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Mineure 60. Le Caire, cultures indociles

Le Caire, cultures indociles

À l’heure où la place Tahrir est ripolinée, entendez les façades des immeubles repeintes en jaune, son sol planté de pelouse hérissée de volumineuses bouches d’aération – d’un vaste parking sous terrain –, comme autant de blocs qui fractionnent l’espace et la déambulation, le terre-plein circulaire arborant jadis une sculpture maintenant remplacée par le socle […]

De la révolution de janvier à Sissi. Comment et pourquoi ?

De la révolution de janvier à Sissi
Comment et pourquoi ?

Cet article tente de montrer que la révolution qui s’est produite en Égypte était porteuse d’un projet politique libéral-démocrate. Les groupes révolutionnaires et les opposants au régime de Moubarak ont réussi à mobiliser des couches sociales substantielles en 2011 en demandant le respect des droits humains de base et la représentation de la volonté du peuple. La forte présence d’ouvriers mécontents, de classes moyennes appauvries et de populations urbaines défavorisées dans le mouvement de protestation n’a jamais débouché sur un projet politique visant un changement économique et social. Leurs revendications sont restées figées dans une économie morale nassériste où les revendications économiques et sociales sont en grande partie apolitiques et totalement dissociées de la démocratisation des relations entre la société et l’État. L’absence de projet de changement socio-politique a privé le processus révolutionnaire d’une large et solide coalition sociale.

From the January revolution to Sisi
How and why?

The argument this article attempts to develop is that the revolution in Egypt had a relatively clear liberal democratic political project. Revolutionary groups and political opponents to the Mubarak regime managed to mobilize substantial social strata in 2011 asking for the respect of basic human rights and for the representation of the will of the people. The strong presence of disaffected laborers, impoverished middle classes and urban poor in the protest movement never evolved into a political project aiming at social and economic change. Their demands conversely remained by and large stuck in the Nasserist moral economy, where economic and social demands are largely apolitical and definitely dissociated from the democratization of society-state relations. The absence of a project of socio-political change deprived the revolutionary process of a solid and broad social coalition.

From the January revolution to Sisi. How and why? (English version)

De la révolution de janvier à Sissi
Comment et pourquoi ?

Cet article tente de montrer que la révolution qui s’est produite en Égypte était porteuse d’un projet politique libéral-démocrate. Les groupes révolutionnaires et les opposants au régime de Moubarak ont réussi à mobiliser des couches sociales substantielles en 2011 en demandant le respect des droits humains de base et la représentation de la volonté du peuple. La forte présence d’ouvriers mécontents, de classes moyennes appauvries et de populations urbaines défavorisées dans le mouvement de protestation n’a jamais débouché sur un projet politique visant un changement économique et social. Leurs revendications sont restées figées dans une économie morale nassériste où les revendications économiques et sociales sont en grande partie apolitiques et totalement dissociées de la démocratisation des relations entre la société et l’État. L’absence de projet de changement socio-politique a privé le processus révolutionnaire d’une large et solide coalition sociale.

From the January revolution to Sisi
How and why?

The argument this article attempts to develop is that the revolution in Egypt had a relatively clear liberal democratic political project. Revolutionary groups and political opponents to the Mubarak regime managed to mobilize substantial social strata in 2011 asking for the respect of basic human rights and for the representation of the will of the people. The strong presence of disaffected laborers, impoverished middle classes and urban poor in the protest movement never evolved into a political project aiming at social and economic change. Their demands conversely remained by and large stuck in the Nasserist moral economy, where economic and social demands are largely apolitical and definitely dissociated from the democratization of society-state relations. The absence of a project of socio-political change deprived the revolutionary process of a solid and broad social coalition.

Le Caire, ville rebelle ? Recomposition de l’action urbaine après l’épisode révolutionnaire

Le Caire, ville rebelle ?
Recomposition de l’action urbaine après l’épisode révolutionnaire

Le processus révolutionnaire de 2011 a fourni les conditions nécessaires à l’émergence d’une forme particulière d’activisme ayant pour objet principal le territoire urbain. L’activisme urbain égyptien milite pour l’abandon des instruments de la planification urbaine rationnelle et dénonce les dérives des pratiques gouvernementales et des actions des agences de développement internationales calquées sur celles de l’entreprise privée. En renouant avec les grandes lignes des politiques néolibérales du régime de Moubarak qui ont échoué à résorber la pauvreté urbaine, la politique de grands projets lancée par Sissi remet en question les quelques avancées observées depuis la révolution de 2011 dans le champ de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire.

Cairo, rebel city?
The recomposition of urban action after the revolutionary period

The 2011 revolution has opened a path for a specific form of activism which has focused mainly on urban territory. The Egyptian urban activism pleads for dropping out the rational urban planification’s mechanisms and condemns the way the government and the international development agencies have based their practices and actions on the private companies models. Going back to the neo liberal politics outlined by Mubarak which failed to reduce urban poverty, the large-scaled projects initiated by Sisi has cut down the progress that has been observed since the revolution in the field of urbanism and urban development.

Ard-el-Lewa

Ard-el-Lewa

Entretien avec Hamdy Reda, artiste qui a créé un lieu d’art, Art-el-Lewa, dans le quartier informel très densément peuplé d’Ard-el-Lewa, situé entre deux autres grands quartiers informels Imbiba and Boulak El Dakrour. Art-el-Lewa est un espace de mise en œuvre de dialogue entre artistes et société. Cet espace indépendant aide les projets artistiques à se réaliser, offre des workshops aux membres de la communauté et aux artistes émergents ; il organise des expositions et reçoit des artistes en résidence ; il encourage les projets qui enrichissent la vie civique et culturelle d’Ard-el-Lewa ; il utilise l’art pour faire avancer les questions d’environnement. Hamdy Reda nous raconte pourquoi et comment il a ouvert cet espace, et quels projets le lieu a hébergés.

Ard-el-Lewa

Interview with Hamdy Reda, an artist who created an art space, Art-el-Lewa, in an informal densely populated area, Ard-el-Lewa, located between two of Cairo’s largest informal areas, Imbiba and Boulak El Dakrour. Art-el-Lewa is a space for the formation and activation of dialogue between artists and society. This independant agency facilitates artists projects, offers workshops for community members and emerging artists, exhibits art and hosts artists-in-residence in addition to providing special projects to enrich the civic and cultural life in Ard-el-Lewa, and using art to improve the urban environment. Hamdy Reda tells us why and how he opened this space what projects Art-el-Lewa hosted.

Ard-el-Lewa (English version)

Ard-el-Lewa

Entretien avec Hamdy Reda, artiste qui a créé un lieu d’art, Art-el-Lewa, dans le quartier informel très densément peuplé d’Ard-el-Lewa, situé entre deux autres grands quartiers informels Imbiba and Boulak El Dakrour. Art-el-Lewa est un espace de mise en œuvre de dialogue entre artistes et société. Cet espace indépendant aide les projets artistiques à se réaliser, offre des workshops aux membres de la communauté et aux artistes émergents ; il organise des expositions et reçoit des artistes en résidence ; il encourage les projets qui enrichissent la vie civique et culturelle d’Ard-el-Lewa ; il utilise l’art pour faire avancer les questions d’environnement. Hamdy Reda nous raconte pourquoi et comment il a ouvert cet espace, et quels projets le lieu a hébergés.

Ard-el-Lewa

Interview with Hamdy Reda, an artist who created an art space, Art-el-Lewa, in an informal densely populated area, Ard-el-Lewa, located between two of Cairo’s largest informal areas, Imbiba and Boulak El Dakrour. Art-el-Lewa is a space for the formation and activation of dialogue between artists and society. This independant agency facilitates artists projects, offers workshops for community members and emerging artists, exhibits art and hosts artists-in-residence in addition to providing special projects to enrich the civic and cultural life in Ard-el-Lewa, and using art to improve the urban environment. Hamdy Reda tells us why and how he opened this space what projects Art-el-Lewa hosted.

La Cimathèque, centre alternatif du film

La Cimathèque, centre alternatif du film

La Cimathèque, un centre alternatif du film, situé dans le centre du Caire a ouvert ses portes le 3 juin 2015. Elle est née d’abord du désir de jeunes cinéastes de créer une société de production indépendante. Avec la révolution le projet s’est étoffé, et la Cimathèque est devenue un lieu de rencontre, de projection, de production, de digitalisation, d’archivage, de débats à l’adresse de tous les cinéphiles. L’Égypte possède une longue tradition cinématographique, interrompue par des années de négligence, de corruption et un manque d’ambition pour un art profondément aimé par la population. La question de l’archivage du patrimoine cinématographique mais aussi des productions contemporaines sur divers supports est centrale dans le projet de la Cimathèque, surtout dans une époque de déconstruction du sens de l’histoire collective.

Cimatheque, Alternative Film Center

Cimatheque – Alternative Film Centre is a multi-purpose venue located in the heart of downtown Cairo. It opened its doors to the public on June 3 2015. It came from the wish of young filmmakers to create an independent production agency. Following the revolution, the scope of the project expanded, bringing about the idea to build an analogue hand-processing lab, the only one of its kind in the country, in the hopes of reviving a lost art form that capitulated in recent years to the cost-effectiveness of digital filmmaking. And because everything that was being implemented in Cimatheque till this point arose from a desire to at once respect legacies and collective histories, while deconstructing their meanings in the current political and social climate, the idea of devoting a room or two to film archives came into being. This concern is central to the way in which Cimatheque’s team approaches programming based on film history and archiving, with the hope that it can give voice and expression to peripheral memories, and material made on the margins of society.

Cimatheque, Alternative Film Center (English version)

La Cimathèque, centre alternatif du film

La Cimathèque, un centre alternatif du film, situé dans le centre du Caire a ouvert ses portes le 3 juin 2015. Elle est née d’abord du désir de jeunes cinéastes de créer une société de production indépendante. Avec la révolution le projet s’est étoffé, et la Cimathèque est devenue un lieu de rencontre, de projection, de production, de digitalisation, d’archivage, de débats à l’adresse de tous les cinéphiles. L’Égypte possède une longue tradition cinématographique, interrompue par des années de négligence, de corruption et un manque d’ambition pour un art profondément aimé par la population. La question de l’archivage du patrimoine cinématographique mais aussi des productions contemporaines sur divers supports est centrale dans le projet de la Cimathèque, surtout dans une époque de déconstruction du sens de l’histoire collective.

Cimatheque, Alternative Film Center

Cimatheque – Alternative Film Centre is a multi-purpose venue located in the heart of downtown Cairo. It opened its doors to the public on June 3 2015. It came from the wish of young filmmakers to create an independent production agency. Following the revolution, the scope of the project expanded, bringing about the idea to build an analogue hand-processing lab, the only one of its kind in the country, in the hopes of reviving a lost art form that capitulated in recent years to the cost-effectiveness of digital filmmaking. And because everything that was being implemented in Cimatheque till this point arose from a desire to at once respect legacies and collective histories, while deconstructing their meanings in the current political and social climate, the idea of devoting a room or two to film archives came into being. This concern is central to the way in which Cimatheque’s team approaches programming based on film history and archiving, with the hope that it can give voice and expression to peripheral memories, and material made on the margins of society.

Le féminisme islamique et l’ambiguïté de l’engagement politique. « Le beau est affreux et l’affreux est beau »

Le féminisme islamique et l’ambiguïté de l’engagement politique
« Le beau est affreux et l’affreux est beau »

L’ascension et la chute récentes de la loi islamiste en Égypte appellent une réflexion, non seulement sur le rôle social des idées féministes islamiques, mais aussi sur les raisons des changements politiques, ainsi que sur les questions d’opposition éthique et de principe. Mon approche de ce sujet ne reprend pas l’opposition habituelle entre laïc et islamique, ni la critique du libéralisme laïc, mais propose une critique de tout mouvement féministe, qu’il soit laïc ou islamique, qui s’autorise de lui-même à coopérer ou à être réduit au silence par des régimes politiques corrompus. La première partie de l’article traite de la question des relations fragiles entre les féministes et l’État plus particulièrement dans le contexte égyptien contemporain. La deuxième partie examine les ambiguïtés morales des positions du féminisme islamique.

Islamic feminism and the Equivocation of Political Engagement
“Fair is foul, and foul is fair”

The recent rise and fall of the Islamist rule in Egypt calls for reflection, not just on the role of Islamic feminist ideas in society, but also on the shifting political grounds and questions of ethical and principled opposition. The presentation of this subject does not take the approach of the usual secular/Islamist binary or a criticism of secular liberalism, but is rather focused on a critique of any feminist movement, be it secular or Islamic, that allows itself to be co-opted and silenced by corrupt political regimes. This article, in its first part, discusses the general issue of the precarious relationship between feminists and the state, especially in the modern Egyptian context, and, in its second part, looks into the moral ambiguities associated with Islamic feminism’s political stands.

Islamic Feminism and the Equivocation of Political Engagement. ‘Fair is foul, and foul is fair’ (English version)

Le féminisme islamique et l’ambiguïté de l’engagement politique
« Le beau est affreux et l’affreux est beau »

L’ascension et la chute récentes de la loi islamiste en Égypte appellent une réflexion, non seulement sur le rôle social des idées féministes islamiques, mais aussi sur les raisons des changements politiques, ainsi que sur les questions d’opposition éthique et de principe. Mon approche de ce sujet ne reprend pas l’opposition habituelle entre laïc et islamique, ni la critique du libéralisme laïc, mais propose une critique de tout mouvement féministe, qu’il soit laïc ou islamique, qui s’autorise de lui-même à coopérer ou à être réduit au silence par des régimes politiques corrompus. La première partie de l’article traite de la question des relations fragiles entre les féministes et l’État plus particulièrement dans le contexte égyptien contemporain. La deuxième partie examine les ambiguïtés morales des positions du féminisme islamique.

Islamic feminism and the Equivocation of Political Engagement
“Fair is foul, and foul is fair”

The recent rise and fall of the Islamist rule in Egypt calls for reflection, not just on the role of Islamic feminist ideas in society, but also on the shifting political grounds and questions of ethical and principled opposition. The presentation of this subject does not take the approach of the usual secular/Islamist binary or a criticism of secular liberalism, but is rather focused on a critique of any feminist movement, be it secular or Islamic, that allows itself to be co-opted and silenced by corrupt political regimes. This article, in its first part, discusses the general issue of the precarious relationship between feminists and the state, especially in the modern Egyptian context, and, in its second part, looks into the moral ambiguities associated with Islamic feminism’s political stands.