Imaginaires post-travail

Le but de l’avenir est le plein chômage.

Arthur C. Clarke

 

Aujourd’hui, alors que les exigences révolutionnaires paraissent naïves, les exigences réformistes paraissent vaines[1]. Le débat s’arrête trop souvent là, chaque camp dénonçant l’autre et oubliant l’impératif stratégique d’une transformation de nos conditions d’existence. Les exigences que nous proposons sont par conséquent destinées à être des réformes non réformistes. Nous entendons par cela trois choses. Elles ont tout d’abord un caractère utopique, qui repousse les limites de ce que le capitalisme est susceptible de concéder. Ces propositions non réformistes se fondent ensuite sur certaines tendances qui sont réellement à l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui, en leur offrant une viabilité qui fait défaut aux rêves révolutionnaires. Enfin et surtout, ces exigences déplacent l’équilibre politique actuel et construisent un programme pour un développement à venir. Au-delà du consensus social-démocrate et du consensus néolibéral, nous pensons que la gauche devrait se mobiliser autour d’un consensus sur le post-travail.

Dans une société post-travail, nous disposerions d’un potentiel plus important encore et pourrions donc nous fixer des objectifs encore plus élevés. Nous devons donc nous occuper de ces objectifs stratégiques à long terme et reconstruire les capacités d’action collectives qui pourraient finalement permettre de les réaliser. En orientant la gauche vers un avenir post-travail, nous ne visons pas simplement des gains appréciables – tels que la réduction de la corvée et de la pauvreté – mais aussi la construction, chemin faisant, d’une puissance politique.

L’automation complète

Notre première exigence concerne une automatisation complète de l’économie. En utilisant les derniers développements technologiques, une telle économie viserait à libérer l’humanité de la corvée du travail tout en produisant simultanément un accroissement des richesses. Les tendances à l’automation et au remplacement du travail humain devraient être acceptées avec enthousiasme, accélérées et fixées comme un projet politique pour la gauche. Ce projet consiste à prendre une tendance capitaliste existante et à s’efforcer de la pousser au-delà des paramètres acceptables des rapports sociaux capitalistes.

Sur le plan de l’emploi, l’industrie a atteint un point de saturation mondial. La tendance est à la désindustrialisation, y compris dans les pays en développement, et la croissance de l’emploi se limite principalement aujourd’hui au secteur des services. Parallèlement au déclin de l’industrie, un autre changement est intervenu au cours de la dernière moitié du XXe siècle. Alors que les technologies de bureau antérieures étaient venues compléter les travailleurs et avaient contribué à accroître la demande de main-d’œuvre, le développement du microprocesseur et des technologies informatiques ont commencé à remplacer les travailleurs des services semi-qualifiés dans un grand nombre de secteurs, par exemple chez les standardistes et secrétaires. La robotisation des services s’accélère : plus de 105 000 robots de services professionnels ont été vendus au cours des quinze dernières années. Les emplois de « routine » – ceux dont on peut codifier les étapes – ont été particulièrement menacés. Ils représentent autant de tâches que les ordinateurs sont parfaitement à même d’accomplir, pour peu qu’un programmeur crée le logiciel approprié ; et cela s’est d’ailleurs traduit, au cours des quatre dernières décennies, par une réduction drastique du nombre d’emplois de routine manuels et cognitifs. Il en est résulté une polarisation du marché du travail, parce qu’un grand nombre d’emplois à salaires moyens et moyennement qualifiés sont des emplois de routine, et donc sujets à l’automation. En Amérique du Nord comme en Europe de l’Ouest, le marché du travail se caractérise aujourd’hui par une grande majorité d’emplois manuels et de services, peu qualifiés et à bas salaires (par exemple les travailleurs de la restauration rapide, du commerce de détail, des transports, de l’hôtellerie et des entrepôts), à côté d’un plus petit nombre d’emplois cognitifs hautement qualifiés, bien payés et non routiniers.

La dernière vague d’automation s’apprête à transformer radicalement cette répartition du marché du travail parce qu’elle tend à toucher tous les aspects de l’économie : collecte de données (radio-identification, big data), nouveaux types de production (production flexible robotisée, fabrication additive, restauration rapide automatisée) ; services (services client automatisés, soin aux personnes âgées) ; prise de décision (modèles informatiques, agents logiciels) ; gestion financière (trading algorithmique) ; et surtout distribution (révolution de la logistique, voitures sans conducteur, drones porte-conteneurs et entrepôts automatisés). Dans toutes les fonctions de l’économie – de la production à la distribution, en passant par le management et le commerce de détail – nous voyons des tendances à l’automation se développer à grande échelle. Cette vague d’automation récente repose sur des améliorations algorithmiques (particulièrement dans l’apprentissage automatique et le deep learning), des développements rapides dans la robotique et une croissance exponentielle de la puissance de calcul (la source des big data), qui fusionnent dans une « seconde ère de la machine », transformant l’éventail des tâches que les machines sont capables d’effectuer. Cela contribue, à différents points de vue, à créer une époque unique dans l’histoire.

Les nouvelles technologies de reconnaissance de formes sont capables de soumettre à l’automation les tâches routinières aussi bien que les tâches non routinières : les technologies de communication complexes permettent aux ordinateurs de dépasser les humains dans certaines tâches qualifiées et des avancées dans la robotique sont en train de permettre à la technologie de les dépasser rapidement dans un grand nombre de tâches qui relèvent du travail manuel. Les voitures sans conducteur supposent par exemple l’automation de tâches manuelles non routinières, et des tâches cognitives non routinières, telles que l’écriture de récits ou la recherche de précédents juridiques, sont désormais accomplies par des robots.

La portée de ces développements signifie que tout un chacun, depuis les analystes boursiers jusqu’aux ouvriers du bâtiment, en passant par les cuisiniers et les journalistes, est exposé à se voir remplacé par des machines. Les travailleurs qui manipulent des symboles sur un écran sont soumis au même risque que ceux qui déplacent des marchandises dans un entrepôt. Un rapport prédit par exemple un « dépeuplement des salles de marché » à mesure que les robots infiltrent le monde de la finance ; les emplois dans le commerce de détail – qui ont longtemps constitué un bastion de l’emploi post-industriel – sont sur le point d’être repris par les machines ; et on prévoit la disparition de plus de 140 millions d’emplois cognitifs à travers le monde. Tandis que la vague d’automation précédente avait abouti à une polarisation du marché du travail, celle-ci paraît sur le point de décimer le segment du marché du travail peu qualifié et mal payé. Et à mesure que les robots remplacent le travail humain, les travailleurs risquent de se trouver confrontés à des salaires inférieurs et à une paupérisation croissante. Au minimum, donc, la vague d’automation émergente modifiera radicalement la composition du marché du travail et aboutira potentiellement à une réduction significative de la demande de main-d’œuvre.

Un certain nombre d’économistes ont pointé cependant que la révolution de l’automation n’avait pas apporté l’augmentation de la productivité que l’on était susceptible d’en attendre. Si une machine remplace la moitié des travailleurs d’une usine, alors il faut doubler la productivité pour que l’usine continue de produire le même nombre de biens. En réalité, pourtant, un ralentissement mondial de la croissance de la productivité est intervenu au cours de la dernière décennie, particulièrement depuis la crise. Bien qu’il soit toujours difficile de mesurer la productivité, nous croyons qu’un certain nombre de phénomènes ont pu contribuer à expliquer cette anomalie.

Il est très probable, tout d’abord, que les bas salaires dissuadent l’investissement dans les technologies qui visent à améliorer la productivité. L’accès à une large réserve de main-d’œuvre bon marché signifie que les entreprises sont moins enclines à se concentrer sur l’investissement en capital. Pourquoi acheter de nouvelles machines alors qu’une main-d’œuvre bon marché accomplit les mêmes tâches pour moins cher ? Cela signifie que si l’on veut parvenir à l’automation complète, la lutte pour des augmentations de salaire au niveau mondial constitue une tâche essentielle et complémentaire. […]

Enfin et surtout, notre argumentation repose ici sur une affirmation plus normative que descriptive : l’automation complète peut et doit être accomplie, qu’elle soit ou non en cours de réalisation. Moins de 10 % des entreprises américaines qui pourraient bénéficier de l’incorporation de robots industriels l’ont déjà fait, par exemple. Il ne s’agit là que de l’un des secteurs dans lesquels l’automation complète est susceptible de s’implanter, mais cela rappelle l’importance de faire de l’automation complète une exigence politique, plutôt que de supposer qu’elle se produira par nécessité économique. Différentes mesures permettraient de contribuer à ce projet : un investissement accru de l’État, un relèvement des salaires minima ou un développement de la recherche consacrée aux technologies qui remplacent la main-d’œuvre plutôt que de l’accroître. Les estimations les plus détaillées suggèrent que 47 à 80 % des emplois qui existent aujourd’hui sont susceptibles d’être automatisés. Prenons cette estimation non pas comme une prévision déterministe, mais plutôt comme la limite extérieure d’un projet politique contre le travail. Nous devrions voir ces données comme un critère permettant d’évaluer notre réussite.

Même si nous présentons ici l’automation complète de l’économie comme un idéal et une exigence, il est peu probable qu’elle se réalise pleinement. Dans certains domaines, on peut supposer que le travail humain se maintiendra pour un ensemble de raisons d’ordre technique, économique et éthique. Sur le plan technique, les machines restent à ce jour moins efficaces que les humains pour les emplois qui impliquent un travail créatif, hautement flexible ou affectif, ou pour la plupart des tâches qui reposent sur des connaissances tacites (par opposition aux tâches explicites). […] Un second obstacle à l’automation complète apparaît pour des raisons économiques : certaines tâches peuvent d’ores et déjà être effectuées par des machines, mais le coût de ces machines dépasse celui de la main-d’œuvre équivalente. Malgré l’efficacité, la précision et la productivité du travail mécanique, le capitalisme préfère toujours réaliser des profits, et utilise par conséquent le travail humain lorsque celui-ci revient moins cher que l’investissement en capital. Un programme d’automation complète viserait aussi à surmonter cette difficulté, par des mesures aussi simples que l’augmentation du salaire minimum, le soutien aux mouvements de travailleurs ou le recours à des subventions publiques pour inciter au remplacement du travail humain.

Une dernière limite à l’automation complète vient du statut moral que nous reconnaissons à certains emplois, tels que le travail de soin. Beaucoup soutiendraient que ces tâches doivent être effectuées par des humains, et en particulier l’éducation des enfants. Il est possible de distinguer deux grandes approches de ces types de travaux. Une première approche s’accorderait sur le fait qu’ils présentent une valeur morale et qu’ils doivent être effectués par des humains plutôt que par des machines. Dans une société post-travail, cependant, on pourrait donner une valeur supérieure au travail de soin en refusant le statut privilégié que la société reconnaît au travail lucratif. Le temps libre résultant de l’automation complète pourrait aussi faciliter l’expérimentation d’arrangements alternatifs au sein de la famille. Il existe une longue histoire d’expériences utopiques à laquelle on peut faire appel pour repenser l’organisation du travail domestique, reproductif et de soin dans nos sociétés. Tout cela, il faut y insister, exigerait pour se réaliser un mouvement politique ; un monde post-travail pourrait faciliter ces changements, mais ne saurait les garantir. Une approche plus radicale consisterait toutefois à soutenir que l’automation d’une grande partie de ce travail constitue un objectif d’avenir.

 

Ce n’est pas le lundi que tu détestes, c’est ton travail

Une seconde exigence importante, si l’on veut construire un programme post-travail, concerne un retour à l’idée classique d’une réduction du temps de travail hebdomadaire sans diminution des salaires. Depuis les débuts du capitalisme, les travailleurs ont lutté contre l’imposition d’horaires de travail fixes. L’exigence d’une réduction du temps de travail a constitué un élément clé des débuts du mouvement ouvrier. Les travailleurs ont remporté un succès important en réduisant la durée de travail hebdomadaire de soixante heures en 1900 à un tout petit peu moins de 35 heures pendant la Grande Dépression. […] Dans une thèse devenue classique, Paul Lafargue plaidait pour une limitation du travail à trois heures par jour. Keynes avait calculé, dans le même sens, que nous travaillerions tous 15 heures par semaine à l’horizon de 2030 – l’argument est resté célèbre, mais l’on sait moins qu’il exprimait en réalité une croyance très répandue à son époque. Marx faisait pour sa part de la réduction du temps de travail hebdomadaire un élément central de sa conception du postcapitalisme, soutenant qu’elle représentait une « condition fondamentale » pour accéder au « royaume de la liberté ».

Ces différentes conceptions d’une journée de travail de trois heures ont disparu. La poussée vers une diminution de la durée du travail, qui s’est exercée durant près d’un siècle, s’est achevée brutalement avec la Grande Dépression, lorsque les entreprises et le gouvernement ont décidé de recourir aux « programmes de création d’emplois artificiels » (make-work programmes) pour répondre au chômage. Peu après la Seconde Guerre mondiale, la semaine de travail s’est stabilisée autour de quarante heures dans une grande partie du monde occidental, et l’on n’a pas vu depuis de tentative sérieuse de renverser la situation. On a observé à l’inverse un accroissement du travail au cours des décennies qui ont suivi. Il y a eu d’abord une augmentation du temps consacré à l’emploi à l’échelle de la société tout entière. Tandis que les femmes entraient sur le marché du travail, la semaine de travail est restée inchangée, et la totalité du temps consacré à l’emploi a donc augmenté. On a assisté ensuite à l’élimination progressive de la distinction entre le travail et la vie, lorsque le travail a commencé à imprégner tous les aspects de la vie éveillée. Beaucoup d’entre nous sommes désormais liés au travail en permanence, constamment affectés par les mails, appels téléphoniques, SMS et inquiétudes de toutes sortes relatives à notre emploi. Les travailleurs salariés sont souvent obligés d’effectuer des heures supplémentaires non reconnues, et beaucoup d’entre eux se sentent tenus de produire des signes extérieurs d’activité. Ces exigences veulent dire qu’aux États-Unis, le travailleur à plein-temps moyen passe près de quarante-sept heures par semaine à travailler. Il faut ajouter à cela qu’une grande quantité de travail n’est pas payée, et donc pas comptée dans les statistiques officielles (il existe aussi un fossé de genre persistant dans la main-d’œuvre non payée). Alors que beaucoup de gens ont du mal à trouver un travail salarié, le travail non payé prolifère : une sphère entière de « travail de l’ombre » émerge avec l’automation sur le lieu de vente, puisqu’une partie du travail est désormais déléguée aux usagers (avec les caisses en libre-service et les distributeurs automatiques). Il y a enfin tout un travail caché qui est indispensable si l’on veut trouver ou conserver un emploi : gérer son budget, rechercher un emploi (pour les chômeurs), se former, se déplacer, sans oublier la sphère cruciale (et genrée) du travail consacré au soin des enfants, des membres de la famille ou d’autres personnes à charge.

Si le travail s’est étendu à un tel nombre de domaines de nos vies, le retour à une semaine de travail plus courte apporterait un certain nombre d’avantages. Au-delà du plus évident – l’augmentation du temps libre – d’autres seraient plus subtils. Réduire la durée de travail hebdomadaire constituerait tout d’abord une réponse clé au développement de l’automation. Les premières périodes de l’automation se sont traduites par des réductions significatives de la semaine de travail : l’emploi était souvent conservé par répartition du temps de travail. Un second avantage de ce programme concernerait l’environnement. Des réductions de la durée de la semaine de travail entraîneraient par exemple une réduction importante de la consommation d’énergie et de notre empreinte carbone totale. Utiliser les améliorations de la productivité pour travailler moins, et non pour produire plus, permettrait que les améliorations de l’efficacité énergétique contribuent à réduire l’impact environnemental. Mais l’une des raisons principales de réduire le temps de travail serait d’engendrer du pouvoir de classe, et de le consolider. En premier lieu, la réduction du temps de travail peut être mise en œuvre comme une tactique temporaire dans une lutte politique – faire respecter les contrats, organiser des grèves ou toute autre manière d’éliminer du temps de travail sont autant de moyens d’exercer une pression sur les capitalistes. Mais en second lieu, et surtout, la réduction de la semaine de travail contribue aussi à renforcer le mouvement des travailleurs. En retirant des heures de travail du marché, l’offre totale de travail diminue et le pouvoir des travailleurs augmente.

Pour réduire le temps de travail, notre préférence va à l’instauration d’un week-end de trois jours plutôt qu’à une réduction de la journée de travail, et cela afin de réduire le temps de transport et de prendre appui sur les week-ends prolongés qui existent déjà. Cette exigence peut être satisfaite de nombreuses manières – par des luttes syndicales, par la pression de mouvements sociaux ou par l’introduction de changements dans la législation à l’initiative des partis politiques. S’ils voulaient construire une stratégie d’avenir au lieu d’accepter l’exigence capitaliste de l’emploi à tout prix, les syndicats pourraient utiliser la négociation collective pour accepter l’automation en échange d’un raccourcissement de la semaine de travail. L’histoire indique en réalité que les syndicats s’opposent souvent au changement technologique, et que les concessions salariales qu’ils obtiennent ne font que retarder l’automation, sans jamais l’empêcher. Une autre approche, se concentrant sur la réduction et la répartition du travail, pourrait réduire le travail sans jeter les travailleurs à la rue. Des efforts peuvent aussi être entrepris pour obtenir la reconnaissance du travail informel non rémunéré dans le cadre de la semaine de travail, et donc pour le réduire du simple fait d’attirer l’attention sur lui. Une concentration sur la réduction du temps de travail hebdomadaire exige aussi que les syndicats construisent des liens avec les travailleurs à temps partiel et précaires. Mais si les syndicats sont nécessaires à cette lutte, ils ne peuvent suffire, pour la simple raison que chaque secteur dispose d’un potentiel d’augmentation de la productivité et de l’automation très différent. Une lutte plus large est nécessaire si l’on veut rompre avec la logique actuelle du néolibéralisme.

Il existe déjà un désir très répandu de réduire la durée de travail hebdomadaire ; différentes enquêtes d’opinion montrent qu’une majorité de la population en soutient le principe. Il existe aussi une grande variété d’approches politiques qui visent à raccourcir la semaine de travail. Différentes interventions sont susceptibles de modifier le coût du travail – qu’elles prennent pour base le salarié ou l’heure travaillée –, pour que les entreprises trouvent moins d’intérêt à imposer des horaires très lourds. En Belgique ou aux Pays-Bas, les travailleurs se sont vus reconnaître le droit d’exiger un horaire réduit sans subir de discrimination de la part des employeurs. Les Pays-Bas ont commencé aussi à raccourcir la semaine de travail aux deux extrémités de l’échelle d’âge. Toutes ces solutions peuvent et doivent être mobilisées dans la réalisation d’un projet de réduction du temps de travail hebdomadaire.

 

Pas pour ce salaire !

Le résultat combiné des deux mesures précédentes – l’automation complète et la réduction du temps de travail – serait de dégager une quantité importante de temps libre sans réduire la production économique ou augmenter significativement le chômage. Mais ce temps libre présentera pourtant peu d’utilité si les gens restent obligés de se battre pour joindre les deux bouts. C’est pourquoi, dans une société post-travail, un revenu de base universel (RBU) offrant à chaque citoyen une somme d’argent lui permettant de vivre, quelles que soient ses ressources, constituerait une exigence essentielle. L’idée a surgi périodiquement au cours de l’histoire. Au début des années 1940, une version de cette idée a été présentée comme une alternative au Rapport Beveridge qui a fini par donner forme à l’État-providence britannique. Dans une période aujourd’hui largement oubliée, au cours des années 1960 et 1970, le revenu de base était au cœur des propositions qui visaient à réformer le système de Welfare américain. L’influence du RBU[2] était telle que plus de 1 300 économistes avaient signé une pétition poussant le Congrès des États-Unis à promulguer un « système national de garantie des revenus ». Deux présidents – Nixon et Carter – ont essayé de légiférer pour le réaliser. Même si l’Alaska a fini par mettre en place un revenu de base financé par sa richesse pétrolière, l’idée a largement disparu du débat lorsque l’hégémonie néolibérale s’est mise en place. Elle connaît toutefois depuis quelques années un regain de popularité.

L’exigence d’un RBU est soumise à des forces hégémoniques opposées. Elle est susceptible d’être mobilisée pour une dystopie libertarienne aussi bien que pour une société post-travail – ambiguïté qui a conduit souvent, mais par erreur, à confondre les deux pôles. Le RBU suppose par conséquent d’articuler trois facteurs si l’on veut qu’il ait un sens : il doit assurer un revenu suffisant pour vivre ; il doit être universel, versé à tous de manière inconditionnelle ; et il doit compléter – plutôt que remplacer – l’État-providence. Le premier point paraît aller de soi : un RBU doit assurer la sécurité matérielle. Le montant exact variera selon les pays et les régions, mais on peut le déterminer assez facilement à partir des statistiques existantes. Fixé trop bas, le RBU risque de n’être rien d’autre qu’une aide de l’État aux entreprises. Le RBU doit par ailleurs être universel et versé à chacun de manière inconditionnelle. Dans la mesure où il n’y aurait ni conditions de ressources ni évaluation d’aucune sorte pour le recevoir, il romprait avec la nature disciplinaire de l’État-providence capitaliste. L’allocation universelle permettrait par ailleurs d’éviter la stigmatisation, parce que tout le monde la percevrait. (L’invocation de la dimension « universelle » oblige aussi à prévenir toute application restrictive du revenu de base en fonction du statut des individus, qu’ils soient citoyens, migrants ou prisonniers.) L’exigence d’universalité constitue la base d’une lutte continue pour étendre le champ et le montant du revenu de base. Enfin, le RBU doit être un complément de l’État-providence. L’argument conservateur en faveur d’un revenu de base – qui doit être évité à tout prix – veut qu’il se contente de remplacer l’État-providence en offrant une somme forfaitaire à chaque individu. Dans ce scénario, le RBU ne serait rien d’autre qu’un vecteur d’ouverture à la concurrence, transformant les services sociaux en marchés privés. Au lieu d’être une sorte d’aberration du néolibéralisme, il prolongerait ce qui constitue l’essence même de son action en créant de nouveaux marchés. L’exigence que nous formulons ici s’inscrit, à l’inverse, dans le sens d’un RBU comme complément d’un État-providence revivifié.

L’importance de la revendication du RBU repose sur quatre facteurs étroitement liés. Il importe tout d’abord de souligner que le RBU vise une transformation politique, et non pas simplement économique. On le considère souvent comme une forme de redistribution des riches vers les pauvres, ou comme une mesure destinée à maintenir la croissance économique en stimulant la demande des consommateurs. Dans cette perspective, le RBU aurait une légitimité réformiste indéniable et ne serait guère plus qu’un système d’impôt progressif. Son importance réelle repose pourtant sur sa capacité à renverser l’asymétrie de pouvoir qui existe actuellement entre le travail et le capital. Le prolétariat se définit par le fait qu’il est séparé des moyens de production et des moyens de subsistance. Il est donc forcé de se vendre sur le marché du travail pour se procurer le revenu nécessaire à sa survie. Les plus chanceux d’entre nous avons le loisir de choisir quel emploi nous sommes prêts à accepter, mais peu d’entre nous avons la capacité de ne choisir aucun emploi. Le revenu de base transformerait cet état de fait en donnant au prolétariat un moyen de subsistance qui ne soit pas dépendant de l’emploi. Les travailleurs, autrement dit, auraient la possibilité d’accepter ou non un emploi (ce qui reviendrait à bien des égards à prendre l’économie néoclassique au mot et à rendre l’emploi véritablement volontaire).

Cette transformation – faire en sorte que l’emploi devienne volontaire et non plus forcé – présente un certain nombre de conséquences. Elle accroît tout d’abord le pouvoir de classe en réduisant le jeu du marché du travail. L’excès de population montre ce qui se produit lorsqu’il y a beaucoup de jeu sur le marché du travail : les salaires chutent et les employeurs ont toute liberté de dévaloriser les travailleurs. Lorsque le marché est tendu, en revanche, c’est le travail qui prend le dessus. La même dynamique s’applique au revenu de base : en éliminant la dépendance à l’égard du travail salarié, les travailleurs prennent le contrôle de l’offre de main-d’œuvre, ce qui leur donne un pouvoir significatif sur le marché du travail. Le pouvoir de classe augmente aussi sous de nombreux autres aspects. Il devient plus facile de mobiliser pour la grève, parce que les travailleurs n’ont plus à s’inquiéter d’une retenue sur leur paie ou d’un épuisement de la caisse de grève. Le temps passé à travailler pour un salaire peut être modifié selon son désir ; le temps libre permet l’action politique et le renforcement des communautés. Il devient possible de ralentir et de réfléchir en sécurité, à l’abri des pressions constantes du néolibéralisme. Les inquiétudes qui entourent l’emploi et le chômage se trouvent réduites par le filet de sécurité du RBU. Le RBU permet enfin de conjuguer les besoins des employés, des chômeurs, des sous-employés, des travailleurs migrants, des travailleurs temporaires, des étudiants et des handicapés. Il exprime des intérêts communs entre ces groupes et offre une orientation « populiste » autour de laquelle ils sont susceptibles de se mobiliser.

Un second aspect du RBU, lié au précédent, tient à sa capacité à transformer la situation d’insécurité que constituent le chômage et la précarité en situation de flexibilité volontaire.

Troisièmement, un revenu de base exigerait de repenser la valeur que l’on attribue aux différents types de travail. Comme les travailleurs ne seront plus forcés d’accepter un emploi, ils pourront refuser ceux mal rémunérés, trop exigeants, offrant trop peu d’avantages ou généralement dégradants et indignes. Les emplois peu rémunérés étant souvent les plus crasses et les plus démotivants, il est probable que beaucoup de gens les refuseraient s’ils disposaient d’un RBU. Il s’ensuivrait que le travail dangereux, ennuyeux et peu attrayant devrait être mieux payé, tandis que le travail plus gratifiant, revigorant et attrayant serait moins bien payé. Autrement dit, la nature du travail deviendrait un critère de sa valeur, et pas uniquement soncaractère lucratif. L’aboutissement de cette réévaluation signifierait aussi que, à mesure que les salaires des pires emplois augmentent, il y aurait de nouvelles incitations à les automatiser. Le RBU constituerait donc une boucle de rétroaction positive avec l’exigence d’une automation complète. D’un autre côté, le revenu de base ne transformerait pas seulement la valeur des emplois les moins attrayants mais contribuerait aussi à reconnaître le travail non rémunéré qui constitue la majeure partie du travail de soin. De la même manière que l’exigence d’un salaire pour le travail ménager a permis la reconnaissance et la politisation du travail domestique des femmes, le RBU permet la reconnaissance et la politisation de notre responsabilité collective dans la reproduction de la société, qu’il s’agisse d’un travail formel ou informel, domestique ou public, individuel ou collectif.

Le revenu de base est enfin une proposition fondamentalement féministe. Son indifférence à l’égard de la division du travail en fonction du genre lui permet de surmonter une partie des préjugés de l’État-providence traditionnel, fondé sur l’homme soutien de famille. De la même manière, il reconnaît les contributions des travailleurs domestiques non-salariés à la reproduction de la société et leur offre un revenu en conséquence. L’indépendance financière qui va de pair avec le revenu de base est cruciale aussi pour développer la « liberté synthétique » des femmes (une liberté, autrement dit, qui ne soit pas simplement négative, naturelle ou formelle). Il autorise l’expérimentation de structures familiales et communautaires qui échappent au modèle de la famille nucléaire.

Le RBU peut sembler réformiste sur le plan économique, mais il a des effets politiques importants. Il transforme la précarité en flexibilité volontaire, facilite la mobilisation du pouvoir de classe et ouvre un espace à l’expérimentation de formes d’organisation de la communauté et de la famille. Il est un mécanisme de redistribution qui transforme les relations de production et un mécanisme économique qui transforme la politique du travail. En termes de lutte des classes, peu de choses distinguent le plein-emploi du chômage total : ils contribuent l’un et l’autre à tendre le marché du travail, donnent du pouvoir au travail et rendent l’exploitation des travailleurs plus difficile. Le chômage total présente par ailleurs l’avantage supplémentaire de ne pas dépendre de la division genrée du travail entre le ménage et l’économie formelle, de ne pas maintenir les travailleurs enchaînés au rapport salarial et de leur permettre une vie autonome.

 

Le droit à la paresse

Quels sont les obstacles à la mise en œuvre d’un revenu de base ? Même si le problème du financement du RBU paraît immense, la plupart des travaux de recherche laissent penser qu’il est relativement facile à financer : en réduisant les programmes qui font double emploi ; en augmentant les impôts sur les riches, les droits de succession, les taxes sur la consommation et la taxe carbone ; en réduisant les dépenses militaires et les aides à l’industrie et à l’agriculture ; et en luttant sérieusement contre l’évasion fiscale. Les principaux obstacles qui se posent au RBU – et à une société post-travail – ne sont pas économiques mais politiques et culturels, du fait de l’enracinement du travail dans ce qui constitue notre identité.

Pour mettre en œuvre le RBU et construire une société post-travail, il faudra surmonter la pression générale qui s’exerce pour que nous nous soumettions à l’éthique du travail. De fait, si la tentative précédente de mise en œuvre du revenu de base aux États-Unis a échoué, c’est principalement parce qu’elle remettait en question les idées reçues à propos des pauvres et des chômeurs et de leur manque d’éthique du travail. Au lieu de voir dans le chômage la conséquence d’un manque d’éthique du travail au niveau individuel, la proposition du RBU y voyait un problème structurel. Les termes dans lesquels cette proposition avait été formulée maintenaient pourtant des divisions strictes entre ceux qui avaient un emploi et ceux qui recevaient des aides sociales, même si le projet lui-même visait à effacer cette distinction. Les travailleurs pauvres ont fini par rejeter le projet, craignant de se retrouver stigmatisés en tant qu’« assistés ». Des préjugés de race ont renforcé cette résistance, parce que le welfare était perçu comme une question noire et parce que les Blancs répugnaient à y être associés. Le manque d’identification de classe entre les travailleurs pauvres et les chômeurs – l’excès de population – signifiait qu’il n’y avait pas la base sociale nécessaire pour défendre le revenu de base. Toutes les tentatives de construction à venir d’un monde post-travail devront trouver un moyen de surmonter l’éthique du travail.

Alors qu’on l’associe généralement à l’éthique du travail protestante, la soumission au travail est en réalité implicite dans un grand nombre de religions. Ces éthiques exigent un dévouement à son travail, de quelque nature qu’il soit, instillant un impératif moral qui veut que nous attachions une grande valeur à la corvée. Le lien entre la souffrance et la rémunération constitue le principal appui idéologique de l’éthique du travail. Où que l’on regarde, on constate une tendance à faire souffrir les gens avant de leur accorder la moindre récompense. Les invectives lancées aux sans-abri, la diabolisation des chômeurs, le système bureaucratique labyrinthique mis en place pour percevoir des indemnités, l’« expérience professionnelle » non payée imposée aux chômeurs, la pénalisation sadique de ceux qui sont considérés comme des « dépenses passives » : tout cela révèle cette vérité que, dans nos sociétés, la rémunération requiert du travail et de la souffrance. Que l’objectif soit religieux ou séculier, la souffrance est conçue comme un rite de passage nécessaire. Les gens doivent supporter leur travail pour percevoir un salaire ; ils doivent prouver leur mérite aux yeux du capital. Ces idées ont une base théologique évidente : la souffrance est considérée non seulement comme significative mais comme la condition même du sens. Une vie sans souffrance est perçue comme frivole et dépourvue de sens. Cette conception doit être rejetée comme la survivance d’un stade de l’histoire de l’humanité aujourd’hui dépassé.

Ce qu’il nous faut, par conséquent, c’est une approche du travail anti-hégémonique : un projet capable de renverser les idées existantes à propos de la nécessité ou de la désirabilité du travail et de l’imposition de la souffrance comme base de la rémunération. On constate un début de changement dans les médias, qui présentent le RBU non seulement comme une solution possible mais, de plus en plus, comme une solution nécessaire aux problèmes de chômage technologique. Ces tendances hégémoniques devraient être intensifiées. La domination de l’éthique du travail se heurte aux transformations de la base matérielle de l’économie. Le capitalisme exige que les gens travaillent pour gagner leur vie, mais il est pourtant de plus en plus incapable de créer des emplois en nombre suffisant. Les tensions entre ces changements matériels et la valeur accordée à l’éthique du travail ne feront qu’augmenter le potentiel de transformation du système. Des actions permettant d’accroître la visibilité de la précarité et du chômage comme un problème politique contribueraient à créer un soutien à une société post-travail. (De la même manière que le mouvement Occupy est parvenu à sensibiliser à l’inégalité et que UK Uncut a mis en évidence l’évasion fiscale).

Le plus important est peut-être qu’il existe une haine largement partagée à l’égard de l’emploi, et qu’il serait possible d’en tirer profit. De la même manière que l’hégémonie néolibérale a récupéré des désirs réels et bénéficié d’un consentement actif, une hégémonie post-travail doit trouver une force active dans les désirs véritables des gens. L’exigence généralisée de soumission à l’éthique du travail n’a d’égal que le dédain que nous éprouvons pour nos propres emplois. À travers le monde, aujourd’hui, 13 % des gens à peine déclarent aujourd’hui trouver leur emploi intéressant. Abîmés physiquement, épuisés mentalement et fatigués socialement, la plupart des travailleurs sont confrontés à un stress immense dans le cadre de leur emploi. Pour la très grande majorité d’entre eux, l’emploi n’offre aucun sens, accomplissement ou rédemption – il ne sert qu’à payer les factures. Transformer le consensus autour de l’éthique du travail supposera d’intervenir au niveau de la vie quotidienne, de traduire ces objectifs à moyen terme en slogans, en chants ou en tout élément culturel susceptible de se répliquer (c’est-à-dire en « mèmes »). Cela exigera d’entreprendre le travail difficile et essentiel consistant à organiser des campagnes sur le lieu de travail – à mobiliser les passions pour renverser la domination de l’éthique du travail. La réussite de ces efforts apparaîtra clairement lorsque les médias arrêteront de brandir le spectre des pertes d’emploi à chaque fois qu’ils évoquent l’automation, et qu’ils célébreront à l’inverse la libération de la corvée.

 

Le royaume de la liberté

La gauche du XXIe siècle doit s’efforcer de combattre la centralité du travail dans nos vies. Nous avons le choix, finalement, entre glorifier le travail et la classe ouvrière, ou les abolir l’un et l’autre. La première de ces options trouve son expression dans la tendance de ce que l’on pourrait appeler le « folklore politique » (c’est-à-dire horizontal, local et consensuel) à attacher de la valeur au travail, au labeur concret et à l’artisanat. Mais il n’y a pourtant que la seconde option qui soit véritablement postcapitaliste. Nous devons refuser le travail et réduire sa durée si nous voulons construire, chemin faisant, notre « liberté synthétique ».

Chacune de nos propositions peut être considérée comme un objectif en tant que tel, mais leur puissance véritable s’exprime lorsque nous les défendons comme un programme intégré. C’est qu’il ne s’agit pas d’une simple réforme, marginale, mais d’une formation hégémonique entièrement nouvelle, destinée à rivaliser avec les options néolibérale et social-démocrate. L’exigence d’une automation complète favorise à la fois la possibilité de réduire la durée de travail hebdomadaire et la nécessité du revenu de base universel. La réduction de la durée de travail hebdomadaire contribue à produire une économie durable et à démultiplier le pouvoir de classe. Le revenu de base universel intensifie quant à lui le potentiel de réduction de la semaine de travail et accroît le pouvoir de classe. Il accélérerait aussi le projet d’automation complète : en augmentant le pouvoir de classe, le marché du travail se tendrait et le coût marginal du travail augmenterait, parce que les entreprises se tourneraient vers la machinerie pour se développer. Ces objectifs se répondent en écho, amplifiant leur pouvoir combiné. Et une nouvelle hégémonie post-travail serait capable de résister à un éventuel retour en arrière, parce qu’elle serait parvenue à créer une base de masse intéressée à ce qu’elle se poursuive. L’ambition consiste ici à reprendre l’avenir des mains du capitalisme et à construire nous-mêmes le XXIe siècle que nous voulons, à fournir le temps et l’argent qui sont au cœur de toute conception significative de la liberté. Les luttes pour l’automation complète, la réduction de la durée de travail hebdomadaire, la fin de l’éthique du travail et le revenu de base universel sont d’abord et avant tout des luttes politiques. L’imaginaire post-travail engendre une image « hyper-superstitieuse » du progrès – une image qui vise à faire de l’avenir une force historique dans le présent.

 

Traduit de l’anglais par Christophe Degoutin

 

[1]     Ce texte est la traduction légèrement abrégé du chapitre 6 de l’ouvrage de Nick Srnicek et Alex Williams, Inventing the Future. Postcapitalism and a World Without Work, Verso, Londres/New York, 2015. Il est publié avec l’aimable autorisation des auteurs.

 

[2]     RBU : Revenu de base universel.

 

Srnicek Nick

Enseigne la géopolitique et la globalisation dans le département de géographie de l’University College London. Il est le coéditeur, avec Levi Bryant et Graham Harman, de The Speculative Turn : Continental Materialism and Realism (Re. press, 2011), ainsi que l’auteur, avec Alex Williams, du livre Inventing the Future (Verso, 2015).

Williams Alex

Travaille sur son doctorat de l’University of East London, dont le titre courant est Hegemony and Complexity. Il est également l’auteur, avec Nick Srnicek, du livre Inventing the Future (Verso, 2015).