Accueil » Les numéros » 60. Multitudes 60. Automne 2015 » Majeure 60. Parler nature

Majeure 60. Parler nature

Introduction

Comment, et surtout pourquoi, parler aujourd’hui de « la nature » ? Il est souvent fait comme si le terme était discrédité depuis longtemps, comme si Victor Hugo et Karl Marx avaient été intériorisés, comme s’il y avait toujours de « l’histoire » (des interventions humaines, des rapports sociaux, des luttes politiques) derrière ce qui nous apparaissait comme « naturel ». On […]

Faire entendre ceux qui sont restés en lien avec la nature

Faire entendre ceux qui sont restés en lien avec la nature

L’émission Terre à terre diffuse chaque semaine, depuis 17 ans, des paroles de luttes, de résistances, d’émotions et d’émerveillements, qui parviennent à exprimer un rapport à l’environnement nourri d’un lien vécu avec une nature concrète. Dans cet entretien, Ruth Stégassy discute la façon dont elle parvient à faire émerger cette parole, ainsi que sa vision de ce que représente la nature dans nos luttes et nos positionnements politiques contemporains.

Giving Voice to Those who Remain Connected with Nature

The weekly radio broadcast Terre à terre, on France Culture, provides a tribune for voices of resistance, struggles, emotions and marvels, that manage to express a rich connection with nature in its concreteness. In this interview, Ruth Stégassy, the program’s producer, talks about the way she manages to let these voices feel comfortable enough to emerge, as well as about her vision of what nature represents in our current struggles and political movements.

Une forêt de signes ou l’interspécificité de la narration chez les Kasua de Nouvelle-Guinée

Une forêt de signes ou l’interspécificité de la narration chez les Kasua de Nouvelle-Guinée

Cet article prend le parti d’intégrer le caractère interspécifique de la performance narrative chez les Kasua de Nouvelle-Guinée pour analyser la narration telle qu’ils expérimentent dans leurs tentatives toutes humaines de remédier aux désordres de leur monde forestier.

A Forrest of Signs: The Interspecificity of Narration among New Guinea Kasua People

This article decides to integrates the interspecific character of the narrative performance by Kasua of New Guinea and analyzes the story they experiment in their quite human attempts to remedy the disorders of their forest world.

La littérature pour penser l’écologie postcoloniale caribéenne

La littérature pour penser l’écologie postcoloniale caribéenne

Outre les millions de déplacés par la traite négrière, la violence inouïe de peuples amérindiens entièrement décimés, les équilibres écologiques écroulés et le rythme sanglant d’un esclavage multiséculaire, l’une des conséquences les plus importantes des colonisations européennes dans la Caraïbe demeure l’apparente disparition de récits. Cet article s’intéresse à la portée décoloniale d’une recherche et genèse de récits écologiques comme des traces de résistance à travers la littérature de cette région.

Literary Conception of Postcolonial Caribbean Ecology

In addition to the millions displaced by the slave trade, the unprecedented violence against Amerindian peoples entirely decimated, to the ecological collapse and to centuries of slavery, one of the most important consequences of European colonization of the Caribbean remains the apparent disappearance of stories. This article focuses on the decolonial scope of the search and genesis of ecological stories as traces of resistance through the literatures of this region.

Système probable contre mondes possibles : data-mythologie et environnement

Système probable contre mondes possibles : data-mythologie et environnement

Nombre de discours sur la planète s’appuient sur des données qui conditionnent en tant que telles le récit qu’elles livrent, que caractérisent non seulement une forte empreinte énergétique mais un risque d’appauvrissement ontologique et de marginalisation de l’acte interprétatif, c’est-à-dire une modélisation de nos imaginaires et de l’avenir lui-même.

Probable Systems against Possible Worlds: Data-Mythology and Environment

Much of the earth-related discourse is based on data which, being what they are, condition the narrative they offer. They entail a hefty ecological foodprint, and also a risk of ontological deprivation, and marginalisation of hermeneutics ; that is, they provide unescapable models for our imaginations and of the future itself.

Quand la maladie emporte le corps

Quand la maladie emporte le corps

Cette contribution présente un programme d’investigation en cours sur la maladie chronique, son lien au concept de nature et combien sont limités la connaissance, les langages et les vocabulaires la concernant. L’article évoque le manque d’odes à la maladie et de livres qui pourraient mettre en lumière et recréer les fluctuations de cette nature dépourvue de sens. Il éclaire l’invention du diagnostic de la souffrance, sa mesure et son vocabulaire ainsi que sa place dans les interventions sur les blogs et forums. Il discute la rareté d’un monde commun en la matière, qui est de parvenir à parler de la condition humaine et de forcer la solitude de malades qui n’ont pas de mots pour parler de ce qui leur arrive.

When the Disease Carries the Body Away

This contribution presents an ongoing investigation and research program about diseases, their articulation to the concept of nature and how limited the knowledge, languages and vocabularies we develop around them both can be. The intervention addresses the lack of odes to illness and of books written in languages that could invent and re-create nature’s senseless fluctuations. It highlights the invention of pain diagnosis, with specific scales and vocabulary. It questions what happens on blogs & forums.

Conversations dans l’urgence

Conversations dans l’urgence

Dans cet article j’envisage la problématique du « discours rattrapé par la situation » non comme un fait rare, mais comme une propriété générique de tout événement social : l’organisation du discours en interaction (la conversation, une conférence, une performance poétique) suppose un contexte qu’il contribue réflexivement à structurer. Je souhaite le montrer en ayant recours à l’analyse de situations a priori extra-ordinaires, où des aspects troublants, angoissants, morbides font enfler des phénomènes humains structurant des pratiques sociales en général. Par là, je m’appuierai sur une perspective endogène du contexte, et j’introduirai une discussion sur l’approche interactioniste vis-à-vis de notions telles que l’information, ou la normalité.

Emergency Conversations

In this article, I adress the issue of “the discourse overtaken by the situation” as a component pertaining to any social event and not as something uncanny and rarely witnessed. Indeed, the organisation of discourse-in-interaction entails a context that this very discourse will reflexively contribute to structure. I point out this idea using medical emergency calls data, whose analyses magnify social phenomena that one could nonetheless observe in many (ordinary) social practices. Therefore, I highlight an endogeneous perspective on context and introduce a discussion on the interactionaly-based concepts of information and normality.

Le son, le sens, la stupeur. Catastrophes et onomatopées

Le son, le sens, la stupeur
Catastrophes et onomatopées

Aux aléas de la vie répondent des accidents de la respiration. Interjections et onomatopées constituent en effet les premières formes d’expression de ce qui fait événement. À mi-chemin entre le son brut et le langage, elles permettent – c’est notre hypothèse – de signer ce qui n’est pas qualifiable et pensable. Ce faisant, elles ont une « vertu thérapeutique » qui consiste à exprimer que quelque chose arrive alors même que ce qui arrive tend à sidérer. L’usage des onomatopées peut alors être envisagé comme une « option culturelle » de la prise en charge des catastrophes, ce que nous étudions au travers du champ d’expression japonais.

Sound, Sense, Stupor
Catastrophies and Onomatopoeias

Respiratory accidents respond to hazards of life. Interjections and onomatopoeia constitute, in effect, our first attempts to express what makes up an event. Situated between raw sound and language, they allow us –as we hypothesize– to identify what we are not able to grasp or qualify. In doing this, they have a “therapeutic power” that consists of expressing something that happens, even while this same thing stupefies us. The usage of onomatopoeia can thus be envisioned as a “cultural option” by which we deal with catastrophes, an idea that we study through forms of Japanese expression.

Field recording, hypothèses critiques

Field recording, hypothèses critiques

Au travers de la multiplicité des usages du field recording, tantôt support d’étude des paysages sonores, tantôt outil de composition musical et environnemental, mais nécessairement dépendant d’un contexte (inter) culturel, David Christoffel et Guillaume Tiger explorent un certain rapport à la nature. Comment parle-t-on de nature via les field recordings ? Quel sens donner à la représentation de la nature dans la musique ? Comment « justice » est-elle rendue à la nature dans l’élaboration de paysages sonores virtuels ? Les réflexions croisées des auteurs sur ces questionnements tournent en sens inverses autour d’un même pot de sons naturels.

Field recording: Critical Hypotheses

Through the diversity of field recording’s uses (sometimes support for soundscape studies, sometimes composition tool for music and environments but always depend on—inter—cultural context), David Christoffel and Guillaume Tiger investigate some relation to nature. How do we speak of nature through field recordings? What is the meaning of Nature within musical composition processes? How do we give “justice” to nature through the creation of virtual soundscapes? The authors exchange on these matters, their points of view rotating in opposite directions around the same melting pot of natural sonorities.

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du Tiers-Langage

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du tiers langage

La «Guerre des Demoiselles » éclate en Ariège au début du XIXe siècle en réaction à la disparition des droits d’usage ancestraux qui fondaient l’habitabilité du territoire et la survie de ses habitants. Bien qu’elle emprunte de façon générale certains aspects de la guérilla, nous verrons que cette rébellion se signale aussi par le déploiement d’un langage symbolique et poétique qui à la fois « habite » et « hante » son milieu, montrant la consubstantialité et la mise en crise simultanée du prosaïque et du poétique, de l’habitat et du discours.

The Demoiselles’ War or the Insurrection of the Third Language

1829 saw the start of one of the eeriest peasant revolts in French modern history, “the Demoiselles’War”, a mountain guerilla aimed at earning back ancestral land rights. However, the rebellion is also characterized by the deployment of a fantastic and poetical language across the landscape, marking a shift from habitation to haunting as well as the simultaneous crisis of the prosaic and the poetical, of habitation and discourse.