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Majeure 51. Envoûtements médiatiques

Envoûtements médiatiques

Notre existence baigne dans le medium des médias. Paroles qui volent, écritures qui restent, lettres qui traversent l’Europe depuis des siècles, journaux quotidiens qui s’y diffusent depuis deux cents ans, télégraphe, téléphone, cinéma, radio, télévision, Internet, smartphone, Facebook : ça circule de plus en plus, toujours plus vite, toujours plus largement, toujours plus intimement. Tout cela […]

Les drones : nouveau médium de guerre ?
Les drones, ces avions sans pilote, miniaturisables à merci, qu’on envoie aujourd’hui espionner ou bombarder des lieux de conflits lointains, ne sont pas tant des « armes » ou des « produits », que des médiums : des matérialisations inquiétantes de médiations incontrôlées et incontrôlables, destinées à venir hanter et menacer ceux qui prétendent s’en servir. Cet article mène l’enquête sur leurs usages et leurs perceptions, offrant un exemple paradigmatique des inquiétants objets rendus possibles par la médiatisation croissante de notre planète et de nos vies.

Drones: A New Medium for War?
Drones should not so much be considered as weapons but rather as uncontrollable mediums: material mediations bound to come back and haunt those who produced and used them. This article inquires about their production, their uses and their public image, offering an exemplary case study in the scary nature of our newest media (and medium-like) objects.

Hypertravail
et chronophagie
L’envoûtement médiatique est un travail de l’imagination, effectué par le consommateur, qui occupe désormais la totalité, toujours croissante, de son temps de connexion. Cet hypertravail est au fondement de la nouvelle économie capitaliste, la chronophagie, en raison de sa rentabilité sans précédent, car le consommateur produit lui-même, par son imagination, un surcroît de valeur de la marchandise, qui lui fait accepter de la payer plus cher. L’hypertravail est le premier travail payant.

Hyperlabor and Chronophagy
Today’s consumers tend to be spellbound through an ever-increasing connection time devoted to mediatic fascination. This hyperlabor iscrucial to the new capitalist “chronophageous” economy, because of its unprecedented rate of returns: consumers nowadays produce by themselves, through work of their imagination, the surplus value of commodities, increasing their prices along the way. Hyperlabour is the first form of paying labour.

Comme des poissons dans l’eau
Les ancêtres de la téléréalité, comme l’émission américaine Candid Camera, ont su très tôt mobiliser un charisme de la réalité qui magnétise aujourd’hui un nombre croissant de nos contemporains. Ces pratiques télévisuelles se sont développées en étroite interaction avec les expérimentations faites sur la psychologie sociale et l’hypnose, révélant une convergence entre sciences, technologies médiatiques et mécanismes de pouvoir que cet article s’efforce de faire apparaître dans ses dimensions à la fois historiques et théoriques.

Like Fish
in the Water
Pioneers of Reality TV, like the producers of Candid Camera in the 1950s, soon learned to activate a charisma of reality which continues to magnetize an increasing number of our contemporaries. Such TV shows have been developed in close interaction with experiments in social psychology and in hypnosis. A major synergy took place between the social sciences, media technologies and power mechanisms, a synergy this articles attempts to analyze in its historical as well as theoretical implications.

Métaphysique du Joker

Lorsque James Holmes, le tueur d’Aurora, affirme au moment de son arrestation « Je suis le Joker », en référence au dernier film mettant en scène Batman, il illustre l’une des actualisations possibles du virtuel qui peuple nos espaces médiatiques. On restera démuni face de tels passages à l’acte, de même que face aux médias eux-mêmes, tant qu’on ne comprendra pas mieux quelle est la nature de ce virtuel qu’ils font advenir à l’être.

The Joker’s Metaphysics
When James Holmes, Aurora’s killer, claims during his arrest “I am the Joker”, in reference to the latest Batman movie, he exemplifies one of the possible modes of actualization of our virtual mediasphere. We will be at a loss when faced with such forms of acting out, as long as one fails to understand the nature of this virtuality inherent to media as such.

En marchant avec une multitude de spectres prismatiques

Une longue histoire relie le développement des technologies médiatiques aux ruminations sur les spectres et les fantômes. Les manifestations de rue du « printemps érable » à Montréal ont permis de revivre cette histoire en condensé : les spectres y sont apparus, dans l’ombre du simulacre de gouvernement avec son attirail de loi spéciale, de propagande mass-médiatique et de répression, dans une expérience glorieuse du temps réel. Cette expérience a surtout permis de faire apparaître d’autres spectres, prismatiques, rigolards et libérateurs, à mi-chemin entre les potentiels inédits des nouveaux médias et la vieille pratique de marcher dans une rue ensemble.

Walking among
a Multitude
of Prismatic Specters
A long history links the development of new technologies of communication with specters and ghosts. The street demonstrations which took place in Montreal in the spring of 2012 have condensed this history: old ghosts of a simulacrum government have appeared, with their special laws, mass media propaganda and repression. But this ghostly experiment in real time has also set free other types of specters, prismatic, hilarious and liberating, in the converging point where the unprecedented potentials of new media meet the old practice of walking together in the street

Antimédiation

Cet article examine le concept de médiation à travers le contexte du genre de l’horreur surnaturelle, pour suggérer que celle-ci propose une théorie énigmatique des médias (« antimédiation ») dont la trace remonte en fait à la tradition de la théologie mystique.

This article examines the concept of mediation through the context of the genre of supernatural horror, suggesting that supernatural horror offers an enigmatic theory of media (“antimediation”) that can ultimately be traced back to the tradition of mystical theology.

Notre rapport aux technologies médiatiques ne nous met pas tant en présence de nouveaux objets que de nouveaux environnements. C’est donc à partir d’une écologie générale qu’il nous faut tenter de comprendre les médias, nouveaux et anciens. Les réflexions de Félix Guattari, Gilbert Simondon, mais aussi l’agentivité environnementale de Mark Hansen ou la « struction » de Jean-Luc Nancy sont convoqués ici comme autant de pistes fécondes en direction d’une techno-écologie du sens.

The New Ecological Paradigm
Our relations with media technologies does not so much expose us to new objects, but rather to new environments. We therefore need a general ecology in order to understand media, new and old. Félix Guattari, Gilbert Simondon, Mark Hansen and Jean-Luc Nancy are discussed here, among others, in order to pave the way for a techno-ecology of meaning.

Si le média-activisme est parvenu à libérer des espaces d’expression, il n’a pas su empêcher les médias dominants, institutionnels et privés, de se réapproprier cette libération. À travers ses effets de saturation et de fragmentation, le « sémiocapitalisme » nous a fait la peau. Les médias dominants ont détruit les médiations individuelles et collectives par leur envoûtement : leur vol du temps et de la sensibilité. C’est la dimension esthétique que le média-activisme doit aujourd’hui investir, d’abord comme art, c’est-à-dire par une nouvelle production de la sensibilité, ensuite comme thérapeutique, c’est-à-dire comme soin apporté à nos appareils bio-médiatiques amoindris.
Media-activism Revisited
Although mediactivism opened new spaces of freedom, it did not prevent the dominant media to re-appropriate these spaces. Through saturation and fragmentation, semiocapitalism managed to skin and scalp us. By stealing our time and sensibility, the dominant media managed to cast a spell that destroyed our previous individual and collective mediations. Mediactivism must now reinvest the aesthetic dimension, first as art, as a new production of the sensible, then as therapy, as a labor of care directed towards our bio-mediatic devices and bodies.

Comment traduire une forme de vie ?

Comment traduire une forme de vie?
Nous vivons au sein de multiples formes de vies intriquées entre elles. Végétaux, animaux, humains, nous passons notre temps à devoir traduire ces formes de vies entre elles, ce qui nous oblige à inventer des équivalents pour ce qui n’a pas d’équivalent, à forcer un échange entre des incommensurables. C’est au sein de ce travail vital de traduction que doivent être envisagés les médias.

How to Translate
a Form of Life?
We live among an entanglement of forms of life. Plants, animals, humans, we all must constantly operate translations between these different forms of life, which forces us to invent equivalents when none are given. It is within the general and vital task of translation that the media must be understood and analyzed.

Onde ou corpuscule ?

Nos médias ont (au moins) une double fonction : celle de faire circuler des « informations », à quoi nous voulons les réduire, mais aussi celle de nous mettre en « communication », au sein d’une communion primaire et primale que nous feignons trop souvent d’ignorer. Communiquer, c’est mettre ou avoir en commun, c’est participer à une hypnose ou à une transe collective, où notre existence relève plutôt d’un monde d’ondes commun(icant)es que d’un monde de particules individuelles.

Wave or Particle?
Communication’s Transitional Man
Our medias have (at least) two different functions: to exchange “information”, but also to put us in a “communication” situation, i.e., to set up a form of primary and primal communion. To communicate is to set in common, within a participative collective hypnosis or trance, where we tend to dilute within a world of waves, rather than exchange in a world of individuals.