Un débat avec la revue Multitudes
sur le thème du numéro 76 :
Est-il trop tard pour l’effondrement ?
26 Novembre de 18h à 20h

Yves Citton, professeur de littérature et media à l’Université Paris 8 et co-directeur de la revue Multitudes, qui prépare avec Jacopo Rasmi, l’ouvrage Générations collapsonautes à paraître au Seuil en mars 2020.

Ariel Kyrou, rédacteur en chef de la revue Visions solidaires pour demain et membre du collectif de rédaction de Multitudes. Coscénariste du film documentaire Les mondes de Philip K. Dick (Nova Prod, Arte, 2016).

Joelle Le Marec, professeure en sciences de l’information et de la communication. Elle dirige le Gripic (EA 1498) Sorbonne-Université – Celsa.

Cyprien Tasset, co-coordinateur du numéro, chercheur associé au Laboratoire de Changement Social et Politique (Paris 7) et membre d’Origens Media Lab.

Raphaele Bertho, (sous réserve), maîtresse de conférences en Arts à l’Université de Tours et directrice du laboratoire InTRu (Interactions, Transferts, Ruptures artistiques et culturelles).

Le débat sera introduit par quatre ou cinq courtes interventions des auteurs présents. Il sera entrecoupé et suivi de réactions de la salle, à partir desquelles s’élaboreront de nouveaux développements. L’argumentaire de départ est en bref le suivant :

La diffusion du discours collapsologue est liée dans l’espace francophone au succès en 2015 de l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Tout peut s’effondrer, dont les médias se sont largement fait l’écho. Depuis l’été 2018, des contre-feux ont été allumés par des intellectuel.le.s de l’écologie politique, inquiet.e.s des effets de la «collapsologie» sur leur champ militant. Ils ou elles critiquent la prétention des récentes théories de l’effondrement à la nouveauté ; et surtout le fait que ces théories soient autocentrées, à différentes échelles (celle de l’humanité face à la nature, et des classes moyennes blanches occidentales face à leurs divers «autres») et négligent la nécessaire redistribution de ces privilèges.

Le dossier de Multitudes est issu de la fréquentation par les auteurs de la «collapsoscène», formée par les membres de collectifs en ligne ou les participants à des expériences de terrain. Partant de la « panique perplexe » suscitée par les données de plus en plus vertigineuses sur le devenir du système-Terre, ils discutent ou mettent à l’épreuve des possibilités de transformations « écocitoyennes » des modes de vie : quoi faire, où habiter, avec qui, comment s’associer, où se rencontrer, etc.

Les « communautés de l’effondrement » font le pari que l’intelligence collective offre une chance de tenir l’angoisse écologique en lisière. Les débats sur l’effondrement ont besoin d’un atterrissage sociologique pour tenir compte de cet horizon. Nous sommes passés par l’enquête pour réintégrer dans la discussion publique sur les avenirs écologiques, les expériences et les pratiques des multitudes, électroniques ou non, qui se fédèrent autour de l’effondrement.

Un répertoire de récits incontournables pour penser l’effondrement est représenté par la science-fiction, notamment celle écrite par des « subalternes », femmes, décolonisés. Parmi les voies narratives minorées, celle des images vise à rendre compte de la diversité des récits.

Il s’agit de mieux observer toutes sortes d’effondrements, à toutes les échelles, et aussi le travail continu des acteurs, œuvrant à sauver des situations, inventer des voies alternatives – ce qui n’exclut en rien des moments d’effroi ou de panique, cognitive ou morale. Ce débat invite à un décadrage et un recadrage pour neutraliser les effets pervers du terme d’effondrement tout en conservant ses vertus mobilisatrices.

Lieu: La Colonie, 128 Rue la Fayette, Paris