai 68 Mai 68[1]. Enfin un chiffre rond. Quarantième anniversaire. Le spectre de la jeunesse enfin conjuré dans un pays de plus en plus vieux. L’art d’être grand-père fait florès, même si l’on n’a pas le talent de Victor Hugo, pour raconter ce qu’était Mai 68. À quarante ans de distance, on […]

Moulier-Boutang Yann

Professeur de sciences économiques à l’Université technologique de Compiègne, il enseigne l’économie et la culture européenne à l’Université de Shanghaï. Il a publié, entre autres, Liberté, égalité, blabla (Autrement, 2012), L’abeille et l’économiste (Carnets Nord, 2011) et Le capitalisme cognitif (Éditions Amsterdam, 2007). Co-directeur de Multitudes.