De l’agriculture dont on ne parle pas

Le discours médiatique sur l’agriculture est le discours des acteurs dominants de cette composante de notre économie deux secteurs sont confondus sous la même appellation d’agriculture, le secteur agricole proprement dit et le secteur agro-alimentaire qui, même s’il est administrativement classé dans « agriculture », est en réalité une industrie avec ses impératifs propres. Cette industrie agro-alimentaire (IAA) a besoin du marché le plus large possible afin de rentabiliser ses investissements. Elle doit donc rechercher le marché international, où elle sera soumise à la concurrence des IAA d’autres pays. D’où la nécessité de négociations visant à un partage des tâches, des régions et des productions. Dans ces négociations tout pèse : la volonté politique, le poids diplomatique, les concessions que l’on peut faire dans d’autres secteurs, les mesures de rétorsion possibles, les prix que l’on peut proposer et les ennuis qu’aura le négociateur quand il reviendra dans son pays face à ses mandants et face aux paysans. Et c’est sans doute là que réside l’intérêt du « discours flou » sur l’agriculture: maintenir l’idée que paysans et IAA sont solidaires dans ce combat, maintenir une sorte d’union sacrée face à « l’ennemi » (Europe, PAC, GATT, États-Unis…).C’est l’ensemble de cette vision raccourcie qui est repris par les média nationaux. Cette description indifférenciée des problèmes de « l’agriculture » par les porte-parole du système dominant entretient un sentiment de fatalité à la longue démobilisateur, même pour les paysans les plus combatifs. En outre le public, mal informé, ne sait que penser.

La grosse agriculture

L’agriculture dont on entend parler est l’agriculture « lourde », productiviste, industrielle, celle qui produit les gros tonnages de matière brute On n’en fera pas le portrait ici, les média s’en chargent[[Pour une description plus critique se reporter à Campagnes Solidaires, mensuel de la Confédération Paysanne.. On peut simplement rappeler que l’avenir n’est pas rose, ni pour les exploitants agricoles qui travaillent dans ce système, ni d’ailleurs pour les consommateurs des produits qui en sont issus. Ici, comme pour les autres secteurs de l’industrie, la logique laisse prévoir concentration de la production et standardisation des produits afin de vendre à des prix « de compétition ». On peut alors se demander :

si cette forme d’activité va créer des emplois ou en supprimer ?

si la distribution à partir des zones où la production est concentrée, ne sera pas d’une fragilité excessive qui causera au moindre incident comme une grève de transporteur ou quelques centimètres de neige de plus que la norme, des accidents sérieux tels que pénurie dans certaines régions et corrélativement gaspillage de produits-? si cette alimentation sera d’une qualité suffisante pour le simple maintien de la santé du consommateur moyen ? si la recherche de variétés à productivité maximale n’amènera pas une sensibilité excessive des semences à certains virus ?

Ces questions connaissent déjà des réponses hélas peu encourageantes dans la plupart des cas.

Il serait donc intéressant que des chercheurs, des journalistes, des fouineurs, ou même des économistes sans a priori se préoccupent de trouver les tenants et les aboutissants de cette politique. Et de les faire connaître au grand public pour l’aider dans ses choix. Cela changerait un peu du discours pleurnichard sur une prétendue fatalité.

Le refus et l’avenir

On imagine sans difficulté que les perspectives ainsi offertes provoquent, au minimum, des mouvements d’humeur. L’augmentation du nombre des chômeurs, l’uniformisation de l’alimentation et plus généralement le mépris dans lequel sont tenus les acteurs, producteurs ou consommateurs, considérés comme « chair à économie », ne constituent pas chez nos concitoyens des motifs à allégresse, même si on doit souvent se résigner à subir la « rançon du progrès ».

Il existe donc un refus qui, chez les producteurs, s’exprime de différentes manières.

– Le désespoir chez ceux qui ont cru au mirage du productivisme en pensant qu’ils seraient parmi les gagneurs. Aujourd’hui se voyant parmi ceux qui, suivant la même logique, doivent disparaître, ils se manifestent par des actions, qu’ils veulent spectaculaires, visant principalement à frapper l’opinion et « alerter le gouvernement » en espérant par là infléchir un processus piloté par leurs pairs de la veille.

– L’action syndicale est le recours de ceux qui sont engagés malgré eux dans la course à la productivité et qui se sont aperçus, une fois lancés, du piège dans lequel ils s’étalaient aventurés. Avec à l’esprit le modèle du syndicalisme ouvrier, ils pensent pouvoir modifier le cours des choses et s’épuisent souvent dans des combats défensifs.

– Un autre type de réaction consiste à chercher à « s’en sortir autrement ». C’est le fait de ceux qui ont flairé à temps le piège et de nouveaux venus en agriculture. N’étant pas englués ou enchaînés dans un processus sans issue ils ont pu concrétiser leur volonté de partir ou repartir sur d’autres bases.

Les réponses spontanées

Aujourd’hui, de plus en plus nombreux sont ceux qui cherchent à vivre d’une agriculture différente, en particulier dans les zones où le modèle industriel est maintenant périmé (zones dites « défavorisées »). Ils constatent que des rapports différents peuvent s’établir entre ceux qui produisent et ceux qui consomment et beaucoup s’interrogent sur la signification et la portée de ce qu’ils sont en train de vivre. Le présent article n’a pas pour prétention de faire la synthèse de leurs questions mais seulement de signaler des faits actuels et des expériences qui semblent significatifs, bien que leur « poids » n’ait pas encore attiré l’attention. La difficulté pour les acteurs est en effet de relier les éléments d’analyse et d’expérimentation qui existent un peu partout et de développer par là la confiance dans leur propre force et dans le langage qu’ils commencent à élaborer.

Aujourd’hui les « formules » proposées à ceux qui ne peuvent plus suivre la course à la productivité vont de l’extensification à la pluriactivité en passant par la spécialisation dans les productions « rares » (vins de pays, foie gras, confitures de grand-mère, spécialités locales, produits bio, etc… ). Autre perspective possible: des fonctions plutôt que des productions (accueil à la ferme, jardinier de la nature, patron de golf, animateur de randonnée pédestre ou équestre, VTT, parapente, deltaplane…). Sans attendre l’annonce officielle de ces vagues solutions magiques, des gens, en ordre dispersé, sans concertation, sur un coup de colère ou sur un coup de cœur, se sont lancés dans une aventure personnelle dont la signification commence à apparaître. Des paysans de souche, écœurés par ce qu’ils étaient amenés à pratiquer dans leur course à la productivité (massacre de vers de terre pour « désinfecter la terre », considération nulle pour la qualité de leurs produits), et des citadins sceptiques quant à l’avenir de la civilisation industrielle se sont mis à de nouvelles pratiques agricoles plus satisfaisantes de leur point de vue: produits de qualité et vente directe pour résumer.

Ces choix ne présentent pas un caractère de nouveauté absolue, mais il s’agit de prendre le contre-pied des pratiques dominantes qui se distinguent par « intensification-pollution produits-sans-qualité » d’une part et par « profits accaparés par les intermédiaires » d’autre part. Mais prendre le contre-pied, cela peut vouloir dire aussi exagérer dans l’autre sens. C’est ainsi que l’on entend parfois les anciens parler de sectes, de rigolos, de soixante-huitards, de guitaristes… Il faut comprendre aussi les causes de cet agacement. Comment les anciens du pays ne ressentiraient-ils pas au minimum une certaine crispation quand ils voient arriver et s’installer près d’eux, dans leur propre pays, où ils ont tant de peine à vivre, ces hommes et ces femmes qui croient en l’avenir alors qu’eux-mêmes ont fait tout ce qui leur était possible pour que leurs enfants aient un bon métier en ville’? Mais, pour peu que les nouveaux venus sachent s’inscrire dans les traditions d’entraide, de solidarité et de convivialité, alors on peut devenir « collègues ».

Quelles sont ces pratiques qui reposent sur des bases réactivées ? Sans entrer ici dans une analyse approfondie du phénomène, on se contentera d’évoquer des exemples d’installation ou de transformation d’exploitation sur des bases nouvelles dans la vallée de la Drôme (régions proches de Crest et de Die) et de faire ressortir quelques aspects communs. Si on ne décrit ici que des expériences que l’on peut considérer comme plutôt réussies, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu d’échecs, ni que nous les avons oubliés.

– Le blé, céréale symbole, voit son prix, en francs constants, diminuer continuellement. Plutôt que de continuer a voir baisser son revenu, cet exploitant en polyculture-élevage (céréales + ovins) décide d’abandonner l’élevage et de transformer son blé en pain sous une mention « bio ». Ce pain sera vendu, à un prix qui suivra plus ou moins l’indice des prix, à des particuliers, à un réseau de consommateurs et dans des boutiques. Le développement de l’agriculture biologique amenant une bureaucratisation dans les contrôles, ce paysan propose maintenant à ses clients un contrat de confiance : plus de mention bio mais la possibilité pour eux de venir voir eux-mêmes sur place comment il travaille.

– Les coopératives laitières assuraient traditionnellement le ramassage du lait à échéances régulières et jusque dans les endroits les plus reculés. Mais aujourd’hui, au niveau de la direction, les impératifs de rentabilité l’emportent sur le service aux éleveurs . le lait est moins payé et le ramassage de plus en plus rare. D’où l’idée, chez un éleveur de montagne, d’assurer lui-même la mise en bouteille ainsi que la transformation en yaourt du lait de ses vaches. La distribution auprès de ses clients, tous habitants de la commune, est faite par l’éleveur dans le respect des règles sanitaires.

– Le fromage de chèvre est une production régionale ancienne. Reprise par une coopérative, la transformation du lait en fromage aboutit, malgré son nom traditionnel protégé par une appellation d’origine, à un produit de goût constant, certes, mais de qualité « industrielle », qui peut abuser le touriste mais pas l’autochtone. Nombreux sont donc les chevriers qui vont pratiquer transformation et vente eux-mêmes, que ce soit sur les marchés ou auprès des commerçants locaux. C’est ce secteur qui a attiré le plus de néo-ruraux et où la concurrence commence à être rude.

– En France, la production ovine nationale est loin de pouvoir assurer à elle seule la réponse aux besoins intérieurs. La politique des pouvoirs publics, ou du moins des intérêts qu’ils représentent, est, plutôt que d’encourager cette production, de jouer la « mondialisation ». Le résultat en est connu : baisse constante des prix payés à la production et disparition progressive du métier de berger. Baisse des prix à la production, maintien des prix pour le consommateur, la vente directe est ici encore une solution logique si l’on veut maintenir un revenu, auquel l’éleveur pourra d’ailleurs ajouter celui de la peau de l’agneau qu’il aura récupérée à l’abattoir et fait tanner. Un développement récent est la mise en place d’une salle de découpe conforme aux normes sanitaires qui permet maintenant la livraison par les éleveurs d’une viande découpée.

– Avec le lait de leurs brebis plusieurs éleveurs font un fromage de qualité et pratiquent la vente directe de ce produit qui était jusqu’alors inconnu localement.

– Un éleveur « hors sol » de volailles et de porcs produit aussi un peu de vin. La rémunération de l’élevage par l’industrie agroalimentaire est dérisoire et diminue constamment. L’éleveur abandonne ce secteur de son activité et se concentre sur la production de vin et sa vente directe. Un réseau d’amis lui permet de vendre dans plusieurs régions et en compensation les amis trouvent chez lui un emplacement pour leur caravane ou leur tente pendant les vacances. Plus qu’un simple emplacement de camping, cet endroit est devenu un lieu de rencontre ville-campagne.

La liste des produits qui sont ainsi mis à la disposition du consommateur directement par le producteur a tendance aujourd’hui à s’allonger. Citons encore : fruits et légumes, olives et huile d’olive, miel et pain d’épice, charcuteries, plantes aromatiques et médicinales et leurs essences, produits textiles à différents stades de transformation : fils, tissus, vêtements, tricots en laine, mohair, angora, soie.

Si au départ ces innovations étaient basées sur la double idée de produit de qualité avec une connotation « nature » et de vente directe, les perspectives n’étaient pas nécessairement les mêmes pour tous. Certains pensaient vendre dans les villes, d’autres localement et d’autres encore ne savaient pas. Après plusieurs années d’expérience un constat s’impose à tous : la vente locale constitue une proportion inattendue du chiffre d’affaires. Dans certains cas même c’est la totalité des ventes qui se fait localement ou au moins dans un rayon de 20 km. Ce constat va à l’encontre des idées dominantes sur le « désert rural », la nécessité « d’exporter » ou de compter sur le tourisme pour écouler ses produits.

Ce marché local supposé mériterait une attention plus approfondie. Il serait en particulier utile d’examiner avec un oeil neuf quelles sont les circonstances où son développement peut contribuer à lutter contre « l’inexorable désertification ». Pour le moment son existence et les perspectives qu’il ouvre sont un encouragement pour ceux qui sont engagés dans cette nouvelle forme de production, même s’il ne s’agit pas d’une potion magique. Cet encouragement n’est pas superflu car les obstacles sont nombreux et on les rencontre sous plusieurs formes. Des commerçants qui jouissaient d’un quasi-monopole de fait sur certaines zones ou sur certaines denrées, des consommateurs qui ont peur de la nouveauté et de tout ce qui peut troubler le train-train du village, des touristes qui ne trouvent pas exactement ce qu’il leur faut… constituent sans que les hostilités soient vraiment déclarées autant de freins. Du côté des pouvoirs publics on ne constate pas de volonté délibérée de lutter contre ce genre de pratique, simplement, pour le moment, un fort scepticisme qui se manifeste, par exemple, dans les commissions d’attribution de la dotation aux jeunes agriculteurs qui s’installent : présenter un dossier misant sur un marché local n’est pas encore une bonne tactique si l’on veut recevoir l’aide de l’État.

Mais la difficulté principale est celle que rencontre tout groupe, ou individu, qui avance en terrain inconnu : où suis-je ? où vais-je ? Pour les acteurs eux-mêmes l’absence de réflexion d’ensemble et d’information sur ce qui se fait dans le même sens en dehors de leur région, et parfois même tout près de chez eux, les amène à se poser souvent la question de l’ampleur du mouvement, de la validité et des limites de leur entreprise.

Vendre prend du temps. Diminuer le temps passé à la vente est intéressant. Mais il n’est évidemment pas question d’aller « payer des commerciaux » qui mangeraient le petit bénéfice supplémentaire provenant de la vente directe. Quelques agriculteurs de la Vallée de la Drôme ont trouvé une réponse originale à cette nécessité : ils ont constitué une association déclarée, type loi de 1901, dont les statuts stipulent que chaque membre peut vendre les produits des autres sans toucher de rémunération. La compensation, non écrite dans les statuts, se trouve donc dans le fait que pendant que A vend les produits de B au marché d’ici, B vend les produits de C, D et F dans son local de vente et C fait une tournée avec les produits de A et E. Le résultat global est que le chiffre de ventes de chacun va augmenter dans une proportion supérieure au supplément de temps passé à vendre. La satisfaction que chacun trouve au bon fonctionnement du système est le critère de réussite. Des limites existent, on ne peut pas imaginer une généralisation ni une croissance sans bornes de cette association. Il ne doit pas y avoir en particulier de concurrence à l’intérieur du groupe, c’est la raison pour laquelle il n’y a pour le moment qu’un producteur de chaque denrée au sein de la Piboule (de l’occitan pibola : grand peuplier). Le plus important dans cette pratique n’est peut-être pas dans l’aspect économique, mais dans la recherche de nouvelles relations entre producteurs et consommateurs. Et aussi entre producteurs eux-mêmes substituer à la vision de concurrence une vision de complémentarité et de réciprocité. Est-ce une simple extension à l’acte commercial des traditions d’entraide ou une manifestation plus profonde d’une exigence concernant la vie sociale ?

Entre la difficulté pour les paysans d’écouler leur production et la recherche chez les consommateurs de produits plus naturels, on voit se bâtir des petites entreprises qui, sans être proprement agricoles, s’inscrivent dans le circuit production-consommation sur une aire géographique plus large. Ce sont des SCOP, Coopératives ou SARL. Leur caractéristique commune est de transformer une production agricole dont les débouchés étaient jusqu’alors négligés: soie, laine, plantes aromatiques… Elles associent ou non des agriculteurs à leur capital Mais dans tous les cas elles ont créé de nouveaux débouchés pour les paysans qui vont dans le même sens que le processus qui a été décrit plus haut. Ces entreprises ont pour noms ARDELAINE (tonte et transformation de la laine en Ardèche), SERICA (achat des cocons et transformation de la soie, dans le Gard), LONGO MAÏ (élevage de moutons et produits en laine, Hautes-Alpes), SANOFLOR (plantes aromatiques et médicinales, essences, produits cosmétiques, dans la Drôme) parmi d’autres.

Convergences

Ces nouveaux paysans, sont-ils des individualistes, des privilégiés, des égoïstes, des nostalgiques de la campagne de grand-papa ? Il y a de ça, parfois, mais on trouvera aussi un grand besoin de s’intégrer dans la vie sociale de leur « pays » et d’apporter leur contribution à une revitalisation de celui-ci, sans que cela soit forcément explicite. Les suppressions de classes dans les écoles rurales, les fermetures d’usine, l’implantation de chasses privées, les projets de TGV… sont autant de points de rencontres et de luttes communes entre anciens et nouveaux habitants. De même que les festivités et toutes les occasions qu’offrent les habitudes d’entraide et de travail en commun. En outre, en développant des rapports nouveaux entre producteurs et consommateurs, les nouveaux paysans enfoncent un modeste coin dans la dépendance croissante de l’économie locale vis-à-vis de l’industrie agroalimentaire, aussi bien pour ce qui concerne la production que pour la consommation.

Il faut aussi signaler les demandes qui sont adressées aux nouveaux paysans pour qu’ils prennent des responsabilités dans des institutions déjà anciennes comme Syndicat Caprin, Maison Familiale Rurale et Coopérative de céréales par exemple, qui ressentent un besoin de renouvellement. Mais ce n’est pas seulement dans les organisations professionnelles ou les activités à caractère économique que l’on peut les rencontrer. Musique, théâtre, chant, danse, langue occitane, nouvelles approches sur les questions de santé et sur les rapports avec le « tiers » monde sont des activités auxquelles ils participent à un moment ou à un autre et qui ont commencé bien souvent à leur initiative. Exemple d’une action de type nouveau: le Groupe Amérique Indienne de Crest a invité des Indiens Aymara des Andes Boliviennes et Shipibo de l’Amazonie Péruvienne pour une rencontre dans la Vallée de la Drôme à l’occasion du 500ème anniversaire du 12 octobre 1492. Ce qui est recherché, c’est une rencontre et un échange avec les gens de là-bas plutôt qu’une aide au « développement » tel qu’il est conçu chez nous, c’est-à-dire une intégration dans le système économique dominant au niveau mondial dont les paysans connaissent bien les caractéristiques. Rencontre de peuples plutôt que de notables[[Campagnes Solidaires, Décembre 1992 et M.J. PARIZET L.I.R.E.S.S. Colloque de l’Association des Ruralistes français: L’Étranger à la Campagne..

Laboratoire ou miroir ?

Si l’on considère maintenant la question de l’agriculture et des pratiques que l’on y rencontre, à la lumière des quelques exemples cités ici, on imagine que la campagne, plutôt que d’être engagée dans un lent cheminement vers la disparition du dernier paysan, pourrait être considérée comme un lieu où des pratiques et des idées pertinentes apparaissent dans un milieu social vivant, c’est-à-dire en transformation.

Des individus, en se lançant, en dehors de toute réflexion concertée, dans des expériences, au départ personnelles, et qui relèvent bien souvent de la simple réaction de survie, se retrouvent nombreux autour de quelques axes plus ou moins explicites :

– Remettre en cause le profit comme moteur de l’économie qui engendre l’individualisme dans la vie sociale.

– Redonner de la complexité économique à des zones qui, par le jeu de l’industrialisation de l’agriculture et la désertification qu’elle entraîne, deviennent des lieux de passage de subventions qui masquent le non retour du fruit du travail vers le producteur.

– Manifester de nouvelles exigences dans les rapports sociaux aussi bien avec les consommateurs et les voisins, qu’avec les immigrés et les peuples lointains et mettre en oeuvre de nouvelles pratiques culturelles moins consommatrices et plus productrices.

S’agit-il seulement d’un sursaut de plus, ou bien l’agriculture, qui est le secteur de l’économie le plus sinistré par les gains de productivité, est-elle un lieu où naissent des idées et des pratiques pour aujourd’hui et pour demain ? Y a-t-il convergence avec les besoins et les recherches d’autres secteurs de notre société ?