Diversité – Mondialisation

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General Motors (syndrome)

Emblème du Fordisme, celle qui fut longtemps la première entreprise mondiale avec un quart de million d’employés directs et 2,5 millions d’emplois chez les sous-traitants, a été emportée par la crise financière de 2007-2009. Endettée à hauteur de 27 milliards de dollars par des emprunts sous forme d’obligations souscrites par les investisseurs, lestée de 20 milliards d’engagements dans son système de protection sociale (maladie, retraite, accident du travail) elle ne gagnait plus d’argent que dans sa filiale de crédit GMC. L’argent frais des traites des consommateurs remboursant leur prêt chaque mois était placé sur le marché financier et apportait les profits. Quand le marché financier s’est effondré à la suite de la crise des subprimes, General Motors a plongé et s’est avérée incapable de faire face à ses créanciers, mais aussi à l’avance de trésorerie pour faire tourner ses usines.
L’économie matérielle la plus fordiste qui soit, la production de voiture, la plus « matérielle » qui soit se trouve ainsi la plus liée au profit financier qui est lui-même lié à l’exploitation des externalités positives. Cet enchevêtrement de l’économie financière avec le fordisme résulte d’un double mouvement : d’un côté l’alourdissement des couts de protection sociale quand cette dernière n’est pas mutualisée dans un système global ; de l’autre la saturation du marché des véhicules particuliers dont le renouvellement constant n’est viable que par l’octroi d’un système de crédit au consommateur. Il n’est donc pas exact de présenter l’industrie automobile comme « saine » et la finance comme l’élément malsain. La vérité est que la finance vient au secours d’une économie déjà à bout de souffle et qui serait en coma dépassé si elle avait à payer en plus de la dette sociale la dette écologique (la pollution qu’elle accumule). L’économie financiarisée constitue simplement l’acharnement thérapeutique sur une économie matérielle moribonde.
L’exemple de Carrefour, l’un des géants mondiaux de la distribution alimentaire, montre le même mécanisme. Les marges arrières, pourtant léonines, que cette entreprise pratique à l’égard des paysans producteurs ou des industriels fournisseurs ne lui permettent pas de faire les 15 % réclamés par les actionnaires. Alors l’argent frais qui est collecté tous les jours aux caisses avant de payer les fournisseurs à 90 jours (délai raccourci récemment à 45 jours, mais peu respecté) est placé sur les marchés financiers avec un rapport juteux. Jusqu’à la crise.
Du coup le géant Carrefour titube. Comme les autres, ayant perdu ces marges mirifiques sur l‘argent frais placé sur le marché de la finance mondiale, l’entreprise s’est mise à pressurer davantage ses fournisseurs, qui ont répercuté sur les producteurs (de lait par exemple).
Ceux qui pensent l’industrie française à l’abri feraient bien de méditer. De te fabula narratur ! Le syndrome General Motors va faire des dégâts dans l’économie matérielle.
Revenons à la firme de Détroit. Sa valeur capitalisée en bourse (le prix de l’action au cours du jour, multipliée par le nombre d’actions) est passée en moins d’un an de 10 milliards de dollars à 1 dollar à l’automne 2008, pour être cotée quasiment zéro en février 2009. Pendant ce temps Google caracolait à 100 milliards de dollars !
Après de longues négociations, la nouvelle administration américaine de B. Obama a imposé » la solution draconienne suivante : mise de l’entreprise sous la protection de la loi de faillite (qui suspend le remboursement des créances), évincement de Wagoner, le PDG, obtention d’un crédit de l’Etat en échange de 60 % du capital ; le syndicat des ouvriers de l’automobile a obtenu 27 % en échange d’une prise sur sa caisse de la moitié de la dette sociale de GM (soit la bagatelle de 10 milliards de dollars). Les créanciers qui détenaient des obligations en échange des prêts consentis à GM pour plus de 30 milliards n’obtiennent qu’un petit 10 % des actions. Et pour finir GM est priée comme Chrysler de préparer d’urgence des modèles propres obéissant à des rejets de carbone sévèrement limités.
Au pays de la libre entreprise, de la sacro-sainte propriété privée, la plus grande entreprise du monde est à la fois nationalisée, protégée du démantèlement et de la faillite, les actionnaires comme les créanciers privés sont largement expropriés, les syndicats ouvriers sont introduits dans la cogestion de la dette sociale (en attendant la constitution d’un système de couverture sociale universelle) et l’on assiste à une planification impérative écologique.
Les journaux hexagonaux n’ont accordé qu’une attention distraite à ce séisme lourd de conséquences par son montage qui implique directement le syndicat dans la gestion du déficit du système de protection sociale. On retrouve pourtant la solution imaginée en 1977 pour sauver New York de la faillite : un certain Bloomberg, devenu le Maire depuis, avait obtenu que le syndicat des employés municipaux place ses fonds dans l’emprunt de renflouement. L’implication du syndicat des ouvriers de l’automobile américain dans la gestion du fonds d‘épargne salariale assurant la protection sociale et les retraites va faire de lui, avec l’Etat Fédéral, un véritable patron des décisions stratégiques en matière d’emploi. L’avenir de la fabrication de voitures implique cette transformation de la gouvernance de l’entreprise.
Le syndrome General Motors n’a pas fini de produire des effets.

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Little Big Planet
(sortie en France le 7 novembre 2008 sur PS3 et PSP)

Little Big Planet est un jeu de plateforme où le joueur doit diriger Sackboy dans des niveaux infestés de dangers. Le personnage se déplace de droite à gauche sur l’écran, il peut courir, sauter et s’accrocher aux éléments de décors. L’environnement original, le moteur physique performant (qui gère le réalisme de la chute des objets par exemple) et la difficulté honnête du jeu en font l’un des meilleurs actuellement sur le marché.
Le jeu dispose d’un éditeur de niveaux extrêmement complet et puissant permettant de réaliser facilement ses propres niveaux, ensuite il est tout aussi facile de mettre ses créations en ligne sur Internet et d’en faire bénéficier toute la communauté des joueurs. Cette pratique existe depuis les tous premiers jeux vidéo, elle s’appelle le « modding », elle consiste en l’enrichissement du contenu original d’un jeu par les joueurs eux-mêmes, qui créeront de nouveaux niveaux, de nouvelles histoires et de nouvelles manières de jouer. Le « modding » et la création de « mods » sont très répandus dans le jeu vidéo, certains jeux comme « Half-Life » ayant une communauté de plusieurs millions de joueurs qui ont, au fil des ans, développé toujours plus de contenus pour enrichir le jeu.
Little Big Planet a été baptisé le premier jeu vidéo 2.0, en référence au web 2.0 (comprendre l’Internet communautaire où c’est l’utilisateur qui apporte du contenu, par exemple : Youtube, Myspace, Facebook, etc). En 2009, il est tendance d’aimer le web 2.0, de s’émerveiller de ses possibilités, il est tendance de prendre une pratique existante, de la resservir « à la nouvelle sauce » et de l’affubler d’une appellation douteuse.
Syndrome de la fascination naïve des utilisateurs du web et de ses pratiques. Un jeu est 2.0, demain, votre voiture sera 2.0 et dans quelques mois vos enfants…

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