Accueil » Les numéros » 30. Multitudes 30, automne 2007 » Majeure 30. Réseaux autochtones : résonances anthropologiques

Majeure 30. Réseaux autochtones : résonances anthropologiques

The Right and the Wrought Identité ethnique, conscience politique et activisme

Les Adivasi utilisent aussi bien les images positives que négatives qui les touchent dans la construction d’une identification politique nouvelle, afin d’expérimenter les possibilités de changement. Ils ont commencé notamment à redéfinir leur vie quotidienne à la lumière de leur lutte politique qui s’exprime en termes d’ethnicité. L’association de cette nouvelle conscience politique et ce nouvel activisme a entraîné l’émergence d’une identité pan-Adivasi comme réponse commune aux situations coloniales et néocoloniales subies, qui transcende les identifications en termes de village ou de clan, et témoigne par là même de leur résistance active et de l’agencement de nouvelles modalités de vie.

The Adivasi rely on images that are both negative as well as positive to move them in the construction of a new political identity that experiments with the possibilities of change. They have begun, in this vein, to redefine their daily life in light of their political struggles, expressed in terms of ethnicity. The association of this new political consciousness with a newactivism has led to the emergence of a pan-Adivasi identity — a collective response to the colonial and neo-colonial situations to which they have been subjected that transcends identifications made in terms of village or clan and thus that are witness to the active power of resistance and the schematics of a new mode of life.

Condamnés à vivre ? Des peuples autochtones minoritaires du Nord sibérien face au XXIe siècle

Après l’enthousiasme soulevé par le début des années 1990, les peuples autochtones de Sibérie ont dû relever de nombreux défis. Dans le nord-ouest sibérien, au-delà des associations qui militent pour la reconnaissance et les droits autochtones, des expériences individuelles ont vu le jour, qui chacune à leur façon, puisent dans la culture traditionnelle pour s’adapter au cadre complexe de la Fédération de Russie.

As in other parts of the world, the autochthonous territories of the Russian Federation are under the threat of vast industrial projects, like Polar Ural Industrial threatening the Mansis and Man’ Uskve’s ethnographic camp, where the intelligentsia comes, since 1994, to maintain future generations’ language, folklore and ethnography. Between such threats and vapours of alcohol, the Tundra Nenets, the Khantes, the Mansis and the Taiga Nenets are once again condemned to explore their tradition in order to strengthen the roots of the future.

Articulations indigènes / Futurs traditionnels (extraits)

Dans ces deux extraits d’articles, James Clifford aborde la question des dynamismes culturels indigènes. Suivant la pensée de Jean-Marie Tjibaou, il expose en termes d’articulations les différentes dialectiques qui parcourent les rapports aux lieux et aux localisations du pouvoir. À travers les dialectiques liant les histoires autochtones et diasporiques, les origines et les déplacements, les rapports entre passés, présents et futur, il explore les aménagements et les agencements indigènes enchevêtrés dans les situations post et néocoloniales et les enjeux des réappropriations de souveraineté.

In these extracts from longer essays, James Clifford deals with the question of the dynamics of indigenous cultures. Following the ideas of Jean-Marie Tjibaou, he exposes the different dialectics that inhabit the relations to place and localization of power with regard to their terms of articulation. Across the dialectics that variously link aboriginal histories and diasporas, origins and dislocations, and the relations between past, present and future, Clifford explores the array of indigenous arrangements tangled up in the post- and neo-colonial situations and the stakes behind the reappropriation of sovereignty.

Traversées océaniennes

Les Polynésiens continuent aujourd’hui encore d’être réduits au mythe du bon sauvage, effaçant ainsi une histoire qui intégrerait les Polynésiens dans l’humanité. Il est ainsi essentiel de reconsidérer la mémoire officielle angélique, du moins salvatrice, protectrice, civilisatrice, pour restituer l’Histoire telle qu’elle est. Humaine. Parler l’Histoire dans son humanité obligerait à accepter une Histoire de femmes et d’hommes dans leurs grandeurs dans leurs petitesses. Noirceurs et lumières, trahisons et fidélités, boues et espérances, violences et générosités, haines et compassions. Humaine. Parler l’Histoire du côté des Polynésiens obligerait à déconstruire plus de deux cents ans d’un discours dominant, d’une pensée impérialiste, d’une occupation illégitime. Parler l’Histoire dans son entier obligerait à remettre en question toutes les théories qui ont encore cours aujourd’hui, qui voudraient nous faire accroire que la civilisation ne se décline qu’occidentale, que le progrès ne se conjugue que matériel, que l’avenir ne se compose que mondial.

To this day, Polynesian people continue to be reduced to the myth of the Good Savage. Beyond fables of innocence, protection and salvation, it is essential to reintegrate them within a truly human history, which accepts men and women in their bravery as well as in their pettiness, in their treasons as in their truthfulness, in their violence as in their generosity, in their hates as in their compassions. This would call for the deconstruction of 200 years of domineering, imperialism and occupation. This would also put into question most of the current approaches, which assume that civilisation has to be Western, that Progress has to be material, and that the future has to be globalized.

Introduction Réseaux autochtones : résonances anthropologiques

Une des urgences épistémologiques et politiques en anthropologie aujourd’hui nous semble être d’argumenter l’infertilité des amalgames — de plus en plus courants — entre les revendications territoriales des peuples autochtones en termes d’indigénité et les revendications nationalistes où l’identité est crispée sur un essentialisme exclusif. Nous sommes convaincus par nos rencontres dans le Pacifique, en […]

Micky Garrawurra et Tom Djumburpur, deux hommes paisibles

Une part fondamentale de la survivance physique et culturelle des Aborigènes dans notre longue histoire est liée à notre observation silencieuse des mouvements de l’environnement, notre capacité de voir le mouvement là où nul mouvement n’est discernable. Les œuvres de Micky Garrawurra et de Tom Djumburpur sont comme ces jets de lumière qui indiquent le mouvement de quelque chose de rapide mais de caché.

A crucial dimension of the Aboriginal populations’ capacity to survive is linked to our capacity silently to observe the environment’s movements, in order to see movement where no movement can be seen. Micky Garrawurra and Tom Djumburpur’s works resemble beams of light indicating that something hidden is moving rapidly.

La furigraphie pour briser l’encerclement

L’expérience de la domination et de la marginalisation – politique, économique, sociale, culturelle – ressentie par beaucoup de Touaregs dans l’ordre des États modernes se traduit par une image récurrente : celle d’un corps mutilé, amputé, blessé, empêché de se mouvoir. Face à la fragmentation et à la paralysie du corps social, territorial, individuel, revient l’idée qu’il faut le souder, le remembrer, le réemboîter pour lui restituer sa mobilité. C’est dans cette perspective que, depuis plusieurs décennies, des initiatives aussi nombreuses que variées investissent des scènes d’actions multiples, de l’insurrection armée au travail de l’imaginaire. Dans le domaine littéraire et artistique, la « furigraphie » du peintre et poète touareg Hawad, apparaît comme un de ces moyens « de dépasser les limites, de contourner l’enfermement, de faire ricocher les échos de (s)es paysages et de construire des espaces inédits pour penser, ressentir et dire autrement le monde ».

There is a recurrent image that captures the experience of being dominated and marginalised many Touaregs have felt in the political, economic, social, and cultural realms as has been inflicted upon them by the modern nation-states system : that of a mutilated, injured body deprived of its freedom to move around. So the idea comes up to put together again, to rearticulate this social body in order to counter its fragmentation and paralysis and bring it back to its former mobility. It is in this perspective that over the past scores of years various initiatives have sprung up, ranging from armed resitance to imaginary discourses. In literature, it has been the of the Touareg painter and poet Hawad that appears to be one of the paths available to « go beyond the limits, to route around the confinement, to make the echos of the landscape rebound and to build fresh spaces of thoughts, feelings, and different ways to look at the world ».

De la terre, de la langue et du mode de vie

Afin que les peuples autochtones de Sibérie maintiennent une culture vivante, un territoire est indispensable au développement de la langue et du mode de vie qui leur est propre : chasse, pêche, élevage de rennes. Mais pour certains, comme les peuples finno-ougriens du nord-ouest sibérien que sont les Khantes et les Mansis, cet espace vital ne cesse de diminuer face à l’avancée d’une expansion industrielle nécessaire à l’économie russe, mais mortifère pour les îlots de culture traditionnelle. C’est pourquoi, aujourd’hui, la question de la défense des droits et des intérêts autochtones, notamment par une représentation dans les organes du pouvoir, est d’une actualité brûlante.

Autochtonous People in general, and Siberia’s Finno-Ugrian people in particular, the Khantes and the Mansis, can only maintain their existence by being grounded in a territory necessary to the development of their language and way of life. But this territory is constantly amputated by the industrial expansion, in search of oil, gas and other natural resources. This is why defending autochtonous rights and interests is an urgent imperative.

Chemin faisant en région sauvage Rencontres entre Autres sur la terre de l’action politique

Face à la mésentente disqualifiante autour de l’autochtonie des peuples, il faut reconsidérer fondamentalement les raisons de la revendication autochtone. En effet, être autochtone, ce n’est pas tant appartenir à un lieu qu’offrir la pensée d’une expérimentation de manières d’agir autrement dans le monde en partant des positions hétéroclites de l’écart et de la séparation. Ces positions, initialement comprises dans l’extériorité cosmologique des Peuples Autochtones, leur permettent ainsi de résister, en se revendiquant d’eux-mêmes, aux hégémonies des modes d’administration des populations.

What are the reasons for the autochtonous claims ? Being autochtonous is not so much based on belonging to a particular location as on providing an experimentation in other forms of agency. These forms come from heterogeneous positions of gaps and separations, situated in the cosmological exteriority of the Autochtonous People, who thus resist the hegemonic administration of populations.

Survivre au désastre

Les communautés aborigènes d’Australie souffrent d’exil dans leur propre pays, et deviennent de plus en plus comme des « réfugiés de l’intérieur ». À l’instar des camps de réfugiés, elles sont non seulement assaillies par les consultants des très nombreuses instances du gouvernement australien mais, de plus en plus, par des pouvoirs ou des représentants du marché global. Si face à ce monde globalisé, les Aborigènes expérimentent quotidiennement les articulations hybrides entre technologie moderne et mode de vie nomade, les situations locales configurées par deux siècles d’histoire coloniale restent le plus souvent dramatiques. Les douleurs de ces situations quotidiennes culminent dans des événements violents et tragiques, comme à Palm Island où des émeutes ont éclaté à la suite de la mort en détention d’un Aborigène ; événements qui condensent les rapports de la société australienne aux communautés aborigènes. Comment donc expliquer que les Aborigènes qui sont restés entre eux et ceux qui furent dispersés puissent vivre la même désolation aujourd’hui ? Pour répondre à cette question qui touche tous les peuples autochtones en Australie ou ailleurs, il convient de se placer dans la perspective d’une anthropologie de la survie au désastre, non comme esthétique du malheur et de la vie nue mais comme éthique d’espoir.

Aboriginal communities in Australia are exiles in their own country and are becoming prorgessively more like domestic refugees. As in the case of refugee camps they are not only subjects to constant harassment from agents of various Australian governmental organizations, but also by forces or representatives of the global market. Faced with globalization, Aborigines experience, hybrid articulations between modern technology and a nomadic lifestyle on a daily basis. Nevertheless, their local situation — which is the result of two centuries of colonial history, remains dramatic. The hardship of their situation often culminates in violent and tragic events, as at Palm Island where riots broke out following the death of an Aborigine held in detention. Such events have the effect of polarizing relations between Australian society and Aboriginal communities. Why is it that Aborigines who remain with their communities and Aborigines who left both experience the same desolation today ? In order to answer this question — which concerns all the Indigenous people in Australia and beyond, it is necessary to employ the perspective of an anthropology of disaster survival, not in the sense of an aesthetic of misfortune and « bare life », but as an ethics of hope.