L’hétérarchie de l’intellect général

 

La métaphore initiale de l’intellect général était basée sur la comparaison entre l’organisation machinique du travail et le fonctionnement de l’esprit humain, matériellement réalisé par le cerveau. Dans la littérature théorique, l’intellect général apparaît à la fois comme la structure de connexion entre les connaissances et comme ce qui produit les valeurs. Nous le ré-éclairerons ici à la lumière de la notion d’hétérarchie, qui a émergé des premières théories du réseau neuronal artificiel, pour définir à la fois une structure de connexion et un principe de formation des valeurs.

L’hétérarchie

Malgré sa valeur heuristique, le concept d’hétérarchie n’est que rarement distinctement défini et est peu utilisé. Le commentaire principal en a été donné par Warren S. McCulloch (1945), qui est l’auteur du premier modèle théorique de réseau neuronal artificiel. McCulloch a conçu l’hétérarchie comme une topologie d’ensembles nerveux intersectés : certaines chaînes fermées sur elles-mêmes, en un réseau hiérarchique, sont intersectées par une chaîne supplémentaire (appelée « diallèle »), instaurant un croisement ou un lien qui agit comme un réseau d’un ordre supérieur, reliant entre elles de manière imprévisible les chaînes fermées qui peuvent chacune former une hiérarchie (voir les figures 1 et 2).

L’une des propriétés singulières des hétérarchies est que la loi logique de la transitivité des choix ne s’y applique pas : A peut être préféré à B, et B peut être préféré à C, sans que A se trouve forcément préféré à C. Cela s’explique par le fait qu’au lieu de composer une arborescence linéaire de choix se contraignant l’un l’autre au sein d’une même structure monoplane, comme c’est le cas des hiérarchies, les hétérarchies sont constituées de plusieurs structures hétérogènes entre elles, qui interviennent l’une au sein de l’autre, et conditionnent partiellement leur développement mutuels, mais selon des articulations pluriplanes, irréductibles à un unique enchaînement de choix linéaires.

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Figure 1 : structure de base d’une hiérarchie avec des chaînes formant des boucles selon un enchaînement linéaire monoplane (McCulloch 1945)

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Figure 2 : structure de base d’une hétérarchie avec une diallèle reliant les boucles selon une dimension d’ordre supérieur (McCulloch 1945)

L’hétérarchie est une multitude de hiérarchies, liées par des réseaux complexes et composant grâce à eux diverses agrégations d’acteurs et de relations. Cette structure est hétérogène, ce qui signifie que les relations et les acteurs sont extérieurs les uns aux l’autres. Il est important de souligner que la frontière entre l’« interne » et l’« externe » est conventionnelle au sein d’une hétérarchie. Une relation peut apparaître interne ou externe pour un objet selon le type de recherches menées ou selon les types d’interaction. Pour une telle propriété des relations d’hétérarchie, j’utilise le terme « extériorité » comme Manuel Delanda l’a appliqué à l’analyse de la multiplicité et de la complexité sociale (Delanda, 2006, p. 8). Les relations extérieures peuvent être également « internes » ou « externes », dans le cas par exemple où une personne peut apparaître à la fois comme un individu unique suivant son propre chemin d’existence mais aussi comme une entité multiple se composant statistiquement de profils émanant de données très diverses. Selon Delanda (et Latour), les relations extérieures forment les objets au moyen d’assemblages-agencements – au sein de processus de relations par interconnexions – et l’hétérarchie est la forme de structure qui émerge de ce genre d’interconnexions.

Les relations extérieures n’ont pas de sens constant et les acteurs sont des singularités qui ne peuvent pas être réifiées ni rigidifiées au sein d’un groupe ou d’une classe sociale stable, ne serait-ce que parce qu’ils appartiennent simultanément à différents types de groupes. L’hétérarchie (lue ici dans le contexte d’une théorie de l’intellect général qui est fortement inspirée par Spinoza) combine les propriétés du cogito et du conatus (« persévérance dans l’être »). Cette « persévérance » est la reproduction des relations indexées à certains encouragements ou répressions de leurs activités. La fusion de cogito et conatus implique non seulement un environnement social pour l’intellect ou le cerveau, mais elle implique aussi que la forme d’organisation interne de la structure d’hétérarchie présuppose de la mobilité, de la variabilité ainsi qu’une certaine inertie au sein de ces processus.

Au niveau macro de l’organisation, l’hétérarchie forme des agrégations résultant des répétitions statistiques de relations qui agissent comme des présuppositions imposant leurs lois au niveau micro, où les ego individuels génèrent des valeurs par le moyen de la définition de certains objectifs et d’autres activités intellectuelles. De même – inversement – les interactions au niveau micro établissent automatiquement des interactions au niveau macro. C’est pourquoi, les mêmes objets des relations sociales – les singularités – représentent aussi bien des agrégations statistiques au niveau macro que des ego individuels en quête de leurs propres objectifs au niveau micro.

Mon argument est que l’hétérarchie fournit une structure suggestive pour penser l’intellect général, pouvant aider à clarifier sa composition, ses propriétés en tant que « générales » pour la société ainsi que sa capacité à être « intellectuelle ». Faute de ce cadre conceptuel précisant sa nature, l’intellect général en reste au statut de belle métaphore. De plus, grâce à l’aide du concept d’hétérarchie, j’espère montrer que si l’intellect général peut dénoter une capacité à l’auto-organisation de la société envisagée comme un agrégat, il est difficile de l’identifier à quelque organisation institutionnelle ou un régime politique particulier que ce soit. L’intellect général apparaît dans tout type de structuration sociale animée par des processus d’auto-organisation.

L’hétérarchie et la multitude

La pensée de la multitude élaborée par Antonio Negri propose une perspective d’ontologie de la pluralité sociale, qui a la capacité à l’auto-organisation (Negri, 2002 & 2003). Ce n’est pas par hasard si Negri attaque le concept de « peuple » comme relevant d’un principe hiérarchique de souveraineté, présupposant la domination de l’ensemble (politique), comme unité, sur la pluralité. Negri y oppose la multitude comme relevant d’un ordre multiple et d’une multiplicité de structures, où les parties et l’ensemble sont ontologiquement équivalents.

La structure sociale dynamique est dirigée par « la téléologie du commun », où le commun est un nom pour la coopération intersubjective. L’hétérarchie peut fournir l’interprétation de cette structure comme relevant d’un ordre multiple, conçu de l’extérieur, sans risquer d’unifier le « commun » comme un fondement transcendant ou comme la présupposition transcendantale de la structure. L’hétérarchie tient l’ensemble et les parties comme des entités multiples immanentes qui ont des significations différentes selon l’environnement et selon les agencements différents, combinés récursivement, qui coexistent au sein de l’ensemble. Les parties n’ont pas davantage de prédisposition exclusive à la constitution de l’ensemble que l’ensemble n’a de fondement transcendant, de but ou de sens exclusif pour les parties organisées – et cela parce que les parties et l’ensemble émergent simultanément.

L’altérité, ou l’extériorité, est importante ici, car il ne suffit pas de dire que l’hétérarchie est une structure multiple. Elle pourrait simplement être une polyarchie, ou un réseau, et il n’y aurait alors pas besoin d’inventer un nouveau concept. L’hétérarchie reflète le fait que les relations et leurs significations ne sont pas seulement multiples, mais singulières, irréductibles à une structure hiérarchique intégrative, ce qui revient à dire qu’elles ont des séries de réalisations infinies. Cela signifie qu’une seule et même relation pour un groupe ou un individu particulier peut prendre beaucoup de significations différentes, dans la mesure où cette relation, connectée à une « diallèle », peut lier ces personnes à un autre processus d’organisation de groupe selon une causalité automatique. Des multitudes statistiques émergent de l’activité relationnelle des individus. Et comme elles émergent sans être guidées depuis le haut, le processus de structuration arrive de l’extérieur pour toute partie et tout ensemble des relations, faisant émerger diverses significations et diverses agentivités liées entre elles quoique sans intention « commune ».

La non-transitivité soulignée par McCulloch est la condition qui explique comment l’ensemble et les parties extérieures peuvent éviter le cercle vicieux de la téléologie de la coopération commune. Cette non-transitivité signifie qu’aucune relation particulière ou aucun sens particulier ne peut être pris comme universel. Toute composition de relations se manifeste localement, et la multiplicité des relations est topologique. Autrement dit, comme l’indique Delanda, les micro-relations sont toujours présentes dans les macro-environnements qui actualisent leurs propriétés, et une échelle macro se manifeste par les conséquences et la distribution d’échelles micro (Delanda, 2006, p. 19-21). Cet environnement est spatialement extérieur et temporellement irréversible par rapport à la relation, car à chaque pas logique en avant ou en arrière d’un état à l’autre, leurs positions, ou leurs significations, changent aussi (Von Goldammer et al., 2003). Pour cette raison, les conséquences des relations forment le temps social, et leur distribution parmi les singularités compose l’espace social. L’hétérarchie, en tant que structure de connexion virtuelle, organise des liens de singularités. Plus les relations ont de valeur, plus les connexions sont fréquentes et denses, plus rapide sera le temps social, et plus complexe sera l’espace social, et vice versa. Cela n’a rien pour nous surprendre, si nous nous souvenons que les connexions des neurones dans le cerveau sont structurées de la même manière – plus l’activité se répète (avec ses signaux correspondants), et plus denses seront les connexions neuronales qui se formeront.

Les relations de l’hétérarchie ont donc lieu en temps réel, et elles impliquent le processus comme leur aspect constitutif. Cette proposition nous mène au paradoxe d’une structure qui se manifeste comme un processus. Bien que la notion de structure soit habituellement associée à la stabilité et à la rigidité de l’ordre, nous avons ici un ordre qui émerge par le moyen des relations superposées, avec pour résultat que différentes séquences de relations conduiront à des ordres différents, quoique ceux-ci soient structurés selon le même principe d’hétérarchie. À son tour, si la non-transitivité amène à l’apparition de la structure processuelle, cette structure n’est rien d’autre que l’expérience réalisée – l’histoire du devenir d’un objet dans sa dépendance envers son cheminement propre (path-dependency). Cette affirmation, qui peut être formulée comme l’expérience d’un temps irréversible, est une exigence absolue pour la structuration des relations dans un environnement multiple.

Comment est-il possible que les parties soient également importantes pour l’ensemble, et que l’ordre vienne du processus, et non d’une intention ou d’une idée initiale ? La réponse a été donnée par Gabriel Tarde, qui a décrit un modèle de relations sociales multiples sans intention initiale, c’est-à-dire sans un objectif rationnel qui aurait été imposé a priori aux individus ou aux groupes. Tarde a caractérisé ce processus comme une imitation, à savoir comme un processus qui produit des subjectivités par le moyen de similitudes et de différences entre des attributs partiels et communs : les individus reflètent les traits de leurs groupes et les groupes s’organisent par la composition des attributs des individus, et non comme des sujets qui représenteraient l’ensemble social (Tarde, 1993, p. 28-32).

En tant que singularités, les acteurs de l’hétérarchie apparaissent dans un mouvement continu entre une relation actuelle par rapport à des situations particulières d’échelle micro et les opportunités qui sont offertes par les conditions générales d’échelle macro. On a bien là une forme de coopération et de coproduction « de l’ensemble des singularités, des réseaux qui composent cet ensemble et de cet ensemble qui comprend les réseaux, etc. » (Negri, 2002). Selon Negri, et aussi selon Delanda, on peut dire, que non seulement un corps unique est singulier, mais aussi qu’une certaine agrégation de ces corps l’est également (Delanda, 2011, p. 185-186). Les singularités individuelles qui forment des relations de réseau établissent immédiatement des agrégations – des singularités générales, qui apparaissent comme un ensemble et qui, par rapport à chaque singularité individuelle, possèdent des propriétés hiérarchiques. Les agrégations de singularités générales ne sont pas égales à des singularités individuelles, ou à leur somme, mais sont équi-significatives par rapport à celles-ci, assemblant des réseaux de singularités à des hiérarchies particulières pour démontrer certaines propriétés et pour accomplir certaines fonctions. Encore une fois, nous devons nous rappeler que tous les types de singularités sont toujours en mouvement entre la hiérarchie et le réseau, entre le commun et le particulier.

Comme l’affirme Negri, dès lors que les individus et les groupes deviennent des singularités, c’est-à-dire des objets relationnels, ils ne peuvent pas être exhaustivement identifiés avec un attribut particulier, une rationalité, une profession, une ethnicité, etc. Les identifications deviennent processuelles, et la reproduction de nouveaux attributs signifie leur récursivité dans des réseaux de singularités. La superposition des réseaux de relations produit des hiérarchies récursives qui apparaissent sur des associations multiples de singularités. Par conséquent, la multiplicité est une origine de la hiérarchie aussi bien que du réseau. Des réseaux multiples accompagnent les hiérarchies, et des hiérarchies récursives accompagnent les réseaux. Les agrégations de singularités se reproduisent d’une manière fractale, par la simulation d’une unité fonctionnant comme une similitude au sein de la diversité. Une telle qualité, acquise par les singularités, peut être fréquemment observée dans les façons dont un groupe assujettit ses membres selon l’imitation de traits individuels.

On peut donc dire que l’établissement de tout réseau singulier est présupposé par une hiérarchie d’agrégation de l’ensemble et, vice versa, que la hiérarchie est présupposée par les réseaux. Les relations restent multiples par le moyen des réseaux, mais localisées par les hiérarchies correspondantes. Toute hiérarchie est agrégée par l’intersection des réseaux de singularités voisins, et sa description adoptera toujours les connexions et les significations des entités contiguës. C’est un acteur singulier des réseaux et un élément de hiérarchie, qui combine de cette manière les échelles de relations macro et micro. Les singularités actualisent les interactions dans la mesure où elles sont des éléments d’une hiérarchie plus générale et d’un ordre pertinent différent d’elles-mêmes. Les relations entre les singularités ne sont pas basées sur une hiérarchie ou un réseau ; elles impliquent des relations avec d’autres hiérarchies d’ordres plus généraux et locaux, ainsi que des relations avec des réseaux contigus. Par conséquent, les éléments de deux hiérarchies différentes ne peuvent interagir que dans les limites d’une troisième hiérarchie, partiellement commune ou partiellement différente. Un réseau provenant d’une hiérarchie ne peut pas être déplacé dans l’espace d’une autre hiérarchie ou établir une relation égale avec elle. Dans une certaine mesure, les hiérarchies se multiplient dans le processus de différenciation du réseau. C’est pourquoi les relations sociales ont tendance à être conservatrices, tandis que les éléments d’une hiérarchie sont passifs dans leurs relations avec des éléments d’autres hiérarchies.

Néanmoins, la praxis sociale, en tant que production de subjectivités et de relations, est faite par tous, c’est-à-dire par chaque singularité, et non par certaines hiérarchies seulement (Negri, 2002). Ce sont les réseaux de singularités, et non les hiérarchies d’identités, qui se révèlent être un outil de multiplication des systèmes ordonnés. De par la nature singulière du social, l’activité se propage à travers les réseaux mobiles, ce qui rend impossible l’assujettissement de l’hétérarchie (en tant que structure de connexion sociale) à tout ordre institutionnel particulier (Krasavin, 2017, p. 190-191). Il apparaît donc que les relations sociales sont des hiérarchies formatrices de réseaux, dont l’organisation hétérarchique émerge automatiquement de l’activité des singularités. L’assemblage relationnel de cette hétérarchie est métastable, de sorte que les positions des singularités dans la structure de connexion, les formes de leur subjectivité et les formes de leur activité dépendent mutuellement les unes des autres. Leurs connexions s’alignent par une distribution topologique et par une irréversibilité temporelle des liens. Le temps est irréversible, mais les relations sont réversibles. Les types de relations sont finis, mais la variété des situations est infinie.

Transformations de la multitude et de l’intellect général

La structure de connexion que nous avons proposée ci-dessus devrait nous aider à préciser si la métaphysique du « commun » de la multitude décrite dans le post-operaïsme peut former un intellect général agissant comme un moyen d’émancipation des chaînes du capitalisme. Pour ce faire, nous devons analyser comment l’organisation de la multitude et l’intellect général peuvent déterminer les ordres sociaux, à la lumière des propriétés de l’hétérarchie décrites ci-dessus. Le concept de multitude a été emprunté par Antonio Negri à Alexandre Matheron et désigne une organisation décentralisée des relations, représentant le processus d’association qui forme des groupes sociaux parmi les groupes d’individus (Matheron, 1988, p. 370-371 ; Negri, 2007, p. 109 & 140). Contrairement à la théorie du contrat social, l’organisation de la multitude passe par les décisions individuelles des acteurs à l’échelle micro qui établissent automatiquement l’ordre politique comme agrégation. Les institutions contractuelles viennent après cela et pas avant (Matheron, 1985, p. 259-274 ; Balibar, 2011, p. 69-71).

Si la multitude est la multitude, elle doit établir toutes sortes de relations et de types d’acteurs qui rivalisent et collaborent simultanément (Thacker, 2004). La multitude ne sert à personne, étant elle-même l’origine de tout ordre. La libération envers un type d’ordre signifie l’obéissance à une autre : on est dans une pluralité ontologique de la société. Par conséquent, comme le souligne Eugene Thacker, la multitude en tant que réseau présuppose des topologies diverses de relations, qui ne peuvent être regroupées en une structure hiérarchique mais qui sont implicitement supposées être différentes. Cependant, continue Thacker, l’ontologie du réseau est incapable de résoudre le problème de la combinaison de différents ordres sociaux car le réseau (comme le mode d’organisation) n’absorbe pas les propriétés des différentes topologies qu’il comprend. Par conséquent, le réseau néglige l’aspect temporel du problème, et ne montre pas l’ordre de succession ou de distribution des relations. Cela rend difficile la spécification d’objets et de relations concernant des situations particulières. Au contraire, le réseau se détermine en fonction des topologies (types de relations, commandes, types d’acteurs, etc.) qu’il comprend (Thacker, 2004).

Ce qui unit la multitude sans unification est l’intellect général, en tant que communication sociale qui produit des subjectivités et des connaissances. Ce dernier demande un autre mode d’organisation et un autre type d’acteur que la singularité et l’agrégat. Un autre type d’acteur est un ego qui est en quête de certains objectifs et qui produit des connaissances, et un autre mode d’organisation est la hiérarchie. Comme on l’a souligné précédemment, la hiérarchie émerge par la récursivité des relations dans les réseaux superposés de singularités. Chacune des conditions sociales se superpose aux autres, transformant une multitude de caractéristiques particulières en une communauté de singularités. En outre, la hiérarchie apparaît non seulement comme un moyen d’organisation extérieure, mais aussi comme un mode de reproduction intérieure des singularités. La récurrence des relations offre l’opportunité de leur manipulation temporelle et finie en vue d’un objectif commun. La hiérarchie réduit la multiplicité à la simulation de l’unité par la coïncidence des raisons et des objectifs des relations, et le point de coïncidence est la hiérarchie elle-même. Par conséquent, à travers des retards et le fonctionnement du temps, elle intègre les relations et les propriétés des singularités. Grâce à la hiérarchie, les singularités opèrent la médiation des processus, assemblent les liens et synthétisent les valeurs (les sens), c’est-à-dire apparaissent comme des egos, en quête de certains objectifs, différents des simples agrégations.

Toutefois bien que les singularités individuelles établissent automatiquement la multitude comme un agrégat (singularité universelle) en lui attribuant les propriétés d’un ensemble, il est assez difficile d’imputer à cet ensemble des valeurs ou des volitions universelles, ou toute autre caractéristique d’un ego. L’agrégation est inhérente à toutes les singularités, et l’ego n’en est qu’un exemple, alors que les actions des autres (par déterminisme ou autopoiesis) doivent être acceptées comme données. Différents types de singularités individuelles démontrent différents niveaux d’ego. Les personnes sont les principaux médiums et les agrégats « corporels » finis qui se manifestent comme des egos. Le type suivant est fourni par les organisations, qui comprennent des agrégations de personnes unies par une hiérarchie de relations de reproduction (institutions). La multitude (communauté) est l’agrégation la plus générale, qui possède des propriétés de l’ego de façon aléatoire, car ses frontières sont vagues et sa hiérarchie est externe. Nous pouvons voir que l’agrégat et l’ego se supplémentent l’un l’autre. Le processus dans lequel l’ego et l’agrégat se correspondent est le « travail vivant » ou « le commun » (Negri, 2003, p. 225-235).

En tant que capacité cognitive sociale, l’intellect général provient du travail vivant, ou du commun, produit par la multitude sous la forme d’information et de connaissances. Nous pouvons voir que l’analyse des relations sociales laisse derrière elles des structures institutionnelles rigides, certains modes de production et les moyens de leur évaluation. « Vivant » désigne la variabilité du travail, l’absence de moyens stricts d’évaluation, c’est-à-dire de moyens qui pourraient être réifiés dans le modèle d’objets ou d’institutions matériellement isolables. Si l’information et les connaissances ne peuvent pas être totalement localisées, elles ne peuvent pas non plus être manipulées selon l’attribution de certaines propriétés. Elles sont déplacées, tout en restant au même endroit ; celui qui les donne ne les perd pas. Notre tâche est de comprendre les relations qui créent et organisent l’information et la connaissance, en tant que « commun », dans l’intellect général en tant qu’ensemble.

Bien que le commun ne puisse pas être réifié, il est néanmoins structuré, d’une manière ou d’une autre. L’information et les connaissances présentent des différences, ils forment différents objets. L’information comme collecte de données est une agrégation, ou un état de connaissance agrégé. En tant que telle, l’information n’a pas de propriétés qualitatives, seulement quantitatives. L’information devient connaissance quand elle est attribuée à un ego, c’est-à-dire à un acteur doté de certains objectifs en vue de certaines actions. Par conséquent, c’est seulement en fonction d’un certain acteur qu’on pourra déterminer ce qui sera reconnu comme de l’information ou comme de la connaissance. Il n’est pas exagéré de dire que les connaissances définissent la capacité d’un acteur à avoir un éventail d’objectifs et de conséquences d’actions, et donc qu’elles constituent la subjectivation d’un acteur. C’est ainsi que l’acteur, en tant qu’agrégat de propriétés et de qualités, se transforme en un ego doté de ses propres objectifs. Bien sûr, comme on l’a vu, nous pouvons ajouter que chaque ego est lui-même une partie d’agrégats plus généraux, et que certains de ceux-ci (en tant que groupes, organisations) possèdent également des propriétés de l’ego.

Selon l’environnement et la configuration des liens, la singularité individuelle transforme différemment l’information en connaissance et peut également l’utiliser différemment. L’information circule également naturellement dans des communautés particulières. Grâce à la hiérarchie organisationnelle, la communauté acquiert de meilleures capacités cognitives, réalisées dans l’activité d’établissement des objectifs qu’elle se fixe. Cela contribue à la dissémination (dissimulation) de l’information et à l’augmentation des connaissances. La reproduction institutionnelle de la communauté, agissant comme une sorte d’ego, en tant que médiateur, peut exploiter certains « trous structurels » (Burt, 1992, p. 30-37) dans l’ensemble social pour en extraire certains avantages et certaines formes de pouvoir. À son tour, le pouvoir, en particulier le pouvoir du capital, excelle à régir les liens sociaux comme des agrégats. Nous avons ici les deux côtés de l’opération des agrégats : d’une part, la possibilité qu’a l’ego de les soumettre à son exploitation signifie que le dépassement total des inégalités ne viendra jamais ; d’autre part, le manque de contrôle total des agrégats par l’ego signifie le renversement inévitable de tout totalitarisme, lequel reste toujours temporaire et partiel. Cela signifie que « faire multitude », aussi bien d’ailleurs qu’« exploiter la multitude », est un processus sans fin qui n’arrivera jamais à terme. L’intellect général offre des opportunités pour les deux faces de ces processus, et peut être également utilisé pour l’émancipation et pour l’hégémonie.

Intellect général, hétérarchie et nouvelles formes d’organisation

Examinons maintenant certaines opportunités et limites de l’exploitation de l’intellect général à l’aide de l’exemple de la gestion du « travail vivant » dans les entreprises informatiques et des menaces possibles qui en émanent pour la société. La sociologie corporative (après les adeptes de Gramsci) a déjà pris conscience de l’organisation cognitive et a fourni certaines analyses sur le sujet. Dans sa recherche, D. Stark décrit un nouveau type d’organisation managériale en des termes qui sont presque indiscernables du concept d’intellect général défini par Paolo Virno (Virno, 2001). Cette nouvelle organisation représente une forme managériale d’« intelligence distribuée dans laquelle les unités sont responsables latéralement selon divers principes d’évaluation » (Stark, 2011, p. 19). Selon Stark, cela se produit dans les processus de courtage et d’entrepreunariat entre les organisations lorsque des entreprises individuelles et hiérarchisées spécifiques servent de médiation au travail d’autres acteurs, ou les incluent dans leur système de relations. En d’autres termes, une organisation hiérarchique, qui a accès à une autre, peut contribuer à l’établissement de certaines structures communes de relations. Pour Stark, cette structure représente « l’organisation de la dissonance », qui rend la complexité sociale fonctionnelle pour les différentes comptabilités de valeur. Pour Virno (et Negri serait sans doute d’accord avec cela), « l’intelligence distribuée » évaluée différemment est cet intellect très général associé à une structure sociale variable émergente. Comme d’autres l’ont déjà remarqué, la théorie de la gestion d’entreprise, inspirée de l’exemple de la Silicon Valley avec le style de communication informel de ses programmateurs, a abouti aux mêmes conclusions que les penseurs de l’opéraïsme italien. Ce qui est plus surprenant, c’est que le nom du nouveau type de structure donné par Stark pour décrire ce phénomène est celui d’hétérarchie.

Mise en pratique, cette méthode d’organisation pourrait résoudre le problème principal de la théorie sociale : celui de la différence entre la structure et l’action, ou dans le contexte de cet article, entre l’action et la cognition. Stark propose de fusionner la complexité sociale agrégée et l’activité d’établissement d’objectifs d’un ego dans la structure organisationnelle. Cependant, cette technique n’est vraiment qu’une exception aux règles ; dans la pratique sociale, l’hétérarchie (et ses perspectives économiques prometteuses sous forme d’intelligence distribuée) est en réalité peu susceptible de formalisation. L’irréversibilité du temps et la répartition topologique des processus, conduisant à la complexité des relations, en sont les principaux obstacles. Toute organisation hiérarchique est une sorte d’ego, limitée par ses propres objectifs. La fusion linéaire entraîne généralement une interruption de leur travail. Bien sûr, ils peuvent établir une sorte de médiateur, mais l’organisation, étant un ego, sera également limitée par ses propres objectifs finis. Si elle absorbait les deux organisations précédentes et redistribuait leurs tâches et leurs résultats, nous aurions une autre hiérarchie, et non une hétérarchie.

La présence de buts et de valeurs fait affleurer la finitude de l’organisation, qui est subordonnée à l’ordre hiérarchique – alors que l’hétérarchie, en tant que multiple, surmonte tout ordre particulier en établissant de nombreux ordres différents comme agrégations de singularités. Les différentes hiérarchies appartiennent à des situations différentes (les endroits dans l’espace de l’hétérarchie des relations), tandis que leurs connexions établissent la troisième situation qui n’est pas associée aux cibles des deux premières, et ainsi de suite. Cette façon de changer est infinie et hétérogène.

Des principes d’évaluation divers sont possibles dans le cas d’organisations relativement petites, comme les start-up et d’autres formes d’affaires petites-bourgeoises, mais la multitude de la petite bourgeoisie (généralement appelée « marché ») produit naturellement de grandes organisations hiérarchiques qui abolissent leur hétérogénéité originelle (ou l’utilisent sous la forme de gestion de projet). Toute organisation existe en tant que forme de communautés qui se superposent (c’est-à-dire d’une multitude agrégée) et en tant que hiérarchie récursive avec des objectifs finis et perpétuels. Or ces deux aspects se contredisent ; ils peuvent s’exploiter l’un l’autre bien sûr ; mais ils ne sauraient fusionner. Leur intellect général n’émerge pas automatiquement, mais apparaît sporadiquement dans certaines situations locales.

Il est important de se rappeler ici l’autre côté de l’Intellect Général, déjà mentionné plus haut : son potentiel d’exploitation et de contrôle sur la société. Comme l’ont déjà dit Carlo Vercellone et Matteo Pasquinelli, entre autres, le développement du numérique peut contribuer à accroître grandement la capacité de surveillance du pouvoir et du capital (Vercellone, 2007 ; Pasquinelli, 2013). Le balayage continu de la communication des personnes permet au capital de médialiser la dissémination et la transformation de l’information en connaissances, avec la capacité de manipuler « l’économie de l’attention » aux fins du « capitalisme cognitif » (Pasquinelli, 2009 ; Terranova, 2012). Toute innovation technique qui facilite l’agrégation des relations sous forme de données conduira tôt ou tard à une croissance du contrôle sur la multitude. Cela se produira même si l’idée initiale de l’innovation technologique allait exactement en sens inverse.

L’Internet lui-même est l’un des meilleurs exemples de ce cas. Originellement initié en tant que communauté libertaire, il offre maintenant beaucoup d’occasions de surveillance. Peut-être qu’un exemple encore meilleur est à chercher du côté de la technologie du blockchain, qui retrace tous les mouvements de transaction sur internet. À l’aide de cette innovation, les gens peuvent contrôler leur argent et leurs propriétés et se faire confiance, ce qui signifie qu’ils n’ont pas besoin des médiateurs traditionnels pour les opérations financières. Cela signifie-t-il pour autant que les banques disparaîtront bientôt et que le libertarisme communiste apparaîtra ? Une technologie particulière offre des opportunités pour tous les aspects du problème. Non seulement les individus et les petites entreprises l’utiliseront, mais aussi les grandes entreprises qui, à l’aide du blockchain, tenteront de contrôler toutes les transactions pour combiner leur pouvoir technique et financier. Plusieurs super-entreprises, agissant comme des egos, seront en compétition avec une multitude d’autres singularités, et le résultat n’en saurait être prévu à l’avance. Comme le pouvoir et le capital sont des hiérarchies de réseaux extérieurement organisées, l’agrégation de ces réseaux de singularités travaille non seulement à leur dépassement, mais aussi bien à leur reproduction.

Cette dernière thèse sur l’extériorité du pouvoir et du capital, cependant, peut clarifier les limites sur lesquelles vient buter l’exploitation de l’intellect général. L’extériorité du pouvoir signifie qu’il ne provient pas seulement du charisme ou des intentions particulières, mais plutôt de l’accord des corps obéissants. Bien sûr, la surveillance offre de nombreuses possibilités de contrôle et de manipulation de la vie, de la connaissance et de la communication humaine, mais cela ne signifie pas que les forces d’exploitation ont un programme irréversible pour nos vies et nos communications. De tels projets totalitaires ont été tentés dans l’histoire récente, et sont apparus utopiques. C’est seulement grâce à l’absence d’idéologie rivale à la simple idée d’« acheter à bas prix pour vendre cher » que le capitalisme survit. Il sert et exploite tout type d’organisation sociale qui accepte une certaine dose de privauté (privacy) (d’intimité, d’espace privé ; privauté induit une impression de petite délinquance). Si la simple vie et la communication humaine constituent la source de l’accumulation du capital et de la forme du pouvoir institutionnalisé, alors la multiplicité et l’extériorité de leur organisation mettent une limite stricte à l’autoritarisme du pouvoir et à l’égoïsme du capital. La subordination totale de la structure de l’hétérarchie des liens sociaux est impossible – et cela rend impossible une subordination totale de l’intellect général, qui change au cours des relations de singularités et de leur capacité de faire des choix. Comme l’hétérarchie, l’intellect général est perçu en tant que virtuel, ce qui signifie qu’une entité virtuelle ne peut être exploitée que partiellement par les pouvoirs de domination, ainsi que par ceux de la libération, dans les limites strictes de certains problèmes particuliers. Comme l’hétérarchie, l’intellect général excède tout ordre hiérarchique limité par ses objectifs imposés, et peu importe à cet égard qu’il s’agisse d’émancipation ou d’exploitation.

En tant que structure de connexion, l’hétérarchie révèle des propriétés qui rendent très limitées les possibilités d’exploiter l’intellect général aussi bien que de l’utiliser pour renverser le capitalisme (ou tout autre ordre social). L’assujettissement total de l’intellect général à quelque objectif que ce soit est impossible, puisqu’il s’agit de l’agrégat de l’ensemble social, qui affecte rétroactivement toutes les singularités de la multitude. En raison de l’irréversibilité du temps et de la configuration topologique des liens, toute singularité particulière – un agrégat ou un ego avec ses objectifs politiques ou économiques – dépendra toujours de son emplacement dans la structure de connexion. L’hétérarchie et l’intellect général offrent des opportunités pour l’émergence d’agrégation et pour la formation d’egos, mais c’est tout. Ils ne sauraient être mis au service d’un ordre social particulier, car ils produisent tous les ordres simultanément.

De même que le cerveau ne soupçonne pas l’existence de l’ego, de même l’intellect général, constitué par l’hétérarchie sociale, ne connaît rien du capitalisme, cognitif ou autre. En raison de la différence des agrégats et des egos, l’intellect général n’est pas égocentrique, il ne peut donc pas être subordonné, bien qu’il soit partiellement possible d’opérer son auto-organisation. Les machines d’information sont organisées autour de certaines fonctions et n’ont pas d’ego, c’est-à-dire elles n’apparaissent pas comme des espèces, qui prennent leurs propres décisions (transformant l’information en connaissance) dans un processus de temps irréversible. S’il n’y a pas d’ego commun, alors, il n’y a pas d’intellect général en quête d’objectifs particuliers, seulement l’intellect général comme l’auto-organisation d’agrégations de singularités.

Conclusion

Le modèle structurel de l’hétérarchie offre des opportunités et impose des limites aux relations sociales et met donc en lumière la mesure dans laquelle le phénomène de l’intellect général peut être représenté dans la structure virtuelle des connexions sociales ainsi que dans une organisation institutionnelle spécifique. Dans ce cas, il est important de se rappeler que l’introduction de la notion d’hétérarchie par S. McCulloch était directement liée à son modèle théorique de réseau neuronal artificiel, régi par la non-transitivité. La restriction imposée à la transitivité s’avère utile ici, car elle interdit la mise à l’échelle de toute propriété sans altération des objets ou des relations. C’est-à-dire que ce principe se réfère à la capacité de penser, en connexion aux institutions sociales. Par conséquent, la structure hétérarchique implique inévitablement une complexité et une multiplicité croissantes au sein d’un temps irréversible, auquel l’esprit humain et le code de programmation font toujours face. Si l’intellect général est quelque chose de plus qu’une simple métaphore, la restriction de la transitivité et la complexité incontrôlable devraient devenir ses propriétés inhérentes.

Une société pensée comme une structure hétérarchique relève toujours de l’intellect général puisqu’elle s’auto-organise dans un temps irréversible grâce à l’association de relations hétérogènes. Les machines et les media accélèrent la communication, rendant cela plus visible et partiellement calculable, mais ils ne la remplacent pas ou ne la reproduisent pas, car ils ne la considèrent pas comme leur raison pour l’existence, contrairement à ce que font les personnes humaines. Bien sûr, les actions des gens et des organisations sont limitées par leurs objectifs et leurs fonctions, mais contrairement aux machines, elles prennent des décisions par elles-mêmes.

La structure multiple de l’hétérarchie fournit à la société l’expérience et l’automatisme de l’action, mais nie sa réflexion comme étant sa source d’organisation. Certaines opportunités offertes par l’intellect général peuvent être utilisées, mais elles ne peuvent être contraintes de se conformer à un ordre institutionnel spécifique. Le contrôle et la variation ont la même source : les hiérarchies des relations prolifèrent dans une hétérarchie, tandis que les réseaux sont un outil de prolifération. Avec le contrôle et les méthodes d’application, l’intellect général produit des méthodes de libération, qui portent en elles de nouvelles limitations. En détruisant les institutions industrielles, l’organisation du réseau a apporté de nouvelles hiérarchies de contrôle. Ce processus est irréversible, et seulement partiellement contrôlable : les processus et la composition de la distribution topologique peuvent varier, tandis que l’auto-organisation de la multitude restera toujours extérieure à tout ordre social.

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Igor Krasavin

Professeur associé dans le département de philosophie sociale de l’Université d’État d’Oural Yekaterinburg (Russie). Il a publié récemment « Political Economy of Social System: Ties, Relations and Organisation » disponible en ligne sur