Les involontaires de la patrie

Les involontaires de la patrie
À rebours des politiques indigénistes, ce manifeste appelle à la résistance/rexistence de tous les indigènes du Brésil, qu’ils soient indiens ou non, de tous les pauvres et opprimés natifs de cette terre qui en ont été lentement et sûrement dépossédés par l’État pour en faire des « citoyens » assujetis, exploités, surveillés, assistés. Car pour l’auteur, appartenir à la terre au lieu d’en être propriétaire est ce qui définit l’indigène. Alors, le processus de brésilianisation, qui a commencé par la « désindinisation » des Indiens, n’a eu de cesse de séparer tous les indigènes de leur relation organique à la terre, le sol d’un baraquement de favela ou le jardin d’une arrière-cour, pour en faire des travailleurs ou des soldats. C’est pourquoi la lutte des Indiens est celle de tous les indigènes brésiliens, qu’ils soient pauvres, blancs, noirs, métis, LGBT ou femmes.

The Un-Volunteers of the Fatherland
To the opposite of indigenist politics, this manifesto calls for the resistance/rexistence of all indigenous people living in Brazil, Indian or not, of all the poor and oppressed natives who have been dispossessed of this land by the State, so that they would become submissive « citizens », exploited, watched-over, assisted. According to the author, being indigenous means belonging to a place, rather than owning it. The process of Brazilianization, which started with the dis-indianization of Indians, has persistently separated the indigenous from their relation to their territory, from the floor of their favela shack or from the garden of their backyard, in order to tranform them into workers and soldiers. That is why the Indians’ struggle is the struggle of all of Brazil’s indigenous people, whether they are white, black, mixed-blood, LGBT or women.

Eduardo Viveiros de Castro

Enseigne l’anthropologie au Musée National de l’université fédérale de Rio de Janeiro, après avoir enseigné à Cambridge et avoir été directeur de recherche au CNRS. Il a publié de nombreux ouvrages et articles, dont Métaphysiques cannibales (Paris, PUF, 2010) et The Relative Native : Essays on the Indigenous Conceptual Worlds (University of Chicago Press, 2015).