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56. Multitudes 56

Mineure 56. Plèbes et multitudes en Amérique latine

Le centre de recherche canadien dirigé par André Corten préfère dire plèbe plutôt que multitude, à la différence de Toni Negri et Michel Hardt, pour parler des soulèvements très localisés et très violents en Amérique latine qui ne vont pas jusqu’à remettre en cause le pouvoir central, ni le système économique. Il s’agit d’obtenir des bénéfices concrets, dans des pays où la rente foncière ou industrielle permet aux dominants de jeter du lest. La notion de multitude renvoie plutôt à une nouvelle composition de classe, à l’expansion du capitalisme cognitif, à un projet révolutionnaire.

En Amérique latine interpellations plébéiennes

Le grand mouvement de juin 2013 au Brésil ou ceux de novembre-décembre 2012 en Argentine le rappellent : l’Amérique latine continue depuis plus d’une décennie à être le théâtre de soulèvements populaires et de luttes induisant d’importants bouleversements politiques – ne serait-ce que par leur refus d’états de choses jugés inacceptables. Ne citons que la guerre de […]

Soulèvements en Amérique latine Lecture en contrepoints

Soulèvements en Amérique latine
Lecture en contrepoints
Dans la lecture des soulèvements populaires en Amérique latine, deux interprétations sont comparées point par point : celle d’une part de Multitude de Hardt & Negri ainsi que de GlobAL : Luttes et biopouvoir à l’heure de la mondialisation. Le cas exemplaire de l’Amérique latine  de Negri & Cocco et celle d’autre part de L’interpellation plébéienne en Amérique latine du GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine). Ces deux interprétations sont irréductibles, mais non incompatibles.

Uprisings in Latin America
Counterpoint Readings
Two interpretations of popular uprisings in Latin America are compared point by point : on the one hand, Hardt and Negri’s Multitude as well as Negri and Cocco’s GlobAL : Luttes et biopouvoir à l’heure de la mondialisation. Le cas exemplaire de l’Amérique latine, on the other hand, GRIPAL’s (Research Group on Latin American Political Imaginaries) L’interpellation plébéienne en Amérique latine. These two interpretations are incommensurable but not incompatible.

Le tumulte plébéien Ou la part du dés-ordre en politique

Le tumulte plébéien
Ou la part du dés-ordre en politique
L’interpellation plébéienne est un concept visant à nommer la force politique des soulèvements populaires et des actions directes spontanées. En modifiant le concept althussérien d’interpellation et en le combinant à celui d’expérience plébéienne (Breaugh, 2007), il s’agit de rendre compte de l’auto-interpellation des « sans-part » (Rancière, 1990) par laquelle ils se donnent leurs propres conditions de possibilité dans des actions collectives. Le propre de ces actions est précisément de surgir en dehors des formes ritualisées de constitution de l’espace public. Elles sont intraitables dans ce qu’elles refusent toute catégorisation mais également dans ce qu’elles débordent toute représentation de « vivre-ensemble » de l’ordre politique. Cette forme « sauvage » d’interpellation se manifeste dans des moments de révolte ou de « sécession », d’interruption du cours normal de la reproduction du social. La plèbe doit être saisie pour ce qu’elle est, dans le tumulte vif de sa manifestation.

The plebeian turmoil
Or the share of dis-order in politics
The concept “plebeian interpellation” describes the political strength of popular uprisings and spontaneous direct actions. By modifying the Althusserian concept of “interpellation” and combining it with that of “plebeian experience” (Breaugh, 2007), we wish to offer an account of the self-affirmation of the “those without part” (Rancière, 1990) by which they give themselves their own conditions of possibility through collective action. Such actions arise outside the ritualized forms of the constitution of public space. At the same time, they arise beyond any representation of the political order. This untamed form of interpellation occurs in the context of rebellion or “secessions” that are as many interruptions of the normal course of social reproduction. Yet the plebs must be understood for what it is, in the great tumult of its manifestation.

Actions multitudinaires et interpellations plébéiennes : un même combat ?

Actions multitudinaires et interpellations plébéiennes :
un même combat ?
Ce travail explore la possibilité d’articuler les notions de « multitude », « pouvoir constituant » et « interpellation plébéienne » dans une structure conceptuelle commune laquelle, sans chercher à gommer leurs différences, soit capable de mieux saisir les changements à l’ordre institué provoqués par les mobilisations que plusieurs pays de l’Amérique latine connaissent depuis quelques années.

Multitudinous actions and interpellations plebeians :
the same fight?
This work explores the possibility of articulating the notions of “multitude” “constitutive power” and “plebeian interpellation” within a common conceptual structure which, without seeking to erase their differences, would be capable of better accounting for institutional changes provoked by the mobilizations seen in many Latin American countries in recent years.

La plèbe, la multitude et la rente

La plèbe, la multitude
et la rente
Le retour de la catégorie de plèbe, qu’on croyait liée à l’empire romain ou aux luttes populaires de l’époque de la Renaissance, tient à la difficulté de catégoriser en termes marxistes, liés à la production, des alliances transversales entre groupes émergents et exclus. La plèbe qui cherche à accaparer les surplus ressemble à la multitude décrite par Toni Negri et Michael Hardt comme surgissant dans les villes pour profiter de la rente urbaine. Ce que décrivent Corten et ses amis n’est-il pas la classe antagoniste du capitalisme cognitif en constitution ? L’image du devenir-plèbe de la multitude, et de la régression vers le capitalisme agro-industriel, programmée avec le Mondial de foot et les Jeux Olympiques, semble très écornée.

Plebeian Politics, Multitude and Rent
The return of the notion of “plebs”, which was mostly used to refer to the Roman Empire or to popular uprisings in the Renaissance, is probably due to the fact that it is very difficult to explain in Marxist terms (based on relations of production) the new transversal alliances between emergent and excluded social groups. In its effort to capture various forms of rent, the plebs is somewhat similar to Hardt and Negri’s multitude jumping out of the cities in order to capture the urban rent. What is described by Corten and his friends as the plebs may be the antagonist class to cognitive capitalism. The image of a becoming-plebs of the multitude, and of a regression towards agro-industrial capitalism, as programed by the World Football Tournament and the Olympic Games, deserves a debate.

Majeure 56. Devenir-Brésil post-Lula

Les mouvements de transformation sociale en Amérique latine ne peuvent être dissociés des combats des pauvres, des luttes indigènes et des problématiques des migrants. Ce sont toutes ces luttes qui se sont agglutinées en juin 2013, dans le moment constituant de la multitude brésilienne, qu’on ne saurait rabattre, comme le font les médias et la police, sur la contestation des grands travaux et des méga-événements sportifs. En témoigne la poétique du mouvement de juin, haut-parleur de la résistance des pauvres dans la ville de Rio. L’affirmation d’une jeune manifestante – « je ne suis personne » – désigne le caractère irreprésentable d’une multitude composée par la coopération entre subjectivités quelconques.

L’exode de la multitude au Brésil

L’exode de la multitude au Brésil
La préparation des grandes manifestations religieuses et sportives mondiales au Brésil a entraîné une riposte populaire. L’enracinement de la lutte dans le temps, son élargissement à d’autres couches sociales, la participation des Indiens montrent l’impasse où se trouve la représentation démocratique au Brésil, ainsi qu’une nouvelle vision de la composition sociale des luttes. Avec Lula, le gouvernement a essayé d’inclure les pauvres et de faire de leurs marges des ressources cognitives. Mais la reprise du développementisme par Dilma renvoie les pauvres dans la plèbe, sans droits.

The exodus of the multitude in Brazil
The preparation of the latest religious and sport extravaganzas in Brazil triggered a strong popular reaction. By its capacity to anchor the struggle into the longer term, to enlarge it to other social strata, and to bring in the participation of Indians, this movement revealed a certain dead-end of democracy in Brazil, as well as new forms of class composition. With Lula, the government attempted to include the poor, transforming the margins into cognitive resources. Dilma’s return to more orthodox forms of development sends them back into the plebs, deprived of rights.

Marée Amarildo : amour et art de la multitude

Marée Amarildo :
amour et art de la multitude
En juillet 2013, le maçon Amarildo, habitant de la favela Rocinha, disparaît. L’enquête montrera que la responsable de sa torture suivie de mort est l’UPP, l’unité de police installée depuis peu dans la région. Cette mort violente n’est pas la première ni sera la dernière : ce genre d’événement est assez banal à Rio. Mais cette fois-ci, elle a lieu dans un cadre de contestation de la politique de sécurité de l’État de Rio de Janeiro et suscite une forte réaction des mouvements sociaux et culturels. Au sein de cette contestation, a lieu une puissante production d’images et de performances artistiques.

Tide Amarildo : love and art of the multitude
In July 2013, the mason Amarildo, inhabitants of the Rocinha slum, disappears. The inquiry shows that the responsible for his torture followed by death is the UPP — the police unit installed recently in the region. This violent death is not the first nor will be the last : this kind of event is quite commonplace in Rio. But this time, it takes place in a context of challenge to the security policy of the State of Rio de Janeiro and gives rise to a strong reaction from the social and cultural movements. In this dispute, held a powerful image production and artistic performances.

La plénitude drastique du devenir-indien

La plénitude drastique
du devenir-indien
À partir d’auteurs comme Negri, Cocco, Viveiros de Castro et Fanon, cet article discute le devenir-indien comme un concept pour les forces expressives de luttes et de réinvention dans le Sud. À travers de formes concrètes d’intervention, on analyse un mode de résistance à la fois créatif et alternatif, qui prend le contre-pied de l’actuel agenda capitaliste et néo-développementiste.

The radical plenitude of becoming-Indian
Feeding from authors like Negri, Cocco, Viveiros de Castro and Fanon, this article discusses “becoming-Indian” as a concept for the expressive forces of struggles and reinvention from globalization’s South. Tracing the concrete forms of intervention, we analyze a mode of resistance which is at the same time creative and alternative, in sharp contrast to the current capitalist and “neo-developmentalist” modernization agenda.

Deux formes de luttes amérindiennes La cosmopolitique Yanomani et le plurinational communautaire bolivien

Deux formes de luttes amérindiennes
La cosmopolitique Yanomani et le plurinational communautaire bolivien
La confrontation entre politiques gouvernementales développementistes et luttes des Amérindiens pour le droit à leurs ressources a repris avec l’apparition de nouveaux acteurs internationaux, qui diffèrent fortement des luttes socialistes passées. En Bolivie, une nouvelle constitution affirme le droit de Bien vivre dans une démocratie communautaire respectant les minorités. Au Venezuela, les Yanomamis qui s’opposent philosophiquement aux extractivistes et bûcherons, et qui proposent une alliance de tous les amis de la forêt, ont lancé l’organisation de mairies indiennes itinérantes.

Two forms of Amerindian struggles
Yanomami cosmopolitcs and Bolivian plurinational communities
The confrontation between development-oriented policies and Amerindian claims to control their resources led to the emergence of new international agents, very different from the socialist struggles of the past. In Bolivia, a new constitution calls for the right to Buen Vivir in a comunautarian democracy respectful of minorities. In Venezuela, the Yanomamis fight against extractivist powers and propose an alliance to all the friends of the forest, organizing nomadic Indian townhouses.

La production du commun et l’antagonisme dans la ville olympique de Rio de Janeiro

La production du commun et l’antagonisme dans la ville olympique de Rio de Janeiro
Les politiques urbaines se heurtent aux pratiques d’appropriation par les pauvres, qui demandent à être indemnisés en cas d’expulsion par des grands travaux, même quand ils ont voté pour la municipalité qui les a ordonnés. Mais du coup ils veulent participer aux décisions. Leurs luttes multiformes se réfèrent au commun de la ville produit par les pratiques sociales.

Production of the common and Antagonism in the Olympic city of Rio
Urban policies come head to head against practices of appropriation by the poor, who demand compensation for being expelled due to massive construction projects, even if they voted for the officials in power. Through their demand to participate in the decision-processes, their multifarious struggles are based on the common of the city, as weaved by social practices.

La lutte des réfugiés Entre droit de fuite et droit de rester

La lutte des réfugiés
Entre droit de fuite et droit de rester
Les migrations se font maintenant plutôt vers les pays du Sud, refuges de 80 % des demandeurs d’asile. 4 % des Brésiliens sont étrangers, ce qui est faible du fait d’une législation défavorable élaborée pendant la dictature. Les immigrants viennent de Colombie et du Congo, après être venus d’Angola. Ces derniers se sont établis dans le quartier le plus pauvre de Rio. Malgré leur pauvreté, les étrangers participent par leur désir de changement à la nouvelle multitude locale.

Refugees’ struggles
Between a right to flee and a right to stay
Migrations mostly take place between countries from the South, where 80 % of asylum seekers are currently located. Only 4 % of the Brazilian population are foreigners, coming from Colombia and Congo, after earlier waves from Angola, who have settled in the poorest neighborhood in Rio. In spite of their poverty, these foreigners often play a more active political role in their new multitude than in their home country.

Note bien : je ne suis personne

Note bien :
je ne suis personne
Que veulent les manifestants d’Occupy Rio ? Quelle est cette nouvelle atmosphère de la rue ?
Les pauvres affirment qu’ils ne sont pas jetables et qu’ils campent là. Il s’ensuit une transformation de la sensibilité sociale, selon des modèles de vie minoritaires et multiples qui s’entrechoquent. Il s’agit d’un nouvel éros au cœur de la ville, de la venue à la politique de toute une génération, qui exprime de nouvelles formes de vie et dont il faut fortifier les ouvertures.

Take good note :
I am nobody
What do the demonstrators of Occupy Rio want? What is this new atmosphere in the streets? The poor claim they are not throwaways, and they camp in the street. Social sensibilities are transformed, in line with new minoritarian forms of life, multiple and strongly contrasted. A new Éros emerges from the heart of towns, with the coming of age of a younger generation, asserting new expectation, paving new ways for unpredictable tomorrows.

Icônes 56

Ruppert & Mulot

Ruppert & Mulot, l’éloquence muette       Où peut-on se procurer l’ensemble de vos BD ? À la bibliothèque du centre Georges Pompidou, qui a consacré un salon de lecture à la BD d’auteur ? À la bibliothèque Kandinsky réservée à l’art contemporain ? Dans les salles de lecture de la BNF, section art, fréquentées majoritairement par […]

Hors-champ 56.

Faire de la philosophie avec Paolo Virno

Entretien avec Michel Valensi Michel Valensi : Depuis ton premier livre, Convention et matérialisme (non traduit en français) qui date de 1986, et même depuis tes premiers écrits plus politiques des années 1970, jusqu’à ce dernier livre qui paraît aujourd’hui en français sous le titre Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre, consacré à […]

A chaud 56.

Accélérer la gauche écologiste ?

Accélérer la gauche écologiste ?
Le Manifeste accélérationniste de Srnicek et Williams pourrait facilement être disqualifié comme une fuite en avant follement technophilique ou comme un retour en arrière vers la verticalité autoritaire du Komintern. Nous pensons qu’il vaut la peine de lui donner le crédit d’une analyse lucide des débandades d’une gauche écologiste écartelée entre nostalgie fordiste et complaisance minoritaire. Pourquoi ne pas focaliser nos combats sur la sphère mass-médiatique pour accélérer notre sortie du capitalisme ?

Accelerating the Ecologist Left?
Srnicek and Williams’ Manifesto for an Accelerationist Politics could easily be discarded as a technophilic flight of fancy or as a return to the vertical politics of the Komintern. We believe it deserves more attention, in its analysis of the current disarray of the ecologist Left, torn between Fordist nostalgia and minoritarian complacency. Why not focus our struggles against mass media to try and accelerate our escape from capitalism?

Manifeste accélérationniste

Manifeste accélérationniste
L’avenir a besoin d’être construit. Il a été démoli par le capitalisme néolibéral pour être réduit à une promesse à prix réduit d’inégalités croissantes, de conflits et de chaos. L’effondrement de l’idée d’avenir est symptomatique du statut historique régressif de notre époque, bien davantage que d’une maturité sceptique, comme les cyniques essaient de nous le faire croire de tous les bords du champ politique. Il faut casser la coquille de l’avenir une fois encore, pour libérer nos horizons en les ouvrant vers les possibilités universelles du Dehors.

Manifesto for an Accelerationist Politics
The future needs to be constructed. It has been demolished by neoliberal capitalism and reduced to a cut-​price promise of greater inequality, conflict, and chaos. This collapse in the idea of the future is symptomatic of the regressive historical status of our age, rather than, as cynics across the political spectrum would have us believe, a sign of sceptical maturity. The future must be cracked open once again, unfastening our horizons towards the universal possibilities of the Outside.

Accélérationnisme ?

Critique du géo-constructivisme Anthropocène & géo-ingénierie

Critique du géo-constructivisme
Anthropocène & géo-ingénierie
L’objectif de cet article est le repérage de la composante constructiviste du « discours dominant » qui, de Bruno Latour à la géo-ingénierie, conduit à la justification de l’Anthropocène et des délices du développement technologique débridé. J’appelle géo-constructivisme la politique globale qui a généré les changements climatiques et les solutions technologiques qui sont proposées pour les réguler.

A Critique of Geo-Constructivism
Anthropocene and Geo-Engineering
This article attempts to draw attention on the constructivist component of the dominant discourse which, from Bruno Latour to geo-engineering, tends to justify the Anthropocene and the promises of unbridled technological development. I call “geo-constructivism” the global politics which generated climate change and the technological fixes that are supposed to regulate it.

Le travail de l’abstraction Sept thèses transitionnelles sur le marxisme et l’accélérationnisme

Le travail de l’abstraction
Sept thèses transitionnelles sur le marxisme et l’accélérationnisme
L’accélérationnisme marxiste de Srnicek et Williams semble concerner non seulement une simple accélération catastrophique du capital (comme chez Virilio, Baudrillard, Land), mais une accélération épistémique et une réappropriation du capital fixe comme technologie et connaissance (en une sorte de Singularité Épistémique). L’intelligence collective doit s’organiser elle-même sur le mode d’une intelligence hostile – également dans le sens où elle s’inocule dans son hôte comme un parasite malveillant.

The Labour of Abstraction
Seven Transitional Theses on Marxism and Accelerationism
Srnicek and Williams’ Marxist accelerationism appears to be not about a mere catastrophic acceleration of capital (like in Virilio, Baudrillard, Land) but about an epistemic acceleration and reappropriation of fixed capital as technology and knowledge (a sort of Epistemic Singularity). Collective intelligence has to organise itself into a hostile intelligence — also in the sense of inoculating the host as a malignant parasite.

Critique du géo-constructivisme
Anthropocène & géo-ingénierie
L’objectif de cet article est le repérage de la composante constructiviste du « discours dominant » qui, de Bruno Latour à la géo-ingénierie, conduit à la justification de l’Anthropocène et des délices du développement technologique débridé. J’appelle géo-constructivisme la politique globale qui a généré les changements climatiques et les solutions technologiques qui sont proposées pour les réguler.

A Critique of Geo-Constructivism
Anthropocene and Geo-Engineering
This article attempts to draw attention on the constructivist component of the dominant discourse which, from Bruno Latour to geo-engineering, tends to justify the Anthropocene and the promises of unbridled technological development. I call “geo-constructivism” the global politics which generated climate change and the technological fixes that are supposed to regulate it.

Le travail de l’abstraction
Sept thèses transitionnelles sur le marxisme et l’accélérationnisme
L’accélérationnisme marxiste de Srnicek et Williams semble concerner non seulement une simple accélération catastrophique du capital (comme chez Virilio, Baudrillard, Land), mais une accélération épistémique et une réappropriation du capital fixe comme technologie et connaissance (en une sorte de Singularité Épistémique). L’intelligence collective doit s’organiser elle-même sur le mode d’une intelligence hostile – également dans le sens où elle s’inocule dans son hôte comme un parasite malveillant.

The Labour of Abstraction
Seven Transitional Theses on Marxism and Accelerationism
Srnicek and Williams’ Marxist accelerationism appears to be not about a mere catastrophic acceleration of capital (like in Virilio, Baudrillard, Land) but about an epistemic acceleration and reappropriation of fixed capital as technology and knowledge (a sort of Epistemic Singularity). Collective intelligence has to organise itself into a hostile intelligence — also in the sense of inoculating the host as a malignant parasite.