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Majeure 48. Contre-fictions politiques

Réalités, fictions, contre-fictions

Les fictions nous gouvernent de leur implacable réalité. Les Romains avaient leur louve, leurs haruspices, leurs empereurs divinisés, leurs apologues des membres et de l’estomac. Nous avons notre Marianne, nos taux de croissance du PIB, nos réalités augmentées et nos triples A de la finance. Depuis la fin du xviie siècle, toute une modernité critique […]

Contre-fictions : trois modes de combat

On essaie ici de définir la notion de contre-fiction en esquissant trois types possibles. Les contrefictions initiatrices nous permettent d’imaginer un autre monde possible qui, en suscitant notre désir, nous donne un recul critique sur le monde actuel. Les contre-fictions dénonciatrices s’insinuent dans la production des apparences pour court-circuiter la logique reproductrice du capitalisme consumériste. Les contre-fictions documentaires misent sur la charge de réalité captée par les enregistrements analogiques pour déjouer les clichés informant la programmation de notre réalité par la logique du spectacle.

Counter-Fictions: Three Types of Fights

This article attempts to define the notion of counter-fiction and to sketch three of their possible types. A counter-fiction is a narrative of various lengths carried by various supports (from a graffiti by Banksy to a novel by Wu Ming, from a hoax by the Yes Men to a film by Straub and Huillet) which introduces a fictional component into our actual world, in order to scramble, block or re-route the systemic reproduction of our reality.

Entre storytelling et contre-fictions

l’activisme mystificateur Le storytelling est à la mode. Depuis le best-seller de Christian Salmon consacré à la façon dont managers, politiciens et publicitaires nous « racontent des histoires » pour mieux exploiter notre force de travail, capter nos intentions de vote ou nos préférences de consommation, la méfiance règne envers des machines narratives identifiées à […]

Contre-fictions de soi : résister à la modélisation et à la modulation de la vie psychique

Résister à la modélisation et à la modulation de la vie psychiqueResituées dans le contexte du pouvoir pastoral théorisé par Michel Foucault, où le récit de soi fait fonction de technique de gouvernement, de nombreuses
contre-fictions méritent d’apparaître comme des archives d’un combat contre soi-même. Le changement de nom chez Genesis P-Orridge, la prise de drogue
chez William Burroughs, la danse épileptique chez Ian Curtis ou l’érotisation des accidents de la route chez James Ballard sont autant de contre-conduites
mobilisant la fiction pour opérer une transformation de soi de l’auteur et du lecteur-spectateur. Ces contre-fictions existentielles à vocation exemplaire constituent des résistances au contrôle, des actes de courage ouvrant un monde risqué qui échappe aux prévisions du système.

Counter-fictions of the Self

Resisting modelisation and modulation

Set against the background of Foucault’s pastoral power, where stories of the self are techniques of government, many counter-fictions deserve to appear as archives of a struggle against oneself. Genesis P-Orridge’s change of name, William Burroughs’s use of drugs, Ian Curtis’ epileptic dancing or James Ballard’s depiction of the eroticization of car crashes are to be seen as existential counter-fictions with exemplary value, as counter-conducts designed to resist control, as acts of courage opening to a risky world.

Agencements contre-fictionnels de littérature collective

Ils sont multiples. Ils publient des livres nombreux. Pas des publications d’avant-garde confidentielles : des romans qui gagnent des prix, des best-sellers traduits en plusieurs langues. Leurs identités sont opaques, leurs signatures miroitantes. Ils écrivent (ensemble ou pas) des fictions qui ré-écrivent notre monde (réel ?) à partir de décalages mineurs – petits décalages minorisants qui […]

Charismes du réel

L’oeuvre d’art à l’époque du marketing et du spectacleLe monde qui semble aujourd’hui s’imposer dans sa vérité est celui qui se donne, en même temps, avec un surplus de réalité (de proximité, de vie ordinaire, de banalité) et un surplus de fiction (de spectacle, de lueur médiatique, d’évasion onirique). Dans ce régime de vérité hybride, la réalité
est essentielle, car seule la proximité mimétique avec l’homme ordinaire donne à l’acte culturel toute sa force de séduction ; mais la réalité n’arrive à séduire que si – grâce à son exposition médiatique – elle se déréalise en quelque sorte, en se revêtant d’une certaine « aura ». Le problème est que ce charisme de la réalité, effet de la mise en spectacle industrielle de la réalité elle-même, se présente aujourd’hui comme une exigence propre tant à l’homme de la politique qu’à l’homme de la culture. Comme le montre l’exemple de l’Italie, la convergence obscure d’un populisme spécifiquement politique et d’un populisme plus généralement culturel rend le problème actuel du populisme d’autant plus profond et redoutable.

Charismas of the Real

The Work of Art in the Age of Marketing and Spectacle

Today’s world imposes itself with a surplus of reality (proximity, ordinary life, banality) and with a surplus of fiction (spectacle, mediatic light, dreamlike entertainment). In this regime of hybrid truth, reality is essential, since only the proximity with ordinary life provides cultural action with its force of seduction; but reality can please only when de-realized by its mediatic exposure and supplemented by a certain “aura”. This charisma
of reality imposes itself to political as well as cultural agents. The case of Italy shows the obscure convergence between a political and a cultural form of populism, making it all the more formidable.

Fendre le possible

Les expériences du collectif Action30 C’est dans le contexte problématique décrit par le texte de Pierangelo Di Vittorio dans ce même dossier, à cheval entre une interrogation politique et une interrogation technique, qu’est né dans le courant des années 2000 le collectif Action30. Il s’agit d’un groupe de graphistes, photographes, dessinateurs, vidéastes, musiciens, chercheurs, journalistes […]

Contr(ôl)e-fiction : de l’Empire à l’Interzone

Le succès de la notion de « contrôle » proposée par Deleuze, puis développée par Negri et Hardt, tend aujourd’hui à escamoter son origine littéraire, l’oeuvre de William S. Burroughs. Or, la logique du Contrôle chez l’écrivain américain repose sur la même représentation ambivalente du pouvoir comme emprise, consistant à faire de la liberté accordée à chacun le levier par lequel agir sur ses actions possibles. Restaurer cette filiation burroughsienne du Contrôle permet d’en valoriser la dimension contrefictionnelle : dans un monde sans « dehors », des pratiques comme le cut-up ou le simulacre réinventent notre capacité d’action.

Counter-Fiction/Controle-Fiction: from Empire to Interzone

The success of the notion of “control” proposed by Deleuze and later developed by Negri and Hardt tends to obliterate its literary origins, i.e., the work of William S. Burroughs. Yet, the American writer’s logic of Control is based on the same ambivalent representation of power as a hold, according to which freedom is a mere lever destined to act upon an individual’s possible actions. Restoring this Burroughsian filiation of Control emphasizes its counter-fictional dimension: in a world deprived of any Outside, practices such as cut-up or simulacrum reinvent our capacity to act.

Dollhouse-Bildungsroman et contre-fiction

La dernière œuvre en date du génial auteur de séries télévisées Joss Whedon, Dollhouse, a eu une vie bien trop brève (2 saisons, 2009-2010) mais reste intellectuellement et moralement marquante. D’abord par le dispositif audacieux de la série : des humains « poupées » au service de la maison du même nom, auxquels on imprime […]

Fictions et contre-fictions de l’âge du cyborg

L’analyse détaillée d’un jeu vidéo grand public récent qui met en scène la question de l’homme augmenté dans le futur proche de l’année 2027, Deus Ex, Human Revolution, permet de décrypter les ressorts fictionnels de notre imaginaire des nouvelles technologies. Car la technoscience capitaliste transforme littéralement le monde en une sorte de fiction opérationnelle, de laboratoire à ciel ouvert où se testent in vivo des rêves issus de la science fiction. D’où l’importance de répondre à ces fictions en actes par des contre-fictions de toutes natures, littéraires, cinématographiques, vidéoludiques ou artistiques, qui s’imprègnent de cet imaginaire futuriste pour mieux en détourner
les formes et les messages.

Fictions and Counterfictions in the Age of the Cyborg

This analysis of the popular videogame Deus Ex, Human Revolution, which stages augmented human beings in the year 2027, deciphers the fictional imaginary of our new technologies. Capitalist technoscience transforms our actual world into an operational fiction, an open lab where sci-fi dreams are tested in vivo. It is all the more important to respond to such operating fictions, in literature, cinema, videogames, plastic and performing arts, with counterfictions designed to infiltrate and re-route the forms and messages of this futuristic imaginary.