Les involontaires de la patrie

 

« De cette terre, dans cette terre,

pour cette terre. Il est grand temps. »
Oswald de Andrade

Aujourd’hui1, ceux qui se croient propriétaires du Brésil – et qui le sont en dernière analyse, parce que nous leur laissons le croire et que de là à ce qu’ils le deviennent il n’y a qu’un pas (une charte royale, un coup de feu, un collier de fer, un amendement constitutionnel) – préparent l’offensive finale contre les indiens. Une guerre est en cours contre les peuples indiens du Brésil, ouvertement soutenue par un État qui aurait (qui a) pour obligation constitutionnelle de protéger les indiens et d’autres populations traditionnelles et qui serait (qui est) sa dernière garantie juridique contre l’offensive entreprise par ces mêmes propriétaires du Brésil, à savoir les « producteurs ruraux » (euphémisme pour « ruralistes », à son tour euphémisme pour « bourgeoisie industrielle agro-alimentaire ») et le grand capital international, sans oublier la congénitalement imbécile fraction fasciste des classes moyennes urbaines. Un État qui, comme nous sommes en train de le voir, est le principal allié de ces forces malignes, avec son triple bras « légitimement constitué », à savoir l’exécutif, le législatif, et le judiciaire.

L’offensive n’est pas seulement dirigée contre les indiens, mais contre de nombreux autres peuples indigènes. Nous devons donc commencer par distinguer les mots « indien » et « indigène », dont beaucoup pensent peut-être qu’ils sont synonymes ou pensent que « indien » n’est qu’une forme abrégée d’« indigène ». Ce n’est pas le cas. Tous les indiens au Brésil sont indigènes, mais tous les indigènes qui vivent au Brésil ne sont pas indiens.

Les indiens sont les membres de peuples et de communautés qui ont conscience – que cela soit parce qu’ils ne l’ont jamais perdue ou parce qu’ils l’ont retrouvée – de leur relation historique avec les indigènes qui vivaient sur cette terre avant l’arrivée des européens. Ils ont été appelés « indiens » en raison de la fameuse équivoque des envahisseurs qui, en débarquant en Amérique, pensaient être arrivés en Inde.

« Indigène » pour sa part est un mot très ancien, qui n’a en lui rien d’« indien » ; il signifie « généré dans la terre qui lui est propre, originaire de la terre où il vit2 ». Il y a des peuples indigènes au Brésil, en Afrique, en Asie, en Océanie et même en Europe. L’antonyme d’« indigène » est « aliénigène », alors que l’antonyme d’indien, au Brésil, est « blanc » ou mieux, les nombreux mots de plus de 250 langues indigènes parlées sur le territoire brésilien que l’on a pour habitude de traduire en portugais par « blanc », mais qui se réfèrent à toutes les personnes et institutions qui ne sont pas indiennes. Ces mots indigènes ont plusieurs sens descriptifs, dont un des plus courants est « ennemi », comme dans les cas du yanomami napë, du kayapó kuben ou de l’araweté awin. Bien que les concepts indiens sur l’inimitié ou la condition d’ennemi, soient assez différents des nôtres, il est bon de rappeler que le mot le plus proche que nous ayons pour traduire directement ces mots indigènes soit « ennemi ». Il faut faire avec.

Mais cela veut-il dire, alors, que toutes les personnes nées ici, sur cette terre, sont des indigènes du Brésil ? Oui et non. Oui, dans le sens étymologique informel adopté par les dictionnaires : « originaire du pays etc. où il est, natif » (voir note 1, supra). Un colon d’origine (et de langue) allemande de Pomerode est « indigène » du Brésil parce qu’il est né dans une région du territoire politique éponyme, comme sont indigènes un sertanejo du nord-est semi-aride, un agroboy du Barretos3, ou un trader de la bourse de São Paulo. Mais non, ni le colon, ni l’agroboy, ni le trader ne sont indigènes – demandez-leur…

Ils sont « brésiliens », ce qui est très différent que d’être indigène. Être brésilien c’est penser, agir, et se considérer (et peut-être être considéré) comme « citoyen », c’est-à-dire comme une personne définie, enregistrée, surveillée, contrôlée, assistée, – en somme pesée, comptée et mesurée par un État-nation territorial, le « Brésil ». Être brésilien c’est être (ou devoir être) citoyen, en d’autres termes assujeti à un État souverain, transcendant. Cette condition d’assujetti (un des euphémismes d’assujetti est « sujet [de droits] ») n’a absolument rien à voir avec la relation indigène vitale et originaire avec la terre, avec le lieu où l’on vit et d’où l’on tire ses besoins, où se fait la vie avec ses parents et amis.

Être indigène c’est avoir pour référence primordiale la relation avec la terre où l’on est né et où on s’est établi pour faire sa vie, qu’elle soit un village dans la forêt, un hameau dans le sertão, une communauté beira-rio ou une favela des périphéries métropolitaines4. C’est faire partie d’une communauté liée à un lieu spécifique, c’est-à-dire intégrer un peuple. Être citoyen, au contraire, c’est faire partie d’une population contrôlée (à la fois « défendue » et attaquée) par un État. L’indigène regarde vers le bas, vers la Terre dont il est immanent ; il tire sa force du sol. Le citoyen regarde vers le haut, vers l’Esprit incarné sous la forme d’un État transcendant ; il reçoit ses droits d’en haut.

« Peuple » n’(e) (r)existe qu’au pluriel – peupleS. Un peuple est une multiplicité singulière qui suppose d’autres peuples, qui habite une terre pluriellement peuplée de peuples. Quand on a demandé à l’écrivain Daniel Munduruku si « en tant qu’indien etc. », il a coupé d’emblée : « je ne suis pas indien ; je suis Munduruku ». Or être Munduruku veut dire savoir qu’existent les Kayabi, les Kayapó, les Matis, les Guarani, les Tupinambá, et qu’ils ne sont pas Munduruku, mais pas non plus Blancs. Ceux qui ont inventé les « indiens » comme catégorie générique sont les grands spécialistes en généralité, les Blancs, ou plutôt l’État blanc, colonial, impérial, républicain. L’État, au contraire des peuples, n’est que le singulier de l’universalité elle-même.

L’État est toujours unique, total, un univers en soi. Bien qu’existent plusieurs États-nation, chacun est une incarnation de l’État universel, c’est une hypostase de l’Un. Le peuple a la forme du Multiple. Forcés de se découvrir « indiens », les indiens brésiliens découvrirent qu’ils avaient été unifiés dans la généralité par un pouvoir transcendant, unifiés pour mieux être dé-multipliés, homogénéisés, abrésilianisés. Le pauvre est avant tout quelqu’un dont on retire quelque chose. Pour transformer l’indien en pauvre, le premier pas est de transformer le Munduruku en indien, puis en indien administré, puis en indien assisté, puis en indien sans terre.

Pourtant, les peuples indigènes originaires, dans leur multiplicité irréductible, qui furent indianisés par la généralité du concept pour être mieux désindianisés par les armes du pouvoir, se savent aujourd’hui la cible générale de ces armes et s’unissent contre l’Un. Ils se battent dialectiquement contre l’État en acceptant cette généralité et en réclamant les droits qu’une telle généralité leur confère, par la lettre et l’esprit de la Constitution Fédérale de 1988. Et ils envahissent le Congrès. Il n’y a rien de plus juste que ce que les envahis envahissent le quartier général des envahisseurs. Opération de guérilla symbolique, sans doute, sans commune mesure avec la guerre réelle (mais aussi symbolique) que les envahisseurs leur opposent. Mais les propriétaires du pouvoir dénoncent le coup et s’empressent de viabiliser leur contre-coup. Pour utiliser le mot du moment, le coup5 est ce qui se prépare dans les couloirs tapissés de Brasília contre les indiens sous la forme, entre autres, de la PEC2156.

Les indiens sont les premiers indigènes du Brésil. Les terres qu’ils occupent ne sont pas leur propriété – non pas seulement parce que les territoires indigènes sont les « terres de l’Union7 », mais parce que ce sont eux qui appartiennent à la terre, et non l’inverse. Appartenir à la terre, au lieu d’être propriétaire d’elle, est ce qui définit l’indigène. En ce sens beaucoup de peuples et de communautés du Brésil, au-delà des seuls indiens, peuvent se dire, parce qu’ils se sentent ainsi, indigènes bien plus que citoyens. Ils ne se reconnaissent pas dans l’État, ils ne se sentent pas représentés par un État dominé par une caste de puissants accompagnés de leurs marionnettes et voyous patentés, au Congrès National et dans les autres instances des Trois Pouvoirs.

Les indiens sont les premiers indigènes à ne pas se reconnaître dans l’État brésilien, par qui ils ont été persécutés durant cinq siècles : soit directement, par les « guerres justes » du temps de la colonie, par les lois de l’Empire, par les administrations indigénistes républicaines qui les ont exploités, maltraités et, très timidement, parfois, défendus (quand elles allaient trop loin, l’État coupait leurs petites ailes) ; soit indirectement, par le soutien bienveillant que l’État a toujours donné à toutes les tentatives de désindianiser le Brésil, balayer la terre de ses occupants originaires pour implanter un modèle de civilisation qui n’a jamais servi à personne qu’aux puissants. Un modèle qui reste essentiellement inchangé depuis cinq cents ans.

L’État brésilien et ses idéologues ont toujours gagé que les indiens disparaîtraient et le plus tôt serait le mieux ; ils ont fait le possible et l’impossible, l’innommable et l’abominable pour y parvenir. Non qu’il fut nécessaire de toujours les exterminer physiquement pour cela – quoique, comme nous le savons, le recours au génocide est toujours largement en vigueur au Brésil –, mais il a bien fallu de quelque manière les désindianiser, les transformer en « travailleurs nationaux8 ». Les christianiser, les « vêtir » (comme si quiconque avait jamais vu des indiens nus, eux les maîtres de l’ornement, de la plume, de la peinture corporelle). Leur interdire les langues qu’ils parlent ou parlaient, les coutumes qui les définissent pour eux-mêmes. Les soumettre à un régime de travail, de police et d’administration. Et par-dessus tout, rompre leur relation à la terre. Séparer les indiens (et tous les autres indigènes) de leur relation organique, politique, sociale, vitale avec la terre, et de leurs communautés, qui vivent de la terre – cette séparation a toujours été vue comme condition nécessaire pour transformer l’indien en citoyen. En citoyen pauvre, naturellement. Parce que sans pauvres il n’y a pas de capitalisme, le capitalisme a besoin de pauvres comme il a eu (et a encore) besoin d’esclaves. Transformer l’indien en pauvre. Pour cela, il fallut et il faut avant tout le séparer de sa terre, de la terre qui le constitue comme indigène.

Nous, les blancs qui sommes ici assis, sur les marches de la Chambre Municipale de Rio de Janeiro en ce 20 avril 2016, nous nous sentons indigènes. Nous ne nous sentons pas citoyens, nous ne nous voyons pas faire partie d’une population assujettie à un État qui ne nous a jamais représentés, et qui a toujours retiré d’une main ce qu’il feignait de donner avec l’autre. Nous, les « blancs » qui sommes ici, tout comme divers autres peuples indigènes qui vivent au Brésil : paysans, ribeirinhos, pêcheurs, caiçaras, quilombolas, sertanejos, caboclos, curibocas, noirs et « pardes9 » habitants des favelas qui couvrent ce pays. Tous ceux-là sont indigènes, parce qu’ils se sentent liés à un lieu, à un morceau de terre – aussi mineure ou moindre que soit cette terre, de la taille du sol d’un baraquement, d’un jardin d’arrière-cour – et à une communauté, bien plus que citoyens d’un Grand Brésil, qui ne fait que grossir les comptes bancaires des propriétaires du pouvoir.

La terre est le corps des indiens, les indiens font partie du corps de la Terre. La relation entre terre et corps est cruciale. La séparation entre la communauté et la terre a pour revers, pour ombre, la séparation entre les personnes et leurs corps, autre opération indispensable exécutée par l’État pour créer des populations administrées. Que l’on pense aux LGBT, séparés de leur sexualité ; aux noirs, séparés de la couleur de leur peau et de leur passé d’esclavage, dépossession corporelle radicale ; ou que l’on pense aux femmes, séparées de leur autonomie reproductive. Que l’on pense finalement mais non moins abominablement, au sinistre éloge public de la torture fait par le scélérat Jair Bolsonaro10 – mode ultime et le plus absolu de séparer une personne de son corps. La torture qui reste – qui a toujours été – la méthode favorite de séparation des pauvres de leurs corps, dans les commissariats et les prisons de ce pays si « cordial11 ».

Pour toutes ces raisons, la lutte des indiens est aussi notre lutte, la lutte indigène. Les indiens sont notre exemple de rexistence séculaire à une guerre féroce menée contre eux pour les désexister, les faire disparaître, que ce soit en les tuant purement et simplement ou en les désindianisant et en les rendant « citoyens civilisés », c’est-à-dire brésiliens pauvres, sans terre, sans moyens de subsistance propres, forcés à vendre leurs bras – leurs corps – pour enrichir les prétendus nouveaux propriétaires de la terre.

Les indiens ont besoin de l’aide des blancs qui se solidarisent avec leur lutte et qui reconnaissent en eux l’exemple le plus grand de la lutte perpétuelle entre les peuples indigènes (tous les peuples indigènes auxquels je me suis référé plus haut : le peuple LGBT, le peuple noir, le peuple des femmes) et l’État national. Mais nous, les « autres indiens », ceux qui ne sont pas indiens mais se sentent bien plus représentés par les peuples indiens que par les politiciens qui nous gouvernent et par l’appareil policier qui nous poursuit de près, par les politiques de destruction de la nature menées par le fer et par le feu par tous les gouvernements qui se succèdent dans ce pays depuis toujours – nous autres aussi avons besoin de l’aide et de l’exemple des indiens, de leurs tactiques de guérilla symbolique, juridique, médiatique, contre l’appareil de capture de l’État-nation. Un État qui va mener jusqu’à ses ultimes conséquences son projet de destruction du territoire qu’il revendique comme étant le sien. Mais la terre est aux peuples.

Je vais conclure avec une allusion au nom d’une rue pas très éloignée de cette Cinelândia12 où nous sommes maintenant. À Botafogo13 il existe, comme vous le savez tous, la Rue Volontaires de la Patrie. Son nom provient d’une initiative entreprise par l’Empire dans sa guerre génocidaire (et ethnocidaire) contre le Paraguay14 – le Brésil a toujours été bon pour tuer des indiens, de part et d’autres de ses frontières. Manquant de troupes pour affronter l’armée guarani, le gouvernement impérial a créé des corps militaires de volontaires, « en appelant aux sentiments du peuple brésilien », comme l’écrit l’entrée Wikipédia sur l’initiative. L’empereur Pedro II s’est présenté à Uruguaiana15 comme le « premier volontaire de la patrie ». Le patriotisme des volontaires de la patrie ne tarda pas à se ramollir ; si bien que le gouvernement commença à exiger des présidents des provinces qu’ils recrutent des quotas de « volontaires ». La solution de cette lamentable « faute de patriotisme » des blancs brésiliens fut, comme on le sait, d’envoyer des milliers d’esclaves noirs comme volontaires. Ce sont eux qui tuèrent et moururent à la Guerre du Paraguay. Obligés, cela va sans dire. Volontaires involontaires.

Bien. Les indiens furent et sont les premiers Involontaires de la Patrie. Les peuples indigènes originaires ont vu leur tomber sur la tête une « Patrie » qu’ils n’avaient pas demandée, et qui leur a seulement apporté la mort, la maladie, l’humiliation, l’esclavage et la dépossession. Nous qui sommes ici nous sentons comme les indiens, comme tous les indigènes du Brésil : formant un énorme contingent d’Involontaires de la Patrie. Les involontaires d’une patrie que nous ne voulons pas, d’un gouvernement (ou dégouvernement) qui ne nous représente et ne nous a jamais représentés. Jamais personne ne les a représentés, ceux qui se sentent indigènes. Seuls nous-mêmes pouvons nous représenter ou peut-être, seuls nous pouvons dire que nous représentons la terre – cette terre. Non pas « notre terre », mais la terre d’où nous sommes, de qui nous sommes. Nous sommes les Involontaires de la Patrie. Parce qu’autre est notre volonté. Involontaires de toutes les Patries, désertez !

Traduit du portugais (Brésil)
par Armand Aupiais-L’homme
& Henrique Rocha de Souza Lima

1 Leçon publique donnée lors de la manifestation Avril Indigène – Cinelândia, Rio de Janeiro, le 20 avril 2016. Traduction de Armand Aupiais-L’homme et Henrique Rocha de Souza Lima, avec l’aimable autorisation de l’auteur, à partir de la version publiée aux éditions n-1 en 2016.

2 « Le mot indigène vient du latin indigena,ae « naturel du lieu où il vit, généré dans la terre qui lui est propre », dérivation du latin indu archaïque (comme endo) > latin classique in- « mouvement vers l’intérieur, de l’intérieur » + –gena dérivation du radical du verbe latin gigno, is, genui, genitum,gignere, « générer » ; signifie « relatif-ve à la population autochtone d’un pays ou qui s’y est établie antérieurement à un processus colonisateur » … ; par extension de sens (usage informel), [signifie] « qui ou ce qui est originaire du pays, de la région ou localité où il se trouve ; natif » » (Dictionnaire Électronique Houaiss).

3 NdT : Agroboy, nom péjoratif dérivé de playboy, désigne des jeunes issues de la bourgeoisie agroalimentaire exhibant ostensiblement leur richesse ; Barretos, municipalité de l’état de São Paulo, emblématique de la fortune des grands propriétaires terriens.

4 NdT : Sertão, régions semi-arides du Nord-Est ; beira-rio, communautés installées en bordure des fleuves ; favela, quartiers populaires informels en périphérie des villes.

5 NdT : « Coup » [golpe] signifiant également coup d’État, utilisé par les sympathisants de la présidente Dilma Rousseff pour qualifier la procédure d’impeachment lancée contre elle en 2016.

6 NdT : « PEC » est l’acronyme en Portugais pour « proposition d’amendement constitutionnel ». Ladite PEC prévoit de confier au seul Congrès fédéral la démarcation des terres indigènes.

7 NdT : Terres nationalisées, considérées comme indispensables à la défense des frontières, des domaines militaires, des voies fédérales, de l’environnement.

8 Le premier nom du SPI républicain (Service de Protection des Indiens) était SPILTN : Service de Protection des Indiens et Localisation des Travailleurs Nationaux. Il fut SPILTN, de 1910 à 1918, puis seulement SPI, avant de devenir FUNAI [NdT : Fondation National de l’Indien] en 1967, à la suite d’une enquête parlementaire qui a révélé un nombre incalculable d’abus, violences variées, exploitations et autres bienfaits protecteurs conférés par l’État.

9 NdT : Ribeirinhos, des communautés beira-rio (voir note 4 supra) ; quilombolas, de quilombo, république d’esclaves affranchis ; caiçaras, caboclos, curibocas, variation de figures issues de métissages entre indiens, noirs, blancs ; « parde », plus formel et d’usage administratif au même titre que « blanc », « indien », « noir ».

10 NdT : Député fédéral nationaliste accusé de prises de positions racistes, sexistes, homophobes, défendant publiquement le legs de la dictature militaire et l’usage de la torture. Le 17 avril 2016, à l’occasion de l’impeachment de la présidente Dilma, il rend hommage dans un discours devant l’assemblée, au tortionnaire Carlos Alberto Brilhante Ustra.

11 NdT : Référence au mythe de « l’homme [brésilien] cordial », fondé par l’historien Sérgio Buarque de Holanda dans l’ouvrage classique Raízes do Brasil (1936).

12 NdT : Quartier central de Rio de Janeiro.

13 NdT : Idem.

14 NdT : La guerre du Paraguay (1864-1870) opposa la « triple alliance » (Argentine, Brésil, Uruguay) au Paraguay, qui perdit la dispute territoriale et vu plus de la moitié de sa population décimée.

15 NdT : Ville de l’État de Rio Grande do Sul.

 

Eduardo Viveiros de Castro

Enseigne l’anthropologie au Musée National de l’université fédérale de Rio de Janeiro, après avoir enseigné à Cambridge et avoir été directeur de recherche au CNRS. Il a publié de nombreux ouvrages et articles, dont Métaphysiques cannibales (Paris, PUF, 2010) et The Relative Native : Essays on the Indigenous Conceptual Worlds (University of Chicago Press, 2015).