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Mineure 33. Ville productive. Luttes et subjectivité

L’immersion est une disponibilité, une plongée et, en cas d’inattention, une noyade. Il s’agit de percevoir un certain espace-temps fortuit ou produit, une disposition à la fois individuelle et collective pour la création de situations de résistance aux paradigmes environnementaux, politiques et sociaux contemporains. Les performances d’immersion sont des dispositifs qui suscitent des nouvelles formes de faire politique et d’exister dans le monde. Les performances-événements «Interférence MST / Sida», «Multimédia Libre», «Folie.com» et «Eroticomia» ont constitué un réseau d’immersions au Brésil dont les auteurs analysent ici certains aspects communs.

Immersion is an availability, a submersion, a diving and, in case of distraction/inattention, a downright drowning. It is about perceiving a certain fortuitous or yielded space-time, an either individual or collective tendency in order to create situations of resistance to environmental, political and social contemporaries paradigms. The creation of new network combinations in space-time immersing are devices that spark new forms of politics making as well as new ways to be in the world. The events «Interference STD/AIDS», «Multimédia Free», «Folie.com» and «Eroticomia» have put together a network of immersing in a Brazil about which we try here to analyze certain common aspects.

La samba est la plus puissante des expressions artistiques et en même temps l’un des plus grands clichés de Rio de Janeiro. Cliché de l’« identité nationale », du peuple et de l’État-Nation. Mais avant d’être capturée et rendue impuissante dans un cliché, la samba est une ligne de fuite, ou mieux, plusieurs lignes de fuite selon les différentes formes selon lesquelles elle s’est réinventée au long du XXe siècle. Elle dessine la carte, avec ses divisions et occupations territoriales, de la ville même de Rio : la samba qui démarque des territoires en même temps qu’elle se fait démarquer par le territoire, la samba qui réinvente des corps selon ses performances. Performances contre l’asepsie, la discipline physique et la séparation qu’on veut leur infliger : enfin, un jeu permanent de résistance biopolitique et d’action du biopouvoir.

Samba is Rio de Janeiro’s most powerful form of artistic expression, but also one of the city’s main clichés. It is a cliché of”national identity », cliché for the people and for the Nation State. However, more fundamental than its capture in these clichés, making it powerless, samba is a line of flight or – even better than that – it is a series of lines of flight, according to the different modes by which it has been reinvented throughout the 20th century. Samba draws Rio’s map, with its sections and territorial occupations: shaping territories and being shaped by them, inventing bodies according to their performances. The performances go against asepsis, physical disciplines, and the separation that one tries to inflict on the city’s territories. In short: samba is a permanent interplay between biopolitical resistance and the action of biopower.

Depuis la révolte populaire de décembre 2001, la vie politique argentine a changé radicalement avec la force d’un pouvoir destituant qui traverse l’ensemble des manifestations quotidiennes dans les rues de Buenos Aires. Les occupations de la ville mettent en évidence de nouvelles subjectivités politiques organisées sous forme d’assemblées caractérisées par la capacité de mobilisation et d’expression publique des demandes sociales en dehors des médiations traditionnelles des institutions.

Ever since the popular revolt of December 2001, Argentinian political life changed radically, with the force of a ‘destituting power’ which runs through all daily demonstrations in the streets of Buenos Aires. The occupations of the city exhibit new political subjectivities organized in the form of assemblies, which are characterized by the capacity of mobilization and the public expression of social demands, outside of the traditional mediation of institutions.

Sao Paulo a connu ces dernières années, de forts mouvements d’occupation d’immeubles au centre-ville. Fortement atteinte par la désindustrialisation, la ville connaît à la fois des problèmes de chômage et de logement. Au mouvement des Sem Teto, sans toit, se sont joints des collectifs d’artistes et graphistes qui ont développé une véritable guérilla médiatique dont la multiplicité de pratiques esthétiques atteint une dimension monstrueuse. Cette analyse nous permet de réfléchir à la dimension constituante de la multitude productive, à travers ses créations esthétiques, contre les politiques de gentrification dans la métropole. La lutte contre le Léviathan pauliste entraîne la création d’autres monstres possibles.

Sao Paulo has in recent years been acquainted with large movements of occupation of buildings in downtown area. Strongly affected by the reduction of the industrialization, the city experiences regularly problems of unemployment and housing. Collective of artists and graphists have joined the movement of”Sem Teto », the Homeless, in order to develop a real media guerrilla whose multiplicity of aesthetic practices have reached a monstruous dimension. This analysis allows us to reflect on the constituent dimension of the productive multitude, through their aesthetic creations against the policies of gentrification in the metropolis. The fight against the Léviathan in the city of São Paulo entails the creation of other possible monsters.

La métropole parisienne est une réalité dans les pratiques territorialisées des jeunes métropolitains «des banlieues», alors que les pouvoirs institués en sont encore à s’affronter pour en tracer les frontières à la manière souverainiste. L’analyse du projet de rénovation urbaine des Halles marque cet important décalage entre le nouveau management municipal auquel participent les bobos du centre et, d’autre part, les multiples appropriations des jeunes métropolitains qui dessinent d’ores et déjà un territoire commun.

While politicians dispute about frontiers of the metropole institution, the youngs does practice and struggle already the way of living metropolitan in Paris. The urban renovation of les Halles shows a deep biopolitic cut between the gathered bobos and politicians of the centre and the multiple appropriations of the territory by whole young people of the suburbs, creating new commons.

Appropriations constituantes de la ville productive

La ville productive, au-delà de l’usine industrielle représente le territoire de la vie ET du travail de l’ère postfordiste. Des multitudes de précaires/intermittents produisent la ville même par de nouvelles formes de vie, d’expérimentations, d’affects et de création, perçus comme autant de bruits parasites et non fonctionnels par les institutions. De Paris à Rio en passant par Buenos Aires, nous interrogeons ce rapport conflictuel fondamentalement biopolitique entre le contrôle des espaces urbains par les pouvoirs institués et les appropriations subjectives de territoires de la ville par les multitudes constituantes de nouvelles formes de démocratie.

«La ville productive», «The productive city», beyond the industrial factory, is now the territory of life AND work of the post fordist erea. Multitudes of precarious and intermittents are producing the city by new forms of life, desires, experimentations and innovations, creating unfunctionnal noises for the power institutions. We question the conflictual relationships hardly biopolitical between the urban spaces control by the power institutions and the subjective appropriations of the city’s territories by multitudes, constituent of new forms of democraty.