Hors-champ 54.

Le face-à-face citadins/nature

La protection de l’environnement peut-elle être justifiée par des considérations esthétiques, telles que la beauté des animaux, ou des paysages ? Ou bien doit-elle obéir à une éthique environnementale scientifique ? Ou bien dans l’éthique du care se préoccuper de prendre soin ? Il faut reconnaître la co-appartenance des êtres vivants dans un même cadre matériel, l’entretien de leur solidarité à travers les âges, la nécessité de former des valeurs communes à partir de pratiques différentes. Ces questions sont examinées dans plusieurs cas : le rapport à l’animal de compagnie, l’expérience botanique d’un artiste refusée par un musée comme ne relevant pas de l’art, l’invention de formes écologiques refusées par le public comme technocratiques.

Face-to-Face betweenCity-Dwellers and Nature
Can environmental protection be based on esthetic considerations, such as the beauty of animals or landscapes? Or should it be grounded in scientific environmental ethics, or in an ethics of care? The crucial point is to acknowledge the co-belonging of many living beings within a single material environment, to maintain solidarity among generations, and to elaborate common values generated from a diversity of practices. Such principles are observed on three cases: urban relations to pets, an artistic experiment in botanic rejected by a museum as non-artistic, the invention of ecological forms rejected by the public as technocratic.

De la neutralisation comme mode de gouvernement

La démocratie moderne est à la fois inclusive, intégratrice, et exclusive de tout ce qui résiste à l’inclusion. Mais la normalité n’est-elle pas de se situer dans l’entre-deux ? C’est ce que font les technologies de maintien de l’ordre et leurs instruments d’une violence tout à fait graduée, que l’auteur nous décrit avec minutie. Mais la violence n’est pas la seule conduite possible dans cet entre-deux. Le pouvoir développe diverses manières de capturer l’intérêt en contraignant, de neutraliser l’opposition.

On Neutralization as a Mode of Government
Modern democracy is both inclusive and exclusive towards all the factors which resist inclusion and integration. Normality, however, consists in being located in-between. The author describes in details technologies of repression and control which use extremely graduated forms of violence. Beyond violence, power develops many ways to capture interests by neutralizing – rather than repressing – opposition.

Les mutuelles de sans‑tickets – Émergence d’une infrapolitique

Cet article étudie les diverses façons dont des usagers des transports en communs s’organisent en collectifs pour inventer des moyens de se soustraire à une obligation de paiement qu’ils jugent inique. En formant des collectifs qui partagent les informations sur les contrôles de ticket, qui mutualisent le paiement des amendes et qui élaborent collectivement des dénonciations publiques de la politique des transports en communs, ils se situent à la limite entre l’action politique traditionnelle et un mode de résistance et d’esquive que l’auteure propose de qualifier d’infrapolitique. Cette catégorie est esquissée ici à partir d’une relecture quelque peu décalée de la définition qu’en donne James C. Scott.

Free-Riders’
Associations
An Emerging Infrapolitics
This article studies the various ways in which users of public transportation organize in order to dodge payment for a service which social justice would demand to be free. Within such collectives, they share information about controls, they mutualize the payment of fines, and they launch public campaigns against the current politics of public transportations. Such actions are situated on the borderline between traditional politics and what the author describes as an emerging form of “infrapolitics”, reframing the definition provided a few years ago by James C. Scott.