Le rond-point : totem, média et place publique d’une France en jaune

Il ne faut jamais confondre la ville avec le discours qui la décrit.

Et pourtant, entre la ville et le discours, il y a un rapport.

Italo Calvino, les villes invisibles

Gilets jaunes. Le mouvement éponyme a fait davantage pour le succès du vêtement fluo que le créateur de mode Karl Lagerfeld lui-même, qui, il y a dix ans, s’exclamait : «  C’est jaune, c’est moche, ça ne sert à rien mais ça peut vous sauver la vie »1. Entre craintes et espoirs, de quoi et de qui parle-t-on aujourd’hui ? Après la sidération des premiers jours, le mouvement des Gilets jaunes fait surgir de nombreuses interrogations sur notre société, nos territoires et nos modes de vie. Il interpelle les géographes qui sont naturellement intéressés par les « mondes »2 en mouvement. Avant que tous les campements établis autour des ronds-points ne disparaissent sous les coups des pelleteuses, avant que l’intérêt ne cède peut–être la place au rejet, avant que « l’insurrection qui vient »3 ne devienne « révolution » ou que « l’ordre » ne s’impose, on peut réfléchir à ce mouvement comme une forme du réel, « ce que l’on n’attendait pas »4. Un peu à la manière de Julio Cortázar5 en itinérance sur l’autoroute Paris-Marseille – ou d’une marche autour de Paris lors des émeutes de 20056 – c’est en « géographe de plein vent » – j’ai choisi d’aborder ce phénomène à partir d’un voyage – toujours en cours – à la découverte de quelques-ronds points de la France de l’est. Je suis parti à la rencontre de celles et ceux qui animent ces lieux improbables et qui ne sont qu’une part, une forme de manifestation du mouvement, en faisant le pari qu’ils puissent contribuer à construire « un aperçu incisif de ce qui se bricole dans la tête des uns et des autres à l’âge de l’Empire »7, ouvrir les possibles plutôt que fermer les futuribles.

Emotion et raison

Comme beaucoup de Français, j’ai rencontré le mouvement à un péage. C’était du côté de Chambéry, un dimanche de novembre 2018. J’ai pesté contre les ralentissements et profité de la gratuité du passage proposée par le « peuple en colère »8 alors mobilisé contre les taxes sur les carburants. Depuis, j’ai suivi les épisodes de la saga dans les médias et sur la toile et vu s’élargir la thématique et le champ des doléances. J’ai laissé à d’autres l’analyse des causes et des conséquences de ce mouvement pour me concentrer sur les aspects plus géographiques et territoriaux et sur l’organisation des personnes, sans pour autant sous-estimer les risques d’une telle effervescence. Observant les premières violences sur les Champs Elysées, un ami brésilien faisait déjà le lien avec « un mouvement similaire à la protestation contre l’augmentation des tarifs de bus à São Paulo en 2013 », dans un climat de dépenses somptuaires pour les Jeux olympiques et le mondial de football. Il concluait de manière catégorique : « c’est l’un des éléments qui ont motivé l’élection de Bolsonaro en 2018 ». Me voilà averti.

Le point de départ et moteur de cette réflexion est double : l’indignation du citoyen et le besoin de comprendre du géographe, l’émotion et la raison. Le citoyen n’a pas digéré l’arrogance et le mépris ressentis dans les propos d’une grande partie des intellectuels, des journalistes et de la classe politique vis à vis des « gens en jaune ». J’ai trouvé particulièrement outranciers et caricaturaux les jugements définitifs portés sur les territoires concernés et sur les populations mobilisées : xénophobes, misogynes, violentes, « fachos », ringardes, incapables de prendre en compte les « vrais » enjeux sociaux, écologiques, sociétaux et de s’adapter. Sur la forme et sur le fond, on avait – et on a encore parfois -, l’impression que l’on parlait avec condescendance d’une tribu isolée, inconnue, de gens frustres, ne pouvant s’exprimer, vivant en marge, dans des « territoires perdus » et condamnés par la mondialisation. Ces « territoires » en révolte, c’était un peu les miens. Cette « tribu », ces gens contre lesquels certains réclamaient que les forces de l’ordre « se servent de leurs armes »9, c’était aussi un peu ma famille, mes amis et mon enfance. Cette dernière « poussée de fièvre » avant disparition, était peut-être davantage que cela. J’avais perçu un décalage entre les qualificatifs sans nuances apposés sur ces personnes par les médias et la diversité des Gilets jaunes rencontrés sur les premiers barrages. Il fallait poursuivre. Face à la caricature, le géographe a fini par faire valoir son « devoir de cité »10 à travers une première approche spatiale et sensible du mouvement, de ses géographies et du « régime de visualité » – « construction sociale et culturellement informée »11 – des ronds-points comme « agencement synergétiques temporaires ».

Paradoxes et fluidités

Entre les manifestations et les ronds-points, les formes mêmes de ce mouvement sont difficiles à saisir.

Paradoxes apparents. On doit d’abord signaler le paradoxe entre l’extrême visibilité de ce mouvement – le gilet obligatoire12 « à la suite d’un arrêt d’urgence » qui dit la sortie de route, le danger et invite à ralentir – et l’invisibilité sociale des gens qui le composent. Autre paradoxe, celui de la fixité de l’appropriation du rond-point, espace symbole de la « société de la mobilité » qui nous a été imposée par des choix économiques et urbanistiques. Dernier paradoxe qui sonne comme un défi : choisir d’« habiter » un lieu aussi repoussant et haïssable qu’un rond-point, plutôt que d’investir les centres ou de se contenter de manifestations temporaires ; réussir à le transformer pour en faire un lieu de vie et de rencontres hospitalier, même en hiver.

Mouvement et multitude. Avec « les » Gilets jaunes », on s’intéresse à un mouvement en mutation permanente, multiforme, instable, proliférant, en un mot « hypermoderne ». On pense l’avoir fixé et il a déjà muté. A peine ses « leaders » identifiés, ils ont déjà disparu. On croit avoir repéré ses modes d’actions qu’il en a déjà développé d’autres. On pense avoir bouclé la liste des revendications mais elle s’allonge encore. A peine imaginons-nous avoir saisi la dynamique humaine d’un lieu que le cadre et les acteurs ont déjà changé. On s’habitue à peine à la douce chaleur d’un baraquement qu’il a déjà été détruit, remplacé par un autre. A peine cartographié, l’objet lui-même s’est déjà métamorphosé. Parfois il a disparu. Il faudrait fluer, s’inscrire dans le mouvement, s’immerger in vivo, en direct et en permanence pour appréhender les formes et les rythmes de ce système à rotation rapide. Au-delà des caricatures médiatiques, n’est-ce pas la définition même de la « multitude » qui surgir sous nos yeux et résiste encore à l’analyse sur les lieux mêmes de son asservissement ? N’est-ce pas l’un des visages de l’alternative vivante qui émerge dans ces agencements, la multiplicité de mouvements et de sujets engagés dans un double processus d’émancipation et de collaboration13 ? Parions que nous pourrons trouver dans l’analyse croisée de ce mouvement les idées et manière de travailler et de vivre en commun et de préserver nos différences. Intéressons-nous d’abord aux dimensions géographiques des dynamiques à l’œuvre depuis trois mois de l’échelle nationale, à celle, centrale, du rond-point – espace totémique du mouvement -, en passant par la capitale et les métropoles.

Nouveaux imaginaires géographiques

Par leurs actions et leurs appropriations, les Gilets jaunes redistribuent les cartes, et contribuent à construire un nouvel imaginaire géographique, « représentations, images, symboles ou mythes porteurs de sens par lesquels une société ou un sujet se projette dans l’espace »14 de la capitale, de la France et de ses territoires. Ils dessinent une figure discontinue, un archipel d’îlots d’une géographie en actes, instable et mouvante.

Décentralisation. A Paris, la mobilisation met à mal la géographie traditionnelle des manifestations pour aborder d’autres quartiers comme Montmartre ou l’Avenue Kléber. En publiant début décembre 2018 une carte des « lieux de pouvoir »15 sur laquelle étaient superposés les « parcours traditionnels des manifestations », Le Monde diplomatique, accusé de « pousse au crime »16, a déclenché une polémique dont l’ampleur montre l’importance des re-présentations.

La géographie des manifestations concerne désormais d’autres villes et métropoles, dans une déclinaison fractale et polytopique qui s’affiche en direct dans les multiplexes des chaînes d’informations en continu et participent à la mise en spectacle d’un mouvement qui les condamne en retour. Au fil des actes, les «samedis en jaune », de plus en plus décentralisés – rappels des « tours des stades » radiophoniques des soirs de matchs de football – esquissent une vision moins jacobine de la France. Malgré les rendez-vous ritualisés dans la capitale, c’est un peu comme si on avait « décolonisé la province »17, ou plutôt, comme si la province s’était décolonisée elle-même. En choisissant,, par exemple deux lieux de rassemblements nationaux différents pour l’acte IX du 12 janvier, le mouvement a installé pour un jour, Bourges, « barycentre » du pays – plus facilement accessible pour tous – comme autre capitale, en compétition symbolique avec Paris. Fin janvier, ce fut Commercy pour « l’assemblée des assemblées », une nouvelle étape d’un Tour de France où tout le monde est maillot jaune.

Localement, en s’appropriant les lieux de transit d’un territoire « métropolisé », en bloquant les autoroutes comme autrefois on bloquait les rues, le mouvement des Gilets jaunes met en évidence le changement d’échelle de nos espaces de vie quotidiens. Il pointe les ronds- points, symboles proliférants – passés de 5000 au milieu des années 90 à plus de 40 000 aujourd’hui – d’une « France défigurée »18 ou « moche »19 – avec ses lotissements monotones, ses rocades, ses friches et ses bazars commerciaux périphériques posés au beau milieu des « steppes maïsicoles » ou dans les lambeaux d’un bocage relictuel usé jusqu’à la trame. Il fait glisser les ronds-points, de simple « objet technique », au statut de « totem habité » pouvant figurer au centre d’une nouvelle « mythologie » de la France contemporaine. Avant les Gilets jaunes, seuls les paresseux reportages télévisés du Tour de France et leurs vues d’hélicoptères mettaient en évidence l’extension du « mal ».

Après un passage « agité » par le plus connu des « carrefours à giration » – nom donné par son inventeur l’architecte Eugène Henard – le carrefour de l’Etoile et son phare, « l’Arc de triomphe », les Gilets jaunes et leurs relais médiatiques nous ont fait visiter nombre de ces « merveilles » du génie français. Notre pays est en effet « champion du monde » pour le nombre de ces objets – décorés par ce qu’il est désormais convenu d’appeler un « art giratoire » et réappropriés par les gilets fluos.

Territoires de l’entre-deux. Au risque de la caricature, les espaces de revendications du mouvement semblent dessiner l’image d’un territoire coincé entre ce qu’il resterait d’un « rural profond » – longtemps présent en arrière-plan des affiches des candidats aux présidentielles -, une « banlieue qui attend toujours son plan Marshal » et des « centres villes ripolinés ». En quelque sorte, une zwichenstadt20 – une « entre-ville ». Ils signalent également un mode de vie « péri-urbain » voire « rurbain ». On habite en voiture l’espace et le temps, zappant entre les quartiers de la « ville diffuse » 21 où l’on travaille et où l‘on s’approvisionne ; et les lieux où l’on réside cherchant à concilier vie personnelle et vie professionnelle. En négatif, ils pointent le phénomène de la « métropolisation » et la fabrique d’une « outre-ville » – « ville au-delà de la ville » selon les termes de Paul Virilio et Raymond Depardon22 -, dans un mécanisme fractal qui se décline à toutes les échelles de l’ancienne organisation urbaine : du bourg-centre à la capitale régionale, en passant par les villes moyennes. En contrepoint, et dans un même raccourci, ils désignent « les territoires qui gagnent », les métropoles et les populations qui y résident, oubliant que métropolisation rime aussi avec ségrégation et exclusion. C’est une carte, une « représentation des mondes », qui ne constitue pas pour autant une réalité23.

Géographies en actes et utopies

Une « géographie en actes » émerge également de cette mobilisation, où la simple connaissance des lieux se métamorphose en une véritable « compétence topique »24.

Lieux augmentés et hospitaliers. En investissant les ronds-points, en les détournant, en se les appropriant et en réussissant à les « habiter », au sens d’Oliver Darné où « l’habiter » est « un mode de connaissance du monde et un type de relations affectives loin d’une approche abstraite ou technocratique de l’espace »25, les Gilets jaunes invalident la notion même de « non lieux »26. Le mouvement est à la fois sur la toile (Facebook, WhatsApp…) et dans l’espace public, transformant les ronds-points en « hypertopes », lieux augmentés, densifiés et intensifiés par de multiples activités, liens, échanges et synergies entre le réel et le virtuel, la toile et le territoire.

Utopie du faire et communs oppositionnels. Légaux ou non, ces « lieux in-finis »27 autour des ronds-points définissent une forme d’« utopie concrète » au sens d’Ernst Bloch28, inscrivant les aspirations dans la matérialité du monde, offrant des horizons ouverts là où tout pouvait paraître bouché, cherchant à reconquérir un territoire de liberté. Leur expérience est en résonnance avec d’autres occupations de bâtiments, de portions de territoires et d’expérimentations « basées sur la fragilité, la simplicité, l’ouverture, le partage et la solidarité qui accueillent également l’incertitude structurelle et structurante de notre quotidien »29 : mouvements d’occupation des « places » Occupy Wall Street, Indignados, Printemps érable du Québec, Printemps arabe, « Révolution des parapluies » à Hong Kong ou « Nuit debout ». Elles renvoient également à d’autres formes d’occupation et de résistance territorialisées contemporaines, de « communs oppositionnels » comme les Zones à défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens, la « Ferme des mille vaches », le Center Parc de Roybon en Isère, voire à des actes de « guérilla jardinière ».

Communautés d’expérience

Le rond-point devient une sorte de « nœud borroméen », « qui présentifie l’intrication, le nouage, l’interrelation entre les trois registres du Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel »30. Les Gilets jaunes y développent des mises en scène (décors, acteurs), des mises en récit et des fictionnalisations territoriales (tracts, interviews, réseaux sociaux) qui font ressembler l’ensemble à un petit théâtre. Là, ils construisent des « situations »31, créent des spatialités et territorialités, organisent des agencements et « zones autonomes temporaires » 32. Sur les ronds-points, celles et ceux qui se disent « abandonnés », vivent et ont le sentiment d’exister. A partir de ces dispositifs33, événements, interventions, ils fabriquent des décalages qui perturbent ou incitent les autres à changer de regard ou d’usage. En quelques semaines à peine, ils ont formé de véritables « communautés d’expérience » 34, alors qu’en octobre, la plupart d’entre eux ne se connaissaient pas. Ils parlent désormais d’amitié, d’amour et de solidarité. Certains redoutent même la fin des mobilisations : « comment va-t-on se retrouver après » ? Le rond-point est un petit monde où chacun a un surnom. La solidarité n’est pas feinte. On peut parler de fraternité et d’entraide (vie quotidienne, recherche de travail…). C’est un peu « comme autrefois à la mine » rappelle-t-on en Lorraine.

Les formes. Les Gilets jaunes n’ont pas choisi les ronds-points par hasard. Les voitures y ralentissent et on peut distribuer les tracts. C’est un lieu de convergence de quatre routes et un lieu de redistribution des voitures dans toutes les directions. « En ville, il n’y a presque pas de ronds-points et on ne nous laissera pas occuper, bloquer les entrées ». C’est un lieu visible par les automobilistes. « Les gens nous voient vivre, discuter et ça peut leur donner envie de nous rejoindre ». Ce sont des lieux repérés, connus par tous les habitants « où l’on peut se donner rendez-vous ».

Ces aménagements, maintes fois reconstruits suite aux délogements, incendies et destructions, ont peu à peu pris la forme de campements, voire de véritables petits villages avec leurs cabanes et leurs dépendances, habitations, toilettes sèches et stocks de palettes et de petit bois. La pérennité de l’occupation est souvent le résultat d’un fragile compromis avec les forces de l’ordre, les élus et dépend de la qualité des relations tissées. Sur les ronds-points, Gilets jaunes et gendarmes s’appellent par leurs prénoms.

La méconnaissance des lois permet les expulsions par les forces de l’ordre. Sur certains sites35, un enclos entoure parfois les cabanes – modestement appelées « Paradise I, II… » – qui prennent des faux airs de pavillons de banlieue et de guinguettes. Le dispositif principal, souvent positionné à côté du rond-point, est complété par des extensions sur le rond-point lui-même (panneaux, alignement de croix en hommage aux personnes mortes depuis le début du mouvement) et en bord de route avec le plus souvent un brasero et des pancartes qui alternent entre des appels à la démission de Macron et une invitation à s’arrêter. En ces périodes hivernales, le tonneau percé qui fait office de brasero est un élément central. Son alimentation en bois est chronophage, comme le maintien de la propreté des lieux « qui ne doivent pas ressembler à une décharge » ; « On veut du joli et pas un fouillis ». Sur certains ronds-points, les collectifs disposent même de drones qui leur permettent de se projeter et de « voir venir ». Face aux destructions qui s’intensifient, aux incendies ou aux réticences des pouvoirs publics, de nombreux ronds-points ont adopté l’usage de tonnelles de jardins en toile avec une structure portable et démontable chaque soir et éventuellement un plancher de palettes.

Sur place, l’ambiance est souvent bonne. « Ici tout le monde se sent bien » entend-on partout sur les giratoires de France. On finit par oublier la route, malgré le bruit des voitures et du groupe électrogène, grâce aux conversations animées, à la sono qui relaie une « playlist » hétéroclite qui oscille entre « O bella ciao », le « chant des partisans », le répertoire de Zaz, Michel Sardou (si si) et les multiples « hymnes » des gilets jaunes dont certains sont vraiment très drôles.

Les personnes. Dans ces lieux, la moyenne d’âge est plutôt élevée, autour de la quarantaine, voire plus. On y trouve davantage d’actifs que de chômeurs. On compte un peu plus d’hommes que de femmes. Ces dernières, très engagées dans la vie du rond-point, sont cependant nombreuses. Souvent mères de famille, séparées de leur conjoint, elles sont venues « se battre pour de meilleures conditions de vie ». Sur la plupart des ronds-points, on trouve un noyau central composé de retraités et de femmes actives, complété par de jeunes actifs autour de la trentaine. Beaucoup d’artisans, d’ouvriers, des employés et quelques agriculteurs qui prêtent parfois le terrain, un tracteur, du matériel et fournissent du bois. Quelques corps de métiers sont davantage représentés, comme les infirmières. Certains cumulent plusieurs employeurs et la plupart ont des horaires de travail difficiles. Sur les ronds-points comme dans les campings ou les villages d’autrefois, on retrouve les figures d’anciens très respectés. Manon, 73 ans, qui n’a jamais « cessé de travailler », se retrouve avec une retraite de 450 Euros et réclame une sorte de « gouvernement d’union nationale ». Plus au nord, dans le Pays haut, c’est « Papy », le même âge, le visage buriné noirci par le feu, qui dort sur place depuis 17 jours malgré des nuits à moins sept degrés. Plus au sud, c’est Michel qui « assure en bricolage » et surveille l’orthographe sur les affiches et les panneaux.

Rythmes de vie. Les collectifs sont de taille variables selon les moments de la journée et les jours de la semaine : trois à dix personnes le matin, une dizaine l’après-midi et entre 20 et 40 le soir. Le maximum est atteint le vendredi soir pour les assemblées générales, avec une centaine de personnes. Sur certains ronds-points, à proximité desquels ont lieu des appels aux rassemblements, on peut compter plusieurs centaines de personnes certains samedi, voire davantage. Les Gilets jaunes essaient d’assurer une présence continue afin d’éviter que le rond- point ne soit dévasté ou occupé par d’autres. Dans de nombreux camps permanents, des volontaires dorment même sur place, dans les baraques ou dans leur voiture. Les camps vivent au rythme des passages de voitures et des pics de trafic du matin et du soir. Ils vibrent aussi au son des klaxons auxquels il faut répondre par un signe, des arrivées de bois, des visites de partisans, de curieux, des gendarmes et parfois des journalistes. Les assemblées hebdomadaires marquent la vie du rond-point le vendredi. Ils préfèrent qu’elle se déroule sur le rond-point plutôt que dans une salle : « ça permet au gens qui passent en voiture de voir qu’il y a du monde ». Les week-ends et tout particulièrement les samedis, constituent l’acmé du mouvement avec les mobilisations locales ou extérieures qui remotivent les troupes, les tractages, les blocages et les face à face avec les forces de l’ordre. Le rond-point rayonne. Il fonctionne un peu comme un lieu de ralliement, un « camp de base » que les Gilets jaunes et d’autres citoyens viennent ravitailler en bois, ameublement, victuailles. Parfois ils offrent même des fleurs. C’est du rond-point que l’on part pour des opérations de blocage de péages, de manifestations et de tractages dans les zones commerciales. La vie quotidienne du groupe oscille entre la gestion du site (repas, café, aménagements…) et la préparation des actions.

Horizontalité et gouvernance partagée. Ici « on n’aime pas les chefs, on en a peur ». On préfère l’horizontalité aux hiérarchies et aux logiques pyramidales. Ils sont remplacés par des représentants désignés, car « ils parlent mieux que les autres ». Ce sont souvent des femmes comme Aurélie à Aumetz. Ailleurs, des « référents » sont élus lors des assemblées. Ils changent régulièrement en fonction de leurs disponibilités ou de leurs compétences. « Si on peut avoir un pompier pour la sécurité c’est mieux ». Dans certains lieux, il y des référents thématiques : « gestion de la caisse », « organisation », « sécurité », « liaison et communication » avec la mairie et d’autres groupes, mais aussi parfois des « référents » pour le suivi des « cahiers de doléances » dans les mairies, à proximité des marchés en semaine ou dans les permanences quand il y en a. « On utilise Doodle pour que ça tourne ». Ils sont choisis à l’assemblée du vendredi – qui précède le rituel des samedis – où sont également décidés l’organisation de la semaine et les aspects pratiques sur la vie du lieu. Dans les cabanes de beaucoup de ronds-points, on trouve une « feuille à idées d’actions » et une autre pour le planning un peu comme dans les campements de Nuit debout. Cette organisation matérielle se double d’un fonctionnement sur la toile, à travers les réseaux sociaux numériques. Là, les choses semblent plus cloisonnées et hiérarchiques avec souvent un groupe « privé » d’une dizaine d’acteurs centraux du rond-point pour échanger sur les questions stratégiques ; et un WhatsApp ou un Facebook pour un réseau plus large, qui permet de faire connaître les décisions prises, d’informer sur les actions et rendez-vous.

Esthétique de la bricole et citoyenneté visuelle. Les campements ou « villages » qui s’organisent sur ou à proximité des ronds-points s’inscrivent dans une esthétique de la bricole, du temporaire-qui-dure, de la débrouille, de la récupération, du fragile et des solidarités. Cette esthétique participe sans doute au sentiment d’appartenance, voire à l’émergence d’une « citoyenneté visuelle »36, ce sentiment d’appartenance que confère le regard encore renforcé par la couleur emblématique, la signalétique, les panneaux, les tracts et les petites mises en scènes souvent macabres : alignements de croix, mannequins pendus ou guillotines dans l’esprit de la terreur révolutionnaire. Ce sentiment se projette au-delà, par les actes des automobilistes qui posent un gilet jaune sur le tableau de bord et utilisent leur avertisseur sonore, et jusqu’à l’Assemblée nationale. Vu de la route et selon nos statuts, les humeurs et la météo, le rond- point prend l’allure d’une « crèche rassurante » avec tous ses santons ou d’un « inquiétant repère de pirates » noyé dans la fumée. Elle renvoie à d’autres formes « d’un réel contre lequel on se cogne », en traversant le pays : Jungle de Calais, camps de Roms… Elle rappelle aussi des modes de faire temporaires dans l’innovation, l’urbanisme « temporaire » « tactique » ou « transitoire » où l’on utilise les mêmes matériaux pour expérimenter des procédures plus inclusives de fabrique de la ville et de l’espace public.

Ouverture à l’épreuve des faits

Sur ces ronds-points, les idées reçues sur le mouvement, les anathèmes jetés à priori se fissurent au gré des rencontres, des échanges et du partage. Ils s’effritent à l’épreuve des discussions. À celles et ceux qui demandent quelle forme de société ils souhaitent, les Gilets jaunes répondent souvent en termes d’égalité et de partage. Ils pourraient plus simplement renvoyer à ce qu’ils expérimentent ici et maintenant dans la gestion quotidienne des ronds-point, la vie et l’organisation complexe du mouvement. « The process is the message », pourraient-ils répondre en paraphrasant les militants d’Occupy Wall Street. J’ai aimé ce slogan sur un panneau, à l’entrée d’une cabane de rond-point : « Je les écouterai quand ils parleront d’humanité, avant de parler de millions »37. Il résume bien l’état d’esprit des lieux.

Revendications et sujets ouverts. Si les slogans mettent en avant les problèmes de pouvoir d’achat, et réclament le départ du président et le Référendum d’initiative citoyenne, la revendication sous-jacente est d’être présents, visibles, et entendus. « On veut être acteurs et pas seulement représentés ». Dans les échanges, le mot « dignité » revient souvent. Pour la plupart d’entre eux, l’occupation est le résultat d’une lente maturation : « ça mijote depuis trente ans »38. Pour la première fois ils ont l’impression d’avoir « repris leur vie en main ». Ils sont là, ils existent et sont « considérés ». C’est aussi pour cette raison qu’ils ne veulent pas lâcher. De ces groupes disséminés se dégage une fierté.

Il n’est pas seulement question de revendications égoïstes. Les Gilets jaunes présents sont souvent là pour les autres, par solidarité avec les travailleurs pauvres et les plus jeunes qui travaillent et ne peuvent pas être tout le temps présents : « Moi, je gagne assez. Je pourrais rester à la maison. Je fais ça pour mes enfants et petits-enfants ». On le fait aussi pour des questions de valeurs, un hommage : « Moi, je suis désormais cadre mais je sais d’où je viens. Je le fais aussi en hommage à mes parents ».

Les Gilets jaunes rencontrés sont ouverts. Sur la plupart des sites, l’accueil réservé aux visiteurs est enjoué. Toujours une main tendue, un mot de bienvenue et un café pour briser la glace et se réchauffer. Les sites sont ouverts et les panneaux disposés en amont invitent les automobilistes à s’arrêter. Dans l’autre sens, les voitures qui passent s’arrêtent pour déposer quelque chose. Je me souviens d’une boîte de chocolats Champs Elysées bleue déposée avec malice par une automobiliste à la veille de l’acte II. Sur les ronds-points visités, la solidarité semble de mise. Aucun sujet n’est tabou. On parle économie, social, culture, aménagement et environnement au bord des routes, du local à l’international. Tout le monde est bien accueilli. Certains Gilets jaunes qui circulent d’un lieu à l’autre s’amusent même à classer les sites en leur donnant des étoiles, comme pour les campings. Pas de propos xénophobes, mais le souvenir d’un recadrage par le groupe unanime suite à un dérapage verbal suivi de l’exclusion du fauteur de trouble comme me l’a raconté Aslan – ouvrier en retraite depuis huit ans. Pas d’angélisme pour autant. Après des semaines d’occupation, des conflits font souvent éclater les groupes – pour des questions de vie quotidienne, de stratégie, d’alcool ou d’ego. Ils se ressoudent ensuite ou essaiment sur d’autres ronds-points. On voit parfois des nouveaux qui arrivent sur un rond- point après des tensions mal vécues sur un autre. La vie du lieu est difficile, notamment en période de gamberge, mais le lieu est aussi le « totem positif du mouvement », au sens d’ « être mythique considéré comme l’ancêtre éponyme d’un clan ainsi que son esprit protecteur et vénéré comme tel », « emblème, signe de ralliement » ; « ce à quoi on voue un respect quasi religieux, chose sacrée »39. C’est un site, un objet, un média dont ils ont la maîtrise, contrairement aux canaux d’information traditionnels dont ils se méfient. Chacun sait son importance et en prend soin.

La plupart du temps, la violence est condamnée, même si elle est parfois excusée au regard de la violence économique ou des dérapages policiers. Les groupes se projettent également vers l’extérieur et vers la société avec des actions solidaires. L’incendie d’une maison dans une commune proche a occupé les conversations sur le WhatsApp des Gilets jaunes d’un rond-point de Lorraine pendant plusieurs journées, permettant de récolter les ressources indispensables à la famille dans le besoin. La solidarité entre les Gilets jaunes (aide à la recherche d’emploi, co-voiturage, prêts divers…) s’élargit également aux voisins (dépannage d’automobilistes…). Les fêtes comme celles de Nouvel An sur les ronds-points étaient ouvertes à tout le monde.

Géographie en actes des utopistes et néo-situationnistes

Les Gilets jaunes qui s’approprient les ronds-points ne se contentent pas de les occuper. En vivant sur place, ils expérimentent in situ. Dans cette « zone autonome temporaire », ils cherchent des solutions « ailleurs que dans les livres », en « néo-situationnistes » qui s’ignorent. Dans les actes, ils mélangent une communication transmissive à une communication générative, élaborent un imaginaire bâtisseur, avec une « dimension performative »40.

Ils se réapproprient du réel dans tous les domaines, avec souvent l’exigence de changer le monde. Ils construisent des « situations » d’où peuvent naître de nouveaux imaginaires. Ils cherchent à se « réapproprier le réel » faisant confiance à l’épreuve des situations, de l’improvisation41 et de la sérendipité. On peut désormais parler d’une « scène Gilets jaunes », « associant à la fois un groupe de personnes qui bougent de places en places, les places sur lesquelles ils bougent et le mouvement lui-même »42.  Si les activistes en jaune ne peuvent s’arroger le qualificatif de « peuple », on ne peut cependant pas continuer à leur coller de si tristes et caricaturales étiquettes et les aborder comme un bloc uniforme. On ne peut nier que celles et ceux qui occupent les ronds-points et les situations qu’ils provoquent sont partie prenante du « chaos-monde»43, ce « choc actuel de tant de cultures qui s’embrasent, se repoussent, disparaissent, subsistent pourtant, s’endorment ou se transforment, lentement ou à vitesse foudroyante », des « lucioles »44, de la « multitude »45, cet « ensemble de singularités conservant leurs différences et néanmoins capables de penser et d’agir en commun », du « rhizome », du polycentrique, du souple et du labile. Les agencements temporaires que « les peuples des ronds-points » ont fait émerger dans nos ensembles « métropolisés », sont aussi des « ouvroirs de démocratie » – dans la logique de l’Oulipo – qu’il serait dommage de voire disparaître.

Confiance et places libres pour le débat public

Au-delà de ce premier état des lieux, l’espoir est que la dynamique des théâtres des ronds- points, lieux de détournement, d’occupation et d’invention, se poursuive. Si les scènes nationales, les théâtres, les centres culturels et les universités n’ouvrent pas leurs portes aux échanges, les ronds-points et leurs abords peuvent prendre le relai en accueillant et en faisant vivre un grand débat qui a peu de chance « d’avoir lieu » dans les institutions habituelles. Les listes de doléances ne remplacent pas la richesse d’un débat public, d’un échange avec l’ensemble de la population. L’expérience montre la « performance » sociale du rond-point devenu à la fois café et place du village métropolitain. « Il y a davantage de personnes qui viennent remplir les cahiers de doléance sur les ronds-points que dans les mairies car on y est bien accueilli avec un café. C’est moins impressionnant et on est moins reconnu et jugé que dans la mairie d’une petite commune ». En cela, les ronds-points font déjà office de services publics autogérés. Ces dispositifs peuvent se transformer en agoras et places publiques pour des débats et assemblées citoyennes ouvertes à l’ensemble de la population. On peut rêver d’un dialogue et d’échanges entre Gilets jaunes et autres acteurs autour de tables-rondes. On peut imaginer un dispositif d’émancipation qui permette de continuer à faire vivre ces lieux, avec des assemblées citoyennes ouvertes à toute la population qui soient aussi des temps et espaces d’éducation citoyennes et populaires, in vivo, nouveaux symboles d’une société en mouvement. Ce « design démocratique » reste à imaginer ensemble. A l’heure de la société numérique et des TIC, la dynamique des ronds points montre l’importance des rencontres en face à face et le rôle central que ces « espaces d’espaces »46, devenus des « lieux infinis », pouvent jouer en termes de citoyenneté. Là, j’ai vu des gens « exister », redevenir citoyens au sens de la cité antique où l’on reconnaissait le citoyen « à ce qu’il avait part au culte de la cité »47. Ce ne serait pas le moindre des paradoxes qu’un espace « libre » comme celui des ronds-points trouve enfin un sens et nous évite de tourner trop longtemps en rond. Les ronds- points laissent la possibilité d’une « rencontre entre existants, entre êtres qui se tiennent dans l’ouverture en avant d’eux-mêmes ». Ils ouvrent des possibles. Profitons-en !

En 2005, dans « Le territoire du rien »48, l’ami philosophe Jean-Paul Dollé, pestant contre les « anti-villes fabriquées plutôt que construites » et « l’espace-temps du nihilisme » – dont il est question ici dans le « péri-urbain » -, montrait qu’il était « urgent d’inventer une politique de l’événement, c’est-à-dire, d’affirmer un désir d’agir avec les autres pour ouvrir le champ du possible et interrompre la répétition immuable du temps et de la servitude ». Treize ans plus tard, les Gilets jaunes lui ont répondu en s’appropriant les ronds points, en rusant, détournant et contournant les espaces imposés de la métropole, pour développer de nouveaux lieux d’échange et d’urbanité. Les gilets jaunes comme « géographes », « urbanistes temporaires », « aménageurs » et « animateurs territoriaux » installés sur des ronds-points transformés en places publiques, passant d’une géographie de la domination49 à une géographie de l’émancipation. Il y a pire signal et perspective pour demain.

1Publicité pour la sécurité routière.

2 Descola P., 2014, La composition des mondes, Paris, Flammarion.

3 En référence à l’ouvrage du Comité invisible « La révolution qui vient » paru aux Editions de La Fabrique en 2007.

4 Maldiney, H., 2003, Art et existence, Paris, Klincksieck.

5 « Les autonautes de la cosmoroute ou Un voyage intemporel Paris-Marseille », Paris, Gallimard, 1983.

6 Gwiazdzinski L., Rabin G., 2007, Périphéries. Un voyage à pied autour de Paris, Paris, L’Harmattan.

7 Moulier-Boutang Y. (dir.), 2007, Politique des multitudes. Démocratie, intelligence collective et puissance de la vie à l’heure du capitalisme cognitif, Editions Amsterdam.

8 Banderole sur un péage de l’Isère.

9 Luc Ferry, Radio classique, 7 janvier 2019.

10 selon la belle expression de l’historien Lucien Febvre.

11 Mirzoeff N., 2001, The Right to Look: A Counterhistory of Visuality. Durham : Duke University Press.

12 Le gilet jaune a été rendu obligatoire dans tout véhicule par une décision du Comité interministériel de la sécurité routière du 13 février 2018.

13 Hardt M., Negri A., Multitude. A., Guerre et démocratie à l’âge de l’empire, Paris, La Découverte.

14 Bailly A., 1989, L’imaginaire spatial. Plaidoyer pour la géographie des représentations, Espace Temps n°40-41, pp. 53-58

15 « A Paris, les lieux du pouvoir », Le Monde diplomatique, 5 décembre 2018.

16 Perrenot P., « Lieux de pouvoir : la carte du Monde diplomatique qui n’a pas plu à l’élite journalistique », 7 janvier 2019, https://www.acrimed.org/Lieux-de-pouvoir-la-carte-du-Monde-diplomatique

17 Pour reprendre le titre du rapport de Michel Rocard (1966)

18 Du nom d’une émission populaire de la télévision française traitant de la protection de l’environnement et diffusée de 1971 à 1977 sur la première chaine puis brièvement sur France 2 en 1995

19 Jarcy (de) X., Rémy V., 2015, Comment la France est devenue moche ? Telerama, 12 février 2010

20 Sieverts T., 1997, Zwischenstadt. Zwischen Ort und Welt, Raum und Zeit, Stadt und Land, Braunschweig, Vieweg.

21 Indovina F. (Ed.), 1990, La Città diffusa, DAEST-IUAV, Venise

22 Depardon R., Virilio P., 2010, Terre natale. Ailleurs commence ici, Arles, Actes Sud.

23 Voir notamment les débats qui ont accompagné la sortie de l’ouvrage de Christophe Guilli, « La France périphérique » en 2012 accusé de donner une représentation faussée et politique du territoire et, surtout, de ceux qui le peuplent

24 Turco A., 2001. “Sociotopies : institutions géographiques de la subjectivité”, Cahiers de Géographie du Québec, n°125

25 Dardel E., 1952, L’Homme et la Terre : nature de la réalité géographique, Paris, Editions du CTHS.

26 Augé M., 1992, Non-lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Seuil

27 Gwiazdzinski L., 2018, « Localiser les in-finis », in Encore heureux (dir.), Lieux infinis. Construire des bâtiments ou des lieux ? Paris, B42, pp.39-53

28 Bloch E., 1982, Le principe espérance, t. II. Les épures d’un monde meilleur. Paris, Gallimard.

29 Gwiazdzinski L., Frérot O., 2015, Penser le fragile et l’incertain en vue d’une société vive, Tribune, Libération, 28 juillet 2016.

30 Feltz B., Lambert D., 1994, Entre le corps et l’esprit, Liège, Mardaga.

31 « Moment de la vie, concrètement et délibérément construit par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements » (Internationale Situationniste).

32 Bey H., 1997, TAZ. Zone autonome temporaire, Paris, L’Eclat.

33 Au sens de Foucault, qui définit le dispositif comme « un ensemble hétérogène constitué de discours, d’institutions, d’aménagements architecturaux, de règles et de lois, etc. », mais l’aléatoire en plus.

34 Dewey John (1980) : Art as experience, New York, Penguin.

35 Rond-point de Voreppe (38).

36 Morgan D., 2005, The Sacred Gaze: Religious Visual Culture in Theory and Practice. Berkeley, University of California Press.

37 Formule empruntée aux paroles de la chanson de Keni Arkana « Vie d’artiste », sorti en 2012.

38 Pierre, 72 ans, agriculteur sur un rond point de Lorraine.

40 Turco A., 1988, Verso una teoria geografica della complessità, Milan, Unicopli.

41 Soubeyran O., 2015, Pensée aménagiste et improvisation, Paris, Éditions des Archives Contemporaines.

42 Straw W. (2002), « Cities.Scene », Special issue, Public no. 22/23.  Co-edited with Janine Marchessault. Toronto: Public Access/York University.

43 Glissant E., 2005, Interview au journal Le Monde.

44 Pasolini, Pier Paolo, « Le vide du pouvoir en Italie », Corriere della sera, 1er février 1975.

45 Hardt M., Negri A., 2004, Multitude : guerre et démocratie à l’âge de l’Empire, Paris, La Découverte.

46 Perec G., 1974, Espèces d’espaces, Paris, Galilée.

47 Fustel de Coulange N. D., 1864, La cité antique, Editions Hachette.

48 Dollé J.P., 2005, Le territoire du rien ou la révolution patrimonialiste, Paris, Leo Sheer.

49 Harvey D., 2008, Géographie de la domination, Les prairies ordinaires.

Luc Gwiazdzinski

Luc Gwiazdzinski est géographe (Université Grenoble Alpes, UMR Pacte) associé à l’Equipe Interdisciplinaire de Recherche sur le Tourisme (EIREST-Paris 1), au MOTU (Milan) et à l’Institut of Smart City (Shanghaï University). Il est membre du collectif de rédaction de Multitudes. Il a publié une quinzaine d’ouvrages dont : Chronotopies, lecture et écriture des mondes en mouvement, Grenoble Elya (2017), L’hybridation des mondes (Elya, 2016), La nuit en questions (Hermann, 2016), La fin des maires (FYP, 2010)… Il oriente également ses travaux sur les questions de mobilisations territoriales et d’espace public.