Théorie politique

Biopolitique

Empêcher d’exister – une hypothèse cosmopolitique négative

Intervention lors de la table ronde « Échelles de la violence à l’époque de la mondialisation », à l’occasion du Colloque « Sociétés, États, « terreur » et « terrorisme » – une perspective historique et philosophique », sous la responsabilité de Rada IVEKOVIC et Ranabir SAMADDAR (Paris, 02.11.06/04.11.06) (Version française) « Plus la brutalité […]

Economies of affectivity

http://www.vinculo-a.net/english_site/text_prada.html Life and biopolitics It is no longer an exaggeration to claim that we are in the « biological century », judging by the intense development and the dimension of the achievements attained in recent years in some of the life sciences, such as Genomics and Biotechnology. However, let us not forget that the increasingly more efficient […]

Immanent war, immaterial terror

Edited transcription of the author’s address to Antonio Negri in June 2004 at Birkbeck College, London.From its very inception, the contestation of liberal modernity has involved the refusal of the biopolitically constituted forms of peace that liberalizing regimes inculcate within and among the populations they govern. Subject to the imposition of their ‘zero time of […]

Surveillance, Performance, Self-Surveillance

Interview with Jill Magid by Geert LovinkIllustrated version on www.networkcultures.orgUS-American, Amsterdam-based artist Jill Magid was a ‘must see’ at the 2004 Liverpool Biennial (www.biennial.com). Her work fitted in tightly with the Biennial’s topic of the city and the ‘engagement with place’. The installation, Evidence Locker, shown at the Tate Gallery and the Fact centre for […]

Qu'est-ce que la politique ?

Second hommage à Hannah Arendt

Je comprends Arendt à partir d’un seul concept qui traverse toute son oeuvre: initier. Initier, c’est commencer quelque chose de nouveau dans le monde. Qu’est-ce que la politique ? La politique, c’est l’agir dans la cité. C’est initier. Elle réside dans ce que l’on commence en vue d’un nous qui existe par ces commencements mêmes, […]

Second hommage à Hannah Arendt

Je comprends Arendt à partir d’un seul concept qui traverse toute son oeuvre: initier. Initier,
c’est commencer quelque chose de nouveau dans le monde. Qu’est-ce que la politique ? La politique,
c’est l’agir dans la cité. C’est initier. Elle réside dans ce que l’on commence en vue d’un nous qui
existe par ces commencements mêmes, par ces initiatives.
L’agir, c’est l’action par laquelle quelqu’un (un quelqu’un quelconque) commence quelque chose (un
quelque chose a priori quelconque) de nouveau dans le monde, introduit de l’inattendu dans
l’enchaînement des événements, de l’inconnu dans le connu, fait surgir du non donné, sur le fond
d’un donné, et cela, sans même avoir la représentation de son but. Car l’agir politique n’est pas
stratégique. Il ne vise aucun but, ne met en joue aucun ennemi.
L’agir politique est l’initiative d’un quelconque au sein et en vue d’un nous. Car Arendt tient au
nous, à l’apport d’Aristote. Au sein et en vue d’un « nous », et donc d’un monde qui, ainsi, et ainsi
seulement, devient commun. La pluralité du vivre ensemble naît de cette confrontation des
initiatives, qui permet, à l’être humain (après l’horreur du nazisme, lorsque la tradition a été
brutalement rompue, l’homme serait-il devenu superflu, se demande-t-elle?) de revivre en permanence.
L’agir politique, c’est l’agir permanent d’un revivre, un risque en direction du « nous ». C’est du
moins ainsi que je ressens Hannah Arendt, que je la sens vivre. C’est, pour elle, dans l’agir (qui
ne peut être que politique, cet agir qu’elle oppose au « faire » du simple travail) que la liberté
positive se déploie. Car l’exercice de la liberté positive – en opposition d’avec la liberté
négative de Locke – est précisément cette capacité d’aller vers ce qui n’est pas encore, c’est
ouvrir ce qui ne se proposait pas comme tel, c’est être capable d’imaginer.
Pour Arendt, la liberté va toujours en direction de l’inconnu. C’est dans l’initiative que chacun,
chaque quelconque, se manifeste comme exception. Tout individu a pouvoir de se manifester dans son
exceptionnalité. C’est comme individualité véritable, comme singularité, que chacun, dans et malgré
son héritage (le fait qu’il soit juif, arménien…), dans et malgré la tension du passé qu’il met en
jeu, apporte à la pluralité, à la construction ce qu’elle appelle, sans cesse : « le vivre ensemble ».
Car la construction de ce « vivre ensemble », qui est l’essence même de la politique, réside dans la
manière dont cette exception est saluée et reconnue.
Au cour donc de la politique, l’agir comme initiative, saluée et reconnue publiquement au sein du
vivre ensemble, la cité étant l’espace d’établissement de cette publicité. Pour comprendre et placer
cette initiative, pour montrer le lien profond entre exercice de la liberté et politique, il faut
toujours partir de la pluralité humaine, et en aucune façon de l’homme isolé (ni de l’homme en
général, en tant que concept purement philosophique). La question politique, la seule d’une certaine
façon, est celle de la liberté dans la pluralité, de la pluralité à partir de la liberté.
La politique traite de la communauté et de la réciprocité d’êtres différents. Elle les organise en
tant que pluralité. Et dès que le sens de cette pluralité se perd, la politique se perd elle-aussi,
elle ne devient qu’exercice d’une souveraineté étatique. La politique se dissout dans le politique.
La politique prend naissance dans l’espace qui est entre les hommes, donc dans quelque chose de
fondamentalement extérieur à l’homme. Elle prend naissance dans l’espace intermédiaire, celui de la
relation. Ce n’est pas en partant de l’homme (de sa supposée essence) qu’on peut comprendre
l’existence d’un sens de la politique, mais bien en partant d’une pluralité qui n’existe que comme
tissu de relations entre individus absolument différents.
La politique organise d’entrée de jeu ces individualités en considérant leur égalité relative et en
faisant abstraction de leur différence relative. Différence absolue, non dans l’être (car dans
l’être, elle ne peut être que relative : tout individu est toujours déjà socialisé), mais dans
l’agir. Chaque fois que quelqu’un prend une initiative, que quelque chose de nouveau se produit,
c’est de manière inattendue, incalculable. Il produit un commencement absolu. Mais ce faisant, il
inaugure une chaîne d’action humaines interdépendantes.
C’est à l’agir (et non au faire) qu’il revient d’inaugurer quelque chose de neuf, de commencer par
soi-même une chaîne. Et la liberté consiste, pour Arendt, en ce pouvoir commencer, d’où il résulte
que des initiatives humaines sont sans cesse interrompues et reprises par de nouvelles initiatives,
qui, dans leur multiplicité et leurs incessants mouvements, forment la trame même du vivre ensemble,
et nous poussent à débattre de notre devenir commun. Le sens de la politique, et non sa finalité,
car la politique est dénuée de finalité fonctionnelle, consiste en ce que les hommes libres, ces
humains qui, par leur agir, font que les choses sont autrement, par-delà la violence, la domination,
la contrainte, ont entre eux des relations d’égaux, tout en centrant leur agir commun sur
l’expression de la liberté.
Différence absolue et égalité relative donc : sans une pluralité d’humains qui sont mes pairs, il
n’y aurait pas de liberté. La question n’est pas que nous soyons tous égaux devant la loi, ou que la
loi soit la même pour tous. La question proprement politique est que nous ayons tous les mêmes
titres à l’action politique, et aux débats qui doivent l’animer. Mais on voit alors que, pour
Arendt, la politique est rare. Elle est sans cesse étouffée par ce qui, dans le politique, dans
l’exercice du pouvoir de la machine d’Etat, nie, refoule, écrase, tout à la fois l’initiative et la
pluralité. L’agir politique est un concept critique, bien qu’il rende compte d’un exercice toujours
potentiellement présent, d’un sens qui parcourt la communauté humaine. D’où ce problème
particulièrement grave : le monopole de la violence, acquis par l’Etat, et bien mis en lumière par
Max Weber, engendre une confusion, pour ne pas dire une fusion entre puissance et violence. Entre
puissance des initiatives combinées, et exercice d’un pouvoir de domination par l’usage monopolisé
de la violence. Ce qui est caractéristique de notre époque moderne, c’est la combinaison spécifique
de la violence et de la puissance, qui ne pouvait avoir lieu que dans la sphère du politique, dans
la sphère publico-étatique, car c’est seulement en elle-même que, légalement et légitimement, dans
la société occidentale moderne, les hommes agissent ensemble et manifestent leur puissance, en même
temps, et de manière paradoxale, que cette sphère est celle où la violence légale s’organise. La
violence écrase la politique. Elle lamine la pluralité, étouffe la puissance qu’elle utilise, brise
l’initiative.
Face à ce constat, agir politiquement, c’est toujours séparer la puissance de la violence d’Etat,
trouver et retrouver le sens, largement perdu, de la politique, abandonner la catégorie
« moyens-fins ». Car la politique ne poursuit aucune fin : elle n’existe que dans son déploiement, à
partir du sens qui l’anime dans la subjectivité des individus agissant et dans la relance,
l’enchaînement sans fin de leurs initiatives croisées et des paroles qui les expriment, dans la
manière même dont les paroles échappent aux conventions qui tentent de les fixer. Dans la manière
dont le sens déborde en permanence les significations convenues.

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