L’usine et la société

Ce texte est inclus dans la première partie d’Ouvriers et Capital intitulée « Premières hypothèses », dont il constitue le deuxième chapitre.

La première édition d’Operai e capitale a été publiée en 1966 aux éditions Einaudi.

La traduction française, réalisée par Yann Moulier, avec la collaboration de G. Bezza, a été publiée en 1977 chez Christian Bourgois. A la fin de la troisième section du premier Livre du Capital, lorsqu’il a fini de traiter de la production de la plus-value absolue, Marx revient sur la distinction entre les deux visages de la production capitaliste et donc sur les deux points de vue selon lesquels on peut considérer la forme capitaliste de production des marchandises : le procès de travail et le procès de valorisation. Dans le premier, l’ouvrier ne traite pas les moyens de production comme du capital, mais il consomme les moyens de production comme matériau pour son activité productrice ; dans le second, « ce n’est plus l’ouvrier qui emploie les moyens de production, ce sont les moyens de production qui emploient l’ouvrier », c’est donc le capital qui consomme la force de travail. Certes, dès le procès de travail, le capital se développe comme domination sur le travail, sur la force de travail et par conséquent sur l’ouvrier; mais ce n’est que dans le procès de valorisation qu’il se développe, dans ce rapport de coercition qui accule la classe ouvrière à la plus-value et donc à la production de la plus-value. Le capital parvient à saisir, dans un mode qui lui est propre, l’unité du procès de travail et du procès de valorisation : et plus la production capitaliste se développe plus la forme capitaliste de la production s’empare de toutes les autres sphères de la société, envahissant entièrement le réseau des rapports sociaux, plus Il parvient à la saisir. Le capital pose le travail – il est obligé de le faire – comme créateur de valeur, mais il voit ensuite la valeur – il est contraint à la voir – comme valorisation de lui-même. Le capital ne voit le procès de travail que comme procès de valorisation, et il ne voit la force de travail que comme du capital ; il bouleverse le rapport qui existe entre travail vivant et travail mort, entre force créatrice de valeur et valeur : et il y parvient d’autant mieux qu’il réussit à récupérer le procès de travail social dans sa totalité et à l’insérer à l’intérieur du procès de valorisation du capital, bref qu’il réussit à intégrer la force de travail dans le capital. Selon la mystification bourgeoise des rapports capitalistes, ces deux derniers processus marchent ensemble et parallèlement, ils apparaissent tous deux comme objectivement nécessaires. En réalité il faut les considérer comme distincts dans leur unité, voire les opposer l’un à l’autre comme deux procès contradictoires qui s’excluent mutuellement : là réside un levier qui, placé au point d’appui décisif du système, peut faire basculer le capital.

Le procédé, grâce auquel le travail passé se déguise tous les jours en capital, est clair comme le jour : c’est la raison pour laquelle les économistes bourgeois sont pleins d’éloges envers les mérites du travail passé. C’est lui, en fait, qui collaborera de nouveau au procès de travail vivant sous la forme des moyens de travail : voilà pourquoi on attribue l’importance du travail au visage de capital qu’il revêt. La forme capitaliste du travail coïncide en ce cas avec le moyen de production où le travail s’est objectivé : à telle enseigne que les agents pratiques de la production capitaliste et leurs idéologues « sont incapables de concevoir le moyen de production en le détachant du masque social antagoniste qui lui colle à la peau aujourd’hui ».. Ainsi le travail passé fournit un service gratuit au capital, tout comme une force naturelle quelconque : et lorsqu’il est investi et mis en mouvement par le travail vivant, il s’accumule et se reproduit à l’échelle élargie comme du capital.

Mais il est plus difficile de parvenir à comprendre parfaitement le procédé par lequel le travail vivant, lui-même, se trouve tout entier englobé dans ce processus, comme partie nécessaire à son développement. « C’est la propriété naturelle du travail qu’en créant de nouvelles valeurs, il conserve les anciennes. » C’est pourquoi le travail « conserve et éternise, sous des formes toujours nouvelles, une ancienne valeur-capital, toujours grandissante » : plus croissent l’efficience, le volume, la valeur de ces moyens de production, plus l’accumulation qui accompagne inévitablement le développement de sa force productive progresse. « Cette faculté naturelle du travail prend la fausse apparence d’une propriété qui est inhérente au capital et l’éternise; de même que les forces collectives du travail combiné[[La citation de Marx est traduite très différemment en italien: l’accent est mis sur « la force d’auto-conservation du capital », ce qui dans la traduction française n’est rendu que par «l’éternisant», et au lieu de forces collectives du travail combiné on a « forces productives sociales du travail ». (NDT.), se déguisent en autant de qualités occultes du capital, et l’appropriation continue de sur-travail par le capital tourne au miracle, toujours renaissant, de ses vertus prolifiques[[La traduction fidèle de la fin de la citation italienne est: « … l’appropriation continue de sur-travail par le capitaliste se présente comme auto-valorisation constante du capital. Toutes les forces du travail se propulsent comme des forces du capital… » L’édition italienne suivie par Tronti est l’édition Rinascita, en huit volumes, Rome, 1954-1956. Pour la traduction française classique, voir Éditions Sociales, t. III, p. 47.. »

Le mode de production capitaliste se représente la plus-value et la valeur de la force de travail « comme des fractions de la somme de valeur produite » : et c’est cela que dissimule le caractère spécifique du rapport capitaliste, « c’est-à-dire l’échange du capital variable contre la force de travail vivante, fait qui exclut l’ouvrier du produit ». Étant donne que toutes les formes développées du procès de production capitaliste sont des formes de coopération, le développement même de la production capitaliste réintroduit et généralise « la fausse apparence d’un rapport d’association dans lequel l’ouvrier et l’entrepreneur se partagent le produit suivant la proportion des divers éléments qu’ils apportent[[Désormais nous suivrons l’édition italienne chaque fois que la traduction française du Capital altère l’esprit de l’analyse de Tronti. La citation est tirée du IIe tome de l’opus cité p. 204. ». C’est en cela qu’au niveau superficiel de la société bourgeoise, la rémunération de l’ouvrier apparaît comme le prix du travail : prix nécessaire ou prix naturel, qui exprime en termes monétaires la valeur du travail. Marx dit précisément que la valeur du travail est une expression purement imaginaire, une définition irrationnelle et une forme phénoménale du rapport substantiel qu’est la valeur de la force de travail. Mais quel est le caractère nécessaire de cette apparence ? Est-elle un choix subjectif qui vise à dissimuler la substance du rapport réel, où n’est-elle pas plutôt la manière réelle selon laquelle fonctionne le mécanisme de ce rapport ? La façon dont la valeur et le prix de la force de travail se présentent sous la forme métamorphosée du salaire est exemplaire à cet égard. Or le mouvement réel du salaire semble démontrer précisément que ce n’est pas la valeur de la force de travail qui est payée, mais bien la valeur de sa fonction, la valeur du travail lui-même. Il est indispensable pour la production capitaliste que la force de travail se présente comme du travail pur et simple et que la valeur du travail soit payée sous forme de salaire. Qu’on pense à la seconde particularité de la forme de l’équivalence : celle où le travail concret devient la forme phénoménale de son opposé, c’est-à-dire du travail humain abstrait. Non que le travail concret possède, de par sa relation avec la valeur, la qualité générale d’être du travail humain abstrait. Au contraire, il est de sa nature même d’être du travail humain abstrait; être du travail concret n’est que la forme phénoménale ou forme déterminée de la réalisation de sa nature. Et ce renversement total est inévitable puisque le travail représenté dans le produit du travail n’est créateur de valeur que pour autant qu’il est du travail humain abstrait, une dépense de force de travail humaine. N’est-il pas vrai que « la valeur transforme tout produit du travail en un hiéroglyphe social »? La valeur de la force de travail exprime dans le salaire à la fois la forme capitaliste d’exploitation du travail, et sa mystification bourgeoise ; elle révèle la nature du rapport capitaliste de production, mais renversée.

Sur cette base, le travail devient la médiation nécessaire pour que la force de travail se transforme en salaire : bref, la condition pour que le travail vivant ne se présente que comme du capital variable, et la force de travail que comme partie du capital. La valeur, qui représente la partie rémunérée de la journée de travail, doit apparaître alors comme la valeur ou le prix de la journée de travail dans sa totalité. C’est justement dans le salaire que disparaît toute trace de division de la journée de travail entre travail nécessaire et sur-travail. Tout le travail apparaît comme du travail payé ; et c’est cela qui distingue le travail salarié de toutes les autres formes historiques du travail. Plus la production capitaliste et le système de ses forces productives se développent, plus la partie payée et la partie non payée du travail se confondent de façon inséparable. Les différentes formes de paiement du salaire ne sont que différentes façons d’exprimer, à des niveaux différents, la nature constante de ce processus. « On comprend alors l’immense importance que possède, dans la pratique, ce changement de forme qui fait apparaître la rétribution de la force de travail comme salaire du travail, le prix de la force comme prix de sa fonction. Cette forme phénoménale rend invisible le rapport réel entre capital et travail et en montre précisément le contraire ; c’est d’elle que dérivent toutes les notions juridiques du salarié et du capitaliste, toutes les mystifications de la production capitaliste, toutes les illusions libérales et tous les faux-fuyants apologétiques de l’économie vulgaire[[Le Capital, ibidem, t. II, p. 211.. » On peut suivre le développement de la production capitaliste dans son ensemble, à travers l’histoire des « formes innombrables » prises par le salaire : c’est-à-dire l’unité de plus en plus complexe qui s’y établit entre procès de travail et procès de valorisation, entre le travail et la force de travail, entre la partie variable et la partie constante du capital, et donc entre la force de travail et le capital.

Le salaire n’est rien d’autre que le travail salarié considéré d’un autre point de vue. Le caractère déterminé que possède le travail, en tant qu’agent de production, apparaît dans le salaire compris comme détermination de la distribution. Le salaire présuppose le travail salarié tout comme le profit présuppose le capital. « Ces formes déterminées de la distribution supposent donc que les conditions de production aient des caractères sociaux déterminés et qu’il existe certains rapports sociaux entre les agents de production[[Ibidem, t. VIII, p. 256.. » Le salaire nous donne déjà pour dépassée « la séparation grossière entre production et distribution ». Le mode déterminé selon lequel on anticipe à la production détermine à son tour les formes particulières de la distribution. « Par conséquent les modes et les rapports de distribution apparaissent comme l’envers des agents de production[[Introduction générale de la Critique de l’Économie politique, Pléiade, t. l, p. 248.. »

Établir la nature du rapport qui existe entre la distribution et la production « est sans doute un problème qui entre dans le cadre de la production elle-même[[Ibidem, p. 250. ». L’échange est le moment de médiation entre production et distribution d’une part, et entre production et consommation de l’autre : dans le premier cas, l’échange lui-même est un acte qui fait directement partie de la production; dans le second cas il est totalement déterminé par celle-ci, s’il est vrai que l’échange pour consommer suppose la division du travail, que l’échange privé suppose la production privée, et qu’une expansion et intensité déterminées de l’échange supposent elles aussi une expansion et une organisation déterminées de la production. C’est en ces termes que l’on a en général essayé d’exprimer l’identité immédiate entre production et consommation: puisque l’on a, d’un côté, une production consommatrice, et, de l’autre, une consommation productive. Ou bien l’on essaye de trouver entre elles une dépendance réciproque : la production comme moyen de consommer et la consommation comme le but de la production. Enfin, l’une peut être présentée comme la réalisation de l’autre : la consommation consomme le produit, la production produit la consommation. Déjà Marx raillait les socialistes « hommes de lettres» et les économistes prosaïques qui jouaient avec cette identité hégélienne des opposés. Il ne reste à ajouter à cette liste que les sociologues vulgaires, « hommes de lettres» prosaïques eux aussi, mais qui ne sont ni socialistes ni économistes. « Ce qui importe ici c’est de faire remarquer que la production et la consommation… apparaissent en tout cas comme les moments d’un procès où la production est le véritable point de départ… donc son facteur prédominant, l’acte où tout le procès vient se renouveler[[Ibidem, p. 247.. »

Production, distribution, échange et consommation ne sont pas identiques : « ils sont les éléments d’un tout, des diversités au sein d’une unité ». Et cette unité s’agence en « un ensemble organique » : il est clair qu’à l’intérieur de cet ensemble organique, il y a action réciproque entre les divers moments.

Même la production, dans sa forme unilatérale, est déterminée par les autres moments. « Mais la production s’embrasse et se transcende elle-même dans la détermination contradictoire de la production; elle embrasse et transcende aussi les autres moments du procès. » C’est à partir d’elle que le procès recommence et se renouvelle chaque fois. « Par conséquent, telle production détermine telle consommation, telle distribution, tel échange déterminés ; c’est elle qui détermine les rapports réciproques déterminés de tous ses différents moments[[ Ibidem, p. 253.. » Que nous ayons dû rappeler ces concepts élémentaires de Marx, cela témoigne, déjà en soi, qu’il existe trop de « marxistes » enclins à répéter « les niaiseries des économistes, qui traitent la production comme une vérité éternelle, et relèguent l’histoire dans la sphère de la distribution ».

Si l’on considère le capital directement dans le procès de production, on ne peut que revenir sans cesse à la distinction des deux moments fondamentaux :

1°) celui de la production de la plus-value absolue, où le rapport de production apparaît sous sa forme la plus simple, et peut être immédiatement saisi tant par l’ouvrier que par le capitaliste ;
2°) la production de la plus-value relative, production spécifiquement capitaliste où l’on trouve à la fois le développement des forces productives sociales et leur transfert direct du travail au capital.

Ce n’est qu’au stade où toutes les forces productives sociales du travail apparaissent comme des forces autonomes et internes du capital, que l’ensemble du procès de circulation se déploie dans toute sa richesse. A ce niveau la réalisation de la plus-value ne se borne pas à dissimuler les conditions spécifiques de la production du capital, mais elle apparaît comme sa création effective. Cette apparence, elle aussi, est fonction intégrante du système.

A côté du temps de travail, le temps de circulation entre en action. La production de la plue-value se charge, dans le procès de circulation, de nouvelles déterminations : « le capital parcourt le cycle de ses métamorphoses ; à la fin, il passe pour ainsi dire de sa vie organique interne à des conditions d’existence extérieures : ce n’est plus le capital et le travail qui s’affrontent, mais ce sont d’une part les capitaux entre eux, d’autre part les individus en leur qualité d’acheteurs et de vendeurs[[Le Capital, opus cité, t. VI, p. 62.. » A ce stade, toutes les parties du capital paraissent être également des sources de l’excédent de valeur, donc être toutes à l’origine du profit. L’extorsion de sur-travail perd son caractère spécifique, et son rapport spécifique avec la plus-value s’estompe ; tel est donc le rôle – comme on l’a déjà vu – de la métamorphose de la valeur de la force de travail en salaire. La transformation de la plus-value en profit est effectivement déterminée et par le procès de production et par le procès de circulation. Mais la façon dont s’opère cette transformation n’est rien d’autre que le développement ultérieur du renversement de rapport qui s’était déjà vérifié à l’intérieur du procès de production: lorsque toutes les forces productives subjectives du travail se sont présentées comme forces productives objectives du capital. « D’une part la valeur, le travail passé qui domine le travail vivant, est personnifiée dans le capitaliste ; de l’autre, l’ouvrier paraît au contraire comme de la force de travail purement matérielle, comme une marchandise[[Ibidem, t. VI, p. 64… » « Le procès réel de production, c’est-à-dire l’ensemble du procès de production immédiat et du procès de circulation, donne naissance à de nouvelles structures dans lesquelles le fil conducteur des liens et rapports internes se perd de plus en plus, les rapports de production deviennent autonomes les uns vis-à-vis des autres, enfin, où les éléments de valeur se sclérosent respectivement dans des formes autonomes[[Ibidem, t. VIII, p. 206…»

Dans l’analyse des catégories les plus simples du mode de production capitaliste, la marchandise et l’argent, on saisit d’emblée l’ensemble du procès mystificateur qui transforme les rapports sociaux en propriété des choses elles-mêmes, et le rapport même de production en une chose. Dans le capital et à travers le développement de ses déterminations successives, « ce monde ensorcelé et à l’envers » se déploie et s’impose de plus en plus. Sur la base du mode de production capitaliste, l’existence du produit en tant que marchandise et de la marchandise en tant que produit du capital, « inclut déjà la réification des déterminations sociales de la production et la subjectivisation de ses fondements matériels, caractéristiques du mode capitaliste de production[[Ibidem, t. VIII, p. 255. ». Ce n’est pas un hasard si le mode spécifique de production capitaliste prend racine d’abord dans la plus-value relative, et ensuite dans la conversion de la plus-value en profit : la forme particulière de développement des forces productives sociales du travail fait que celles-ci apparaissent comme forces autonomes du capital, face à l’ouvrier, puisqu’elles sont précisément, en réalité, la forme que prend la domination du capital sur l’ouvrier. « La production centrée sur l’obtention de valeur et de plus-value implique… la tendance permanente à ramener le temps de travail nécessaire à la production d’une marchandise, c’est-à-dire sa valeur, au-dessous de la moyenne sociale existant à chaque moment donné. Cette tendance à réduire le coût de production à son minimum devient le levier le plus puissant en vue d’accroître la force productive sociale du travail ; mais cet accroissement fait ici figure d’accroissement continuel des forces productives du capital ». Il suffit de penser au fanatisme avec lequel le capitaliste économise les moyens de production : ce qui est à la fois une économie dans l’emploi de capital constant et une épargne de travail.

« Le capital a tendance, dans l’emploi direct du travail vivant, à réduire celui-ci au travail nécessaire et à abréger toujours le travail indispensable à la fabrication d’un produit, en exploitant les forces productives sociales du travail, donc à économiser le plus possible le travail vivant directement employé : de la même manière il a aussi tendance à employer aux conditions les plus économiques ce travail réduit au minimum nécessaire, c’est-à-dire à ramener au niveau le plus bas possible la valeur du capital constant utilisé[[Ibidem, t. VI, p. 105.. » L’augmentation du taux de profit découle non seulement d’une exploitation plus moderne de la productivité du travail social affecté à la production du capital constant, mais aussi « de l’économie dans l’emploi du capital constant lui-même ». Et une telle économie devient, à son tour, possible sur la base d’une concentration plus élevée des moyens de production, qui seule, peut donner lieu à leur utilisation massive. « On peut dire, donc, qu’elle n’est possible que pour l’ouvrier combiné et qu’elle ne peut souvent être réalisée que si le travail est élargi à une échelle encore plus grande, qu’elle requiert donc une plus grande combinaison d’ouvriers directement dans le procès de production[[Ibidem, t. VI, p. 100.. » Les moyens de production se trouvent désormais consommés dans le procès productif selon le critère unitaire qui est celui de l’ouvrier collectif, et non plus selon la détermination fractionnée qui se ferait à partir d’une masse d’ouvriers, sans relation d’interdépendance.

« Alors, l’économie, dans les conditions de production qui caractérise la production à grande échelle, provient essentiellement du fait que ces conditions fonctionnent comme conditions de travail social, de travail combiné socialement, donc comme conditions sociales de travail… Elle découle du caractère social du travail tout autant que la plus-value du travail est issue du sur-travail de chaque ouvrier individuel, pris en soi, isolément[[Ibidem, t. VI, p. 98… » Toutefois l’économie de capital constant, opérée dans l’emploi des conditions de production comme moyen spécifique de relever le taux de profit, est considérée par le capitaliste comme un aspect totalement étranger à l’ouvrier, « apparaît, de façon encore plus nette que les autres forces contenues dans le travail, comme une force inhérente au capital », comme une méthode propre au mode de production capitaliste, bref: comme une fonction du capitaliste. « Cette représentation a d’autant moins de quoi surprendre qu’elle correspond à l’apparence des faits, et qu’en réalité le rapport capitaliste dissimule sa structure interne dans l’indifférence totale, l’extériorisation et l’aliénation dans lesquels il place l’ouvrier à l’égard des conditions de la réalisation de son propre travail[[Ibidem, t. VI, p. 103.», au point de rendre « étrangers et indifférents l’un à l’autre, l’ouvrier, représentant du travail vivant d’un côté et l’emploi économique, c’est-à-dire rationnel des conditions du travail de l’autre ».

Ainsi, grâce à la nature immédiatement sociale du travail, la domination toujours plus exclusive du capital sur les conditions de travail s’étend et s’approfondit; et, par le biais de cette domination et de l’emploi toujours plus rationnel de toutes les conditions de la production, l’exploitation capitaliste de la force de travail se développe et se spécifie. A partir de ce moment-là, les moyens de production ne sont plus seulement la propriété. objective du. capitaliste, mais, ils sont aussi une fonction subjective du capital. Et parce que l’ouvrier les affronte dans le procès de production, il ne les reconnaît plus que comme des valeurs d’usage de la production, des instruments et matériaux du travail. C’est-à-dire que l’ouvrier se met à considérer l’ensemble du procès de production du point de vue du procès du travail simple. L’unité du procès de travail et du procès de valorisation n’est plus que dans les mains du capital; désormais, l’ouvrier ne parvient plus à saisir le procès de production dans son ensemble qu’à travers la médiation du capital : la force de travail n’est plus seulement exploitée par le capitaliste, elle est intégrée dans le capital.

Le développement du capitalisme porte aussi en lui le développement de l’exploitation capitaliste, qui à son tour porte en lui le développement de la lutte de classe : de la législation de fabrique à la rupture de l’État. La lutte pour la réglementation de la journée de travail voit encore le capitaliste et l’ouvrier, face à face, comme des acheteurs et des vendeurs. Le capitaliste défend son droit à acheter davantage de sur-travail, l’ouvrier, son droit à en vendre moins. « Droit contre droit… entre des droits égaux c’est la force qui décide. » La force du capitaliste collectif d’un côté, la force de l’ouvrier collectif de l’autre. C’est à travers la méditation de la législation, de l’intervention de la loi, de l’usage du droit, c’est-à-dire sur le terrain politique que, pour la première fois, le contrat d’achat-vente entre le capitaliste individuel et l’ouvrier isolé se transforme en rapport de force entre classe des capitalistes et classe ouvrière. Il semblerait que ce passage laisse entrevoir le terrain idéal où, seul, peut se développer l’affrontement de classe général : c’est bien ainsi qu’il s’est produit historiquement.

Mais pour décider s’il est possible de généraliser ce moment, il faut d’abord saisir le trait spécifique qui l’a caractérisé, à savoir le mode déterminé selon lequel il a opéré à l’intérieur d’un certain type de développement du capitalisme. Ce n’est pas par hasard que Marx place ici le chapitre sur la journée de travail quand il s’agit de passer de la plus-value absolue à la plus-value relative, du capital qui s’empare du procès de travail tel qu’il le trouve, au capital qui bouleverse ce procès de travail lui-même jusqu’à le modeler à son image et à sa ressemblance. La lutte pour la journée de travail normale se situe historiquement au cœur de ce passage. Il est vrai que, face à la tendance innée du capital à prolonger de façon démesurée la journée de travail, les ouvriers ont serré les coudes et ont arraché de haute lutte, en tant que classe, une loi de l’État, une barrière sociale, qui les empêchait eux-mêmes d’accepter l’esclavage « réalisé par un contrat volontaire avec le capital ». La lutte de classe ouvrière a contraint le capitaliste à changer la forme de sa domination. Ce qui veut dire que la pression de la force de travail est capable d’obliger le capital à modifier jusqu’à sa composition interne, qu’elle intervient à l’intérieur du capital comme composante essentielle du développement capitaliste, qu’elle pousse en avant, de l’intérieur, la production capitaliste et la fait déborder dans tous les rapports extérieurs de la vie sociale. Ce qui apparaît, à un stade de développement plus avancé, comme une fonction spontanée de l’ouvrier, détaché des conditions du travail et intégré par rapport au capital, apparaît à un stade plus arriéré comme la nécessité légale d’une barrière sociale qui doit empêcher le gaspillage de la force de travail et fonder en même temps son exploitation spécifiquement capitaliste. La médiation politique assume une fonction particulière, en chacun de ces deux moments. Il n’est pas dit que le terrain de la politique bourgeoise doive vivre éternellement dans le ciel de la société capitaliste.

Les changements du mode matériel de production et les changements correspondants dans les rapports sociaux entre producteurs « sont la première cause de cette transgression démesurée qui réclame ensuite, pour lui faire équilibre, l’intervention sociale, laquelle à son tour limite et règle uniformément la journée de travail avec ses temps de repos légal[[Ibidem, t. l, p. 292. ». Tous « ces édits minutieux qui règlent, militairement et au son de la cloche, la période, les limites et les poses du travail, ne furent point le produit d’une fantaisie parlementaire. Ils naquirent des circonstances et se développèrent peu à peu comme lois naturelles du mode de production moderne[[Ibidem, t. l, p. 277. ». Le parlement anglais est arrivé, par l’expérience seule, à la conviction « qu’une simple loi coercitive suffit pour faire disparaître tous les obstacles prétendus naturels qui s’opposent à la régularisation et à la limitation de la journée de travail[[Ibidem, t. II, p. 156. ». La loi de fabriques, lorsqu’elle était introduite dans une branche d’industrie accordait un dernier délai aux fabricants afin qu’ils débarrassent des difficultés techniques. « Mais en activant ainsi le développement des éléments matériels nécessaires à la transformation du régime manufacturier en régime de fabrique, la loi, dont l’exécution entraîne des avances considérables, accélère simultanément la ruine des petits chefs d’industrie et la concentration des capitaux[[Ibidem, t. II, p. 156. ». En ce sens, « la législation de fabrique, cette première réaction consciente et planifiée de la société contre son propre organisme, telle que l’a faite le mouvement spontané de la production capitaliste, est, comme nous l’avons vu, un fruit aussi naturel de la grande industrie que les chemins de fer, le fil de coton, les self-actors et la télégraphie électrique[[Ibidem, t. II, p. 159. ». Le capitaliste collectif, que ce soit par les conclusions des différentes commissions d’enquête, ou par l’intervention brutale de l’État, cherche tout d’abord à convaincre, et en dernier lieu en arrive à contraindre le capitaliste individuel à se modeler sur les besoins généraux et uniformes de la production sociale capitaliste. L’exploitation de la force de travail peut se faire même à travers l’épargne de travail : de même l’augmentation continuelle de la partie constante du capital va de pair avec l’économie toujours croissante dans l’emploi du capital constant lui-même. Ce n’est que sur cette base qu’un processus de généralisation de la production capitaliste et son développement à un niveau supérieur deviennent possibles. L’affrontement de classe sur le terrain politique, la médiation politique de la lutte de classe ont été, en ce cas, à la fois le résultat d’un certain degré de développement et le présupposé pour que ce développement conquière son propre mécanisme autonome ; à compter de ce moment, ce mécanisme est allé très loin; il a été jusqu’à récupérer en son sein la médiation politique elle-même, et le terrain politique de la lutte de classe. « Cette généralisation, devenue indispensable, pour protéger la classe ouvrière physiquement et moralement, hâte en même temps, comme nous l’avons déjà indiqué, la métamorphose du travail isolé, disséminé et exécuté sur une petite échelle, en travail socialement organisé et combiné en grand et, par conséquent, aussi la concentration des capitaux et le régime exclusif de fabriques.

Elle détruit tous les modes traditionnels et de transition, derrière lesquels se dissimule encore en partie le pouvoir du capital pour le remplacer par son autocratie immédiate. Elle généralise en même temps la lutte directe engagée contre cette domination[[Ibidem, t. II, p. 178. ».

Il faut prendre ceci avant tout comme le point d’arrivée d’un long processus historique qui était parti de la production de la plus-value absolue, pour aboutir nécessairement à la production de la plus-value relative ; du prolongement forcé de la journée de travail à l’augmentation de la force productive du travail qui semble spontanée ; bref, de l’élargissement pur et simple du procès de production dans son ensemble à la transformation interne de ce dernier, qui a pour résultat de révolutionner continuellement le procès de travail, en fonction et selon une dépendance toujours plus organique du procès de valorisation. Ce qui tout d’abord n’était qu’un rapport facilement discernable entre la sphère de la production et les autres sphères sociales devient désormais un rapport beaucoup plus complexe entre les changements internes à la sphère de la production et les changements internes aux autres sphères : ce rapport entre production capitaliste et société bourgeoise devient aussi beaucoup plus médiatisé, organique, mystifié, évident et dissimulé à la fois. Plus le rapport déterminé de la production capitaliste s’empare du rapport social dans sa généralité, plus il semble s’évanouir en ce dernier comme une de ses particularités marginales. Plus la production capitaliste pénètre en profondeur et envahit en extension la totalité des rapports sociaux, plus la société apparaît comme la totalité face à la production, et la production comme une particularité face à la société. Quand le particulier se généralise et s’universalise, il apparaît comme représenté par le général et par l’universel. Dans le rapport social de production capitaliste, la généralisation de la production s’exprime en une hypostase de la société. Lorsque la production spécifiquement capitaliste a achevé de tisser l’ensemble des rapports sociaux, elle apparaît elle-même comme un rapport social générique. Et les formes phénoménales se reproduisent avec une spontanéité immédiate, comme des formes de pensée courantes : « c’est la science qui doit découvrir le rapport substantiel ». Si l’on se borne à n’avoir de prise sur cette réalité que de façon purement idéologique, on ne fait que reproduire cette réalité telle qu’elle se présente et la renverser en la conservant dans son apparence. Si l’on veut saisir le lien intime et matériel des rapports réels, il faut, par un effort théorique de pénétration scientifique, dépouiller tout d’abord l’objet – la société bourgeoise – de toutes ses formes phénoménales mystifiées, idéologisées, pour pouvoir isoler, puis frapper sa substance cachée, qui est et reste le rapport de production capitaliste.

Dans l’ouvrage extraordinaire qu’est le Développement du capitalisme en Russie, quand il en arrive à la grande industrie mécanique, Lénine établit avant tout que le concept scientifique de fabrique ne correspond nullement au sens commun et courant du terme. « Dans notre statistique officielle et, d’une façon générale, dans notre littérature, on appelle fabrique tout établissement industriel plus ou moins important, qui emploie un nombre plus ou moins grand d’ouvriers salariés. Dans la théorie de Marx, par contre, le terme de grande industrie mécanique (de fabrique) est réservé à un stade bien déterminé du capitalisme dans l’industrie, très précisément à son stade supérieur[[Lénine, Œuvres, Éditions sociales, Paris 69, t. III, p. 480.. » Puis il renvoie à la quatrième section du premier livre du Capital, plus particulièrement au passage de la manufacture à la grande industrie, où le concept scientifique d’usine sert justement à marquer « les formes que prend le développement du capitalisme et des stades par lesquels il passe dans l’industrie d’un pays donné»[[Ibidem, p. 481.. A un certain degré de son développement, si le capital veut diminuer la valeur de la force de travail, il est inévitablement contraint à augmenter la force productive du travail,. il est donc obligé à transformer le maximum de travail nécessaire possible en plus-value ; en somme il doit bouleverser toutes les conditions techniques et sociales du procès de travail et révolutionner de l’intérieur le mode de production. « Dans la production capitaliste, l’économie de travail au moyen du développement de la force productive ne vise nullement à abréger la journée de travail[[Le Capital, t. II, p. 14.. » Il ne s’agit que d’abréger le temps de travail nécessaire à la reproduction de la force de travail, et donc à la production d’une masse déterminée de marchandises. C’est-à-dire que l’augmentation de la force productive du travail doit d’abord se rendre maîtresse des branches d’industrie dont le produit détermine la valeur de la force de travail. « Mais la valeur d’une marchandise n’est pas uniquement déterminée par la quantité de travail qui lui donne forme, mais également par la masse de travail contenue dans ses moyens de production… Pour qu’il fasse baisser la valeur de la force de travail, l’accroissement de productivité doit affecter des branches d’industrie dont les produits déterminent la valeur de cette force, c’est-à-dire des industries qui fournissent soit les marchandises nécessaires à l’entretien de l’ouvrier soit les moyens de production de ces marchandises. En faisant diminuer leur prix, l’augmentation de la productivité fait en même temps tomber la valeur de la force de travail[[Ibidem, t. II, p. 10.. » Si l’on comprend ce processus non pas du point de vue du capitaliste individuel, mais de celui de la société capitaliste dans son ensemble, on voit alors que toute diminution de la valeur de la force de travail entraîne une augmentation corrélative du taux général de la plus-value. « Le travail d’une productivité exceptionnelle compte comme travail complexe, ou crée dans un temps donné plus de valeur que le travail social moyen du même genre… Le capitaliste qui emploie le mode de production perfectionné s’approprie, par conséquent, sous forme de sur-travail, une plus grande partie de la journée de l’ouvrier que ses concurrents dans la même industrie. Il fait, pour son compte particulier, ce que le capital fait en grand et en général dans la production de la plus-value relative[[Ibidem, t. II, p. 12.. » La loi coercitive de la concurrence introduit et généralise le nouveau mode de production ; mais la concurrence elle-même, le mouvement externe des capitaux ne sont que d’autres aspects que présentent « les lois immanentes de la production capitaliste » ; donc « l’analyse scientifique de la concurrence présuppose en effet l’analyse de la nature intime du capital. C’est ainsi que le mouvement apparent des corps célestes n’est intelligible que pour celui qui connaît leur mouvement réel[[Ibidem, t. II, p. 10. ». Une chose est certaine : pour être affecté de façon positive par tout ce processus, le taux général de la plus-value doit continuellement reconsidérer la valeur de la force de travail, révolutionner les conditions du procès de travail, enfin généraliser et accélérer le mode capitaliste de la production sociale : c’est cette donnée de départ qui fera ensuite du capitalisme un puissant système historique de développement des forces productives. et sociales.

Le développement capitaliste est lié organiquement à la production de la plus-value relative. Et la plus-value relative est organiquement liée à toutes les vicissitudes internes du procès de production capitaliste, à l’unité distincte mais toujours plus complexe qui existe entre procès de travail et procès de valorisation, entre le bouleversement des conditions de travail, et l’exploitation de la force de travail, enfin entre progrès technique et social d’une part et despotisme capitaliste de l’autre. Plus le développement capitaliste avance, c’est-à-dire plus la production de la plus-value relative pénètre et s’étend partout, plus le circuit production-distribution-échange-consommation se parfait inéluctablement ; c’est-à-dire que le rapport entre production capitaliste et société bourgeoise, entre usine et société, entre société et État, devient de plus en plus organique. Au niveau le plus élevé du développement capitaliste le rapport social devient un moment du rapport de production, et la société tout entière devient une articulation de la production, à savoir que toute la société vit en fonction de l’usine, et l’usine étend sa domination exclusive sur toute la société. C’est sur cette base que la machine de l’État politique tend de plus en plus à s’identifier à l’image du capitaliste collectif,. elle devient de plus en plus une propriété du mode capitaliste de production et donc une fonction du capitaliste. Le processus d’unification de la société capitaliste, que le développement spécifique de sa production lui a imposé, ne tolère plus l’existence d’un terrain politique qui soit indépendant quoique d’une façon purement formelle du réseau des rapports sociaux. En un certain sens il est vrai que les fonctions politiques de l’État sont en train d’être absorbées à l’intérieur de la société, à cette différence près qu’il s’agit de la société de classes du mode de production capitaliste: et l’on peut bien traiter cela de réaction sectaire à l’égard de ceux qui considèrent l’État politique moderne comme le terrain d’affrontement neutre entre le capital et le travail. Marx a proféré, à ce propos, des paroles prophétiques qui ne sont jamais passées dans la pensée politique marxiste. « Ce n’est pas assez que d’un côté se présentent les conditions matérielles du travail, sous forme de capital, et de l’autre des hommes qui n’ont rien à vendre, sauf leur puissance de travail. Il ne suffit pas non plus qu’on les contraigne par la force à se vendre volontairement. Dans le progrès de la production capitaliste, il se forme une classe de plus en plus nombreuse de travailleurs, qui, grâce à l’éducation, à la tradition, à l’habitude, subissent les exigences du régime aussi spontanément que le changement de saisons. Dès que ce mode de production a acquis un certain développement, son mécanisme brise toute résistance… La sourde pression des rapports économiques achève le despotisme du capitaliste sur le travailleur. Parfois on a bien encore recours à la contrainte, à l’emploi de la force brutale (extra-économique et immédiate), mais ce n’est que par exception. Dans le cours ordinaire des choses, le travailleur peut être abandonné à l’action des lois naturelles de la production, c’est-à-dire à la dépendance du capital, engendrée, garantie et perpétuée par les conditions mêmes de la production[[Ibidem, t. III, p. 178. Les mots entre parenthèses correspondent à l’édition italienne. D’autre part nous avons remplacé l’expression : lois naturelles de la société, par lois naturelles de la production, toujours par souci de fidélité au raisonnement de l’auteur.. »

Et bien, l’un des instruments qui fonctionnent au sein de ce processus est précisément le rapport mystifié qui s’établit à un niveau déterminé de développement, entre la production capitaliste et la société bourgeoise, c’est-à-dire entre le rapport de production et le rapport social ; il est la conséquence des changements intervenus dans le rapport social de production et la prémisse pour que ce rapport soit de nouveau considéré comme une loi naturelle. Et le paradoxe n’est qu’apparent : tant que l’usine est une particularité, même essentielle, dans la société, elle réussit à conserver ses traits spécifiques face à l’ensemble de la réalité.. Mais lorsque l’usine s’empare de la société dans son ensemble et que toute la production sociale est devenue production industrielle, alors les traits spécifiques de l’usine se perdent dans les caractéristiques générales de la société. En définitive, quand toute la société se trouve transformée et réduite en une usine, cette dernière en tant que telle, semble disparaître. C’est sur cette base matérielle, et avec un degré de réalité croissant que les développements idéologiques sur les métamorphoses bourgeoises se succèdent et se parfont. Le degré le plus élevé de développement de la production capitaliste marque aussi le degré le plus profond de la mystification de tous les rapports sociaux bourgeois. Le processus réel de prolétarisation croissante se présente comme un processus formel de tertiairisation. La réduction de toute forme de travail à du travail industriel, de tous les types de travaux à de la marchandise force de travail, se manifeste comme l’extinction de la force de travail elle-même en tant que marchandise, et donc, comme une dévalorisation de sa valeur en tant que produit. La rétribution de tout prix du travail sous forme de salaire apparaît comme la négation absolue du profit capitaliste, en tant qu’élimination absolue du sur-travail ouvrier. Le capital qui compose et recompose le procès de travail, selon les besoins croissants de son propre procès de valorisation, se présente désormais comme une puissance objective et spontanée de la société qui s’auto-organise et, se développe. La réintégration des fonctions politiques de l’État dans la structure de la société civile elle-même prend la forme d’une contradiction entre l’État et la société, et le caractère toujours plus étroitement fonctionnel de la politique à l’économie, celle de la possibilité d’une autonomie du terrain politique vis-à-vis des rapports économiques. En un mot, la concentration du capital, et en même temps l’hégémonie exclusive du système d’usine – ces deux résultats historiques du capitalisme moderne – se renversent en leur contraire ; la première en la dissolution du capital comme rapport social déterminé, la seconde en l’exclusion du rapport spécifique de production, de l’usine. C’est pour cette raison que le capital apparaît comme la richesse objective de la société en général, et l’usine comme un mode particulier de production du capital « social ». Et c’est l’ensemble de toutes ces déterminations qui accapare le regard grossier et bourgeois du sociologue vulgaire. Lorsque le savant lui-même en est réduit à être un ouvrier salarié, le travail salarié lui-même sort des limites de la connaissance scientifique, ou plutôt il devient le domaine d’application exclusif de cette fausse science bourgeoise qu’est la technologie. Inutile d’ajouter que tout cela n’est pas encore arrivé, et que nous ne nous en occuperons que lorsque ce sera le cas. « Celui qui désire représenter un phénomène vivant dans son évolution, se trouve inévitablement placé devant le dilemme suivant : être en avance ou en retard. Pas de milieu[[Lénine, Le Développement du Capitalisme en Russie, p. 341, note.. »

C’est là un principe de méthode à utiliser systématiquement. Même s’il nous contraint à choisir cette féroce partialité, qui suscite une si grande terreur dans l’âme modérée de tant de « révolutionnaires professionnels ». D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un procédé qui s’avère être un choix arbitraire de l’esprit, mais d’un processus réel de développement objectif qu’il faut anticiper et non pas suivre. On ne cherche pas à faire oublier l’existence du monde extérieur à la production. Mais mettre l’accent sur une des parties, cela signifie en reconnaître et en prôner le caractère essentiel par rapport aux autres. D’autant plus que ce particulier, en tant que tel, se généralise. La partialité scientifique du point de vue ouvrier ne doit pas être confondue avec un reductio ad unum (réduction à l’unité) mystique. Il s’agit de considérer la distribution, l’échange et la consommation du point de vue de la production. Puis, à l’intérieur de la production, examiner le procès de travail du point de vue du procès de valorisation, et le procès de valorisation du point de vue du procès de travail : saisir donc l’unité organique du procès de production qui fonde à son tour l’unité entre la production, la distribution l’échange et la consommation. Le caractère global et dynamique de ce procès peut être saisi soit par la partialité du capitaliste collectif, soit par celle de l’ouvrier socialement combiné : avec la différence que la première se manifeste dans tout le caractère fonctionnellement despotique de ses apparences conservatrices, tandis que la deuxième se révèle dans toute la force libératrice de son développement révolutionnaire. Le rapport social de production capitaliste considère la société comme un moyen et la production comme une fin ; le capitalisme est production pour la production. Le caractère social de la production n’a qu’une fonction de médiation en vue de l’appropriation privée. En ce sens, dans le capitalisme, le rapport social ne se trouve jamais plus séparé du rapport de production ; et ce dernier en vient à se confondre toujours davantage avec le rapport social d’usine qui acquiert de plus en plus un contenu directement politique. C’est le développement capitaliste lui-même qui tend à subordonner tout rapport politique au rapport social, tout rapport social au rapport de production et tout rapport de production au rapport d’usine ; car seul cela peut lui permettre ensuite de reparcourir, à l’intérieur de l’usine, le chemin inverse : la lutte du capitaliste pour décomposer la figure antagoniste de l’ouvrier collectif, et la recomposer à son image. Le capital attaque le travail sur son propre terrain ; c’est seulement en se plaçant à l’intérieur du travail qu’il peut parvenir à désintégrer l’ouvrier collectif et à intégrer ensuite l’ouvrier isolé. On n’a plus seulement les moyens de production d’un côté, et l’ouvrier de l’autre ; on a d’un côté l’ensemble des conditions du travail, et de l’autre l’ouvrier qui travaille ; le travail et la force de travail qui s’opposent l’un à l’autre, et qui se trouvent tous deux unis à l’intérieur du capital. A ce stade, l’idéal du capitalisme le plus moderne devient celui de retrouver le rapport primitif de pur et simple achat-vente contracté par le capitaliste individuel et l’ouvrier isolé : mais celui-là ayant en main la puissance sociale du monopole, et celui-ci étant subordonné individuellement par la cotation par poste. La silencieuse coercition des rapports économiques vient sceller elle-même la domination du capitaliste sur l’ouvrier. La législation d’usine actuelle marque la rationalisation de la production capitaliste. L’établissement d’une constitution à l’intérieur de l’usine sanctionnera « la domination exclusive du régime de fabrique» sur l’ensemble de la société.

Il est vrai aussi que ce fait « généralisera la lutte directe contre cette domination ». Et, de fait, à ce stade, il ne s’avère plus seulement possible, mais historiquement indispensable d’enfoncer au cœur du rapport social de production la lutte globale contre le système social, et de mettre en crise la société bourgeoise de l’intérieur de la production capitaliste. Il devient essentiel pour la classe ouvrière de se mettre à parcourir, avec toute sa conscience de classe, le chemin que lui dicte précisément le développement capitaliste : c’est-à-dire voir l’État du point de vue de la société, la société du point de vue de l’usine et enfin l’usine du point de vue de l’ouvrier. En se fixant pour tâche de recomposer sans cesse la figure matérielle de l’ouvrier collectif contre le capital qui essaie de la désarticuler; bien plus, avec l’objectif d’en arriver à décomposer le capital dans sa nature essentielle, en les éléments potentiellement antagonistes qui le composent organiquement. Au capitaliste qui cherche à opposer à l’intérieur de l’ouvrier collectif, travail et force de travail, on répondra en opposant, à l’intérieur du capital lui-même, force de travail et capital. Au point où nous en sommes arrivés, le capital cherche à décomposer l’ouvrier collectif et l’ouvrier à décomposer le capital : non plus droit contre droit tranché par la force, mais force contre force directement. Tel est le stade ultime de la lutte de classe au plus haut degré de développement du capitalisme.

L’erreur du vieux maximalisme était de concevoir cette opposition de l’extérieur pour ainsi dire ; il imaginait la classe ouvrière comme tout entière en dehors du capital, et comme son adversaire général en tant que tel : d’où cette incapacité d’arriver à la moindre connaissance scientifique, et cette stérilité de toute pratique de lutte. Aujourd’hui, il faut en revanche oser dire que l’on doit examiner immédiatement du point de vue ouvrier, non pas la condition ouvrière, mais bien plutôt la situation du capital. L’ouvrier doit, au sein de sa propre analyse, faire une place de choix au capital, cette place de choix que le capital possède objectivement dans le système. Ce n’est pas fini : la classe ouvrière doit se découvrir comme faisant partie, matériellement, du capital, si elle veut ensuite pouvoir s’opposer à elle-même tout le capital. Il lui faut commencer par se reconnaître comme un détail du capital, si elle veut se présenter comme son adversaire global. L’ouvrier collectif ne s’oppose pas seulement à la machine en tant que celle-ci est du capital constant, mais il s’oppose à la force de travail elle-même en tant que celle-ci est du capital variable. Il doit parvenir à avoir pour ennemi le capital dans sa totalité : et par conséquent, lui-même aussi en tant qu’il est partie du capital. Le travail doit considérer la force de travail comme son ennemie personnelle, en tant qu’elle est marchandise. C’est sur cette base que la nécessité pour le capitalisme d’objectiver à l’intérieur du capital toutes les potentialités subjectives du travail, peut produire, du côté ouvrier, la prise de conscience la plus grande de l’exploitation capitaliste. La tentative d’intégrer la classe ouvrière à l’intérieur du système est précisément ce qui peut provoquer la riposte décisive : la rupture du système et l’élévation de la lutte de classe à son niveau maximum. A ce stade de son développement le capitaliste se trouve placé devant la nécessité suivante : ou bien il passe ce cap, et alors il en sort victorieux pour longtemps ; ou bien la classe ouvrière organisée parvient à le battre une première fois sur ce terrain, et alors ce qui naîtra, c’est le modèle de la révolution ouvrière dans le capitalisme moderne.

Nous avons vu la marchandise force de travail comme ce qui est le côté véritablement actif du capital, et le lieu réel de toute dynamique capitaliste. Protagoniste, elle l’est non seulement de la reproduction élargie du procès de valorisation, mais aussi des révolutions continuelles qui bouleversent le procès de travail. Les transformations technologiques elles-mêmes sont imposées et dictées par les modifications qui sont intervenues dans la valeur de la force de travail. Association, manufacture, grande industrie, ne sont que « des moyens particuliers de produire la plus-value relative », différentes formes de l’économie du travail, qui provoque elle-même à son tour des modifications croissantes de la composition organique du capital. Le capital dépend de plus en plus de la force de travail ; aussi doit-il la posséder de façon toujours plus parfaite, comme c’est le cas pour les forces naturelles de sa production ; il lui faut réduire la classe ouvrière elle-même à être une force naturelle de la société. Plus le développement capitaliste progresse, plus le capitaliste collectif éprouve le besoin de voir tout le travail à l’intérieur du capital, de contrôler tous les mouvements de la force de travail qu’ils soient internes ou externes, bref se voit contraint de programmer à long terme le rapport capital-travail et d’en faire l’indice de la stabilité sociale du système. Une fois que le capital a fait la conquête de tous les domaines qui sont extérieurs à la production capitaliste au sens strict du mot, il amorce un processus de colonisation interne ; mieux, c’est lorsque le cercle de la société bourgeoise achève de se boucler en production, distribution, échange et consommation que commence à vrai dire le processus de développement capitaliste proprement dit. A un tel stade, le processus de capitalisation objective des forces subjectives du travail s’accompagne, et doit nécessairement le faire, d’un processus de dissolution matérielle de l’ouvrier collectif, et donc de l’ouvrier lui-même, en tant que tel: il en est réduit à n’être plus que propriété du mode de production capitaliste, et par conséquent fonction du capitaliste. Il est bien évident que l’intégration de la classe ouvrière dans le système devient, dès lors, une nécessité vitale pour le capitalisme : le fait que les ouvriers refusent cette intégration empêche le système de fonctionner. La seule alternative possible devient: la stabilisation dynamique du système ou la révolution ouvrière.

Marx explique que, « parmi tous les moyens de production, c’est la classe révolutionnaire elle-même qui constitue la force productive la plus grande ». Le procès de production capitaliste est déjà en lui-même révolutionnaire : il maintient sans cesse en mouvement toutes ses forces productives y compris cette force productive vivante et consciente qu’est la classe ouvrière, et y opère des bouleversements continuels. Le développement des forces productives est la « mission historique » du capitalisme. Et, à vrai dire, c’est le fondement en même temps de sa contradiction majeure : car le développement incessant, des forces productives ne peut pas ne pas entraîner le développement continuel de la plus grande des forces productives : la classe ouvrière en tant que classe révolutionnaire. C’est cela qui doit pousser l’ouvrier collectif à mettre consciemment en valeur la portée objectivement révolutionnaire du développement capitaliste : au point de le contraindre à parcourir le développement pour ne pas rester à la traîne. Voilà pourquoi la révolution ouvrière ne doit pas se produire après, lorsque le capitalisme s’est déjà effondré dans la catastrophe d’une crise générale, ni avant même que le capitalisme n’ait entamé le cycle spécifique de son développement. Elle ne peut et ne doit se produire que simultanément à ce développement; il lui faut se présenter à la fois comme une composante interne du développement et comme sa contradiction interne ; exactement comme c’est le cas pour la force de travail qui ne peut mettre en crise la société capitaliste tout entière quedel’intérieurducapital. Seul le développement révolutionnaire de la classe ouvrière est à même de conférer toute son efficience, et toute son évidence en même temps, à la contradiction fondamentale qui existe entre le niveau des forces productives et les rapports sociaux de production: sans ce développement la contradiction elle-même demeure à l’état de potentialité, et non de réalité, bref une pure et simple possibilité, tout comme la possibilité de la crise au niveau M.A.M. (Marchandise-Argent-Marchandise). On n’évalue pas le niveau de développement des forces productives au degré de progrès technologique, mais au degré de conscience révolutionnaire de la classe ouvrière. Ou plutôt la première méthode est celle du capitaliste qui ne conçoit l’ouvrier que comme l’appendice humain de ses machines ; la seconde celle du mouvement ouvrier organisé qui entend organiser là-dessus la rupture du rapport social, mais qui, de fait, freine et emprisonne l’expérience révolutionnaire de la classe ouvrière. En ce sens, la contradiction existant entre le niveau des forces productives et les rapports sociaux de production n’est que la manifestation extérieure d’une autre contradiction qui vit, elle, entièrement à l’intérieur du rapport social de production : c’est-à-dire la contradiction qui existe entre le caractère social du procès de production et l’appropriation privée du produit, entre le capitaliste individuel qui cherche à décomposer ce caractère social et l’ouvrier collectif qui la recompose de nouveau ; entre la tentative patronale d’intégration économique et la réponse politique que suscite l’antagonisme ouvrier. Nous ne parlons pas de ces choses en l’air. C’est le processus qui est en train de se produire en Italie aujourd’hui, et sous les yeux de tous. Sur ce terrain se jouera, et pour longtemps, l’alternative : capitalisme ou socialisme. Le parti politique du capitalisme italien semble l’avoir compris ; ce n’est pas le cas des partis du mouvement ouvrier.

Il ne s’agit pas d’éliminer de force toutes les autres contradictions qui subsistent néanmoins, dont chacun peut peut-être mieux se rendre compte, et qui n’en apparaîtront que plus essentielles à la compréhension du tout. Le problème est d’acquérir le principe élémentaire suivant: à un niveau déterminé de développement capitaliste, l’ensemble des contradictions existantes entre les différentes parties du capitalisme doivent s’exprimer dans la contradiction fondamentale qui existe entre la classe ouvrière et tout le capitalisme : C’est seulement lorsqu’on en est arrivé là que s’ouvre le processus de la révolution socialiste. Faire s’exprimer à travers la classe ouvrière toutes les contradictions du capitalisme, c’est dire d’emblée que ces contradictions sont insolubles dans le cadre même du capitalisme : bref, qu’elles demeurent au-delà du système qui les produit. Car la seule contradiction insoluble propre au capitalisme, c’est la classe ouvrière à l’intérieur du capitalisme : ou plutôt elle le devient à partir du moment où elle s’auto-organise en classe révolutionnaire. Non pas l’organisation de la classe opprimée, la défense des intérêts des travailleurs; ni son organisation en classe gouvernementale qui gère les intérêts capitalistes. Mais l’organisation en classe antagoniste : l’auto gouvernement politique de la classe ouvrière à l’intérieur du système économique du capitalisme. Si l’expression: « dualité de pouvoirs» a un sens, ce doit être celui-là. Le problème aujourd’hui n’est plus de savoir si la conscience politique doit être apportée à l’ouvrier de l’extérieur, et si c’est le parti à qui revient ce rôle. C’est le développement du capitalisme, de la production capitaliste qui finit par toucher aux confins de la société bourgeoise, bref de l’usine qui a imposé désormais sa domination exclusive à la société dans son ensemble, qui a déjà dicté directement la solution du problème : au parti revient le rôle d’apporter la conscience politique, mais il doit le faire de l’intérieur du procès de production. Il n’y a personne aujourd’hui pour penser mettre en place, tant soit peu, un processus révolutionnaire sans organisation politique de la classe ouvrière, sans parti ouvrier. Mais trop de gens pensent encore que le parti peut diriger la révolution en restant enfermé en dehors de l’usine, que l’action politique commence là où finit le rapport de production, et que la lutte globale contre le système est quelque chose qui se développe au sommet de l’État bourgeois, alors que ce dernier est devenu, entre temps, l’expression particulière des besoins sociaux de la production capitaliste. Qu’on y prenne bien garde : il ne s’agit pas de renoncer à la thèse léniniste de la rupture de l’appareil d’État, comme finissent par le faire inévitablement ceux qui s’engagent sur la voie démocratique. Il s’agit de fonder la rupture de l’État en la faisant surgir, de l’intérieur de la société, la destruction de celle-ci en la faisant surgir à l’intérieur du procès de production, bref il s’agit de renverser les rapports de production à l’intérieur du rapport social d’usine. C’est à l’intérieur de l’usine capitaliste que l’on brise aujourd’hui l’appareil d’État bourgeois.

Que l’on parte de l’analyse du Capital, ou que l’on parte du niveau de développement du capitalisme actuellement, on en arrive à des conclusions identiques. Au stade où nous en sommes, nul ne peut affirmer encore que ces conclusions sont prouvées : il faut reprendre depuis le début une autre méthode : prouver le sens de cette théorie marxienne du développement capitaliste qui s’avère être, chaque jour davantage, le nœud historique de tous les problèmes : afin de la débarrasser de toutes les incrustations idéologiques qui ont endormi une partie du mouvement ouvrier dans l’attente opportuniste de son effondrement catastrophique, et contribué à en intégrer une autre partie dans un mécanisme autonome de régulation indéfinie du système. C’est la suite que l’on entend donner à cette analyse.

Il nous suffit ici d’avoir rappelé la nécessité préliminaire de retrouver le chemin d’accès le plus correct tant à l’analyse théorique qu’à la pratique de la lutte. L’usine-la société-l’État, tel est le point focal où convergent aujourd’hui la théorie scientifique, la pratique subversive, l’analyse du capitalisme et la révolution ouvrière. Cela suffirait déjà à vérifier la validité du chemin d’accès. Le « concept scientifique» d’usine est aujourd’hui celui qui ouvre la voie à la compréhension la plus complète du présent, et en même temps à sa plus complète destruction. C’est précisément en vertu de cela qu’il apparaît désormais comme le point de départ, pour la construction du nouvel édifice qui devra repartir de l’usine, si l’on veut que la croissance de l’État ouvrier se fasse entièrement de l’intérieur du nouveau rapport de production de la société socialiste.