Accueil » Archives, etc. » Archives thématiques du site » Théories et philosophies politiques

Théories et philosophies politiques

Théorie radicale

Jean Baudrillard n’a pas eu lieu

LE MONDE | 17.03.07 La mort de Jean Baudrillard a suscité son lot habituel de commentaires obligés sur « le grand penseur disparu ». Un penseur, l’auteur de La guerre du Golfe n’a pas eu lieu (Galilée, 1991) ? Il a failli le devenir. S’émancipant de l’économisme marxiste, alors si pesant dans les milieux intellectuels, il a […]

Jean Baudrillard au-delà du réel

Libération mercredi 7 mars 2007Jean Baudrillard, c’était la curiosité même. Il ne ratait rien, pas un livre, pas un article, pas un geste, pas un paysage, une exposition, un film, une expression sur un visage, une posture, un habit, un foulard, un logo, une ombre, un écran de télévision, un bec de gaz, le macadam […]

Traduire la démocratie – Résistance socio-multitudinaire et démocratie radicale dans l’Empire

« Si la multitude veut résister efficacement contre la façon dont sa productivité intrinsèque, dans toutes ses sections, est niée, ces différentes sections ne doivent pas seulement proclamer leur singularité, mais surtout exprimer ce qu’elles ont en commun. L’expression de ce qui est commun aux chômeurs, aux réfugiés, aux étrangers, au digitariat, aux travailleurs qui vivent […]

La mort du libéralisme

1. Se situer dans le présent nécessite de le mettre à plat, de s’interdire vis-à-vis de lui toute plongée panoramique, de s’y mouvoir comme dans une zone dont manqueraient encore les directions et les cartes. En chercher les sorties. Et d’abord : chercher de quoi le présent est une sortie, plutôt que vers où il […]

La mort des idéologies est l’idéologie des années

Libération samedi 4 novembre 2006. Propos receuillis par Eric AESCHIMANNFrançois Cusset, 37 ans, historien des idées, analyse le revirement du paysage intellectuel français, des espérances révolutionnaires au discours sur la fin du politique. Sans épargner ses principaux acteurs : les anciens soixante-huitards reconvertis dans les valeurs libérales, la convivialité et le moralisme de plume. Vous […]

André Gorz, le philosophe et sa femme

LE MONDE DES LIVRES | 26.10.06 |Arrivé à un âge où il ne se sent plus la force d’entreprendre un livre de longue haleine, André Gorz se retourne sur sa vie, se rend compte qu’il n’en a jamais écrit l’essentiel, sa relation avec sa femme, et il commence à lui écrire, à elle, directement : […]

Le jeu de masque du néocréationnisme français

Le Monde samedi-dimanche 1 er septembre Que cache l’Université interdisciplinaire de Paris (UIP) ? Simple association philosophant sur les relations entre science et théologie ou fer de lance de l’importation du néocréationnisme en France ? Le contexte international rend ces questions sensibles. Aux Etats-Unis, les avocats du « dessein intelligent » (intelligent design) contestent le monopole du […]

Lettre ouverte à Régis Debray

Article paru dans l’édition du 23.06.06 – Le MondeVoilà ces grands hommes, grands de l’influence médiatique qui les zooment. Et voilà d’autres hommes, format grandeur nature, cherchant à recadrer autrement, enlevant les trompe-l’oeil du zoom, laissant place à la nature satisfaisante d’une réflexion saine et ouverte. C’est l’impression que j’ai eue en lisant la lettre […]

François Zourabichvili : un filosofo del divenire

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/29-Giugno-2006/art63.html François Zourabichvili è scomparso nello scorso mese a Parigi a 41 anni. Ha scelto di terminare la sua vita nello stesso modo atroce in cui un altro filosofo, Gilles Deleuze, scelse di chiudere la propria esattamente dieci anni fa. Tra Zourabichvili e Deleuze non c’è tuttavia solo la comunanza della morte, ma anche un […]

La gauche doit reconquérir le libéralisme, il lui appartient

Propos receuillis par Annette Levy-Willard ( Libération samedi 03 juin 2006 )Zeev Sternhell, historien, spécialiste de la droite française, explique comment les valeurs libérales ont été, à tort, associées au capitalisme. Il rappelle que ces valeurs de liberté ont été introduites par la révolution de 1789, et qu’historiquement le socialisme en est l’héritier La gauche […]

Network, swarm, microstructure

Let’s consciously combine two meanings of a network: a map, a set of relations analyzed from ecological point of view and the kind of behaviour…. That is why I think of using the notion of swarm – its emergent behaviour cannot be described as unpredictable. We may find out some patterns in its behaviour and […]

Hommage à François Zourabichvili

Suite à sa tragique disparitionCe qui est triste dans la mort de quelqu’un, c’est la cloture de ce « pas encore », de cette ouverture de l’être sur le bord du temps qui caractérise la puissance productive de l’événement. C’est ce qui rend la disparition de François Zourabichvili, inacceptable. Judith Revel Ses obsèques auront lieu samedi 29 […]

Utopies de marché, utopies morbides

La « fin de l’utopie », proclamée en même temps que la « fin de l’histoire » et autres fins ou morts du sujet, a suscité des réactions politiques paradoxales et à la hauteur de ce symptomatique post-déboire. Il ne semble pas trop caricatural de dire qu’à « gauche » le mot utopie s’est alors […]

La place de l’exterritorialité

in Mark Alizart,Christophe Kihm (dir.), Fresh Théorie, Paris, Léo Scheer, 2005, pp. 329-349. Un des traits du retournement idéologique débuté il y a trente ans apparaît dans la valeur nouvelle accordée alors au déplacement et à la mobilité. Dans la décennie qui suit 1968 la fuite et l’errance sont élevées au rang de concepts critiques […]

« L’Image du Capital (V) : humains, non-humains, post-humains etc »

Séminaire organisé par Frédéric Neyrat au Collège international de philosophie« L’Image du Capital (V) : humains, non-humains, post-humains etc. » séminaire organisé par Frédéric Neyrat au Collège international de philosophie 1 rue Descartes, 75005 Paris Frédéric est Membre du Comité de rédaction de Multitudes Argument Au cours de ce séminaire, nous avons plusieurs fois rencontré […]

Alain Badiou et les inquisiteurs

LE MONDE DES LIVRES | 26.01.06 | La chronique de Roger-Pol Droit (« Le Monde des livres » du 25 novembre 2005) et l’article de Frédéric Nef intitulé « Le « nom des juifs » selon Alain Badiou » dans lesquels était violemment contesté le contenu de l’ouvrage Circonstances, 3. Portées du mot « juif » d’Alain Badiou (éd. Lignes, « Le Monde des […]

Intellectuels français : une nouvelle génération

http://www.ideesdefrance.fr/-Jeunes-intellos-.htmlOù sont passés les intellos ? On ne compte plus les actes de décès de l’intellectuel français. Déjà le philosophe Michel Foucault (mort en 1984), le sociologue Pierre Bourdieu (mort en 2002) et l’essayiste Régis Debray, dans des genres différents, constataient en leur temps la disparition de l’intellectuel généraliste (ou « littéraire ») engagé, sur […]

Sur une fausse alternative «républicaine»

Nouvelle République – Alger (22-01-2006)«Il faut s’occuper de la politique, dit-on à l’association Devoir de mémoire, ou c’est la politique qui s’occupera de nous» «Le bulletin de vote peut être une solution aux problèmes des banlieues» ; «S’inscrire, c’est nécessaire» ; «Reprendre confiance dans la société française» ; «Si tu veux réussir, tu seras soit […]

Finkelkraut n’est qu’un symptome

*Les récents propos racistes d’Alain Finkielkraut sur le caractère ethnico-religieux des émeutes urbaines, les bons côtés de la colonisation et de l’esclavage, la France qui « n’a fait que du bien aux Africains », l’équipe de football « Black-Black-Black », etc. [1, sont certes choquants, mais ils n’ont rien de surprenant ni d’exceptionnel…* http://lmsi.net/article.php3?id_article=490 Dès […]

Finkielkraut, philosophe de l’ordre

Il est indéniable que l’«ancien nouveau philosophe» Finkielkraut défend une société de l’ordre : de l’ordre bourgeois. Il fait partie d’une tradition bien française d’écrivains qui, plongés dans un profond désespoir, abandonnent les idéaux humanistes. Comme de nombreux intellectuels anticommunards, il veut le rétablissement ou le maintien d’une justice et d’une égalité bourgeoises : une […]

La vie est une maladie en pleine expansion

POLITIS, N°873Président de la Société psychanalytique de Paris, Gérard Bayle réplique ici au « Livre noir de la psychanalyse » ( éditions Les Arènes), derrière lequel il voit une tentative très mercantile d’élargir le marché des médicaments psychotropes. En vingt ans, l’éventail des diagnostics psychiatriques est passé d’une trentaine de pathologies répertoriées à quelques centaines […]

L’individu, enjeu de la gauche

Libération mercredi 19 octobre 2005L ‘intelligence du réel apparaît en crise dans la gauche française. Dans son réfrigérateur conceptuel, on trouve surtout des formules creuses à tonalité technocratique sur «la nécessaire conciliation de l’économique et du social», avec çà et là des restes rances d’économisme keynésiano-marxiste. La fin de l’hégémonie marxiste en son sein aurait […]

Actualité de la pensée et de l’œuvre de Marx en France, en Europe et dans le monde

Fondation Gabriel Péri  20 mai 2005-05-19 Actualité de la pensée et de l’œuvre de Marx en France, en Europe et dans le monde (Participaient entre autres, Mohamed Arkoun, Balibar, Bidet, Boccara J.L. Sagot Duvouroux, Jean Salem, Lucien Sève, Arnaud Spire, André Tosel, etc…)I « Le marxisme, philosophie indépassable de notre temps » disait J.P. Sartre pour qui, en, […]

La démocratie radicale d’Emerson : individualisme et dissentiment

Ce texte est la version écrite de l’exposé (plus bref) présenté par Sandra Laugier au séminaire de l’Association Multitudes au Séminaire du 15 janvier 2005. Présentation Je prends mon point de départ dans une réflexion sur le langage chez Wittgenstein (cf. mon article sur Wittgenstein dans Multitudes 9): la question d’une voix commune, de ce […]

Panorama de la philosophie francaise contemporaine

Conférence à la Bibliothèque Nationale. (Buenos Aires, le 1er juin 2004.) Je voudrais vous présenter quelques remarques sur la philosophie française en commençant par un paradoxe : ce qui est le plus universel est aussi, en même temps, le plus particulier. C’est ce que Hegel appelle l’universel concret, la synthèse de ce qui est absolument […]

Los margenes al centro

La Contribucion del Marxismo autonomista al debate entre teoria de los nuevos movimientos sociales y marxismo Este artículo explora la argumentación de la teoría de los nuevos movimientos sociales y del marxismo sobre el grado de marginalidad o centralidad de los movimientos sociales en los conflictos sociales y politicos respecto a las organizaciones políticas de […]

Marché, marcher

Paru dans la revue Vacarme en septembre 2001 Il règne sur l’Etat, sur le marché, sur la liberté, sur la communauté, sur l’universel et l’intérêt général, de curieux raisonnements qui soumettent les mouvements minoritaires actuels, les ONG, les écologistes à un petit chantage réglé. Ils sont sommés de s’en tenir au statut d’un social sans […]

Résistance réticulaire, personnalité flexible

Dans le meilleur des mondes capitalistes, la bourse doit fournir des ressources pour le développement industriel, à travers une spéculation virtuelle sur les valeurs. Qu’en est-il d’Internet ? De 1995 à 2000, des infrastructures importantes ont été financées à travers le monde ; et la crise de suréquipement actuelle est considérée comme désastreuse. L’histoire a […]

¿Hay un uso de izquierda del pensamiento reaccionario?

« Los extremos siempre son fastidiosos, pero son sensatos cuando son necesarios. Lo que tienen de lenitivo consiste en que nunca son mediocres y en que resultan decisivos cuando son buenos » (Cardenal de Retz, Mémoires, Segunda parte, Édition Pléiade, p. 108). —— Una anécdota para entrar en materia: la publicación de un libro de Carl Schmitt […]

Y a-t-il un usage de gauche de la pensée réactionnaire ?

« Les extrêmes sont toujours fâcheux, mais ils sont sages quand ils sont nécessaires. Ce qu’ils ont de consolatif, c’est qu’ils ne sont jamais médiocres et qu’ils sont décisifs quand ils sont bons » Cardinal de Retz, Mémoires, II partie, Edition Pléiade, p. 108 ——– Une anecdote pour entrer en matière : la publication d’un […]

Multitudes in German et un japonais au FSE

Ces 7 – 9 novembre, a été tenu à Frankfurt sur Main un congrès intitulé « Indeterminate !, Communism », organisé surtout par des étudiants de la ville, et ramassant une soixantaine de conférenciers(ères) dont un certain nombre sont non-allemand(e)s (Zizeck, Mouffe, Rancière, Badiou, etc.) et 7 ou 8 cents auditeurs allemands, anglais, etc. Le congrès a […]

Agirs revendicatifs et démocratie

Revue « le Passant ordinaire Ecrit pour le Journal de l’Archipel des revues La démocratie est l’institution politique de la société par le pouvoir citoyen. A l’aune de cette définition, nos pratiques semblent bien déficientes. Les maux qui affectent nos pratiques de la démocratie sont de deux ordres. Il faut tout d’abord reconnaître l’existence d’une crise […]

Derrière le marché du libéralisme, la marche vers la liberté

Il règne sur l’Etat, sur le marché, sur la liberté, sur la communauté, sur l’universel et l’intérêt général, de curieux raisonnements qui soumettent les mouvements minoritaires actuels, les ONG, les écologistes à un petit chantage réglé. Ils sont sommés de s’en tenir au statut d’un social sans phrases ou bien de basculer franchement dans la […]

« L’immatériel  » d’André Gorz

Notes de lecture pour Ecorev D’ordinaire, passé un certain âge, les penseurs originaux ont construit leur œuvre et se bornent à des synthèses autour d’un thème majeur, de cet unique livre dont Proust disait chaque écrivain porteur. Ces variations sont toujours intéressantes car elles permettent une meilleure compréhension du motif principal. Mais elles sont rarement […]

La pensée réactionnaire aujourd'hui

Le jeu de masque du néocréationnisme français

Le Monde samedi-dimanche 1 er septembre Que cache l’Université interdisciplinaire de Paris (UIP) ? Simple association philosophant sur les relations entre science et théologie ou fer de lance de l’importation du néocréationnisme en France ? Le contexte international rend ces questions sensibles. Aux Etats-Unis, les avocats du « dessein intelligent » (intelligent design) contestent le monopole du […]

Lettre ouverte à Régis Debray

Article paru dans l’édition du 23.06.06 – Le MondeVoilà ces grands hommes, grands de l’influence médiatique qui les zooment. Et voilà d’autres hommes, format grandeur nature, cherchant à recadrer autrement, enlevant les trompe-l’oeil du zoom, laissant place à la nature satisfaisante d’une réflexion saine et ouverte. C’est l’impression que j’ai eue en lisant la lettre […]

Alain Badiou et les inquisiteurs

LE MONDE DES LIVRES | 26.01.06 | La chronique de Roger-Pol Droit (« Le Monde des livres » du 25 novembre 2005) et l’article de Frédéric Nef intitulé « Le « nom des juifs » selon Alain Badiou » dans lesquels était violemment contesté le contenu de l’ouvrage Circonstances, 3. Portées du mot « juif » d’Alain Badiou (éd. Lignes, « Le Monde des […]

Sur une fausse alternative «républicaine»

Nouvelle République – Alger (22-01-2006)«Il faut s’occuper de la politique, dit-on à l’association Devoir de mémoire, ou c’est la politique qui s’occupera de nous» «Le bulletin de vote peut être une solution aux problèmes des banlieues» ; «S’inscrire, c’est nécessaire» ; «Reprendre confiance dans la société française» ; «Si tu veux réussir, tu seras soit […]

Finkelkraut n’est qu’un symptome

*Les récents propos racistes d’Alain Finkielkraut sur le caractère ethnico-religieux des émeutes urbaines, les bons côtés de la colonisation et de l’esclavage, la France qui « n’a fait que du bien aux Africains », l’équipe de football « Black-Black-Black », etc. [1, sont certes choquants, mais ils n’ont rien de surprenant ni d’exceptionnel…* http://lmsi.net/article.php3?id_article=490 Dès […]

Finkielkraut, philosophe de l’ordre

Il est indéniable que l’«ancien nouveau philosophe» Finkielkraut défend une société de l’ordre : de l’ordre bourgeois. Il fait partie d’une tradition bien française d’écrivains qui, plongés dans un profond désespoir, abandonnent les idéaux humanistes. Comme de nombreux intellectuels anticommunards, il veut le rétablissement ou le maintien d’une justice et d’une égalité bourgeoises : une […]

¿Hay un uso de izquierda del pensamiento reaccionario?

« Los extremos siempre son fastidiosos, pero son sensatos cuando son necesarios. Lo que tienen de lenitivo consiste en que nunca son mediocres y en que resultan decisivos cuando son buenos » (Cardenal de Retz, Mémoires, Segunda parte, Édition Pléiade, p. 108). —— Una anécdota para entrar en materia: la publicación de un libro de Carl Schmitt […]

Y a-t-il un usage de gauche de la pensée réactionnaire ?

« Les extrêmes sont toujours fâcheux, mais ils sont sages quand ils sont nécessaires. Ce qu’ils ont de consolatif, c’est qu’ils ne sont jamais médiocres et qu’ils sont décisifs quand ils sont bons » Cardinal de Retz, Mémoires, II partie, Edition Pléiade, p. 108 ——– Une anecdote pour entrer en matière : la publication d’un […]

Philosophie française contemporaine

Jean Baudrillard n’a pas eu lieu

LE MONDE | 17.03.07 La mort de Jean Baudrillard a suscité son lot habituel de commentaires obligés sur « le grand penseur disparu ». Un penseur, l’auteur de La guerre du Golfe n’a pas eu lieu (Galilée, 1991) ? Il a failli le devenir. S’émancipant de l’économisme marxiste, alors si pesant dans les milieux intellectuels, il a […]

André Gorz, le philosophe et sa femme

LE MONDE DES LIVRES | 26.10.06 |Arrivé à un âge où il ne se sent plus la force d’entreprendre un livre de longue haleine, André Gorz se retourne sur sa vie, se rend compte qu’il n’en a jamais écrit l’essentiel, sa relation avec sa femme, et il commence à lui écrire, à elle, directement : […]

François Zourabichvili : un filosofo del divenire

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/29-Giugno-2006/art63.html François Zourabichvili è scomparso nello scorso mese a Parigi a 41 anni. Ha scelto di terminare la sua vita nello stesso modo atroce in cui un altro filosofo, Gilles Deleuze, scelse di chiudere la propria esattamente dieci anni fa. Tra Zourabichvili e Deleuze non c’è tuttavia solo la comunanza della morte, ma anche un […]

Hommage à François Zourabichvili

Suite à sa tragique disparitionCe qui est triste dans la mort de quelqu’un, c’est la cloture de ce « pas encore », de cette ouverture de l’être sur le bord du temps qui caractérise la puissance productive de l’événement. C’est ce qui rend la disparition de François Zourabichvili, inacceptable. Judith Revel Ses obsèques auront lieu samedi 29 […]

« L’Image du Capital (V) : humains, non-humains, post-humains etc »

Séminaire organisé par Frédéric Neyrat au Collège international de philosophie« L’Image du Capital (V) : humains, non-humains, post-humains etc. » séminaire organisé par Frédéric Neyrat au Collège international de philosophie 1 rue Descartes, 75005 Paris Frédéric est Membre du Comité de rédaction de Multitudes Argument Au cours de ce séminaire, nous avons plusieurs fois rencontré […]

Intellectuels français : une nouvelle génération

http://www.ideesdefrance.fr/-Jeunes-intellos-.htmlOù sont passés les intellos ? On ne compte plus les actes de décès de l’intellectuel français. Déjà le philosophe Michel Foucault (mort en 1984), le sociologue Pierre Bourdieu (mort en 2002) et l’essayiste Régis Debray, dans des genres différents, constataient en leur temps la disparition de l’intellectuel généraliste (ou « littéraire ») engagé, sur […]

Panorama de la philosophie francaise contemporaine

Conférence à la Bibliothèque Nationale. (Buenos Aires, le 1er juin 2004.) Je voudrais vous présenter quelques remarques sur la philosophie française en commençant par un paradoxe : ce qui est le plus universel est aussi, en même temps, le plus particulier. C’est ce que Hegel appelle l’universel concret, la synthèse de ce qui est absolument […]

Actualité du marxisme

Actualité de la pensée et de l’œuvre de Marx en France, en Europe et dans le monde

Fondation Gabriel Péri  20 mai 2005-05-19 Actualité de la pensée et de l’œuvre de Marx en France, en Europe et dans le monde (Participaient entre autres, Mohamed Arkoun, Balibar, Bidet, Boccara J.L. Sagot Duvouroux, Jean Salem, Lucien Sève, Arnaud Spire, André Tosel, etc…)I « Le marxisme, philosophie indépassable de notre temps » disait J.P. Sartre pour qui, en, […]

Los margenes al centro

La Contribucion del Marxismo autonomista al debate entre teoria de los nuevos movimientos sociales y marxismo Este artículo explora la argumentación de la teoría de los nuevos movimientos sociales y del marxismo sobre el grado de marginalidad o centralidad de los movimientos sociales en los conflictos sociales y politicos respecto a las organizaciones políticas de […]

Actualité et critique du libéralisme

La mort du libéralisme

1. Se situer dans le présent nécessite de le mettre à plat, de s’interdire vis-à-vis de lui toute plongée panoramique, de s’y mouvoir comme dans une zone dont manqueraient encore les directions et les cartes. En chercher les sorties. Et d’abord : chercher de quoi le présent est une sortie, plutôt que vers où il […]

La gauche doit reconquérir le libéralisme, il lui appartient

Propos receuillis par Annette Levy-Willard ( Libération samedi 03 juin 2006 )Zeev Sternhell, historien, spécialiste de la droite française, explique comment les valeurs libérales ont été, à tort, associées au capitalisme. Il rappelle que ces valeurs de liberté ont été introduites par la révolution de 1789, et qu’historiquement le socialisme en est l’héritier La gauche […]

Utopies de marché, utopies morbides

La « fin de l’utopie », proclamée en même temps que la « fin de l’histoire » et autres fins ou morts du sujet, a suscité des réactions politiques paradoxales et à la hauteur de ce symptomatique post-déboire. Il ne semble pas trop caricatural de dire qu’à « gauche » le mot utopie s’est alors […]

L’individu, enjeu de la gauche

Libération mercredi 19 octobre 2005L ‘intelligence du réel apparaît en crise dans la gauche française. Dans son réfrigérateur conceptuel, on trouve surtout des formules creuses à tonalité technocratique sur «la nécessaire conciliation de l’économique et du social», avec çà et là des restes rances d’économisme keynésiano-marxiste. La fin de l’hégémonie marxiste en son sein aurait […]

Marché, marcher

Paru dans la revue Vacarme en septembre 2001 Il règne sur l’Etat, sur le marché, sur la liberté, sur la communauté, sur l’universel et l’intérêt général, de curieux raisonnements qui soumettent les mouvements minoritaires actuels, les ONG, les écologistes à un petit chantage réglé. Ils sont sommés de s’en tenir au statut d’un social sans […]

Résistance réticulaire, personnalité flexible

Dans le meilleur des mondes capitalistes, la bourse doit fournir des ressources pour le développement industriel, à travers une spéculation virtuelle sur les valeurs. Qu’en est-il d’Internet ? De 1995 à 2000, des infrastructures importantes ont été financées à travers le monde ; et la crise de suréquipement actuelle est considérée comme désastreuse. L’histoire a […]

Derrière le marché du libéralisme, la marche vers la liberté

Il règne sur l’Etat, sur le marché, sur la liberté, sur la communauté, sur l’universel et l’intérêt général, de curieux raisonnements qui soumettent les mouvements minoritaires actuels, les ONG, les écologistes à un petit chantage réglé. Ils sont sommés de s’en tenir au statut d’un social sans phrases ou bien de basculer franchement dans la […]

Critique de la psychanalyse

La vie est une maladie en pleine expansion

POLITIS, N°873Président de la Société psychanalytique de Paris, Gérard Bayle réplique ici au « Livre noir de la psychanalyse » ( éditions Les Arènes), derrière lequel il voit une tentative très mercantile d’élargir le marché des médicaments psychotropes. En vingt ans, l’éventail des diagnostics psychiatriques est passé d’une trentaine de pathologies répertoriées à quelques centaines […]

Démocratie radicale

Traduire la démocratie – Résistance socio-multitudinaire et démocratie radicale dans l’Empire

« Si la multitude veut résister efficacement contre la façon dont sa productivité intrinsèque, dans toutes ses sections, est niée, ces différentes sections ne doivent pas seulement proclamer leur singularité, mais surtout exprimer ce qu’elles ont en commun. L’expression de ce qui est commun aux chômeurs, aux réfugiés, aux étrangers, au digitariat, aux travailleurs qui vivent […]

La démocratie radicale d’Emerson : individualisme et dissentiment

Ce texte est la version écrite de l’exposé (plus bref) présenté par Sandra Laugier au séminaire de l’Association Multitudes au Séminaire du 15 janvier 2005. Présentation Je prends mon point de départ dans une réflexion sur le langage chez Wittgenstein (cf. mon article sur Wittgenstein dans Multitudes 9): la question d’une voix commune, de ce […]

Agirs revendicatifs et démocratie

Revue « le Passant ordinaire Ecrit pour le Journal de l’Archipel des revues La démocratie est l’institution politique de la société par le pouvoir citoyen. A l’aune de cette définition, nos pratiques semblent bien déficientes. Les maux qui affectent nos pratiques de la démocratie sont de deux ordres. Il faut tout d’abord reconnaître l’existence d’une crise […]

French Theory

La mort des idéologies est l’idéologie des années

Libération samedi 4 novembre 2006. Propos receuillis par Eric AESCHIMANNFrançois Cusset, 37 ans, historien des idées, analyse le revirement du paysage intellectuel français, des espérances révolutionnaires au discours sur la fin du politique. Sans épargner ses principaux acteurs : les anciens soixante-huitards reconvertis dans les valeurs libérales, la convivialité et le moralisme de plume. Vous […]

La place de l’exterritorialité

in Mark Alizart,Christophe Kihm (dir.), Fresh Théorie, Paris, Léo Scheer, 2005, pp. 329-349. Un des traits du retournement idéologique débuté il y a trente ans apparaît dans la valeur nouvelle accordée alors au déplacement et à la mobilité. Dans la décennie qui suit 1968 la fuite et l’errance sont élevées au rang de concepts critiques […]

Theorie des réseaux

Network, swarm, microstructure

Let’s consciously combine two meanings of a network: a map, a set of relations analyzed from ecological point of view and the kind of behaviour…. That is why I think of using the notion of swarm – its emergent behaviour cannot be described as unpredictable. We may find out some patterns in its behaviour and […]

Théorie politique

Empêcher d’exister – une hypothèse cosmopolitique négative

Intervention lors de la table ronde « Échelles de la violence à l’époque de la mondialisation », à l’occasion du Colloque « Sociétés, États, « terreur » et « terrorisme » – une perspective historique et philosophique », sous la responsabilité de Rada IVEKOVIC et Ranabir SAMADDAR (Paris, 02.11.06/04.11.06) (Version française) « Plus la brutalité […]

Economies of affectivity

http://www.vinculo-a.net/english_site/text_prada.html Life and biopolitics It is no longer an exaggeration to claim that we are in the « biological century », judging by the intense development and the dimension of the achievements attained in recent years in some of the life sciences, such as Genomics and Biotechnology. However, let us not forget that the increasingly more efficient […]

Immanent war, immaterial terror

Edited transcription of the author’s address to Antonio Negri in June 2004 at Birkbeck College, London.From its very inception, the contestation of liberal modernity has involved the refusal of the biopolitically constituted forms of peace that liberalizing regimes inculcate within and among the populations they govern. Subject to the imposition of their ‘zero time of […]

Second hommage à Hannah Arendt

Je comprends Arendt à partir d’un seul concept qui traverse toute son oeuvre: initier. Initier, c’est commencer quelque chose de nouveau dans le monde. Qu’est-ce que la politique ? La politique, c’est l’agir dans la cité. C’est initier. Elle réside dans ce que l’on commence en vue d’un nous qui existe par ces commencements mêmes, […]

Surveillance, Performance, Self-Surveillance

Interview with Jill Magid by Geert LovinkIllustrated version on www.networkcultures.orgUS-American, Amsterdam-based artist Jill Magid was a ‘must see’ at the 2004 Liverpool Biennial (www.biennial.com). Her work fitted in tightly with the Biennial’s topic of the city and the ‘engagement with place’. The installation, Evidence Locker, shown at the Tate Gallery and the Fact centre for […]

Biopolitique

Empêcher d’exister – une hypothèse cosmopolitique négative

Intervention lors de la table ronde « Échelles de la violence à l’époque de la mondialisation », à l’occasion du Colloque « Sociétés, États, « terreur » et « terrorisme » – une perspective historique et philosophique », sous la responsabilité de Rada IVEKOVIC et Ranabir SAMADDAR (Paris, 02.11.06/04.11.06) (Version française) « Plus la brutalité […]

Economies of affectivity

http://www.vinculo-a.net/english_site/text_prada.html Life and biopolitics It is no longer an exaggeration to claim that we are in the « biological century », judging by the intense development and the dimension of the achievements attained in recent years in some of the life sciences, such as Genomics and Biotechnology. However, let us not forget that the increasingly more efficient […]

Immanent war, immaterial terror

Edited transcription of the author’s address to Antonio Negri in June 2004 at Birkbeck College, London.From its very inception, the contestation of liberal modernity has involved the refusal of the biopolitically constituted forms of peace that liberalizing regimes inculcate within and among the populations they govern. Subject to the imposition of their ‘zero time of […]

Surveillance, Performance, Self-Surveillance

Interview with Jill Magid by Geert LovinkIllustrated version on www.networkcultures.orgUS-American, Amsterdam-based artist Jill Magid was a ‘must see’ at the 2004 Liverpool Biennial (www.biennial.com). Her work fitted in tightly with the Biennial’s topic of the city and the ‘engagement with place’. The installation, Evidence Locker, shown at the Tate Gallery and the Fact centre for […]

Qu'est-ce que la politique ?

Second hommage à Hannah Arendt

Je comprends Arendt à partir d’un seul concept qui traverse toute son oeuvre: initier. Initier, c’est commencer quelque chose de nouveau dans le monde. Qu’est-ce que la politique ? La politique, c’est l’agir dans la cité. C’est initier. Elle réside dans ce que l’on commence en vue d’un nous qui existe par ces commencements mêmes, […]

Critique du libéralisme

Pour un intellectuel, aller à la télévision, c’est prendre le risque de dire des bêtises à toute allure

Charlie-hebdo, 7 mars 2007, entretien avec Stéphane Bou,Dans « Philosophes dans la tourmente » (Fayard, 2005), Elisabeth Roudinesco rendait hommage à six grands maîtres (Canguilhem, Sartre, Foucault, Althusser, Deleuze et Derrida) qui illustraient, chacun à leur manière, une figure exemplaire de l’« intellectuel engagé ». Dans « Pourquoi tant de haine? » Anatomie du Livre noir de la psychanalyse […]

Pour un intellectuel, aller à la télévision, c’est prendre le risque de dire des bêtises à toute allure

Charlie-hebdo, 7 mars 2007, entretien avec Stéphane Bou,Dans « Philosophes dans la tourmente » (Fayard, 2005), Elisabeth
Roudinesco rendait hommage à six grands maîtres (Canguilhem, Sartre,
Foucault, Althusser, Deleuze et Derrida) qui illustraient, chacun à leur
manière, une figure exemplaire de l’« intellectuel engagé ». Dans
« Pourquoi tant de haine? » Anatomie du Livre noir de la psychanalyse
(Navarin, 2005), consternée qu’un hebdomadaire comme Le Nouvel
Observateur puisse faire la promotion d’un ouvrage dans lequel Freud
n’était guère mieux traité qu’un vulgaire astrologue, l’historienne
s’interrogeait notamment sur la manière avec laquelle les médias réduisent la
complexité des débats qui agitent la vie intellectuelle.

Nous lui avons demandé ce que lui inspirent ces sempiternels dossier
des médias sur les intellectuels.

« L’engagement d’un intellectuel, ce n’est pas le bulletin de vote mais
le travail sur toutes sortes de grands problèmes politiques. Autrefois,
on n’interviewait pas les « intellectuels engagés » pour leur demander
pour qui ils votaient ! La question ne se posait pas du tout comme ça.
Cette liste d’intellectuels et d’écrivains qui figure sur la couverture
du Nouvel Observateur, c’est un peu tout et n’importe quoi. Cela
ressemble , comme vous le dites, à la couverture de septembre 2005 où
l’on faisait l’apologie de ce livre inepte (Le livre noir de la psychanalyse)
et où l’on accusait Freud d’être un escroc et les psychanalystes d’être
les responsables d’un goulag, tout cela au nom de « la science » et sans
la moindre preuve. C’est la même confusion. Les médias « manichéïsent »
le débat. Alors que les affrontements intellectuels sont compliqués, les
médias obligent à un simplisme. »

- Le problème, selon vous, ne tient pas tant à l’état du débat
intellectuel qu’à son traitement par les médias ?

 » Aujourd’hui on est arrivé à ce paradoxe : le travail intellectuel
existe, mais périodiquement, l’opinion pense et dit qu’il n’y a plus
d’intellectuels (sous entendu comme avant), qu’ils ne prennent pas de position. C’est
faux. Mais le fait est, il y a une sorte de dichotomie entre l’image et
le rôle à quoi la presse les réduit, auxquels ils peuvent parfois se
complaire, et ce qu’ils sont en réalité. Contrairement à ce qu’on a
tendance à raconter, il y a des intellectuels qui travaillent, même si
l’on a l’impression que les grandes figures du siècle passé, de Sartre à
Bourdieu et Derrida, n’ont pas été remplacées. Mais tous ces
intellectuels ont été consacrés à une époque où il n’y avait pas la
télévision et donc où ils avaient beaucoup moins de risques de dire des
bêtises à toute allure. Je me rappelle du moment où il y avait une
génération de maîtres qui ne voulaient pas aller à la télévision et le
moment où, pour la génération suivante, il a fallu y aller. Or, si l’on
prend cette habitude, on peut finir par dire n’importe quoi, autrement
dit ce que la télévision veut qu’on dise. Il y a encore en France un «
pouvoir intellectuel » mais, aujourd’hui, le grand pouvoir c’est la
presse où il faut que les intellectuels puissent s’exprimer sans être
contraints à trop de simplification.  »

– Si on prend les personnages de votre livre « Philosophes dans la
tourmente » leur dénominateur commun, c’est la radicalité et la critique
du système ou du monde comme il va.

« . C’est le devoir de tout intellectuel. La définition même d’un
intellectuel c’est la radicalité mais pas le fanatisme. S’il n’y a pas
de radicalité, il n’y a plus d’intellectuel. »

- Mais cette figure existe encore ?

« De Balibar à Badiou en passant par Rancière, Elisabeth de Fontenay,
Françoise Héritier et bien d’autres encore, si vous considérez les
intellectuels importants, c’est-à-dire qui travaillent, vous retrouvez
exactement les mêmes engagements, les mêmes débats. La question de la
radicalité – l’exigence de maintenir une éthique du sujet contre une
politique ambiante qui vise à transformer les gens en objet de
consommation – est sans cesse posée. »

– A quoi alors tient ce sentiment de crise, avec les médias qui
remettent régulièrement sur le tapis la question de l’héritage de mai
68, d’une faillite de l’engagement, d’une droitisation des intellectuels
?

« Mais c’est vrai que l’on vit une époque de régression ! On est dans une
période de restauration et de reniement qui ressemble un peu à celle de
la Monarchie de juillet, où régnait une détestation de la Révolution
française. Aujourd’hui, on a le sentiment qu’il faut détester mai 68 et
partir à la recherche d’un conservatisme. Il y a la haine d’une pensée
qui a été rebelle et, du coup, on voit fleurir dans de nombreux discours
un anti-intellectualisme détestable aux allures populistes. Cela tient à
l’échec du communisme réel qui a produit la fascination pour ce nouveau
fléau qu’est l’économie de marché obligatoire posée comme seul horizon
possible de la modernité. C’est un nouveau fléau parce qu’il est sans
limite. Il va provoquer des effets aussi désastreux que la dérive
stalinienne de l’idée communiste. Au fond, quand un système a échoué, on
en essaie un autre de manière fanatique. Mais la contestation viendra
des Etats-Unis, comme c’est déjà le cas. Dans ce contexte, soit on peut
rêver de la perpétuation d’un vieux schéma révolutionnaire qui ne marche
pas. Soit on peut au contraire, comme Derrida par exemple, dire que
l’idée de rébellion n’est pas terminée, que nous devons en inventer les
nouvelles formes et résister à ce climat ambiant qui est l’acceptation
de l’ordre du monde dans tout ce qu’il a de plus horrible.  »

- Cette période de restauration ou de reniement, quand commence-t-elle
selon vous ?

 » Souvenez-vous comment on a bizarrement célébré le bicentenaire de la
Révolution française sous le signe de la contre Révolution. En nous
expliquant qu’après 1789, il fallait surtout se souvenir 1793. Mais ce
n’était pas évident que 1789 donne 1793 ! Et puis, à supposer même que ce soit
vrai, ce qui reste à démontrer, est-ce que ce n’est pas une loi de
l’histoire
que l’on passe par 1793, qui a en effet été une période meurtrière, pour
que puisse naître un nouveau siècle ? On a peur de la violence dans
l’histoire aujourd’hui. On souhaiterait que tous les évènements majeurs aient lieu
dans le calme. Mais on oublie que la violence est quotidienne sous nos
yeux : violence de la misère économique, de la folie, du racisme, de la
haine des autres et de soi, etc. Vous savez, on est dans une période
mémorielle et les périodes mémorielles sont toujours très dangereuses.
Je préfère l’idée que la vraie fidélité à un héritage c’est d’y être
infidèle. »

- Pourquoi ?

« Les devoirs de mémoire sont souvent une manière de reconstruire le
passé de façon non critique et de brosser une légende noire ou une
légende dorée. Regardez le débat sur la colonisation. La colonisation,
avec toutes ses horreurs, ce n’est pas toute la France. Un nombre
important de Français et d’intellectuels a été anti-colonialistes, à
commencer par Sartre ou Vidal-Naquet. Or, aujourd’hui, tout un mouvement
de révision du passé se forme qui consiste à dire que la France a été
abjecte et n’a été que ça. Le débat sur les lois mémorielles est là. On
veut soit des lois qui prétendent que la colonisation est un crime
contre l’humanité. Soit des lois qui, au contraire, disent qu’elle a été
positive. Ce n’est ni l’un ni l’autre. »

- A ce propos, et dans ce contexte d’une crise permanente entre les
différents devoirs de mémoire, les phénomènes de réécriture font de
l’antisémitisme
un problème central.

« C’est vrai qu’on a pu traiter Deleuze d’antisémite, Badiou
d’antisémite ou Bourdieu d’antisémite et on a dit que Derrida avait logiquement été
récupéré par des antisémites. Tout cela ne tient pas debout. Le débat se
crispe avec cette tragédie qu’est le conflit israélo-palestinien. Et je
dis bien tragédie parce que les deux partis ont raison. Vidal Naquet dit
fort bien : « je ne suis pas sioniste, je pense que la vraie judéité,
celle des Juifs sans dieu, c’est la diaspora et pas un territoire ou une
nation mais je ne pourrais pas supporter que l’on détruise l’état
d’Israël
» C’est une position pourtant simple. C’est la mienne : je m’y
reconnais pleinement, c’était celle de Freud qui fut hostile, en 1930,
au projet sioniste de création d’un état pour les Juifs mais qui en même
temps se sentait solidaire des Juifs de Palestine. On a un conflit qui
est celui des Grecs et des Troyens, un conflit ancestral, avec des
peuples qui voudraient chacun que l’autre n’existe pas et qui vont aux
extrêmes. Notamment, bien sûr, depuis le 11 septembre.

Évidemment, ce conflit a modifié la vision que l’on a aujourd’hui de
l’antisémitisme et, du coup, on effectue une révision du passé en fonction de la
situation présente et l’on accuse rétrospectivement des penseurs qui ont
défendu les droits des Palestiniens d’être des antisémites : ainsi on a
accusé Gilles Deleuze d’être antisémite. Mais demain on dira la même
chose de Foucault et de Sartre. [Souvenez vous du débat complètement
ridicule sur Foucault à propos de la révolution islamiste à Téhéran.
Foucault s’interroge. Il constate que c’est la première fois que l’on
est interpellé par une révolution spirituelle. Je n’ai pas vu qu’il
prenait parti pour l’Ayatollah Khomeiny. Je n’ai pas lu de texte dans
lequel il encourage à devenir islamiste Mais cela est montré
aujourd’hui comme une faute majeure qu’il se soit intéressé à ce phénomène qui est
devenu l’horizon politique d’aujourd’hui. Cela s’appelle du réductionnisme. On a quand même écrit que, peut-être, si Althusser avait
étranglé sa femme, c’est parce qu’elle était juive. Toutes ces accusations sans fondement profitent aux vrais antisémites. Il y a aussi, même chez des penseurs incontestables comme Milner, des dérapages. Comme les politiques, les intellectuels sont, dans le débat médiatique, toujours sous haute surveillance au moindre lapsus.  »

- Un dérapage, ou un lapsus, comme celui de Jean Claude Milner qui a
récemment dit que Les Héritiers de Bourdieu et Passeron était un livre
antisémite est quand même symptomatique !

« Mais Milner a regretté, dans une controverse avec moi, à l’Université
populaire du Musée Branly, cette parole contre le livre en question. Ne
nous transformons pas en policiers de l’inconscient. A cet égard, je
trouve beaucoup plus scandaleux les propos récents de Raymond Barre à
propos de Papon et d’un prétendu « lobby juif » lié à la gauche qui
aurait instrumentalisé l’attentat de la rue Copernic. Un tel lobby
n’existe pas et cet attentat est une horreur. Quant à Papon, il n’est pas un «
bouc émissaire » mais le complice de Vichy dans la déportation des
Juifs. Il a été en outre, comme préfet, le responsable d’une sanglante
« ratonnade » en 1961. Il a eu droit à un procès équitable, comme
Barbie. C’est la grandeur de la République. Mais il était d’autant plus
coupable qu’il n’a jamais eu le moindre remords. Il est mort dans son
lit, tant mieux pour lui et pour nous. Pas de vengeance, de grâce,
oublions Papon avec ou sans sa légion d’honneur.

La question juive a ressurgi par la déferlante d’un
antisémitisme islamique. Aujourd’hui, certains intellectuels qui
détestent ce qu’ils appellent à tort la « pensée 68″ laissent entendre
que l’antisémitisme de l’extrême-droite n’existerait plus et que c’est
« à gauche » qu’on le trouverait, notamment chez les héritiers
d’Althusser, de Derrida, de Bourdieu, de Deleuze, de Foucault, etc. Mais cela est
absurde. Le discours antisémite est une structure. Qu’il soit tenu par
les islamistes et certains de leurs alliés alter-mondialistes (fascinés
par Tariq Ramadan) ou par l’extrême-droite, il est de même nature : il
s’agit toujours d’attribuer aux Juifs les trois grands pouvoirs propres à
l’humanité
– l’intellect, le sexe, l’argent – et d’expliquer ainsi qu’ils
fomentent un complot perpétuel contre l’humanité en général. A cet
égard, d’ailleurs, l’antisémitisme est éternel et l’on n’en viendra
jamais à bout puisqu’il retourne les persécutions dont les Juifs ont
toujours été les victimes en un prétendu complot criminel projeté par
les Juifs eux-mêmes. D’où la vigilance qui s’impose et qui doit
s’accompagner d’une rigueur dans les analyses. Et cette rigueur s’impose aussi face à
tous ceux qui voudraient nous faire croire qu’il y aurait une «
exception juive » ou une « supériorité » des Juifs sur les non-Juifs.
N’oublions pas que le discours antisémite existe chez les Juifs eux-mêmes, soit
sous la forme de la haine de soi juive, soit quand des Juifs traitent
d’autres Juifs de « mauvais » Juifs ou « d’alter-Juifs » parce qu’ils ne pensent
pas comme eux politiquement. »

- Pourquoi cette situation?

 » Parce qu’il existe aujourd’hui une radicalisation absurde du débat
intellectuel fondée d’ailleurs sur la haine de l’intellect et qui
conduit à la guerre de tous contre tous. Ainsi, on accuse certains
d’être antisémites alors qu’ils ne le sont pas mais du même coup on ne sait
plus analyser correctement la place qu’occupe l’antisémitisme chez
certains écrivains ou penseurs dont les oeuvres ne se réduisent pas à
l’antisémitisme. Je pense ainsi à la manière dont on traite aujourd’hui Jean Genet,
écrivain aussi radical et transgressif que le fut Sade en son temps.
Doit-on cesser de le lire parce qu’il était pervers au point d’être
fasciné par l’abjection nazie? Doit-on l’accuser d’être antisémite parce
qu’il a défendu fanatiquement les Palestiniens? Doit-on réduire toute
son oeuvre à cela? Certainement pas. Il existe aujourd’hui une approche
de la littérature qui est l’équivalent de ce jdanovisme des années 1950
et qui consiste en un détestable manichéisme. Même chose à propos de
l’oeuvre de Heidegger. »

– C’est pourtant un vieux débat, qui dure depuis 50 ans.

« Oui, mais aujourd’hui la question revient sous une forme barbare.
Heidegger a été nazi sans le moindre doute, il a même été plus nazi
qu’on ne le pensait en 1945 et certains heideggériens français, dont Jean
Bauffret, ont contribué à masquer la période nazie d’Heidegger au point
de finir par soutenir Faurisson. Cette affaire est archi-connue. J’ai
moi-même étudié les relations entre Lacan et Heidegger. Mais
aujourd’hui, la thèse reprise dans les médias consiste à affirmer que tous les
commentateurs français de l’oeuvre heideggérienne ont été, sans le
savoir, les complices d’un complot fomenté par Heidegger contre la
pensée occidentale de la deuxième moitié du XXe siècle, lequel visait à
introduire le nazisme dans la philosophie. En conséquence, les adeptes
de cette thèse du « complot » réclament que l’enseignement de la pensée
de Heidegger soit interdite à l’école et à l’Université : c’est la
position d’Emmanuel Faye dans son dernier livre : Heidegger.
L’introduction du nazisme dans la philosophie (Albin Michel, 2005). La question
d’aujourd’hui n’est donc plus de savoir si oui ou non Heidegger a bien été nazi – il
l’a été et son oeuvre en porte la trace – mais d’inventer un complot qui n’a
pas eu lieu afin de traiter de complicité de nazisme une bonne partie
des philosophes français qui ont été marqués par la pensée
heideggérienne : de Sartre à Derrida en passant par Foucault et Levinas.

Ce que l’on peut donc voir à l’oeuvre dans ces débats manichéistes,
c’est bien la haine de la pensée dans ce qu’elle a de plus complexe, c’est la
volonté de remplacer cette complexité par une accusation de criminalité
qui permettrait d’évaluer partout, en termes de bilan chiffré et de
sondage, l’axe du bien et du mal, comme on le fait pour les programmes
politiques. Que le paradigme de l’antisémitisme soit au coeur de cette
nouvelle guerre contre la raison que des intellectuels livrent à
d’autres intellectuels désignés comme « criminels », n’a rien d’étonnant.  »