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Mineure 48. Fukushima : voix de rebelles

Intériorités extranéisées ; extériorités rebelles aux réductions signifiantes univoques. Peuple des surfaces engendrant de nouvelles profondeurs, de sorte que le dedans et le dehors n’entretiennent plus les rapports d’opposition exclusive auxquels les occidentaux sont accoutumés et que les matières signalétiques propres à la texture de la subjectivité se trouvent inextricablement liées aux composantes énergéticospatio-temporelles du […]

En 2007 est paru un article de l’activiste japonaise Karin Amamiya dans la revue Courrier International. Sous le titre « Japon : La jeunesse se rebelle », l’article de la jeune femme s’intitule « Les premières bourrasques de la colère ». Elle y évoque un mouvement, La Grande Fronde des Pauvres (Shiroto No Ran), et […]

Interview par Anne QuerrienMultitudes : Vous venez de publier un livre intitulé La grande transformation du capitalisme japonais. Votre titre évoque celui de l’ouvrage de Polanyi, et la mutation des rapports entre économie et société en laquelle a consisté l’émergence du capitalisme. Mais cette soumission de la société au capital est-elle encore de mise après […]

Fukushima dans son contexte global

Propos recueillis par Anne QuerrienJe suis occupé par un projet collectif de livre autour de Fukushima qui va sortir à Bruxelles aux Éditions du Souffle, avec Nicolas Prignot, Alain Brossat et Patrick De Vos pour éclairer l’accident de Fukushima sur différents aspects : philosophique, sociologique, politique, économique, historique, juridique, médiatique. Les autorités affirment avec insistance […]

Ci-gît l’État
Alors qu’avant Fukushima les mouvements japonais naissants s’affirmaient soucieux de définir de nouveaux modes de vie, de nouvelles communautés, depuis Fukushima le constat de l’incapacité de l’État à protéger la population fait germer un désir de soulèvement. Cependant les manifestations sont récupérées par les vedettes médiatiques, et les organisations mafieuses s’occupent de recruter et contrôler les « liquidateurs ». L’austérité produite tant par la crise économique que par la fermeture de nombreuses centrales nucléaires présage d’un avenir « sombre ». Thierry Ribault a réalisé la plupart des interviews qui suivent.

May the State Rest In Peace
Even before Fukushima, Japanese movements defined new lifestyles and new communities. After Fukushima, the inability of the State to protect the population turned into a desire for revolt. However, the events are recuperated by stars and mafia organizations involved in recruiting and controlling the “liquidators”. The austerity produced both by the economic crisis and by the closure of many nuclear power plants forecasts a dark future. Thierry Ribault realized most of the interviews that follow.

J’aide à partir ceux qui veulent partir, mais je veux aussi aider ceux qui restent là-bas

Fondatrice de l’association des Réfugiés de Fushikima, Yuko, qui vit maintenant à Kyoto, explique à Nadine Ribault les difficultés qu’il y a eu à prendre la décision de partir. Elle vit dans un logement social dans une cité avec d’autres réfugiés. Elle songe à repartir. Elle se demande comme beaucoup d’autres ce qu’on va faire des déchets nucléaires : les concentrer dans la région de Fukushima et elle aura tout perdu ou les répartir dans tout le Japon et il ne restera plus qu’à partir plus loin encore.

I help those who want to leave but I also want to help those who remain there
Founder of the Association of Refugees of Fushikima, Yuko, who now lives in Kyoto, talked to Nadine Ribault about the difficult of deciding to leave. She lives in social housing in a city with other refugees. But she is also considering the possibility to leave. She wonders, like many others, what will be done with nuclear waste: concentrate them in the Fukushima region and she will have lost everything; or spread them all over Japan, and there will be no other choice than leaving further away.

Ryoto, âgé de 30 ans, est déjà un vieux militant pacifiste, et le représentant du syndicat des freeters, travailleurs précaires qu’on trouve surtout dans l’informatique et les nouveaux secteurs. Il lutte contre la désinformation de la population et a établi sa tente devant le siège de TEPCO. Le gouvernement ne déplace pas les gens pour ne pas contaminer les autres. Une alliance est nécessaire avec tous ceux qui sont concernés, les travailleurs du nucléaire, les femmes de Fukushima, les réfugiés pour mettre le gouvernement et TEPCO devant leurs responsabilités.

For the Japanese Government, the People in Contaminated Areas are the Enemy
Ryoto, 30 years old, is already an old peace activist, and the union representative of freeters, precarious workers in computing and the new sectors. He struggles against the disinformation of the population and pitched his tent in front of the head office of TEPCO. The government does not move people to prevent further contamination. A movement is needed with all those concerned, nuclear workers,

On ne peut pas protéger les gens contre la réalité

La responsable de l’ONG Green Action Japan explique l’action des Femmes de Fukushima contre le nucléaire. Il s’agit d’un sit-in de femmes de toutes les régions du Japon devant le ministère de l’Éducation pour exiger que le gouvernement réduise l’exposition des enfants aux radiations dans la région de Fukushima par des travaux ou par une évacuation vers d’autres régions. Le Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a été appelé à l’aide, mais à la date de l’interview la réponse se fait attendre.

We cannot Protect the People against Reality
The head of the NGO Green Action Japan explains the action of the Women of Fukushima against nuclear power. This sit-in of women from all parts of Japan in front of the Ministry of Education demands that the government reduce the children’s exposure to radiations in the region of Fukushima. The High Commissioner for Human Rights was asked to help, but at the time of these interview the UN response is delayed.

mais la logique des anti-nucléaires à Tokyo n’est pas la mienne
Sociologue et membre de No Vox international, Nanako s’intéresse aux femmes migrantes et, depuis l’accident de Fukushima, aux femmes et aux personnes qui y vivent encore malgré la contamination. Ses étudiantes originaires de Fukushima estiment ne pas pouvoir se désolidariser de leurs pères que l’abandon du nucléaire condamnerait à la mort physique s’ils étaient assignés aux travaux de liquidation, ou à une mort sociale s’ils abandonnaient leurs emplois dans le nucléaire.

I am against Nuclear Power but the Logic of the Anti‑nuclear Activists in Tokyo is not Mine
Sociologist and member of the No Vox International, Nanako looks at migrant women, and since the accident in Fukushima, at those who still live there despite the contamination. Her students from Fukushima feel that they can not leave their families. The abandonment of nuclear power would condemn them to physical death if they were assigned to the work of liquidation, or to a social death if they left their jobs in nuclear power.

Hijame Matsumoto a fondé en 2005 un mouvement intitulé « La fronde des amateurs » dans le quartier Koenji où on trouve les puces de Tokyo. Takuro Higuchi est sociologue et membre de la Fronde. Ils gèrent quelques boutiques et un bar. Malgré les liens qu’ils ont établis avec d’autres mouvements dans le monde, ils sont relativement pessimistes sur les perspectives d’activisme au Japon. Ils ont pris l’initiative d’organiser les manifestations après Fukushima, mais sont très conscients de leurs limites, du savoir-faire d’une police qui n’a pas peur d’eux.

Don’t Worry, they’re no Bad Guys
Hijame Matsumoto founded in 2005 a movement called “The Rebellion of Amateurs” near the Tokyo flea market. Takuro Higuchi is a sociologist and member of the movement. They manage a few shops and a bar. Despite the links they have established with other movements in the world, they are relatively pessimistic about the prospects for activism in Japan. They took the lead in organizing demonstrations after Fukushima, but they are very aware of their limitations, in front of a police force that is not afraid of them.

J’agis en citoyen du monde sans lien à la nation

Compositeur de musique, Wataru s’est résolu à s’installer à Fukushima pour y créer le premier Laboratoire citoyen d’étude de la radioactivité. Son association en a créé depuis une vingtaine d’autres au Japon. Il aide les gens à continuer à vivre en prenant les précautions indispensables, car les gens ne veulent pas partir. Lui non plus ne croit guère à l’efficacité des mouvements antinucléaires tokyoïtes. Ses réflexions sur les contradictions inhérentes à la position d’expert bénévole sont particulièrement intéressantes.

I Act as a Citizen of the World Unrelated to the Nation
Composer, Wataru decided to settle in Fukushima to create the first citizen of laboratory of radioactivity studies. His association has been emulated by twenty others in Japan. It helps those who do not want to leave, to take the necessary precautions, in order to stay there. He doesn’t believe in the effectiveness of anti-nuclear movements of Tokyo.

Takero s’est fait embaucher par TEPCO dans la centrale de Fushukima Daini, sœur jumelle de la centrale accidentée, avec le projet de syndicaliser les travailleurs qui sont pour l’instant le meilleur soutien du nucléaire. Les travailleurs viennent de la région, et l’électricité alimente Tokyo. Le travail est intermittent pour éviter un niveau trop élevé de radiations, la protection sociale est faible. Les déchets du nucléaire devraient être répartis dans tout le Japon pour ne pas condamner complètement la région de Fukushima, déjà parente pauvre du Japon.

Let Anti-Nuclear Activists participate in Liquidating the Power Plants
Takero got a job with TEPCO in Fushukima Daini, twin sister of Fukushima Daichi, with the pro-ject to unionize the workers who are currently the best support of nuclear power companies. The workers come from the poor region, while the electricity supplies the better-off in Tokyo. The work is intermittent to avoid a high level of radiation, and social protection is weak. He suggests that nuclear wastes be spread throughout Japan in order not to condemn the sole Fukushima region, which is already Japan’s poorest, to carry the burden of the catastrophe.