La Revue Multitudes et le Traité constitutionnel européen

Texte envoyé sur la liste Multitudes Infos le 8 mai 2005.La présence sur le site de Multitudes d’un art1961, initialement non signé, a pu donner
l’impression à certains internautes, peu soucieux de vérifier leurs informations,
qu’il s’agissait d’un appel lancé par la revue Multitudes elle même.

Une petite précision s’imposait donc, sous la forme d’un chapô précisant la nature de
ce texte, simplement inclus dans la Tribune de débats du site de Multitudes sur le
TCE.

Il est vrai que cette tribune contient davantage de textes favorables au TCE que de
textes hostiles; mais il est également vrai que certains textes hostiles ont été
retirés de la rubrique à la demande de leurs auteurs, pour des raisons qui ne nous
ont pas été précisées.

J’en profite pour signaler, à titre personnel, qu’il est parfaitement contraire à la
réalité de présenter la rédaction de la revue Multitudes comme formant un bloc
monolithique concernant cette question.

Je dirais, schématiquement, les choses suivantes :

1. Il n’y a pas dans Multitudes de défenseurs de l’Etat-nation – pour employer un
autre langage, il n’y a pas parmi nous un seul « souverainiste ». Si l’un d’entre nous
défendait une position de type souverainiste, je pense qu’il y aurait rupture avec
lui. Mais il s’agit d’un éventualité vraiment très théorique.

2. Il y a, me semble-t-il, accord entre nous pour considérer que l’Europe n’est pas
une sorte d’annexe malfaisante d’un empire américain honni, et que l’Europe est donc
un terrain à investir massivement.

3. Sur la question du vote lui même, il n’y a pas de position définie de la revue
elle même.
– Une bonne partie des rédacteurs, en raison de leur nationalité, n’auront
pas à se prononcer électoralement à ce sujet, et certains d’entre eux ne doivent pas
en être mécontents.
– Il me semble probable (mais je m’avance peut être) qu’une
majorité (que je suis incapable d’estimer) auraient plutôt tendance à voter oui, mais
qu’un nombre non négligeable s’abstiendront ou voteront blanc ou nul, et que certains
ne sont pas tout à fait sûrs de ne pas voter non.
– Ceux d’entre nous qui ont une position publique très arrêtée sur la question sont
assez peu nombreux, quoique très visibles. La plupart d’entre nous n’ont pas consacré
beaucoup de temps à affirmer publiquement leur position : soit parce qu’ils n’ont
rien à ajouter aux positions énoncées par les premiers, soit parce que, précisément,
ils n’ont pas de position très arrêtée sur cette question du vote, soit parce que le
débat électoral ne les intéresse pas beaucoup, soit pour d’autres raisons encore.

En tout cas, c’est un fait : personne n’a jamais lu un texte en faveur du « oui » signé
par l’ensemble de la rédaction de la revue Multitudes. Parmi les articles publiés
dans la revue sur cette question, un certain nombre sont assurément favorables au
« oui ». D’autres textes, en revanche, n’ont pas du tout cette optique (je pense par
exemple à celui de Rosi Braidotti dans le numéro 14).

4. Sur la question européenne elle même (qui n’est pas du tout réductible au seul
problème du TCE), il suffit de lire un peu attentivement cette revue pour voir que
les angles d’attaque sur la question européenne sont très diversifiés, y compris
parmi les partisans d’une même position électorale (où la gamme des possibles est
très faible). Disons que sur la question « Quelle Europe voulons nous, quelles Europes
ne voulons nous pas, que pensons nous des politiques européennes menées jusqu’ici ? »,
il y a des différences qui sont peut être plus que de simples nuances.

Libre à chacun, s’il s’y intéresse, de vérifier ces affirmations par lui même.

Tout cela pour dire simplement qu’il n’existe pas quelque chose comme LA position de
la revue Multitudes sur le Traité constitutionnel européen : une telle chose, tout
simplement, n’existe pas.

Matheron François

Enseigne la philosophie à Paris. Traducteur de {L'anomalie sauvage} et (en collaboration avec É. Balibar) du {Pouvoir constituant} d'Antonio Negri. A édité une partie de l'œuvre posthume de Louis Althusser. Co-secrétaire de rédaction de {Multitudes}