Mettre fin aux prohibitions criminogènes

Les absurdes politiques répressives contre la solidarité avec les migrants, contre l’usage de drogues, contre les manifestations contestant le gouvernement, remplissent les tribunaux correctionnels – mais aussi les médias et les conversations – de crimes inexistants. Pourquoi s’obstiner à prohiber la consommation ou le commerce du cannabis – alors même que la consommation excessive d’alcool, substance parfaitement légale, produit bien plus de dommages collatéraux que celle des autres drogues ?

Autoriser le commerce du cannabis, des hallucinogènes et des drogues dures, permettre leur usage dans des structures offrant un cadre sécurisant et un soutien effectif, cela permettrait d’obtenir plusieurs résultats conjugués. Résoudre une bonne part du problème de la surpopulation carcérale – auquel les discours politiques d’arrière-garde n’imaginent de remédier qu’en dépensant des milliards pour construire de nouvelles prisons et engager de nouveaux fonctionnaires. Éviter de briser inutilement des vies et de les engager dans des situations de violence et d’exploitation, dues non aux drogues elles-mêmes, mais aux conséquences de leur criminalisation : les rivalités entre gangs, les petites et grandes délinquances des quartiers comme des réseaux internationaux retomberaient comme un soufflé, dès lors que la prohibition cesserait de garantir des gains énormes au trafic des quelques substances arbitrairement décrétées illégales. Aux USA comme en France, les politiques prohibitionnistes contribuent à opprimer plus encore les minorités ethniques déjà défavorisées, et continuent à leur imposer une violence héritée de la tradition esclavagiste et colonisatrice. À l’inverse, les sommes énormes économisées par la non incarcération, par la non surveillance du commerce, permettraient d’investir dans des dépenses d’éducation et de développement qui favoriseraient la participation civique des décrocheurs des banlieues.

Parmi ces prétendus crimes que sont les pratiques minoritaires, il y a aussi les pratiques sexuelles. Jusqu’à il y a quelques décennies à peine, l’amour homosexuel était considéré en France comme un crime ; encore aujourd’hui l’adoption et la reconnaissance d’enfants par des couples homosexuels sont entravées, alors que plusieurs pays limitrophes le permettent. Autre criminalisation absurde : le port du voile islamique vis-à-vis duquel on ne sait qu’exclure au lieu d’intégrer. Réprimer la religiosité en tant que telle – à travers ses « signes ostentatoires », portés par les seules femmes – est aussi contre-productif qu’injuste.

Sommant les individus de faire allégeance à la République en se distinguant de leurs communautés par le respect de politiques prohibitionnistes, l’État favorise ceux capables de se fondre dans la Nation, et repousse les autres vers les pratiques prohibées, identifiées dès lors par l’opinion publique aux pratiques immigrées. Les législations actuelles ont ainsi les mêmes conséquences disproportionnées que la prohibition de l’alcool aux États-Unis au début du XXe siècle, ce qui multiplie les violences, et les colore de racisme, au lieu de les contenir. Dans tous ces cas, c’est la prohibition qui génère la criminalité.

Prohiber des pratiques de stimulation psychologique ou de modification de l’humeur, est absurde quand tant de produits en vente libre ou légale, à commencer par le vin, donnent accès à des effets semblables. Mieux vaut pour un État qui se prétend protecteur donner l’occasion d’apprendre de pairs l’usage de ces substances. Encore faudrait-il qu’il y ait suffisamment d’espaces publics, de quasi-salons accessibles dans l’ensemble des quartiers. Dans les salons des quartiers bourgeois, la drogue circule sans être apparemment prohibée. C’est dans les ghettos qu’on se tue, qu’on arrête et qu’on emprisonne. Comment s’étonner que la police prohibitionniste y soit reçue avec des cailloux ?