Échelle Inconnue – Désordre culturel

France – Le Havre

Les habitants d’un bidonville expulsés malgré l’implication de plusieurs
associations, et du Conseil Général, dans un projet d’aménagement

Le 16 juillet 2013, à six heures, les habitants du bidonville du quartier de l’Eure ont été expulsés, en dépit des propositions d’accompagnement global des familles Rroms, avancées par plusieurs associations travaillant avec les habitants, dont le groupe Échelle inconnue, présent lors de l’expulsion.

Mardi 16 juillet, en fin de matinée, ce que nous pensions pouvoir éviter est arrivé : siège du bidonville, « extraction » des familles, soit quatre-vingt personnes (dont 45 enfants) jetées encore un peu plus à la rue après le passage des bulldozers sur leurs habitations.

« Échelle Inconnue s’insurge évidemment face aux propositions avancées par l’Armée du Salut : hébergement pérenne pour 25 personnes sur 80… et retour en Roumanie pour tous les autres ; qui, nous le savons et parce qu’elles en auront bientôt le plein droit, reviendront sous peu grossir les rangs de cette ville invisible, précaire, nomade et tue. » Pourtant, depuis plusieurs mois, à l’invitation du collectif de soutien, et des habitants eux mêmes, nous travaillions avec les habitants du bidonville réalisions photos, enregistrements, vidéos. Outillions aussi le nomadisme que la république impose à ces populations en réalisant des équipements sanitaires nomades. Comme d’autres, ailleurs en France, nous nous attachions à aménager collectivement l’enfer.
Par courrier recommandé du 5 juillet 2013, nous soumettions à la sous-préfecture du Havre un projet alternatif d’accompagnement global des familles Rroms vivant sur le bidonville du quartier de l’Eure ; projet plus économe en argent public que son simple
anéantissement par bulldozer.
Le récépissé venait à peine d’être glissé sous notre porte que les uniformes se précipitaient pour ceinturer le bidonville situé à l’angle des rues du Général de Lasalle et du Général Hoche dans le quartier de l’Eure au Havre.

Ce projet soutenu par la Fondation Abbé Pierre et le Conseil Général, Cinnecitta (la cité Rrom), prévoyait l’établissement d’un permis précaire d’un an. Un an, pour sortir du bidonville par le bidonville. Un an pour mettre en veille la politique de nomadisation forcée et pour mener a bien un projet cinématographique non pour et par les Rroms mais avec eux, sans pour autant les cantonner au statut de figurants exotiques que l’industrie cinématographique semble leur réserver.
En collaboration avec le Conseil Général qui devait, sous peu, et suite à notre interpellation, organiser une réunion avec les équipes en charge de l’accompagnement social, nous proposions de poursuivre le travail d’invitation et de « raccordement au monde »: rencontre avec les équipes de Médecins du monde, prise de contact avec des
entreprises privées locales, invention de solutions pour aménager cette urbanité née de la nécessité.
La sous-préfecture, ce matin, a répondu : uniformes, siège et expulsion. Déjà au loin se font entendre les chenilles des bulldozers, ces nouveaux tanks de la petite guerre urbaine.
Déjà nous avions eu l’occasion d’entrevoir quelques unes des solutions préfectorales : recensement des familles sur une table d’administration, rappellant sa sinistre ancêtre
coloniale, avec l’aide d’un traducteur visiblement proche des services de police. Quatre-vingt personnes, familles avec enfants se voyaient tout à l’heure délivrer un simple
papier écrit en romani les invitant à appeler le 115 ! Est-ce pur hasard que notre courrier semble croiser si ce n’est déclencher l’intervention policière ? Nous nous permettons d’en douter. La république a depuis longtemps choisi sa méthode, insensée : inquiéter, in sécuriser et entretenir avec soin son syndrome de cécité
volontaire.

A ce point qu’il est difficile de ne pas conclure que ce n’est pas tant le bidonville et son indignité qui effraient la république, mais la recherche de solution durable pour
des populations, parmi les plus vulnérables, avec lesquelles il faut bien compter.

Cambot Stany p/o Échelle Inconnue

Stany Cambot appartient au groupe Échelle inconnue. Ce groupe de recherche et de création sur les questions urbaines numériques et artistiques met en place des travaux et expériences au long cours, autour des formes mobiles et foraines de la « ville mobile », constitutive de la ville en devenir. En association avec les « exclus du plan », Échelle Inconnue intervient dans l’espace public autour d’expositions, sites internet, vidéos, cartes et publications.

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