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33. Multitudes 33, été 2008

En Tête 33

De quelques objets trouvés non réclamés à la consigne

Éloge intempestif de Mai 68 Mai 68[1]. Enfin un chiffre rond. Quarantième anniversaire. Le spectre de la jeunesse enfin conjuré dans un pays de plus en plus vieux. L’art d’être grand-père fait florès, même si l’on n’a pas le talent de Victor Hugo, pour raconter ce qu’était Mai 68. À quarante ans de distance, on […]

Majeure 33. Philosophie politique. Les deux corps du monstre

Tératopolitique : récits, histoire, (en)-jeux

Le monstre (monstrum), dans son acception la plus générale, est ce qui suscite l’étonnement, un étonnement qui est provoqué par un phénomène qui se donne à nous comme irrégulier et exceptionnel. C’est d’abord en ce sens que le monstre pose non seulement un problème philosophique parmi d’autres mais sans doute aussi le problème philosophique par […]

Le triangle qui fait peur

Entre la construction d’une monstruosité étatique absolue, censée anéantir toute rébellion par la crainte et la menace (d’un côté) et la monstrification de la part du Pouvoir de tout «autre» rebelle, hérétique, contestataire (de l’autre), l’auteur indique la possibilité d’un troisième concept de la monstruosité. Une monstruosité qui échappe à cette alternative pour affirmer son altérité radicale, monstrueuse non pas par son apparence mais par sa revendication d’autonomie par rapport à toute norme transcendante et finaliste, dans l’immanence absolue de sa condition actuelle et puissante.

Between the construction of an absolute monarchy of the state, designed to crush any revolt through fear and threats, and the one hand, and the monstrification of the power of any rebellious, heretical or contestatory «other», on the other hand, the author identitifies a third possible concept of monstrosity. This notion of monstrosity would escape these alternatives to claim its alterity, and therefore becomes monstrous not by virtue of its physical appearance, but by the autonomy of its demands in relation to any transcendental or final norms and by the actuality and immanent power of its condition.

Le monstre politique – Vie nue et puissance

Cet article est la traduction de la seconde partie de l’essai : «Il mostro politico. Nuda vita e potenza», publié dans Desiderio del mostro. Dal circo al laboratorio alla politica, U. Fadini, A. Negri, C. T. Wolfe (dir.), Rome, Manifestolibri, 2001. Dans ce texte l’auteur développe sa critique du concept de «vie nue» de Giorgio Agamben. Si l’on accepte, en effet, la rhétorique de la vie nue, on est forcement prisonnier d’une vision hobbesienne du monde. Au contraire, l’ontologie spinoziste de la puissance (potentia) montre le caractère monstrueux de la multitude, sa force collective, sa productivité, qui se donne seulement dans et par la résistance à l’Empire.

This article is the translation from Italian of the second part of the essay « Il mostro politico. Nuda vita e potenza », published in U. Fadini, A. Negri, C. T. Wolfe (a cura di), Desiderio del mostro. Dal circo al laboratorio alla politica, Manifestolibri, Roma 2001. In this text the author develops his critique of Agamben’s concept of bare life from a Spinozist point of view. To accept the rhetoric of bare life is to contain political discourse within the limits of an Hobbesian view of the world. In opposition, the Spinozist ontology of power (potentia) shows the monstrous character of the multitude, its collective force, its productivity, which only exists in and through the resistence to the Empire.

L’anomalie du vivant

La philosophie rencontre la figure du monstre d’abord comme un défi à l’ordre – ordre naturel ou ordre moral, la distinction est secondaire. Ce défi peut également être porteur de sens, comme une malédiction. Puis la philosophie «naturalise » cette figure, soit pour effacer toute dimension potentiellement chaotique dans l’univers, soit pour construire une ontologie (un « roman métaphysique», comme on disait au dix-huitième siècle) du vivant et de son imprévisibilité, dont le monstre est la représentation princeps. Mais il existe un troisième moment, une troisième « rencontre » entre la philosophie et le monstre, qui marque une sorte de retour à sa puissance significative, dans la pensée contemporaine cette fois : elle attribue à la figure du monstre un pouvoir messianique. Nous tentons ici d’évaluer le sens et la justification de cette attribution.

The Many-Headed Hydra

Cet article est la traduction de l’Introduction du livre, L’hydre aux mille têtes. L’histoire cachée de l’Atlantique révolutionnaire, à paraître aux Éd. Amsterdam en 2008. Il s’agit de l’exploration historique de la classe multi-ethnique qui forma la main-d’œuvre bon marché ayant permis l’avènement du capitalisme et de l’économie moderne transatlantique, puis mondialisée, à partir du début du XVIIe siècle. Une «foule bigarrée» (motley crowd) constituée de marchands, d’esclaves, de pirates, de travailleurs, de femmes, de soldats, de criminels déportés, de radicaux religieux, etc., développa des formes de résistance et de coopération afin de se soustraire à une exploitation forcenée (exploitation d’une main-d’œuvre dans une configuration productive qui est déjà mondialisée). Les auteurs racontent l’histoire du rôle de ces dépossédés du monde moderne, et de leur lutte pour la liberté.

This article is the introduction of the volume The Many-Headed Hydra. The Hidden History of the Revolutionary Atlantic, to be published by Amsterdam, a historical investigation of the multi-ethnique class which formed the cheap workforce which made possible the rising of capitalism and of modern transatlantic (and eventually global) economy, since the beginning of 17th century. A motley crowd made by merchants, pirates, workers, women, soldiers, convicted criminals, religious radicals, etc. developed forms of resistence and mutual cooperations, in order to escape the deep exploitation of the workforce, taking place in an economy already globalised. The authors tell the story of the role played by these wretched of modern world and of their fight for liberty.

Monstres, insurgés, intermittents

La cartographie représente, aux marges du monde connu, les monstres multiples que la polémique politique évoque pour dénoncer les dangers de la révolution : l’hydre à mille têtes qui hante les cauchemars des classes dominantes et qu’il faut exterminer ou assujettir. Hérétiques, sauvages, esclaves rebelles, prolétariat industriel et (enfin) intermittents… dont l’anomalie est mise en production avec profit. Mais le véritable monstre froid, le Léviathan, c’est l’État…

Cartography represents monsters at the borders of the known world. Those monsters are evoked by politics in order to denounce the dangers of revolution : the many-headed hydra which represents the nightmares of the dominant classes and that must be detroyed or subjugated. Heretics, sauvages, rebel slaves, the industrial proletariat and finally the precarious workers, whose anomaly is exploited to produce profit. But the ultimate cold monster, the Leviathan, is indeed the State…

Locke et le concept d’inhumain

Dans cet article, l’auteur se propose de développer les suggestions d’Althusser pour qui la théorie politique de Locke (de l’état de nature au contrat social) est fondée sur une distinction entre l’humain et l’inhumain. La conception lockienne d’une espèce humaine, avec des droits et des obligations que Dieu lui aurait donnés, relève plutôt de la politique que de la biologie ou de la nature. À l’origine de l’humanité il y a un choix : consulter ou ne pas consulter la raison qui devra gouverner l’action humaine. Ceux qui renoncent à la raison forment une contre-espèce dont l’existence même est une menace absolue pour l’humanité et qui, de ce fait, doit être détruite pour le salut de l’humain lui-même.

This essay attempts to develop Althusser’s suggestion that Locke’s political theory and its central concepts, from the state of nature to the social contract, rest on a heretofore unrecognized distinction between the human and the inhuman. Locke’s notion of a human species with rights and obligations conferred upon it by God is a political rather than biological or natural one. At the origin of humanity is a choice: the choice to consult or not to consult the reason that should govern human action. Those who choose to renounce reason form a counter-species whose existence poses an absolute threat to humanity and as such must be destroyed for the sake of the human itself.

Voltaire et les vampires

Dans son article «Vampires» du Dictionnaire philosophique, Voltaire évoque le phénomène de la «peste vampirique» qui a frappé l’Europe centrale des années 30 du XVIIIe siècle, aussi bien que les interprétations controversées qui en furent alors données, en France comme dans toute l’Europe. Il profite de cette occasion pour reprendre sa polémique anti-religieuse avec une ironie corrosive qui n’épargne pas même un voltairien sincère, comme Jean-Baptiste Boyer d’Argens, qui avait, avec beaucoup d’acuité, donné lui-même une interprétation du phénomène dans ses Lettres juives. Dans son texte, Voltaire choisit l’arme de la satire plutôt que celle de l’enquête scientifique. Il nous donne ainsi une approche anthropologique assez approximative en révélant par là les limites d’une raison polémique bornée à la simple idéologie.

In his article on «Vampires», in the Dictionnaire philosophique, Voltaire both evokes the phenomenon of the so-called «vampire plague» which hit Central Europe during the 1730s and recalls the controversial interpretations of this phenomenon in France and abroad. He takes advantage of the occasion to renew his anti-religious polemic, with a caustic irony that doesn’t spare even a sincere Voltairian like Jean Baptiste Boyer d’Argens, who had offered a penetrating analysis of this phenomenon in his Lettres juives. In his text, Voltaire chooses satire rather than an inquiry into causes of the phenomenon, revealing a superficial anthropological approach as well as the limits of an argument conceived as pure ideology.

La tératologie politique : de la canaille et des monstres

Cette étude enquête sur le sens politique d’un des aspects de la pensée d’Edmund Burke qui est resté relativement inexploré : le monstre. Après avoir montré comment la figure du monstre apparaît dans l’esthétique de Burke, l’auteur examine les raisons politiques de l’usage de la métaphore du monstrueux. L’article suggère que ces raisons sont politiques et qu’elles reposent sur la crainte que Burke éprouve pour la canaille [mob] et que cette crainte nous suggère, de plus, des éléments interprétatifs importants pour l’analyse de l’idéologie conservatrice.

This article explores the political meanings of a relatively unexplored dimension of Edmund Burke’s thought: the monster. After first showing the extent to which the figure of the monster appears in Burke’s category of the aesthetic, the author speculates on some of the political reasons for Burke’s use of the metaphor of the monstrous. The article suggests that these political reasons lie in Burke’s fear of the mob, and that this fear tells us something important about the conservative ideology of order.

Vivre contre un mur

Que signifie une relecture de Camus aujourd’hui ? D’abord souligner qu’il s’agit d’un penseur de la crise et, malgré les apparences et les détournements, d’une pensée de la radicalité, du refus de la domination et de la résistance. C’est cet aspect critique qui est ici éclairé, à partir des textes de 1937 et ceux qui ont immédiatement suivi la guerre et la Libération. Textes dans lesquels on peut lire une réflexion sur l’anthropogenèse dans un double rapport à une monstruosité à défendre et à une monstruosité politique qui vient, devant laquelle Camus s’efforce de re-penser l’activité d’une résistance.

What does it mean to re-read Camus today? First of all, one must emphasize that he was a thinker of crisis and, despite appearances and abductions, a radical thinker of the refusal of domination and of resistance. It is this critical aspect which I seek to elucidate, in texts dating from 1937, and from the immediate post-war, Liberation period. In these writings one finds a reflection on anthropogenesis in a twofold relation to a monstrosity which must be defended, and an emerging political monstrosity, faced with which Camus strives to re-think the activity of resistance.

Switzeurolandia : Une monstruosité en devenir ?

Baptisons ce monstre Switzeurolandia. Définissons-le comme le croisement entre une monstruosité nationale «réelle » (Switzerland) et une monstruosité post-nationale en devenir (Eurolandia). Et envisageons Switzeurolandia à partir d’une hypothèse projective : la monstruosité Swiss offre déjà un modèle réduit du type d’économie des affects politiques qui pourrait caractériser la monstruosité européenne, si on l’abandonne à ses tendances de développement actuellement dominantes.

Let’s call this monster Switzeurolandia, and let’s define it as a crossover between a national form of political monstruosity (Switzerland) and a post-national monster-in-progress (Eurolandia). And let’s consider this crossover through a projective hypothesis: the Swiss monster provides us with a scale-model of the type of economy of political affects that could well govern the future developments of the European Union, if it is abandoned to its current trends.

Insert 33.

Ce qu’éditer veut dire – Hommage à Christian Bourgois

Christian Bourgois (21 septembre 1933-20 décembre 2007, éditeur à Paris), écrivait très peu. Se sachant perdu et ne pouvant se rendre à la 21e Foire internationale du livre de Guadalajara au Mexique, le 23 novembre 2007 pour recevoir le prix Merito Editorial, il confia à Dominique, sa femme et collaboratrice, son message de remerciement. Dans […]

Mineure 33. Ville productive. Luttes et subjectivité

Immersions, recyclage et singularités

L’immersion est une disponibilité, une plongée et, en cas d’inattention, une noyade. Il s’agit de percevoir un certain espace-temps fortuit ou produit, une disposition à la fois individuelle et collective pour la création de situations de résistance aux paradigmes environnementaux, politiques et sociaux contemporains. Les performances d’immersion sont des dispositifs qui suscitent des nouvelles formes de faire politique et d’exister dans le monde. Les performances-événements «Interférence MST / Sida», «Multimédia Libre», «Folie.com» et «Eroticomia» ont constitué un réseau d’immersions au Brésil dont les auteurs analysent ici certains aspects communs.

Immersion is an availability, a submersion, a diving and, in case of distraction/inattention, a downright drowning. It is about perceiving a certain fortuitous or yielded space-time, an either individual or collective tendency in order to create situations of resistance to environmental, political and social contemporaries paradigms. The creation of new network combinations in space-time immersing are devices that spark new forms of politics making as well as new ways to be in the world. The events «Interference STD/AIDS», «Multimédia Free», «Folie.com» and «Eroticomia» have put together a network of immersing in a Brazil about which we try here to analyze certain common aspects.

Puissances de la samba, clichés de la samba

La samba est la plus puissante des expressions artistiques et en même temps l’un des plus grands clichés de Rio de Janeiro. Cliché de l’« identité nationale », du peuple et de l’État-Nation. Mais avant d’être capturée et rendue impuissante dans un cliché, la samba est une ligne de fuite, ou mieux, plusieurs lignes de fuite selon les différentes formes selon lesquelles elle s’est réinventée au long du XXe siècle. Elle dessine la carte, avec ses divisions et occupations territoriales, de la ville même de Rio : la samba qui démarque des territoires en même temps qu’elle se fait démarquer par le territoire, la samba qui réinvente des corps selon ses performances. Performances contre l’asepsie, la discipline physique et la séparation qu’on veut leur infliger : enfin, un jeu permanent de résistance biopolitique et d’action du biopouvoir.

Samba is Rio de Janeiro’s most powerful form of artistic expression, but also one of the city’s main clichés. It is a cliché of”national identity », cliché for the people and for the Nation State. However, more fundamental than its capture in these clichés, making it powerless, samba is a line of flight or – even better than that – it is a series of lines of flight, according to the different modes by which it has been reinvented throughout the 20th century. Samba draws Rio’s map, with its sections and territorial occupations: shaping territories and being shaped by them, inventing bodies according to their performances. The performances go against asepsis, physical disciplines, and the separation that one tries to inflict on the city’s territories. In short: samba is a permanent interplay between biopolitical resistance and the action of biopower.

Ville occupée

Depuis la révolte populaire de décembre 2001, la vie politique argentine a changé radicalement avec la force d’un pouvoir destituant qui traverse l’ensemble des manifestations quotidiennes dans les rues de Buenos Aires. Les occupations de la ville mettent en évidence de nouvelles subjectivités politiques organisées sous forme d’assemblées caractérisées par la capacité de mobilisation et d’expression publique des demandes sociales en dehors des médiations traditionnelles des institutions.

Ever since the popular revolt of December 2001, Argentinian political life changed radically, with the force of a ‘destituting power’ which runs through all daily demonstrations in the streets of Buenos Aires. The occupations of the city exhibit new political subjectivities organized in the form of assemblies, which are characterized by the capacity of mobilization and the public expression of social demands, outside of the traditional mediation of institutions.

D’autres monstres possibles

Sao Paulo a connu ces dernières années, de forts mouvements d’occupation d’immeubles au centre-ville. Fortement atteinte par la désindustrialisation, la ville connaît à la fois des problèmes de chômage et de logement. Au mouvement des Sem Teto, sans toit, se sont joints des collectifs d’artistes et graphistes qui ont développé une véritable guérilla médiatique dont la multiplicité de pratiques esthétiques atteint une dimension monstrueuse. Cette analyse nous permet de réfléchir à la dimension constituante de la multitude productive, à travers ses créations esthétiques, contre les politiques de gentrification dans la métropole. La lutte contre le Léviathan pauliste entraîne la création d’autres monstres possibles.

Sao Paulo has in recent years been acquainted with large movements of occupation of buildings in downtown area. Strongly affected by the reduction of the industrialization, the city experiences regularly problems of unemployment and housing. Collective of artists and graphists have joined the movement of”Sem Teto », the Homeless, in order to develop a real media guerrilla whose multiplicity of aesthetic practices have reached a monstruous dimension. This analysis allows us to reflect on the constituent dimension of the productive multitude, through their aesthetic creations against the policies of gentrification in the metropolis. The fight against the Léviathan in the city of São Paulo entails the creation of other possible monsters.

Territorialisations métropolitaines et projet urbain

La métropole parisienne est une réalité dans les pratiques territorialisées des jeunes métropolitains «des banlieues», alors que les pouvoirs institués en sont encore à s’affronter pour en tracer les frontières à la manière souverainiste. L’analyse du projet de rénovation urbaine des Halles marque cet important décalage entre le nouveau management municipal auquel participent les bobos du centre et, d’autre part, les multiples appropriations des jeunes métropolitains qui dessinent d’ores et déjà un territoire commun.

While politicians dispute about frontiers of the metropole institution, the youngs does practice and struggle already the way of living metropolitan in Paris. The urban renovation of les Halles shows a deep biopolitic cut between the gathered bobos and politicians of the centre and the multiple appropriations of the territory by whole young people of the suburbs, creating new commons.

Appropriations constituantes de la ville productive

La ville productive, au-delà de l’usine industrielle représente le territoire de la vie ET du travail de l’ère postfordiste. Des multitudes de précaires/intermittents produisent la ville même par de nouvelles formes de vie, d’expérimentations, d’affects et de création, perçus comme autant de bruits parasites et non fonctionnels par les institutions. De Paris à Rio en passant par Buenos Aires, nous interrogeons ce rapport conflictuel fondamentalement biopolitique entre le contrôle des espaces urbains par les pouvoirs institués et les appropriations subjectives de territoires de la ville par les multitudes constituantes de nouvelles formes de démocratie.

«La ville productive», «The productive city», beyond the industrial factory, is now the territory of life AND work of the post fordist erea. Multitudes of precarious and intermittents are producing the city by new forms of life, desires, experimentations and innovations, creating unfunctionnal noises for the power institutions. We question the conflictual relationships hardly biopolitical between the urban spaces control by the power institutions and the subjective appropriations of the city’s territories by multitudes, constituent of new forms of democraty.

Icônes 33. Ernesto Neto

Mente molhada

Cut Body, 1995/2005. Encre de Chine et marqueur argenté Cut Face, 1995/2005. Photographie Cut Face, 1995/2005. Photographie Tractatus IDeuses, 2005. Photographie : Peter Aufreiter Tractatus IDeuses, 2005. Photographie : Peter Aufreiter Tractatus IDeuses, 2005. Esquisse du projet Tractatus IDeuses, 2005. Esquisse du projet A infidelidade humana, 1995. Assemblage A infidelidade humana, 1995. Assemblage Noite noite, 2006. Dessin […]

Lévia Tot(h) (À propos de Leviathan Toth d Ernesto Neto)

Leviathan Toth, la contre-“installation” que Ernesto Neto a suspendue aux voûtes du Panthéon à l’automne 2006 n’exploite pas l’espace de ce lieu de mémoire national pour s’exposer («art environnemental»). Il affronte toutes ses coordonnées physiques, esthétiques, politiques, métaphysiques, pour s’en prendre à l’Art de la représentation dont le frontispice du Léviathan montrait, au dire même de Hobbes, le rôle constitutif-constitutionnel pour la République. Mettant en scène une manière de Critique et Clinique de la Représentation dans toutes les acceptions du terme à partir du court-circuit (qui est aussi le circuit le plus court) entre politique et esthétique, l’Opération-Neto vise à la dés-organisation expansive de la multitude vivant sous le régime «démocratique» de la représentation contractuelle dont le Panthéon est le temple. Elle donne corps à la perversion rhizomatique-bioénergétique de l’Image de l’État-Machine, de la Forme-État, en projetant un nouveau type de réalité, infra- et supra-organique, qui tire son «énergie» des forces de la multitudo dissoluta (Hobbes) dont elle propose une radicale re-composition vitale. Cette œuvre/non-œuvre qui relève d’un constructivisme politico-esthétique brésilien que l’on s’attache à redéfinir, ne peut dès lors faire l’«objet» que d’une pratique de déplacement incorporante et constituante du spectateur-participant.

Leviathan-Toth, Ernesto Neto’s anti/counter-installation which could be seen hanging from the vaults of the Panthéon in autumn 2006 does not seek to exploit this national memorial as a space in which to stand as an exhibition (environmental art). It responds to all of its surrounding factors – physical, aesthetic, political, and metaphysical, to attack the representative art whose constitutive-constitutional role in the republic, according to Hobbes, can be seen in Leviathan’s frontispiece. Setting up a sort of Critique et Clinique of Representation in all senses of the term beginning with the short-circuit (which is also the shortest circuit) between politics and aesthetics, Neto’s operation sets its sights on the expansive dis- organisation of the multitude living under the «democratic» regime of contractual representation of which the Panthéon is the temple. It provides a body for the rhizomatic-bioenergetic perversion of the Image of the State-Machine, of the Form-State, by projecting a new infra and supra-organic type of reality which draws its «energy» from the forces of the multitudo dissoluta (Hobbes) whose radical and vital recomposition it advocates. This work or non-work, derived from a Brazilian political-aesthetic constructivism which is undergoing redefinition, can now only take place in the context of a practice of displacement which incorporates and is constituted of the spectator-participant.

33. Multitudes 33 : Summer 2008

Multitudes : Summer

Filippo Del Lucchese Le triangle qui fait peur. Antifinalisme et monstruosité Between the construction of an absolute monarchy of the state, designed to crush any revolt through fear and threats, and the one hand, and the monstrification of the power of any rebellious, heretical or contestatory « other », on the other hand, the author […]

Filippo Del Lucchese Le triangle qui fait peur. Antifinalisme et monstruosité Between the construction of an absolute monarchy of the state, designed to crush any revolt through fear and threats, and the one hand, and the monstrification of the power of any rebellious, heretical or contestatory « other », on the other hand, the author […]