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Majeure 58. Nouvelle robotique, nouveaux vivants

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Il est impossible d’ouvrir un dossier consacré à la robotique sans rencontrer de multiples prophéties annonçant dans un futur proche que nous vivrons entourés de robots anthropomorphes ou zoomorphes et que nous nous machinerons par des voies que nous ne pouvons pour le moment qu’entrevoir. Peut-on envisager une approche de la robotique un peu moins prophétique et donc décevante, un peu plus pragmatique et donc plus surprenante, un peu plus réflexive et donc habitée par un principe de précaution ? Faut-il continuer à faire passer les machines pour autre chose que ce qu’elles sont ou doit-on arrêter de les prendre pour ce qu’elles ne sont pas (des animaux, des humains) ? Faut-il considérer qu’elles constituent un « règne » à part entière, à côté du minéral et du végétal, ou bien faut-il continuer de les reléguer dans l’instrumental, ce grand bazar ? Ce « manifeste » reprend quelques-unes des observations faites par ceux qui, dans le champ de l’anthropologie principalement, observent la « révolution robotique », suivent ses essais d’expérimentation/implémentation et abordent la diversité des interactions homme-machine avec les outils de l’enquête de terrain.

Robots Oscillate Between the Inert and the Living

Impossible to discuss about robotics without stiring many prophecies announcing that we will live surrounded by zoomorphic or anthropomorphic robots and transform ourselves in ways we can not yet imagine. Is it possible to adopt a slightly less prophetic approach, a little more pragmatic and therefore more surprising, a bit more reflective and thus inhabited by a precautionary principle? Should we continue comparing or assimilating machines with other kinds of beings (animals, humans) ? Should we accept that they are a « reign » in itself, next to the mineral, the vegetal or should we continue to relegate them into the instrumental, this big bazaar ? This manifesto summarises some of the observations made by anthropologists who observe the « robot revolution » with ethnographic tools, following experimental processes/implementation tests and the very concrete situations of interaction in which robots can be experienced.

La voiture autonome et ses implications morales

La voiture autonome et ses implications morales


Cet article soutient que les voitures autonomes sont des robots sociaux qui doivent agir comme des tenants-lieux de leurs propriétaires humains. Pour ne pas esquiver les choix moraux incombant aux utilisateurs humains de ces technologies, on pourrait programmer les véhicules de façon à ce qu’ils puissent se comporter selon différentes théories morales, en permettant aux propriétaires de choisir celle qui a leur préférence. L’article envisage également les implications éthiques d’autres problèmes pratiques liés à la technologie des voitures autonomes.

Autonomous Cars and their Moral Implications


This paper argues that autonomous cars are social robots which must act as moral proxies for their human owners. To avoid the unacceptable removal of moral choices from human users of these technologies, we could program the vehicles to act in accordance with different moral theories and allow their owners to select their preferred behaviour. The paper also considers ethical implications of other practical concerns surrounding autonomous car technology.

Le Cobot, la coopération entre l’utilisateur et la machine

Le Cobot, 
la coopération entre l’utilisateur et la machine

En 1996, le terme de « cobot », 
contraction de « robotique collaborative », apparut sous la plume de deux chercheurs américains travaillant pour l’industrie automobile. Il s’applique aujourd’hui à un nouveau champ de la recherche en robotique, la « cobotique », qui s’attache à concevoir des machines asservies ou pseudo-autonomes susceptibles d’être utilisées au sein d’un environnement humain. Le cobot se différencie donc essentiellement du robot par son absence d’autonomie puisque, par définition, il ne peut pas fonctionner sans l’action d’un opérateur. L’approche collaborative, tout en dépassant la simple « utilisation » qui pourrait être faite d’un outil, valorise le travail de l’humain et laisse présager d’une meilleure acceptabilité sociale du cobot, qui n’aurait pas pour vocation de remplacer l’homme, mais de l’épauler.

The Cobot : a New Form of Human-Machine Interaction

An abbreviation for « Collaborative Robotics », the term cobot was coined in 1996 by two American researchers working for the car industry. It refers to a new field of research – cobotics – which designs pseudo-autonomous or servant machines to be used in human environment. A cobot differs from a robot insofar as it cannot function without the action of a human operator. This collaborative approach goes beyond the mere « use » to be made of a tool : it valorizes human labor and makes the cobot a more acceptable partner, since it does not lead to the replacement of the human, but to his assistance.

Réguler les robots-tueurs, plutôt que les interdire

Réguler les robots tueurs, plutôt que les interdire

Les futurs systèmes d’armes létales autonomes (LAWS selon leur acronyme anglais), aussi appelés « robots tueurs », seront-ils une menace pour l’humanité ? Dans cet article de proposition prescriptive, nous soutenons qu’ils ne privent pas les humains de leurs responsabilités. Au contraire, ils augmentent notre capacité à leur faire rendre des comptes de leurs crimes de guerre, même si leur diffusion et leur utilisation doivent impérativement être réglementées par des organisations étatiques et internationales. Le moment actuel est crucial pour mettre en place un accord international sur leurs réglementations, alors même que le développement et les applications de ces technologies font débats. La peur largement partagée que suscitent ces robots tueurs est à nos yeux infondée: il faut plutôt considérer leur arrivée comme une bonne nouvelle.

Regulate Killer Robots instead 
of Banning Them

Will future lethal autonomous weapon systems (LAWS), or « killer robots », be a threat to humanity ? In this policy paper, we argue that they do not take responsibility away from humans ; in fact they increase the ability to hold humans accountable for war crimes – though their distribution and use must be regulated by state and international agencies. We argue that now is a crucial time to ensure an agreement on regulation, while development, application and use of these technologies are under debate. The widespread fear of killer robots is unfounded : they are probably good news.

Inventivité des imitations ludiques

Inventivité des imitations ludiques

Cet article présente plusieurs machines dont l’existence est intimement liée aux pratiques ludiques. Il montre que ces objets s’inscrivent aussi bien dans la recherche en robotique et en intelligence artificielle que dans les pratiques artistiques contemporaines. Il s’intéresse en particulier à l’espace de jeu ouvert par l’interaction avec les machines et propose de considérer cet espace comme le lieu privilégié d’une forme d’expérimentation anthropologique.

The Inventiveness of Playful Imitations

This paper describes several machines intimately linked to playful practices. It shows that such machines belong simultaneously to research in robotics and artificial intelligence, and to practices of contemporary art. Focusing on the space opened by these machines for interactive play, it describes it as privileged space for certain types of anthropological experimentation.

Les robots sont des personnes comme les autres. Changer notre regard pour ne pas subir l’automatisation

Les robots sont des personnes comme les autres

Tout un symbole : Vital est le sixième membre du conseil d’administration de la société hongkongaise Deep Knowledge Ventures, alors qu’il n’est qu’un simple algorithme. Qu’il s’agisse de logiciels et d’objets dits intelligents ou de robots humanoïdes comme Pepper, Romeo et Nao, nous allons devoir apprendre à travailler bien sûr, nous amuser, être soignés mais aussi dialoguer avec ce genre de machines. Gare à ne pas les sous-estimer ! Qu’elles aient été conçues par un être d’os et de chair ne les empêchent pas d’être nos interlocuteurs. Certaines d’entre elles ne devraient-elles pas être considérées demain comme de vraies « personnes non humaines », selon le terme auquel a droit, depuis un procès de fin décembre 2014, l’orang-outan Sandra du zoo de Buenos Aires ?

Robots are People like You and Me

Vital, an algorithm, was elected as the sixth board member of the Honk Kong firm Deep Knowledge Ventures. Software, « intelligent objects », humanoid robots like pepper, Romeo and Nao: we will have to learn to work, talk and play with them, but also to be treated and cared for by this new type of machine. Let’s not underestimate them ! The may have been designed by humans, but they are nevertheless called to become our daily partners – and some of them may have to be considered as true « non-human persons », following the legal category crafted in 2014 for Sandra, the orangutan living in Buenos Aires zoo.

La vie des robots et la nôtre

La vie des robots
 et la nôtre


La rupture entre ce qui est vivant ou naturel et ce qui ne l’est pas est beaucoup moins marquée dans la culture japonaise qu’elle ne l’est dans la culture occidentale – ou du moins, elle n’est pas marquée de la même manière et du même poids. En m’inspirant en partie de la pratique que l’on trouve au cimetière de Koya-san, qui consiste à donner une tombe à des objets inanimés – voiture, fusée, pompe à eau – je m’interroge sur ce que cette distinction signifie pour la robotique sociale.

Robot’s Life and Ours

The meanings of what is « artificial » take for granted a separation between, what is living and natural, and what is neither. However, this separation is not as clearly marked in Japanese culture as it is in the West, or at least is not marked the same way and with the same weight. Based on a practice observed in Koyama-san cemetery, which is to erect tombstones for inanimate objects – cars, rockets, water pumps, etc. – this paper asks what is the meaning of that distinction for social robotics.