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deuxième cahier – Valeurs marchandes, valeurs artistiques

N’oublie pas le meilleur ! 
« Pricer », « marketer », « auto-fixing », curation, diffusion, réflexivité : cet article explore quelques-uns des innombrables ruses par lesquelles la raison de l’art jongle avec les valeurs du marché. Des travaux de Claude Rutault et Ben Kinmont servent de contre-exemples à certaines tendances dominantes.

Do Not Forget the Best !
Pricing, marketing, (auto-)fixing, curating, publishing, reflecting, assessing: this article explores some of the countless tricks through which the many worlds of art valorize and evaluate the circulation of certain objects. Works by Claude Rutault and Ben Kinmont provide counter-examples to the dominant trends.

« Se servir d’un Rembrandt comme planche à repasser ! »
Artketing, industrie de prototype et signalétique artistique 
Les affinités électives entre l’art et le marketing – indissociables au sein d’un artketing – constituent désormais l’horizon d’attente d’un capitalisme artiste émergeant à la faveur de la mondialisation et de la mutation aussi bien de la production que des échanges. L’artiste, ainsi mis en demeure de contribuer à la dynamique du capitalisme, voire à sa refondation, peut tout aussi bien adhérer à un tel projet d’habilitation artistique de la production et de la consommation que décider d’en détourner, voire d’en subvertir les processus de légitimation en se constituant lui-même en entreprise : telle est l’ambiguïté de la posture nouvelle de l’artiste-entrepreneur.

“Using a Rembrandt as an Ironing Board”
Artketing, Prototype and Entrepreneurship
“Artketing”−the blending of art with marketing−is the new horizon of an art-capitalism which emerges along with globalization and the mutation of productive processes. The artist−called upon to contribute to the dynamics of Capital, and to its refoundation−can espouse such a project, denounce it, or subvert its premises, along the new ambiguities and ambivalences of entrepreneurial art.

Goya, le douanier et moi Des aventures de la valeur en milieu festivalier

Les surprises et les soucis quotidiens d’un organisateur de festival d’art font entrevoir l’envers des jeux de valeur qui sous-tendent la circulation des œuvres. Une gravure de Goya manquant à l’appel vaut-elle une crise cardiaque ? Un paquet qui n’est déclaré en douane que pour une valeur de 600 euros peut-il vraiment passer pour de l’art ? La profonde ambivalence de l’œuvre fait surface à de telles occasions : côté pile, elle ne vaut rien ; côté face, elle n’a pas de prix. L’évaluation de l’inévaluable est un piège.

Goya, the Custom Officer and Me
Adventures in Festivals
The many surprises and worries of an art festival organizer give us a glimpse on the value-games which underscore the circulation of art works. Is a missing print by Goya worth a heart attack? Can a package declared in customs for a value of only 600 euros really be a work of (true) art? The profound ambivalence of the artwork surfaces on such occasions: on one side, it is worthless; on the other, it is priceless. Evaluating what is beyond value opens up a disquieting trap.

Autonomie, marché et attention
Valorisation artistique
et stratégies de médiatisation
La supposition d’un antagonisme entre art et marché ne va pas de soi. Le fonctionnement intrinsèque de la culture représente un système de marchés – même s’il ne s’agit pas toujours de marchés commerciaux. Dans nos sociétés de l’information et des médias, une part considérable des produits de consommation courante tombe sous la rubrique de la consommation culturelle. Les marchés culturels ont toujours été de ce type : on y offre de l’information qui est payée, en contrepartie, sous forme d’attention. Cet article explore quelques-unes des implications de tels entrecroisements.

Autonomy, Market and Attention
Artistic Valorization and Mediation Strategies
The widely assumed antagonism between art and market is far from obvious. Cultural dynamics seem structured by market mechanisms−even if these markets are not always commercial. In our media-driven societies, a large segment of commodities belong to the sphere of cultural consumption. Cultural markets have always followed the same rule: information is paid for by attention. This article explores some of the implications of such exchanges.

Entretien à propos de Ludovic Chemarin©

Entretien sur Ludovic Chemarin©
À propos de Ludovic Chemarin© est un entretien entre Damien Beguet, Perrine Lacroix et P. Nicolas Ledoux réalisé pour la première apparition public du projet Ludovic Chemarin© à La BF15 (Lyon) en 2011. Cette discussion entre la responsable du lieu et les deux artistes permet de mieux cerner les enjeux conceptuels et formels d’un dispositif complexe et critique. Ce texte est un témoignage mais il a été depuis mis en forme et présenté régulièrement sous la forme d’affiches dans le cadre d’expositions aux côté de documents (contrats, produits dérivés) et de pièces de l’artiste. Il fait œuvre et participe au brouillage de l’entreprise Ludovic Chemarin©. 

A Discussion about Ludovic Chemarin©
This piece is an interview between Damien Beguet, Perrine Lacroix and P. Nicolas Ledoux which took place for the launching of Ludovic Chemarin© project at the BF15 (Lyon) in 2011. It presents the conceptual stakes and formal parameters of its complex critical assemblage. It bears witness to this event, but it has been presented since then along works by the artist. As a work, it participates in the blurring process attempted by the Ludovic Chemarin© enterprise.

Love & its Lover

Love & its Lover 
À tour de bras, elle apprend à prendre la loi par-dessus la jambe. Sur le bout des doigts, elle apprend à mettre sur sa langue la langue aux hommes jusqu’alors légalement réservée. Elle apprend la finance, la politique, le name-dropping, les portefeuilles, les influences, le marchandage, le chantage et les combines. (Suspending gems dripping:) Elle divorce. 

Love and its Lover
At arms’ length, she learns to give the law some leg work. At the tip of her fingers, she learns to put on her tongue the tongue which was so far legally reserved only for men. She learns finance, politics, name-dropping, portfolios, lobbying, bargaining, blackmailing and bullying. (Suspending gems dripping:) She divorces.

Le Wall Street de nos désirs et de nos désillusions
Une poésie comptable 
Tant que l’art fera partie du luxe, c’est-à-dire tant qu’il organisera sa rareté par l’effet de sa spéculation intellectuelle, il vivra une croissance infinie. Pour cela, il ne faut pas qu’il y ait d’inflation, c’est-à-dire qu’il faut respecter un certain numerus clausus d’artistes et d’œuvres. Le Wall Street de nos désirs et nos désillusions, c’est justement l’organisation de cette inflation, c’est – dans la continuité de Beuys – affirmer que chacun d’entre nous est capable d’être un artiste. Nous allons bombarder le réel qui nous est fait de tous les réels qui vivent logés en nous pour en faire Le Wall Street de nos désirs et de nos désillusions, une bourse de nos valeurs inscrites dans une symbolique, jouée à la hausse et à la baisse dans un jeu qui va faire monter votre désir et donc armer une révolution dans le sens des saisons.

The Wall Street of our desires and disillusions
Accounting Poetry
As long as art belongs to luxury, organizing its scarcity through intellectual speculation, it will enjoy endless growth. Doing so requires to prevent inflation, to respect a certain numerus clausus of works and artists. The Wall Street of our Desires and Disillusions attempts to organize this inflation, calling for everyone to be an artist. We will bomb the reality made for us with all the realities that live within us, The Wall Street of our Desires and Disillusions will provide a stock exchange where our symbolic values, climbing and falling in turns, will raise your desires and arm a revolution.

Évaluer l’architecture ?
Évaluer l’architecture populaire ramène invariablement au savant, quelle que soit la variété des regards (confrontation, imitation, altération, recours, fascination ou rejet), à l’extrême construction savante du populaire et construction populaire du savant. Mais le désir d’architecture renvoie rarement à un désir d’architecte : quand et comment une œuvre architecturale échappe-t-elle à son auteur pour devenir signe d’une culture que chacun se sera appropriée ?
Evaluating Architecture?
Evaluating popular architecture invariably brings back to the scholar, whatever the variety of looks (confrontation, imitation, alteration, use, fascination or rejection) to the extreme scholarly construction of the popular and popular construction of the scholar. But the desire for architecture rarely refers to an architect’s desire: when and how can an architectural work escape from its author to become the sign of a culture that everyone will be in a position to re-appropriate?