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Dans Réforme et Révolution, que Gorz avait publié en 1969, j’avais appris — et ce n’était pas très facile, dans l’exaltationpost-soixante-huitarde — à me défier du « tout ou rien », du mythe du grand soir par lequel on changerait d’un coup les rapports de production. J’avais appris qu’il y avait d’énormes marges de transformation à l’intérieur même du capitalisme : ce que nous allions montrer, en tant que chercheurs, avec l’approche de la régulation, et ce à quoi je suis toujours resté fidèle en tant qu’homme politique, le réformisme radical.

Gorz’s Reform and Revolution was published in 1969, and it taught me to mistrust the « all or nothing » of the mythical Big Day when the relations of production would be changed all at once (which wasn’t an easy lesson, in the exaltation following 1968). I learned there was an enormous range of possible transformations inside capitalism, as we would demonstrate with the research program of the Regulation School. As a politician, I have always upheld this radical reformism.

André Gorz n’avait pas seulement une conception politique de l’écologie qui nous relie à l’histoire et aux luttes sociales, il proposait une véritable alternative écologiste au service de l’autonomie individuelle. S’il a pu paraître trahir son camp plusieurs fois, c’était à chaque fois pour y être plus fidèle malgré tout. Sa critique de l’aliénation du travail l’a mené à vouloir sortir du productivisme salarial grâce au revenu garanti et des « cercles de coopération », avant peut-être le règne de la gratuité dans l’économie immatérielle…

Not only did André Gorz have a political conception of ecology that links it to history and social struggles, he also proposed a full-fledged ecological alternative at the service of individual autonomy. Though he may have appeared a traitor to his own camp on several occasions, it was always to remain faithful over the long run. His critique of the alienation of labor led him to look for an exit from salaried productivism in the forms of guaranteed income and « cooperation circles » — perhaps as a prelude to the free interchange of the immaterial economy…

L’affirmation autonome jusque dans la mort

Avec son « Grenelle de l’environnement », la France vient de définir les contours d’un nouveau modèle de croissance, d’une nouvelle régulation du capitalisme et des normes comportementales exigées par ce modèle. Ce qu’André Gorz avait anticipé dès 1974. Lire Gorz, c’est comprendre l’installation progressive de la biopolitique du capital, du capitalisme endurable. C’est affirmer, contre ce que Illich nomme la « gestion bureaucratique de la survie humaine », l’autonomie. C’est se déclarer, forcément, anticapitaliste. Une pensée authentique de l’écologie politique sait que la vie ne se capitalise pas.

With its recent multi-partner environmental negotiations, France has sketched the outlines of a new growth model and a new regulation of capitalism, complete with the behavioral norms required by this model. André Gorz predicted all that, from 1974 onwards. To read Gorz is to understand the gradual onset of a biopolitical capitalism, an endurable capitalism. His texts are an assertion of autonomy, against what Illich called « the bureaucratic management of human survival ». With Gorz, we necessarily declare ourselves anti-capitalist. A true understanding of political ecology knows that life cannot be capitalized.