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A chaud 36, été 2009

Le système d’enseignement public italien a été depuis l’été 2008 l’objet d’une série de coupes budgétaires. C’est contre cette suite de réformes que des étudiants, des travailleurs de l’enseignement et des chercheurs se sont engagés dans diverses formes de contestation, de l’occupation des rues au blocage des universités. Au-delà des frontières italiennes, des appels à un nouveau type de welfare se sont fait entendre à travers toute l’Europe, étendant ainsi les revendications corporatistes traditionnelles au contexte global de la crise économique en révélant sa double nature. L’un de ces aspects réside dans la centralité de la production de savoirs, l’indistinction entre les statuts d’étudiant et de travailleurs émergeant comme effet symptomatique de la planification néolibérale. Contre ce processus au sein duquel la puissance des savoirs vivants se voit capturée par la dynamique capitaliste de hiérarchisation et de dette, les récentes luttes désignées sous le nom de Onda anomale ont imposé les fins d’un renouveau de la coopération sociale et une pensée réactualisée de l’autonomie du savoir, sous le slogan « Nous ne paierons pas pour votre crise ! ».

«We will not pay for your crisis»
The Italian public education system has been hit by several cuts in its funding since the summer of 2008. It’s against this trend of reforms that students, university workers and researchers engaged in various protests, occupying the streets and blocking universities. Beyond Italy’s boundaries, calls for a new form of welfare have spread throughout Europe, thus extending traditional corporatist demands to the global context of the economic crisis and revealing its double-sided nature. One of these aspects is the centrality of the production of knowledge, as the indistinctness between student and worker statuses emerges as a symptomatic side-effect of the neoliberal agenda. Against this process in which the power of living knowledge is captured by capitalist dynamics of hierarchy and debt, recent struggles under the designation of «Onda Anomale» have imposed the goal of a renewal of social cooperation and a rethinking of the autonomy of knowledge, under the motto « We won’t pay for your crisis! ».

La crise économique ne porte pas seulement un coup à la consommation mais plus profondément, c’est sa structure et sa justification qui sont désormais en cause. Si la perte de sens de la consommation fait figure de symptôme, pourtant la majorité des experts continuent coûte que coûte de préserver un modèle éculé de consommation alors même que se dessinent socialement d’autres possibles économiques.

Stutters in consumption
The economic crisis is not just a blow to consumption but also a challenge to its very structure and rationale. The loss of meaning of consumption is a symptom, but the majority of experts continue trying to preserve at any cost an obsolete model of consumption, even when they propose alternative economic patterns.

Dans ce texte, Anne Querrien revient sur l’action du LKP. Loin de s’arrêter à un regard axé sur la seule revendication d’une augmentation de 200 euros, ou à une analyse qui arrêterait cette lutte au seul mouvement indépendantiste, l’auteur retrace cette révolte en indiquant le désir de changer les relations sociales, son aspiration à alé pli lwen, et sa quête de sortir du colonialisme et de l’exploitation. Ainsi sous sa plume, l’île re-devient espace d’utopie, de déboulé et de créole soutenu par un projet d’hybridation et de créativité dans lequel aussi tout reste à faire. Car, le liyannaj, la mise en commun, amorcée a ses faiblesses, notamment en ce qui concerne la question du Sida ou de la place des femmes. Ces points aveugles n’empêchent pas pour autant de regarder de l’autre côté des mers.

From the common to the other side of the seas
In this text, Anne Querrien revies the action of the LKP (Coalition of Civil Society Organizations of Guadeloupe). Instead of focusing on the immediate demands or to simply analyze the fight in the framework of the struggle for independence, the author recounts the revolt as a desire to change social relations, its aspiration to alé pli lwen and its quest to end colonialism and exploitation. The island is seen as an utopian space, a déboulé and a creole, supported by a hybridization and creativity in which everything remains to be done. The liyannaj, or pooling, has shown its weaknesses, particularly regarding the issue of AIDS or of women. These blind spots do not hinder the reader to look across the seas.