Editorial

Contrairement à ce que l’on peut croire, il n’est pas facile de répondre à la question : que signifie être les contemporains du temps présent ? Ainsi ,de la guerre, celle actuellement menée pour les « forces alliées ». Quel sens y-a-til à s’en dire contemporains ? Que cette guerre nous traverse, avec son cortége de morts et de souffrance, nous entrainant dans l’enfer du pessimisme, est un fait, mais ce n’est pas encore une réponse.

La situation d’urgence absolue qu »origine cette guerre est révélatrice de ce qui est et sera sans doute toujours plus collectivement vécu.D’abord parceque le chantage qu’elle autorise(  » les bombesz ou Milosevic »), fonctionne comme un moyen pour stupéfier la pensée Ensuite et surtout parcequ’elle semble définir de plus en plus le mode de régulation de la politique adéquat à ce moment de lm’économie-monde. La guerre,en ce sens n’est que la continuation de la mondialisation néo-libérale. par d’autres moyens. Elle est ainsi une intensification de la capacité des pouvoirs à exposer les populations. L’épuration ethnique organisée par Milosevic et les « dommages collatéraux » causés par les bombes de l’OTAN (annihilant au passage toutes les tentatives d’opposition serbe au régime et constituant » les Serbes » en entité indéterminée) ont le même fond. Que leur barbarie soit incommensurable du point de vue des actes perpétrés n’empêche pas cette parenté, cette proximité indémaillable.

Alors , à quoi va mener cette guerre ? Quelle est la visée réelle des Etats-unis , et celle des dirigeants européens ? Une autre solution aurait -elle été possible lors des négociations de Rambouillet ? Donner des réponses à ces questions suppose une analyse approfondie que nous ne pouvons mener immédiatement. Nous ne pouvons pour l’heure que marquer notre rejetde fausses alternatives( OTAN / Milosevic / UCK) et nous effacer de déterminer à partir de là le lieu d’où nous pouvons parler.

Nous parlons à partir des ruines du projet internationaliste, hostile aux grandes puissances, autant qu’aux micro-nationalisme qu’elles ont sécrétés et qu’elles amplifient. Nous ne pouvons voir dans le môt d’ordre d’auto-détermination des peuples que la légitimation d’une logique ibérale-nationale, précisément celle qui est à l’oeuvre dans ceconflit.

Si celui-ci devait pour nous pour avoir au bout du compte un sens politique, ce serait de montrer qu’il y a une incommensurabilité entre nos désirs politiques et nos actes possibles, dans des situations d’urgence absolue, destinées à proliférer dans un empire-monde finissant.

Particules d’intellectualité diffuse, fragments d’un corps bio-politique,éléments d’un « peuple-monde » en émergence, nous parlons à ces titres et à aucun autre. Nous ne ferons pas l’économie des guerres à venir. Il nous reste à construire les dispositifs de parole et les conditions d’une libre circulation de la multitude.C’est peut-être le point de départ d’un internationalisme à même de libérer les forces vitales du peuple-monde, substance commune de la production de sens et de richesse, en lieu et place du vide mortifére de la guerre.

Paris, le 20 mai 1999