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41. Multitudes 41 Printemps 2010

Majeure 41. Propriétés / communs

Les squatts aux Pays-Bas depuis

Aux Pays-Bas, pays très densément peuplé, la pression de la demande sur les terrains et les bâtiments est par définition très forte. Le secteur immobilier, où les bénéfices sont potentiellement élevés, joue donc un rôle important dans l’économie, et dans la politique. Mais les Pays-Bas sont aussi un des rares pays où le squat est […]

La propriété narrative

Partie pour comprendre pourquoi l’exclusion du droit de glaner le bois dans les forêts du début du capitalisme pouvait avoir quelque chose de commun avec le surgissement de droits de propriété sur internet, j’ai découvert, grâce aux autochtones et aux aborigènes, que la propriété était une affaire narrative, certes confrontée à des technologies et des […]

La réinvention des communs physiques et des biens publics sociaux à l ère de l information

Lorsque les industries ont cherché à reprendre le contrôle sur les espaces ouverts par les technologies de l’information, la construction de biens communs, différenciée selon les champs d’application, est devenue un modèle alternatif de production, proche de ce qui se cherchait dans le champ de l’environnement. Mais la politique mondiale dans ces domaines en reste pour l’essentiel aux bonnes intentions. Une nouvelle manière d’évaluer l’économie en termes de développement humain s’est faite jour, qui donne à espérer qu’on trouvera les modalités de gestion économique adéquates à ces nouvelles pratiques.

The reinvention of the commons in the information age

When corporations attempted to expand their control over the spaces newly opened by the Information and Communication Technologies, the construction of common goods became an alternative model of production, closely linked to environmental research. But global governance in these fields remains wishful thinking. A new way of evaluating economic realities in terms of human development has emerged, raising hopes of inventing models of management in agreement with these emerging practices.

Le copyleft et la théorie de la propriété

La propriété des biens immatériels, c’est-à-dire le droit pour les auteurs et leurs producteurs d’exclure les autres de leur usage au moins temporaire, semble avoir triomphé. Mais les créateurs et les utilisateurs de logiciels libres bousculent ce paysage. Si les créateurs de free software restent propriétaires de leurs produits et libres de légiférer sur leur utilisation, les utilisateurs ne sont pas libres d’exclure les suivants. Il se forme de ce fait un réseau de propriétaires-utilisateurs différencié, un commun, garanti par les différentes formes de licence Creative commons. L’auteur se fait hacker, membre d’une communauté quasi-artiste par laquelle il fait reconnaître ses élégances de programmation. Le propre et le commun ne sont plus antinomiques, et les propriétés deviennent plurielles et inclusives.

Copyleft and the theory of property

The principle of property, i.e. the (temporary) right for authors and producers to exclude others from the use of their product, seems to have succeeded in imposing itself on immaterial goods. However, creators and users of free software challenge this apparent success: while creators remain free to regulate the use of their creations, users are not in a position to exclude other users. Thus appears a multi-layered network of owners-users, a common territory, maintained through licences modulated by Creative Commons. The author is turned into a hacker, a member of a quasi-artistic community admiring the elegance of his programs. The privately owned and the common are no longer antinomic, as properties become plural and inclusive.

Droit de propriété intellectuelle, terra nullius et capitalisme cognitif

Le capitalisme cognitif présente deux caractéristiques principales, l’intelligence collective et l’utilisation intensive des nouvelles technologies de l’information basées sur la digitalisation des contenus et des procédures. Cela implique un défi énorme à l’application des droits de propriété intellectuelle et entraîne une crise globale des modèles économiques des industries culturelles. Le mouvement de l’open source se rapproche du principe de terra nullius qui se trouve actuellement rejeté par le droit constitutionnel, alors que les mécanismes du copyleft et des Creative Commons esquissent un nouveau système d’appropriation capable de protéger efficacement la biosphère contre la biopiraterie et la noosphère contre la prédation des externalités positives par le capitalisme cognitif.

Intellectual Property Rights, terra nullius and cognitive capitalism

Cognitive capitalism presents two main characteristics, collective intelligence and intensive use of the new technologies of information based on digitalization of contents and procedures. This creates an enormous challenge to the enforcement of intellectual property rights and produces a global crisis for the economic models of cultural industries. The open source movement is closer to the terra nullius principle, which is now rebuked by constitutional law, while Copyleft and Creative Commons stand for a new system of appropriation rules, which will efficiently protect the biosphere against biopiracy and the noosphere against predation of positive externalities by cognitive capitalism.

Les droits de propriété intellectuelle sur « la nature »

La Convention internationale sur la biodiversité (1992) a institué des droits de propriété privée sur la nature sauvage pour la protéger. Les accords fondant l’OMC (1994) demandent le respect des brevets sur les composants génétiques des plantes et des animaux. Ces composants génétiques sont analysés d’abord dans les pays anciennement colonisateurs détenteurs d’échantillons alors que l’usage quotidien des mêmes plantes ou animaux n’est pas reconnue comme une connaissance génétique. Les nouveaux droits de propriété intellectuelle sont sources de conflits et de négociations entre entreprises et « indigènes ». La proposition d’instituer un patrimoine génétique commun global qui serait servi par chacun localement cherche à contrecarrer la privatisation de la nature en faisant tomber ses éléments dans le domaine public. Mais il faudrait surtout que chacun apprenne qu’il est partie intégrante de la nature et cesse de vouloir en avoir la maîtrise.

The intellectual property rights on « nature »

The Convention on Biodiversity (1992) instituted property rights on nature in order to protect it. The agreement promoted by the WTO about Intellectual Property (1994) called for the enforcement of patents on genetic components in plants and animals. Such components are isolated in the ex-colonising countries on the basis of samples, while the daily use of these plants and animals in the ex-colonized countries has no legal status. The new rights in intellectual property generate conflicts and negotiations between corporations and indigenous communities. The proposal for instituting global genetic Commons, under the stewardship of local communities, resists against the privatization of nature, but the first step would consist in learning to see ourselves as parts of nature, rather than as its masters.

La terre à plusieurs Territorialités autochtones et déterminations juridiques australiennes

En Australie la couronne britannique s’est approprié la terre et la fait mettre en culture sans l’acheter aux autochtones, dont les formes de propriété ont été méconnues. Alors que la propriété anglaise est individuelle, les Aborigènes pratiquent une propriété en commun. Les responsables d’un lieu sont multiples et circulent entre les lieux tout en changeant […]

La terre en Nouvelle-Calédonie : pollution, appartenance et propriété intellectuelle

L’appartenance à un groupe autorise à en utiliser les biens communs et oblige à contribuer à les renouveler. En Kanaky des étrangers peuvent être incorporés à la communauté locale à condition de jouer le jeu de la gestion collective. L’hostilité aux compagnies minières n’est pas a priori mais elles ne comprennent pas que le rapport à la terre qui les intéresse concerne tous les groupes parlés dans le mythe de cette terre, ni que l’exploitation n’est possible qu’à condition de ne pas laisser de traces. La patrimonialisation du territoire par l’ONU ne restaure pas les autochtones dans leurs droits et réactive les conflits avec l’Etat. Lorsqu’ils donnent leurs terres, les Kanaks attendent du gouvernement et des entreprises qu’ils en fassent bon usage, qu’ils sauvegardent une terre en recréation constante, dont ils sont les garants en dernier ressort.

Pollution, belonging and intellectual property in New Caledonia

In Kanak culture, belonging to a social group entitles an individual to use its commons and obliges him to renew them. Outsiders can be assimilated in the community, as long as they play by its rules of common management. Hostility towards mining corporations does not result from a priori postures, but from the fact that these companies fail to understand and respect the fact that property issues concern all of the groups concerned in the myths related to the land, and that exploitation could only be acceptable if it left no trace. When the UN attempts to protect a portion of land by declaring it a common treasure for mankind, aboriginal rights are not respected and conflicts with the State are reactivated. When they accept to share their land with outsiders, Kanak populations expect government and corporations alike to preserve the constant recreation of this land, which they have the duty to steward.

La financiarisation de la connaissance

Comment le langage et la culture sont transformés en propriété privée dans la transition du capitalisme industriel au capitalisme cognitif. Les universités ont été récemment transformées par l’informatisation, la pratique de l’évaluation et les classements à l’échelle globale. Ceci permet de contrôler les oscillations de valeur de leurs produits. Alors que l’université du capitalisme industriel était un grand institut national de traduction vers et depuis la langue nationale, les publications sur le net donnant droit à la propriété intellectuelle se font en anglais global. Cette langue qui permet une pollinisation maximale du savoir entraîne la privatisation et la limitation des productions culturelles nationales.

Financialisation of knowledge

How the language and culture are transformed into private property in the transition from industrial capitalism to cognitive capitalism. Universities have recently been transformed by the practice of evaluation and ranking on a global scale.This allows to control the fluctuations in the value of their products. While the University of industrial capitalism was a great national institute of translation to and from a national language, publications on the net giving the right to intellectual property are in global English.This language allows a maximum pollination of knowledge but it leads to privatization and the limitation of national cultural production.

Le mythe du patrimone national au Mexique

L’identité nationale mexicaine a été fondée sur la possession en commun d’un ensemble de biens qui vont des terres cultivables aux banques, en passant par les restes archéologiques et les hydrocarbures. Ce mythe national, résumé dans l’article 27 de la Constitution, qui définit le patrimoine national et les droits de propriétés qui en découlent, s’effrite sous l’effet de la mondialisation, des migrations, de l’urbanisation, des revendications des peuples indigènes sur leur propre patrimoine.

National patrimony in Mexico

Mexican national identity was founded upon the common property of a wide range of goods, going from arable land to banks, including archaeological sites and mining resources (oil). This national myth, summarized in article 27 of the Constitution which defines national patrimony as well as the rights which are related to it, is now corroded by globalization, migrations, urbanization, and claims of indigenous people over their own land.

New Babylon ou le monde des communs

Dans les objets insolites de Constant ou dans l’oeuvre architecturale d’Aldo Van Eyck, la modernité consiste à se situer sur la frontière entre le public et le privé, en multipliant les seuils, les espaces où on s’attarde, et surtout en grimpant en hauteur sur des pylônes pour déployer une nouvelle géographie. On peut enfin habiter le monde, devenir un homo ludens, jouissant de tous les mètres carrés de la ville et les transformant par son pouvoir créatif. Mais l’action directe des mouvements des années 60 a mis fin au rêve de la New Babylon en pratiquant l’appropriation immédiate. New Moloch reproduit le capitalisme sur toute la planète, établit partout sa hiérarchie de points de vente. New Babylon articulait espace physique et espace de communication, sans centre, multipliait les points de fuite grâce à la dérive situationniste, et produisait de beaux objets.

New Babylon or the world of common

In Constant’s unusual objects or in Aldo Van Eyck’s architectural works, Modernity consisted in riding the borderline between the public and the private, in multiplying thresholds and spaces for wandering. The world could be inhabited by a homo ludens, exploring every square foot of the city and transforming it according to his creative power. Direct action by the movements of the 1960s has put an end to this dream of a New Babylon by practicing immediate appropriation. New Moloch reproduces capitalism all over the planet, reproducing everywhere its hierarchy of commercial outlets. New Babylon articulated physical spaces with communicative spaces, in a centerless multiplication of lines of flight, along its situationist drifts, producing beautiful objects.

Mineure 41. Désobéir à la limite

Désobéir à la limite

Quelque chose d’insupportable nous arrive. Pour ce qui est de la situation française et de la présidence Sarkozy, l’épithète de « fasciste » ne convient pas, et celle de « népotiste » laisse de côté l’analyse du système juridique, policier, gouvernemental qui se met en place, avec pour enjeu partiel de nouveaux moyens de contrôle […]

Rêver l’Obscur, c’est justement défaire son opposition avec la Lumière

Entretien d’Isabelle Stengers avec Frédéric NeyratCet entretien tente de situer les pratiques de désobéissance civile dans le cadre de la « barbarie qui vient », du rapport à l’Etat et à la notion de progrès, et de la prise en considération politique de l’« intrusion de Gaïa ».

Dreaming the Dark is just undo his opposition to the Light

This interview attempts to place the practice of civil disobedience in the context of the « barbarism to come » related to the state and the notion of progress, and taking into account policy of « invasion of Gaia. »

Opposants, désobéisseurs et désobéissants

Le premier objectif de cet article est de rappeler que, dans une démocratie représentative, la contestation d’un pouvoir en place prend trois allures : celle des opposants, celle des “désobéissants” et celle des “désobéisseurs”. Le second objectif de cet article est de décrire les actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d’aujourd’hui.

Opponents, « désobéisseurs » and disobedients

The first objective of this paper is to recall that in a representative democracy, the challenge of power is expressed by three figures: the opponent, the »disobedient » and the « désobéisseur ».The second objective of this paper is to describe acts of civil disobedience, which proliferate in France today.

Le conflit politique selon Habermas

La désobéissance civile constitue la forme privilégiée du conflit politique chez Jürgen Habermas. Pour ténue qu’elle soit, cette figure de l’affrontement se trouve au croisement des thèmes de la légitimité, de la société civile, de la culture politique et de l’être-ensemble, qui constituent les points cardinaux de la politique délibérative de Habermas.

Civil disobedience. The political conflict by Habermas

Civil disobedience is the preferred form of political conflict in Jürgen Habermas thought. This figure of social clash represents the intersection of legitimacy, civil society, political culture and living together, which are the cardinal points of the deliberation policy established by Habermas.

La désobéissance civile électronique

Ce texte dresse l’histoire de la création de la désobéissance civile électronique, et plus spécifiquement de l’Electronic Disturbance Theater, dont Ricardo Dominguez est le cofondateur, dans le cadre du capitalisme tardif, des mouvements alter-mondialistes et de l’inflation des lois anti-terroristes.

The Electronic Civil Disobedience

This text sketches the history of the creation of electronic civil disobedience, and more specifically the Electronic Disturbance Theater, founded by Ricardo Dominguez, in the context of Late Capitalism, the alter-globalization Movements and inflation of anti-terrorist legislation.

Du dedans au dehors de l’espace démocratique

Ce texte propose de mettre en question l’usage de la désobéissance civile dans les discours afin de montrer la singularité de sa position politique au dedans, au dehors, sur les bords de l’espace démocratique.

Civil Disobedience: from inside to outside of the democratic space

This text proposes to question the use of civil disobedience as a discourse in order to show the singularity of its political position at home, outside, or on the borders of the democratic sphere.

Icônes 41

Florence Lebert, le paradoxe de la lucidité

La pratique de l’artiste Florence Lebert est liée très intimement au voyage et au déplacement dans l’espace. Dans son travail, nombreuses sont les séries d’images qui ont pour thématique le voyage dans un ailleurs lointain. La place faite au portrait et à l’altérité y est prépondérante, parcourant le Maghreb, les Pays de l’Est ou la […]

Hors-champ 41.

Les Peuples Autochtones et la crise mondiale

Dans cet article, l’auteur souligne les contradictions qui frappent la lutte et la place des peuples autochtones au sein du droit mondial. Irène Bellier pointe la violence des projets néo-libéraux tant des Etats que de l’organisation mondiale qui continuent à se référer à des schémas typiquement occidentaux.

Indigenous Peoples and the Global Crisis

In this article, the author points out the contradictions affecting the fight and the place of indigenous peoples within the frame of international law. Irène Bellier points out the violence of neoliberal projects supported by States and the world organization that still refer to typical schemes of the Occident.

A chaud 41, été 2010

ACTA est fabula ? Internet : l’Empire contre-attaque

« Acta est fabula ! » (Rideau !). Ce sont les derniers mots de l’Empereur Auguste sur son lit de mort. A.C.T.A. c’est aussi l’acronyme d’« Anti Counterfeiting Trade Agreement », que nous mijotent les grands Etats de ce monde. Quel rapport entre les deux « acta » ? Tout bêtement ceci: nos Etats aimeraient […]

Les métropoles aux métropolitains

Le projet Grand Paris lancé par l’État depuis deux ans caractérise la persistance de beaucoup d’enfermements souverainistes dont la société française ne parvient pas à s’émanciper. C’est d’abord toujours le pouvoir jacobin, même relooké de présidentialisme, qui a initié et entièrement régulé cette réflexion sur l’avenir de la métropole. La création d’un secrétariat d’État chargé […]

ACTA est fabula ? Internet : l’Empire contre-attaque

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