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Mineure 40. Colombie : de l’opposition à la résistance

Colombie : travaux sur terrains instables

En France, quand on parle des Colombiens, c’est généralement pour énumérer la liste des exactions dont ils sont les victimes : meurtres ciblés de syndicalistes ou de leaders populaires, massacre de populations rurales, déplacements forcés, séquestrations… La dénonciation l’emporte souvent sur l’effort d’analyse, sans parvenir à se défaire d’une vision catastrophiste d’un pays qui semblerait voué […]

EntretienLe texte d’ouverture de ce dossier est un entretien d’Antonio Morales Riveira, réalisé par Pascale Molinier. C’est l’occasion pour Morales Riveira de dessiner le paysage politique d’une Colombie entravée par, d’un côté, une droite réactionnaire et puissante et de l’autre, par l’éclatement d’un mouvement social qui connaît bien des difficultés malgré d’importantes initiatives des minorités. Il permet ainsi au lecteur de saisir les enjeux occultés d’une société qui étouffe d’être polarisée par les problèmes de milices ou de narco-traficants.

From opposition to resistance
Faceing a dictatorship that does not speak its name

The opening text is an interview of Antonio Morales Riveira, directed by Pascale Molinier. This is an opportunity for Morales Riveira to draw the political landscape of a Colombia destabilized by a powerful and reactionary right on the one hand and, on the other, by a social movement that encounters huge difficulties, despite significant minority initiatives. It allows the reader to grasp the hidden challenges of a society that is polarized by milicies or narco-traffickers.

Le déplacement forcé, même s’il n’a pas toujours été appelé ainsi, a fait partie, tout au long de l’histoire de la Colombie, des cartographies spatiales que les régimes coloniaux, républicains et modernes ont, tour à tour, imposé graduellement à certains groupes sociaux. En assignant, de long en large du territoire, des hiérarchies, différences, valences bio-morales et des seuils d’uniformité et d’altérité, ils ont préparé un terrain fertile pour le développement du conflit armé qui se poursuit aujourd’hui.

Conquest + Colony + Republic = Displacement

Forced displacements of certain social groups have shaped the spatial map of Colombian History, under the colonial, republican and modern regimes. By assigning hierarchies, differences, bio-moral values and thresholds of uniformity and alterity, such displacements have prepared the ground for the development of the armed conflict which continues to this day.

Cet article rend compte des représentations des populations noires élaborées par la société colombienne depuis l’époque coloniale, en passant par la période républicaine et l’essor de l’idéologie du métissage jusqu’à nos jours, moment où la nation s’est redéfinie comme pluriethnique et multiculturelle. Les auteurs placent au centre de leur réflexion les droits et les aspirations des groupes sociaux minorisés, qui n’ont pas eu la possibilité de se représenter par eux-mêmes dans le processus de construction nationale. L’article étudie les difficultés subies par les Afrocolombien(ne)s, malgré leurs luttes et résistances, pour obtenir leur inclusion comme citoyen(ne)s à part entière dans un contexte hostile marqué par l’accentuation du conflit interne et du néolibéralisme.

Unfinished Rebellion

This article discusses the representations of black populations in Colombia, from the colonial period until today. It focuses on the rights and aspirations of social groups which have never had the opportunity to represent themselves during the process of national construction. It studies the difficulties faced by Afrocolombians, their struggles and resistance, in order to be included as citizens in a hostile context marked by the exacerbation of internal conflict and neoliberal policies.

Depuis un an, divers secteurs sociaux s’articulent entre eux et construisent de manière conjointe la Minga. Il s’agit d’un processus de mobilisation sociale promu depuis les organisations indigènes qui est en train de renouveler en profondeur les méthodes et les grammaires des luttes sociales en Colombie.

La Minga on the Move

For a year, various social movements have gathered into a joint organization entitled La Minga. It represents a new process of social mobilisation promoted from the ranks of indigenous organisations, renewing in depth the methods and grammars of social struggles in Colombia.

Au travers d’une logique de détournement des sources iconiques premières, les graffitis analysés pointent des problématiques très complexes de la vie sociale, politique, économique et culturelle de la Colombie. Trois arguments principaux nous permettent d’affirmer que ces graffitis-pochoirs représentent une voie privilégiée de l’opinion politique alternative : d’abord, ils encouragent la prise de position des spectateurs vis-à-vis des pouvoirs et le dépassement d’une prétendue neutralité politique. Deuxièmement, ces graffitis sont en mesure de générer des tensions et des remises en question des informations données par les médias, entourées d’une auréole de véracité quasi-religieuse. Enfin, les buts revendicatifs et le caractère militant du graffiti politique font de lui une voie de lutte contre le projet d’homogénéisation identitaire caractéristique des gouvernements de droite. Les graffitis seraient ainsi une forme d’expression symbolique des pouvoirs instituants, caractérisée par une certaine dimension de « pédagogie politique », du fait qu’ils comportent une invitation à la réflexion critique de la réalité colombienne.

Ironic Protests on the Walls

This article analyses graffiti-stencils, which embezzle their primary iconic sources, and address crucial problems of Colombia’s social, political, economic and cultural life. They represent a privileged means of expression to alternative political beliefs for at least three reasons: first, they encourage the spectators to take a stand towards the powers in place, piercing through attitudes of political neutrality. Second, they generate tensions and questionings of the information given by the media, which are surrounded with a halo of quasi-religious truthfulness. Finally, the militant character of these political graffiti allows them to fight against the project of cultural homogenization, characteristic of right-wing governments.