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Majeure 56. Devenir-Brésil post-Lula

L’exode de la multitude au Brésil
La préparation des grandes manifestations religieuses et sportives mondiales au Brésil a entraîné une riposte populaire. L’enracinement de la lutte dans le temps, son élargissement à d’autres couches sociales, la participation des Indiens montrent l’impasse où se trouve la représentation démocratique au Brésil, ainsi qu’une nouvelle vision de la composition sociale des luttes. Avec Lula, le gouvernement a essayé d’inclure les pauvres et de faire de leurs marges des ressources cognitives. Mais la reprise du développementisme par Dilma renvoie les pauvres dans la plèbe, sans droits.

The exodus of the multitude in Brazil
The preparation of the latest religious and sport extravaganzas in Brazil triggered a strong popular reaction. By its capacity to anchor the struggle into the longer term, to enlarge it to other social strata, and to bring in the participation of Indians, this movement revealed a certain dead-end of democracy in Brazil, as well as new forms of class composition. With Lula, the government attempted to include the poor, transforming the margins into cognitive resources. Dilma’s return to more orthodox forms of development sends them back into the plebs, deprived of rights.

Marée Amarildo :
amour et art de la multitude
En juillet 2013, le maçon Amarildo, habitant de la favela Rocinha, disparaît. L’enquête montrera que la responsable de sa torture suivie de mort est l’UPP, l’unité de police installée depuis peu dans la région. Cette mort violente n’est pas la première ni sera la dernière : ce genre d’événement est assez banal à Rio. Mais cette fois-ci, elle a lieu dans un cadre de contestation de la politique de sécurité de l’État de Rio de Janeiro et suscite une forte réaction des mouvements sociaux et culturels. Au sein de cette contestation, a lieu une puissante production d’images et de performances artistiques.

Tide Amarildo : love and art of the multitude
In July 2013, the mason Amarildo, inhabitants of the Rocinha slum, disappears. The inquiry shows that the responsible for his torture followed by death is the UPP — the police unit installed recently in the region. This violent death is not the first nor will be the last : this kind of event is quite commonplace in Rio. But this time, it takes place in a context of challenge to the security policy of the State of Rio de Janeiro and gives rise to a strong reaction from the social and cultural movements. In this dispute, held a powerful image production and artistic performances.

La plénitude drastique
du devenir-indien
À partir d’auteurs comme Negri, Cocco, Viveiros de Castro et Fanon, cet article discute le devenir-indien comme un concept pour les forces expressives de luttes et de réinvention dans le Sud. À travers de formes concrètes d’intervention, on analyse un mode de résistance à la fois créatif et alternatif, qui prend le contre-pied de l’actuel agenda capitaliste et néo-développementiste.

The radical plenitude of becoming-Indian
Feeding from authors like Negri, Cocco, Viveiros de Castro and Fanon, this article discusses “becoming-Indian” as a concept for the expressive forces of struggles and reinvention from globalization’s South. Tracing the concrete forms of intervention, we analyze a mode of resistance which is at the same time creative and alternative, in sharp contrast to the current capitalist and “neo-developmentalist” modernization agenda.

Deux formes de luttes amérindiennes
La cosmopolitique Yanomani et le plurinational communautaire bolivien
La confrontation entre politiques gouvernementales développementistes et luttes des Amérindiens pour le droit à leurs ressources a repris avec l’apparition de nouveaux acteurs internationaux, qui diffèrent fortement des luttes socialistes passées. En Bolivie, une nouvelle constitution affirme le droit de Bien vivre dans une démocratie communautaire respectant les minorités. Au Venezuela, les Yanomamis qui s’opposent philosophiquement aux extractivistes et bûcherons, et qui proposent une alliance de tous les amis de la forêt, ont lancé l’organisation de mairies indiennes itinérantes.

Two forms of Amerindian struggles
Yanomami cosmopolitcs and Bolivian plurinational communities
The confrontation between development-oriented policies and Amerindian claims to control their resources led to the emergence of new international agents, very different from the socialist struggles of the past. In Bolivia, a new constitution calls for the right to Buen Vivir in a comunautarian democracy respectful of minorities. In Venezuela, the Yanomamis fight against extractivist powers and propose an alliance to all the friends of the forest, organizing nomadic Indian townhouses.

La production du commun et l’antagonisme dans la ville olympique de Rio de Janeiro
Les politiques urbaines se heurtent aux pratiques d’appropriation par les pauvres, qui demandent à être indemnisés en cas d’expulsion par des grands travaux, même quand ils ont voté pour la municipalité qui les a ordonnés. Mais du coup ils veulent participer aux décisions. Leurs luttes multiformes se réfèrent au commun de la ville produit par les pratiques sociales.

Production of the common and Antagonism in the Olympic city of Rio
Urban policies come head to head against practices of appropriation by the poor, who demand compensation for being expelled due to massive construction projects, even if they voted for the officials in power. Through their demand to participate in the decision-processes, their multifarious struggles are based on the common of the city, as weaved by social practices.

La lutte des réfugiés
Entre droit de fuite et droit de rester
Les migrations se font maintenant plutôt vers les pays du Sud, refuges de 80 % des demandeurs d’asile. 4 % des Brésiliens sont étrangers, ce qui est faible du fait d’une législation défavorable élaborée pendant la dictature. Les immigrants viennent de Colombie et du Congo, après être venus d’Angola. Ces derniers se sont établis dans le quartier le plus pauvre de Rio. Malgré leur pauvreté, les étrangers participent par leur désir de changement à la nouvelle multitude locale.

Refugees’ struggles
Between a right to flee and a right to stay
Migrations mostly take place between countries from the South, where 80 % of asylum seekers are currently located. Only 4 % of the Brazilian population are foreigners, coming from Colombia and Congo, after earlier waves from Angola, who have settled in the poorest neighborhood in Rio. In spite of their poverty, these foreigners often play a more active political role in their new multitude than in their home country.

Note bien :
je ne suis personne
Que veulent les manifestants d’Occupy Rio ? Quelle est cette nouvelle atmosphère de la rue ?
Les pauvres affirment qu’ils ne sont pas jetables et qu’ils campent là. Il s’ensuit une transformation de la sensibilité sociale, selon des modèles de vie minoritaires et multiples qui s’entrechoquent. Il s’agit d’un nouvel éros au cœur de la ville, de la venue à la politique de toute une génération, qui exprime de nouvelles formes de vie et dont il faut fortifier les ouvertures.

Take good note :
I am nobody
What do the demonstrators of Occupy Rio want? What is this new atmosphere in the streets? The poor claim they are not throwaways, and they camp in the street. Social sensibilities are transformed, in line with new minoritarian forms of life, multiple and strongly contrasted. A new Éros emerges from the heart of towns, with the coming of age of a younger generation, asserting new expectation, paving new ways for unpredictable tomorrows.