Accueil » Les numéros » 76. Multitudes 76. Automne 2019

76. Multitudes 76. Automne 2019

Mineure 76. Déplacements littéraires africains

Tandis que les migrants font l’actualité de la machine médiatique, qui alimente les fantasmes nationalistes et encourage les raideurs identitaires, des écrivains donnent corps et voix à ces femmes et à ces hommes qui ont choisi le voyage et l’exil. Venus des Afriques, ces écrivains engagés ouvrent le débat, retracent des trajectoires au carrefour des continents et ont en partage une vision hautement politique des fictions qu’ils déploient. Entre théâtre, poésie et roman, cette Mineure explore la force de la dérision et de l’imaginaire, appelant à un décentrement des perspectives.

Écrire de l’autre rive
Fictions politiques pour dire la traversée

Écrire de l’autre rive
Fictions politiques pour dire la traversée
La littérature porte une voix singulière sur les migrations contemporaines qui endeuillent la Méditerranée. Sont présentées ici plusieurs voix, parfois contradictoires entre elles, qui s’attachent à mettre en récit des trajectoires de migrants. Sylvie Kandé, Gauz, Mohamed Mbougar Sarr, Hakim Bah figurent différentes manières d’écrire des fictions politiques.

Writing from the other side
Political fictions to say the crossing
Literature has a very singular voice among other discourses on the contemporary migrations that cause so many deaths in the Mediterranean Sea. These texts present various voices (some of them contradictory) narrating trajectories of migrants. Sylvie Kandé, Gauz, Mohamed Mbougar Sarr, Hakim Bah experiment different ways of writing political fictions.

sans histoire/s

«sans histoire/s»
Au volant de son taxi, Mori sillonne New York, la ville où il s’est installé après avoir vécu dans plusieurs autres pays, et qu’il aime et n’aime pas. Arrêté par les agents de contrôle de l’immigration clandestine, il est renvoyé en Afrique après un séjour en détention. Contre la frontière et ses cruautés, le récit, traversé par la pensée de Deleuze, de Derrida et de Tierno Bokar, suggère que seule la mise en œuvre d’une poétique de l’hospitalité peut redonner sens à nos vies, redonner au parcours de chacun, migrants et sédentaires, le statut d’une histoire.

“without history/ies”
At the wheel of his taxi, Mori drives in the streets of New York, the city where he settled after living in several other countries, a city he likes and dislikes. Arrested by agents of the office against illegal immigration, he is sent back to Africa after a stay in detention. Against the border and its cruelties, the story, inspired by the thoughts of Deleuze, Derrida and Tierno Bokar, suggests that only the implementation of a poetics of hospitality can restore meaning to our lives, and stage our trajectories, whether migrant or sedentary, as a story.

Sur les traversées
Entretien avec Sylvie Kandé

Sur les traversées
Dans cet entretien, la poétesse explore ce que signifie l’écriture de l’histoire des « sans histoires ». À travers la nouvelle qu’elle livre à Multitudes, intitulée précisément « sans histoire/s », et son recueil La quête infinie de l’autre rive (2011), l’auteur analyse le pouvoir de « considération » de la littérature, reliant les pensées de Marielle Macé avec celles d’Édouard Glissant.

On crossings
With this interview, the poetess explores what it means to write stories of people « without histories ». Through the short story she gives to Multitudes, entitled « without history/ies », and through her book La quête infinie de l’autre rive (2011), she analyses the power of « consideration » carried by literature, linking Marielle Macé’s thoughts with Edouard Glissant’s, among others.

Le français, c’est de l’italien mal gaulé
Entretien avec Gauz

Le français, c’est de l’italien mal gaulé
Gauz revient dans cet entretien sur son dernier roman, Camarade Papa, lequel a reçu le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire en 2018. Il nous ouvre des chemins pour mieux le lire. Celui de raconter une histoire de l’Histoire, à hauteur d’hommes, adultes ou enfants, pleine de beauté, d’idéaux et de liberté. Celui de sortir de la couleur pour retrouver la capacité de ravissement et défendre les façons de parler comme cultures et armes politiques. Celui de nommer la beauté de l’espoir des migrants, qui sont des « super espérants ».

French is lousy Italian
In this interview, Gauz returns on his latest novel, Camarade Papa, who received the Literary Grand Prix of Black Africa in 2018. He opens paths for us to read it better. This invites us to tell a story of History, at the level of men, adults or children, a story full of beauty, ideals and freedom. It also invites us to escape from color in order to to regain a capacity of rapture and to defend the various ways of speaking as cultures and political weapons. It invites us to name the beauty of hope of migrants, who are “super hopefuls”.

La légende de Gauz

Légende de Gauz
Au sortir de cet entretien avec Gauz, Laëtitia Ajanohun nous propose une légende inspirée de ces légendes orales pleinement réécrites qui essaiment dans tout le roman de Gauz, Camarade Papa, qui minent le discours colonial et donnent voix aux oubliés de l’Histoire.

Gauz’s legend
As a follow up to the interview with Gauz, Laëtitia Ajanohun offers a legend inspired by these fully rewritten oral legends that are spread throughout Gauz’s novel, Camarade Papa, undermining the colonial discourse and giving voice to those who have been forgotten by History.

Les migrations méditerranéennes
Entre enquête et polar
Entretien avec Mohamed Mbougar Sarr

Les migrations méditerranéennes
Entre enquête et polar
Jeune écrivain sénégalais, Mohamed Mbougar Sarr s’est fait enquêteur en Sicile, dans un petit village qui accueille des migrants d’Afrique subsaharienne. Le résultat de cette pratique d’enquête a été l’écriture d’un roman : Silence du chœur.

The Mediterranean migrations
Between investigation and thriller
Mohamed Mbougar Sarr is a young Senegalese writer. He pursued fieldwork research in a small village in Sicily, where Sub-Saharan migrants are waiting for regularization of their situation. The result of this fieldwork is the writing of a novel : Silence du chœur.

Théâtre et migrations
Entre Conakry et Paris
Entretien avec Hakim Bah

Théâtre et migrations
Entre Conakry et Paris
Dramaturge guinéen, Hakim Bah revient dans cet entretien sur l’écriture de deux de ses pièces récentes traitant des migrations : Convulsions, qui est une réécriture du Thyeste de Sénèque, et À bout de sueurs. Les mythes méditerranéens côtoient les coupures de presse et les faits divers dans ces textes à l’oralité et à la poésie très marquées.

Theater and migrations
Between Conakry and Paris
In this interview, Hakim Bah describes the writing process of two of his last plays, which deal with migrations : Convulsions, a rewriting of Seneca’s Thyeste, and À bout de sueurs. Mediterranean myths meet newspaper clippings in his texts characterised by orality and poetry.

Majeure 76. Est-il trop tard pour l’effondrement ?

Une vague de discours sur l’effondrement semble déferler sur la France. À l’horizon de la décennie qui vient, une panique bancaire, une pénurie énergétique pourraient briser les chaînes d’approvisionnement qui remplissent nos supermarchés, nous laissant cruellement démunis… Que faut-il penser de cet imaginaire collapsologiste ? Robinsonnade, allié objectif des stratégies de choc, vecteur de désespoir démobilisant ? Ce dossier cherche à sortir des spéculations polémiques, pour observer comment les collapsonautes vivent l’effondrement en cours. La collapsologie fraie peut-être de nouvelles sensibilités et de nouvelles pratiques – différemment politiques.

Est-il trop tard pour l’effondrement ?

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler
« Nous sommes tous sur le même bateau », s’écrient les collapsologues, comme s’il s’agissait d’un scoop. Seulement, ces catastrophes annoncées, ou déjà bien amorcées, sont principalement causées par l’Occident et son système économique destructeur. Il s’agit ici de s’interroger sur l’effondrement en adoptant une perspective inversée et d’exposer la démarche de l’autrice de science-fiction Octavia Butler et des continuatrices de son œuvre, qui excellent à rendre possible des histoires alternatives. L’effondrement peut être l’occasion rêvée de changer d’angle et d’échelle et de revenir à l’essentiel.

Collapse Viewed from Below Along with Octavia Butler’s Sci-Fi
«We are all on the same boat,» exclaim the collapsologists, as if it were a scoop. Only these announced (or already well-established) disasters are mainly caused by the West and its destructive economic system. The aim here is to question the notion of collapse by adopting an inverted perspective, as provided by the science-fiction writings by Octavia Butler and the continuators of her work, who excel at making alternative stories possible. The collapse may be the perfect opportunity to change your viewpoint and scales of consideration, and to get back to basics.

Le Plantationocène dans la perspective des undercommons

Le Plantationocène dans la perspective des undercommons
Cet article plaide pour un décadrage et un recadrage nécessaires pour neutraliser certains effets pervers du terme d’effondrement, tout en conservant ses vertus mobilisatrices. Il propose de s’appuyer sur la notion d’undercommons (« communs d’en bas » ou « sous-communs ») avancée par Stefano Harney & Fred Moten en 2013, qui s’inspire des formes de vie et de pensée collectives cultivées au sein de la black radical tradition nord-américaine, par celles et ceux qui sont issu.es des cales esclavagistes de la colonisation plantacionocène.

The Plantationocene from the Point of View of the Undercommons
This article argues for a reframing of the notion of collapse, necessary to neutralize some of its perverse effects, while maintaining its mobilizing virtues. It suggests to draw inspiration from the notion of undercommons, as elaborated by Stefano Harney & Fred Moten in 2013, which is inspired by collective forms of life and thought cultivated in the Black Radical Tradition, by those who came as slaves and subalterns from the hold of Plantacionocene colonization.

La « civilisation écologique » contrôlée par le numérique en Chine

La « civilisation écologique » controlée par le numérique en Chine
Le concept de « civilisation écologique » a initialement été développé par des intellectuels chinois, à la fin des années 1980, comme une critique de la modernité industrielle et du système capitaliste face à la catastrophe écologique planétaire en cours. À partir du milieu des années 2000, et suite à l’accentuation des contestations environnementales dans les grandes villes du pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) a décidé de faire de cette notion un de ses slogans politiques phares, mais au prix de vider ce concept de sa dimension critique pour l’instrumentaliser au service de la propagande d’État, de la croissance verte et du contrôle numérique des écosystèmes. La Chine serait-elle en train d’inventer de nouvelles normes de gouvernance ?

Digital Control as a Environmental Policy according to the Chinese Communist Party
The concept of «ecological civilization» was initially developed by Chinese intellectuals in the late 1980s as a critique of industrial modernity and the capitalist system, in the face of the ongoing global ecological catastrophe. Starting in the mid-2000s, and following the intensification of environmental challenges in the country’s major cities, the Chinese Communist Party (CCP) decided to make this notion one of its flagship political slogans, but at the price of emptying this concept of its critical dimension, to use it in the service of State propaganda, green growth and digital control of ecosystems. Is China inventing new standards of governance?

Lire et vivre dans les ruines : Tsing et Sebald

Lire et vivre dans les ruines : Tsing et Sebald
À partir du Champignon de la fin du monde d’Anna Tsing, ce texte interroge l’imaginaire résolument optimiste de découverte et de reconquête nourrie par l’attention à ce qui échappe à la destruction, propre à plusieurs travaux récents. Revenant sur la position du chercheur avide de nouveaux récits, soucieux également de ne pas les écraser sous des jugements déterminant a priori ce qui compte et ne compte pas, au risque de les étouffer, l’article invite cependant à ne pas négliger la dimension de perte associée aux catastrophes passées et en cours. À cet égard, il convoque d’autres voix, en dehors des sciences sociales, en particulier celle de l’écrivant allemand W.G. Sebald, lequel accorde une place très importante aux ruines et à la remémoration des mondes perdus, de ce qui a compté pour les disparus, tel l’inlassable effort caractérisant la vie au sein des milieux fragiles.

Reading and Living in the Ruins: Tsing and Sebald
Musing from Anna Tsing’s Mushroom of the End of the World, this article questions the resolutely optimistic imagination of discovery and reconquest nourished by the “arts of attention” to what escapes the destruction, promoted in many recent works. Returning to the position of the researcher eager for new stories, also anxious not to crush or stifle them under judgments determining a priori what should or should not count, the article invites us not to neglect the dimension of loss associated with past and ongoing disasters. In this regard, it calls in other voices, outside the social sciences, especially that of the German writer WG Sebald, who gives a very important place to the ruins and the remembrance of the lost worlds, of what counted for the disappeared, as a tireless effort characterizing life in fragile environments.

De la pluralité des fins du monde : les voies de la science-fiction

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

Penser l’iconotexte de l’effondrement : une image de l’imminence

Penser l’iconotexte de l’effondrement
Comment figurer visuellement les effets des bouleversements qui marquent notre entrée collective dans l’Anthropocène ? Comment saisir l’imminence de ces transformations, sans verser dans une forme de voyeurisme de la catastrophe qui, en se soumettant aux formes du spectaculaire, stérilise toute forme d’action efficace au lieu de la favoriser ? Peut-être en cherchant des images en creux, des images inquiètes, incomplètes, qui suscitent l’interrogation et l’exercice projectif de la pensée et de l’imagination : des images qui ne représentent pas les effets des bouleversements, mais les laissent flotter à la lisière de la représentation. On voudrait ainsi définir les contours possibles d’un iconotexte de l’effondrement qui constitue un nouveau régime d’articulation du visible et du lisible, propre à l’imminence des transformations qui nous guettent.

Thinking Through the Iconotext of Collapse
How can one visualize the effects of the upheavals that mark our collective entry into the Anthropocene? How can one grasp the imminence of these transformations, without falling into the traps of a voyeurism which, by submitting itself to the forms of the spectacular, would sterilize any form of effective action, instead of favoring it? Perhaps by searching for hollow images—worried, disquieting, incomplete images that provoke the interrogation and the projective exercise of thought and imagination: images that do not represent the effects of the upheavals, but leave them floating at the edge of representation. We would like to define the possible contours of an iconotext of collapse which could constitute a new system of articulation between the visible and the legible, peculiar to the imminence of the transformations which are ahead of us.

Brève chronologie de la médiatisation de la collapsologie en France (2015-2019)

Brève chronologie de la médiatisation de la collapsologie en France (2015-2019)
Si les théoriciens de l’effondrement occupent une place relativement importante dans les médias français, le phénomène est assez nouveau. En moins d’un an, les médias ont emboîté le pas sur la sortie en librairie de quelques essais à succès. À l’instar de ces théories, l’idée d’une fin du monde semble médiatiquement actée et prend même le virage de propositions pour un après à vivre au mieux. Cette ébauche de chronologie introduit un autre texte à venir, qui sera mis en ligne en septembre 2019 sur le site de Multitudes, analysant les postures médiatiques et journalistiques vis-à-vis de quelques théoriciens collapsologues.

A Brief Chronology of the Media Coverage of Collapsology in France (2015-2019)
If the collapsologist theories occupy a relatively important place in today’s French media, the phenomenon is quite new. In less than a year, the media has followed suit on the release of a few best-sellers on that theme. Like these theories, the idea of ​​an end of the world seems mediatically accepted, going sometimes as far as proposals for post-collapse societies allowing for better lives. This chronology introduces another longer article, which will be put online in September 2019 on Multitudes website, analyzing the media and journalistic postures vis-à-vis some collapsologues.

Agir avant et après la fin du monde, dans l’infinité des milieux en interaction

Agir avant et après la fin du monde, dans l’infinité des milieux en interaction
Suivant une perspective de sociologie pragmatique des transformations, cet article explore, à travers l’engagement discursif et pratique des figures de l’irréversibilité, une diversité de formes de bifurcations et d’ouvertures d’avenir qui prennent corps dans des micromondes. Il plaide pour la nécessité de rendre intelligible la manière dont s’élaborent, en contexte, de nouvelles prises individuelles et collectives sur des mondes constamment en train de se refaire. L’enquête sociologique s’ouvre à de nouvelles cosmologies moins exclusives où se jouent les capacités de reconfiguration, de rebondissement ou de rupture, ainsi qu’à un agir démocratique qui se forme et se réforme dans ces interstices qui hantent les régimes autoritaires et défient les prophéties déterministes.

Acting Before and After the End of the World Within Infinite Milieus of Interaction
Following a perspective of pragmatic sociology of transformations, this article explores, through the discursive and practical engagement of the figures of irreversibility, a diversity of forms of bifurcations and openings for the future that take shape in microworlds. It argues for the need to make intelligible the way in which are elaborated, in context, new individual and collective affordances on worlds that are constantly being rebuilt. The sociological inquiry opens up new and less exclusive cosmologies empowering our capacities for reconfiguration, rebounding or rupture, as well as for democratic actions that are formed and reformed in these interstices that haunt authoritarian regimes and challenge deterministic prophecies.

Faut-il « avertir de la fin des temps pour exiger la fin des touillettes » ?

Faut-il « avertir de la fin des temps pour exiger la fin des touillettes » ? Les ressorts de l’engagement écocitoyen
À partir d’une incursion sur les forums électroniques d’« effondrés », cet article se penche sur ce que l’idée d’effondrement fait à celle et ceux qui y adhèrent. En décalage avec des questionnements sous l’angle des risques de démobilisation ou de dépolitisation, on voit que cette idée, en stimulant l’exploration en commun des relations concrètes et situées, peut favoriser une radicalisation du rapport au réel. Au contraire d’une fabrique de l’ignorance et du désemparement, les groupes Facebook des « effondrés » apparaissent comme des espaces d’exploration partagée, où les prises et les pistes le disputent sans cesse au désarroi. On peut alors voir, dans la fortune du terme effondrement, l’indice d’une multiplication des enquêtes lancées pour retrouver une terre où atterrir en expérimentant de nouveaux détachements-attachements.

Are Apocalyptic Threats Necessary to Recycle Plastic Spoons? On the Dynamics of EcoPolitical Involvement
Based on an incursion into the electronic forums of collapsonauts, this article looks at what the idea of ​​collapse does to those who adhere to it. At odds with the denunciations about the risks of demobilization or depoliticization, we can see that collapsology, by stimulating the joint exploration of concrete and situated relations, can encourage a radicalization of the relation to reality. Far from being a fabric of ignorance and distress, Facebook groups of collapsonauts appear as spaces of shared exploration, where the emergence of affordances and new paths prevail over dismay. We can thus see, in the fortunes of the term collapse, the index of a multiplication of investigations launched to find place where Earthbounds can land by experimenting with new modes of detachments-attachments.

Converger vers l’effondrement
Trajectoires et perspectives

Converger vers l’effondrement – Trajectoires et perspectives
Le texte montre comment les questions d’effondrement viennent à s’imposer dans les trajectoires professionnelles et personnelles, même si le fonctionnement des sciences sociales et de l’université sont plutôt des obstacles à sa prise en compte. Des perspectives se dégagent – au-delà du redéploiement des questions de recherche autour des mouvements souhaitant conjurer l’effondrement, elles oscillent entre un pessimisme non résigné, attentif à des questions de relocalisation, et l’implication directe dans de nouveaux mouvements écologistes.

Converging Towards Collapse – Trajectories and Perspectives
This article shows how issues of collapse are gaining ground in professional and personal trajectories, even if the functioning of the social sciences and the university tend to raise obstacles to its taking into account. Perspectives emerge—beyond the redeployment of research questions around movements wishing to avert collapse, they oscillate between un-resigned pessimism, attentive to issues of relocalization, and direct involvement in new ecologist movements.

Icônes 76. Liliana Porter + Ana Tiscornia.

Liliana Porter + Ana Tiscornia. Coup de foudre

Y a-t-il un lien entre relation amoureuse et pratique artistique ? J’ai posé cette question à deux artistes qui font quotidiennement l’expérience de la capacité d’agir de l’intime dans leur pratique artistique. Il s’agit de Liliana Porter et d’Ana Tiscornia, deux artistes d’Amérique latine, installées à New York. En 1990, elles se rencontrent à Cuba lors […]

À chaud 76

Chávez est vivant, la lutte continue

Chávez est vivant, la lutte continue. Voilà ce qu’ils nous disent, et ils ont raison. Le chef n’est pas seulement ce fantôme virevoltant qui se moque de nous. Il y a quelque chose de lui qui vit encore, qui habite les décombres, qui peuple notre tristesse. Chávez est vivant, la lutte continue. Dans le bilan qu’il […]

La politique dont Christchurch est le nom
Actualité du suprémacisme blanc et de l’islamophobie

Commençons par le postulat suivant : il n’est plus possible de douter de la nature mortifère du suprémacisme blanc. Aussi, au-devant de la réalité violente qui surgit au cœur même d’États réputés pacifiés, une première réaction s’est énoncée comme suit : le suprémacisme blanc est un ensemble d’idées1 à caractère terroriste2. Cette critique, nécessaire, a alors le […]

Travail et recherche

Dans Le Mouton enragé (1974) de Michel Deville, Claude (alias Jean-Pierre Cassel) fait remarquer à son ami Nicolas (alias Jean-Louis Trintignant), en proie à des difficultés financières : « C’est pas de l’argent qu’il te faut, c’est une situation. »1 En milieu urbain, dans les soirées, les cafés ou les restaurants, la socialisation des membres des classes moyennes […]

Hors-Champ 76

Le manifeste polémique d’UbuWeb

Pour l’anniversaire des vingt ans d’UbuWeb1, il y a quelques années, un groupe appelé Custodians Online, dédié à la dissémination de la culture et du savoir libres, a offert à UbuWeb deux cadeaux2. D’abord, ils ont créé une multitude de miroirs du site pour que, même si on devait disparaitre, il ne disparaisse jamais. Ensuite, […]

Le manifeste polémique d’UbuWeb

Pour l’anniversaire des vingt ans d’UbuWeb1, il y a quelques années, un groupe appelé Custodians Online, dédié à la dissémination de la culture et du savoir libres, a offert à UbuWeb deux cadeaux2. D’abord, ils ont créé une multitude de miroirs du site pour que, même si on devait disparaitre, il ne disparaisse jamais. Ensuite, […]