Accueil » Les numéros » 49. Multitudes 49 (juin 2012) » Mineure 49. La dette a bon dos

Mineure 49. La dette a bon dos

La dette est une affaire de mots avant d’être une affaire de chiffres. La rengaine qui nous enjoint de rembourser nos dettes nous berce d’illusions, que cet article essaie de déboulonner. La dette est un appareil de capture des revenus du travail, son remboursement fait l’objet de conflits sociaux et non de calculs économiques. Surtout, la vraie dette, écologique, ne saurait être remboursée, mais entretenue.

Freedom from reimbursement !
Private and public “debts” are a matter of words, as much as a matter of numbers. The chorus currently exhorting us to re-pay our debts sings a delusional tune, which this article attempts to debunk. The reference to our debts works as a predatory machine. The real debts which obscure our future, the social and the ecological debt, can not be “paid back”: they need to be “maintained”, in order for us to survive and prosper.

Après avoir distingué entre différents types de dette, cet article propose une réflexion de fond sur l’obsolescence de la façon dont nos calculs économiques comptabilisent la création de richesse. La crise de la dette est d’abord une crise de la mesure. L’analogie de la pollinisation permet de faire comprendre ce dont il s’agit : nous ne comptons que le miel produit par nos activités sans inclure la pollinisation, ni prendre soin de la survie des abeilles. La dette est un artifice comptable, qui résulte de cette double cécité, dont certains abusent pour exploiter les autres. Elle risque de nous faire tous sombrer dans son aveuglement.

Debts : illusions in accounting and suicidal blindness
After distinguishing several types of debts, this article invites us to reconsider the way we measure and count wealth. The debt crisis is first and foremost a crisis in measurement. The analogy of pollination helps us see what’s wrong: our obsolete modes of accounting only pay attention to honey, without including pollination or the welfare of the bees. This double blindness leads to more brutal and suicidal forms of exploitation, which threaten to maim us all.

Comment fonctionne la dette étudiante et quelles sont ses implications sociales et politiques ? Cet article montre que le passage du financement public au financement individualisé des études supérieures commence par apporter des clients à certaines banques, qui savent bien en profiter. Cette évolution instaure aussi un quasi-marché des formations universitaires, qui a pour résultat d’exacerber les inégalités, les montants des droits d’inscription devenant la hiérarchie de référence entre des institutions décentralisées et mises en compétition.

To learn and to borrow
How do student loans really work and what is their impact on our societies? This article shows that student loans bring new customers to a small number of selected banks, eager to profit from them. This establishes a quasi-market for educational cursus, which exacerbates inequalities, as tuitions set the scale to rank educational institutions.

Les fêtes romaines des « Saturnales » permettaient de reporter la domination au lendemain. La dette a besoin de ses saturnales. Les entreprises en bénéficient depuis longtemps, grâce à de multiples exonérations qui effacent leur dette sociale. Pour les salariés, que personne ne songe à exonérer, la Banque de France propose toutefois des consignes utiles et suggestives, sur quelques moyens pratiques d’échapper aux dettes privées, avant qu’elles nous écrasent. Cet article observe ces deux formes de saturnales bureaucratiques.

Post-modern Saturnalia

In Rome, the Saturnalia pushed people to celebrate a temporary suspension of domination. Our current obsession with debts needs it Saturnalia. Big Business already enjoys them, as they are exonerated from paying their social debt to the community. Private borrowers may also find their own, on the site of the Banque de France, which describes procedures helping them to escape from an intolerable burden. This article studies both in parallel.

Les leçons du microcrédit
Le microcrédit, en Inde comme ailleurs, a été présenté ces dernières années comme un outil d’éradication de la pauvreté, permettant d’abolir des formes d’endettement informelles asservissantes, de soutenir la diffusion du capitalisme populaire et de promouvoir l’émancipation féminine. Plusieurs années de recherche en Inde rurale du Sud (Tamil Nadu) montrent que le microcrédit a surtout pour effet de renforcer une « démocratie de patronage ». La dette, sous toutes ses formes, reste un puissant moteur de paupérisation des travailleurs pauvres mais aussi de construction des identités individuelles et collectives et de différentiation sociale.

Good debt?
Bad debt?
The lessons of microcredit
In India as elsewhere, microcredit has been celebrated as a powerful tool for the eradication of poverty and informal debt, and for the promotion of popular capitalism and women’s empowerment. Several years of fieldwork in rural southern India (Tamil Nadu) show that microcredit mainly has the effect of reinforcing a patronage democracy. Debt, whatever its form, remains a powerful force for the impoverishment of the labouring poor, while shaping individual and collective identities and contributing to social differentiation.