Politiser la jeunesse kanak

 

Il est une jeunesse qui n’a pas connu la « séquence politique révolutionnaire constituant le peuple kanak national1 », elle est considérée en Nouvelle-Calédonie comme ce que l’on pourrait appeler la « génération des accords ». Elle évolue dans une période appelée les « années de concorde2 » par opposition à celles dites de « discorde » qui ont traversé cette collectivité sui generis entre les années 1984 et 1988. Cette jeunesse souvent décriée, parfois vantée et souvent surprotégée par rapport à la génération de ses aînés bénéficie depuis presque trente ans d’un certain nombre d’avantageux programmes de formation et de financements pour poursuivre ses études supérieures. Des bourses provinciales, gouvernementales aux programmes « 400 cadres » ou « Cadre Avenir », tout est mis en place depuis 1988 pour que les « vingt-trente ans » prennent les commandes de leur futur pays tant dans le secteur public que privé. C’est Jean-Marie Tjibaou, lorsqu’il se rend, en tant que seul représentant des indépendantistes, à Matignon en mai 1988 pour négocier avec Michel Rocard alors Premier ministre et Jacques Lafleur, leader des « loyalistes3 », qui engage le peuple kanak sur une lutte qui s’annonce novatrice. Après avoir réclamé l’indépendance par les armes, il est forcé de constater que ses quelques milliers de militants ne feraient pas le poids contre la troisième armée du monde, ce que ne manqua pas de lui rappeler Michel Rocard4 au moment des palabres. Nul n’est besoin de rappeler le caractère relatif du principe d’égalité dans les rapports de force en matière de négociations. Ainsi, à son retour sur le « Caillou5 », Jean-Marie Tjibaou passa la dernière année de sa vie à convaincre son peuple de la nécessité, à ses yeux, de s’engager dans cette nouvelle forme de lutte. Cela lui coûtera la vie puisqu’il fut assassiné par Djubelly Wéa, un militant lui-même indépendantiste, qui considéra son acte comme une trahison par rapport aux dix-neuf « frères » qui perdirent la vie lors de l’assaut de la grotte d’Ouvéa.

Ainsi, avec les accords de Matignon, les indépendantistes intègrent des institutions qu’ils ne contestent plus et s’engagent dans une lutte placée sous le couvert démocratique, en repoussant à plus tard l’échéance d’indépendance. Ils s’intègrent pleinement dans le jeu du pluralisme politique en proposant une formule pluripartite aux élections provinciales et deviennent désormais majoritaires dans deux des trois provinces qui régissent la collectivité. C’est ainsi que va débuter, pour une jeunesse kanak qui était jusque-là largement politisée puisqu’évoluant dans un territoire en pleine lutte d’indépendance, une nouvelle ère placée sous l’égide de l’égalité d’accès à l’éducation. Jusque-là, cette jeunesse ne pouvait globalement fréquenter que les bancs des écoles privées. Elle ne poursuivait donc qu’à très faible taux des études supérieures. Ainsi, l’après-1988 constitue pour elle le début d’une ère que l’on peut qualifier de réelle révolution. Il suffit, par exemple, de regarder les critères d’accès à un programme comme « Cadre avenir », pour comprendre qu’il s’agit de donner l’exclusivité du bénéfice de ces aides aux jeunes calédoniens. Être né en Nouvelle-Calédonie, avoir moins de quarante ans et « un projet professionnel de niveau cadre moyen ou supérieur correspondant à un besoin identifié de la Nouvelle-Calédonie6 » sont autant de conditions à réunir pour prétendre à un tel financement. On l’aura compris, il s’agit de rationnaliser la formation des jeunes du pays par un investissement qui mobilisera des fonds publics permettant de subventionner des études adaptées aux nécessités des différents secteurs économiques de la Nouvelle-Calédonie. L’objectif est donc de « décoloniser » par la formation des natifs.

Parallèlement à cette augmentation des capabilités accumulées par la jeunesse, notamment kanak, il est constaté statistiquement qu’elle vote pourtant moins. En avril 2016, la Dynamique Unitaire Sud (DUS), nouveau parti politique alliant la majorité des forces indépendantistes de la province Sud, a révélé un chiffre plutôt alarmant de personnes non inscrites sur la « liste électorale spéciale ». L’inscription sur cette liste constitue un enjeu capital en Nouvelle-Calédonie car elle donne ou non le droit de voter lors du futur référendum d’autodétermination qui devrait se dérouler en 2018. En se basant sur des chiffres fournis par la Direction des affaires coutumières de l’exécutif calédonien, la DUS a fait état de 82 749 kanak7 majeurs recensés pour 65 000 inscrits sur la liste électorale générale permettant de voter au référendum. Par une simple soustraction, la DUS a déduit qu’il existerait donc actuellement à peu près 25 000 kanak non-inscrits sur les listes électorales. Bien que parmi ces 25 000 personnes, il faille inclure des personnes ayant subi une suppression de droits civiques, ayant été absentes de manière prolongée en dehors de la collectivité ou encore, n’ayant pas indiqué à leur mairie un éventuel changement d’adresse, ce nombre paraît, à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie, colossal, puisqu’il représenterait un quart de la population kanak et presque un dixième de la population du pays. La DUS en a déduit que ces 25 000 non-inscrits concernaient en grande partie des jeunes kanak qui n’ont pas fait la démarche de s’inscrire auprès de leurs mairies respectives.

Nous n’entrerons pas ici dans la polémique, qui continue d’ailleurs actuellement de sévir en Nouvelle-Calédonie, concernant les recours émis à l’intention de personnes inscrites illégalement. Nous ne nous aventurerons encore moins dans un débat technique pour savoir si l’initiative de s’inscrire relève directement des mairies ou des administrés eux-mêmes. Cette analyse tentera plutôt ici d’apporter des pistes de réflexion sur un conflit devenu générationnel. En effet, le pourcentage de non-inscrits sur la liste électorale spéciale parmi la population kanak interroge, puisqu’il détermine l’échéance électorale qui s’annonçait initialement cruciale pour son devenir. Pour des leaders politiques indépendantistes qui, pour beaucoup, ont quitté ce monde, le « non » au référendum pourrait s’apparenter à « la mort du peuple kanak8 ». L’usage du droit de vote, notion qui paraissait acquise en 1988 après la signature des accords de Matignon, est devenu beaucoup plus relatif pour la jeunesse kanak d’aujourd’hui. Au fil des décennies, cette jeunesse qui a grandi durant l’application concrète de ce traité de paix, semble donner moins d’importance à cette idée. Que représente aujourd’hui ce droit qui, pour les anciens, est devenu un devoir ? Quelles sont les raisons qui poussent un jeune à ne pas aller s’inscrire dans sa mairie de résidence ? Est-ce le fait qu’il ne se reconnaît pas dans ses leaders, qu’il ne reconnaît pas les institutions mises en place par les accords de Matignon, voire le mode de scrutin démocratique qui lui est proposé ou tout simplement, qu’il soit désabusé par la politique au sens large ?

Boycotter consciemment les élections : la génération militante de 84-88

Il convient avant tout de rappeler qu’il existe une réelle tradition politique du boycott électoral en Nouvelle-Calédonie. Deux exemples de boycotts seront mobilisés ici pour en illustrer l’idée.

Tout le monde en Nouvelle Calédonie a en mémoire la journée du 18 novembre 1984 où Eloi Machoro, alors ministre de la sécurité du gouvernement provisoire de Kanaky, fracasse l’urne de la mairie de Canala, en l’occurrence sa commune, en entamant un boycott politique dit « actif ». Les Nouvelles Calédoniennes, qui couvraient cette séquence électorale basée sous l’égide du nouveau statut George Lemoine, faisaient alors leur une avec ce type d’accroche : « Les élections de la violence9 ». L’histoire commune retient moins par contre le discours de Léopold Jorédié, qui deviendra par la suite le président de la province Nord en 1998, prononcé ensuite afin de justifier cet acte purement politique. Il s’agissait à l’époque de délégitimer l’incarnation de la « démocratie coloniale ». Cette explication est faite devant des anciens de la commune, qui, pour certains, sont allés défendre les couleurs de « mère patrie » lors de la Seconde Guerre mondiale, en contrepartie d’une promesse d’accession à la citoyenneté française et donc, à la possibilité, pour la première fois, de voter. On comprend facilement cette dualité qui, à l’époque déjà, opposait une génération qui s’est battue pour obtenir le droit de vote face à leurs descendants qui eux, se battent désormais pour, en quelque sorte, le leur ôter. Léopold Jorédié finira son discours explicatif en brûlant les bulletins de vote déversés sur le sol.

La deuxième image à mobiliser est celle du boycott actif du référendum de 1988 résultant du statut érigé par Bernard Pons, alors ministre des départements et territoires d’Outre-Mer. Les indépendantistes décident de boycotter le suffrage pour une raison assez simple. En effet, peuvent faire partie des votants à ce référendum toutes les personnes justifiant de trois ans de résidence sur le sol calédonien. Les kanak, n’étant pas majoritaires avec ce mode de scrutin, décident de ne pas prendre part au vote. Le résultat est sans appel. 98,3 % des votants cochent un « oui » à la case précédant la mention : « Je veux que la Nouvelle-Calédonie demeure au sein de la République Française ».Sur 85 022 inscrits, 50 250 électeurs y participent, ce qui représente un taux d’abstention de presque 40 %. Malgré ce boycott, Bernard Pons prend en compte les résultats et fixe un statut d’autonomie avec une forte régionalisation pour la Nouvelle-Calédonie. S’en suivra le tragique épisode d’Ouvéa d’avril à mai 1988 qui viendra mettre un terme définitif à ce statut particulièrement irréaliste du fait de son manque de légitimité.

Il ne s’agit pas à travers ces deux exemples de refaire l’historique des différents référendums qui ont eu lieu en Nouvelle-Calédonie mais de montrer qu’à chaque fois qu’ils se sont déroulés et surtout au cours de cette séquence politique révolutionnaire de 84-88, le kanak s’est mobilisé massivement lorsqu’il fallait faire face à des situations de rupture d’égalité. C’est une fois que le mouvement n’est plus dans la contestation d’un régime en place mais dans la construction de nouvelles fondations que la balance va s’inverser.

La baisse de l’engagement politique du citoyen kanak

Depuis la signature des accords de Matignon de 1988 s’opère en Nouvelle-Calédonie un long processus de pacification et d’acquisition de la pratique démocratique « à l’européenne ». En témoigne les propos de Sylvain Pabouty recueillis en avril 201610 : « Le FLNKS a changé de stratégie […] le mot d’ordre de mise est de faire en sorte que tout le monde soit inscrit, tout le monde participe à la vie citoyenne, tout le monde essaie de faire en sorte que la mouvance nationaliste soit présente non seulement dans les municipales que dans les provinciales, au Congrès. Et donc, forcément, par rapport au référendum de 2018, il y a un mot d’ordre qui est passé et qui est de dire, il faut être présent donc il faut s’inscrire ! ».Ce qui est plutôt déroutant actuellement concernant cette branche de la mouvance indépendantiste, c’est que presque trente ans après la signature des accords de Matignon, à un an donc de l’échéance finale du référendum, elle en soit réduite encore à courir après un électorat qui semblait pourtant acquis en 1988. Que s’est-il donc passé en trente ans pour qu’un tel phénomène s’observe ?

Le mouvement indépendantiste, dès son entrée dans les institutions, a joué le jeu de l’élection et parfois, comme pour toute mouvance politique, a dû en payer le prix. C’est peut-être le cas actuellement avec les « 25 000 non-inscrits ». En effet, il n’est pas évident que des militants, principalement ancrés au terrain, deviennent obligatoirement de « bons électeurs ». Pour emprunter quelques concepts à la sociologie politique, il est clair que l’électorat kanak indépendantiste n’échappe pas à l’idée du fameux cens caché décrit par Daniel Gaxie11. Il existerait, selon lui, des filtres invisibles empêchant les citoyens d’aller voter. Quels peuvent-ils être en Nouvelle-Calédonie ? Ils peuvent résulter d’une éventuelle déception face à une certaine gestion de la collectivité par leurs leaders. Pour reprendre les mots de Jean-Marie Tjibaou qui cherchait à légitimer la signature des accords et la provincialisation : « l’indépendance, ça s’apprend12 ! ».C’est par l’empirisme, selon lui et donc, par la praxis, que les élus parviendront à gérer au mieux une collectivité, les budgets qui l’accompagnent, l’organisation de ses services et la gestion de ses administrés. L’élément essentiel qui peut être retenu cependant est celui d’une réelle « frustration relative13 » pour nombre de kanak, liée au report répété de l’échéance d’autodétermination. En effet, pour les militants indépendantistes des années quatre-vingt, la « Kanaky » aurait dû devenir indépendante en mai 1988. L’action menée à Ouvéa devait être le commencement d’un « effet boule de neige » qui allait engendrer une occupation de l’ensemble des gendarmeries du territoire. Cependant, l’effet escompté n’aura pas lieu et l’indépendance tant attendue est repoussée à dix ans plus tard par les accords de Matignon. Dix ans après, en 1998, c’est l’accord de Nouméa qui vient encore reprogrammer l’échéance du suffrage d’autodétermination vingt-six voire trente ans après. Lors de la validation par référendum local de ce deuxième accord, on observe un chiffre d’abstention de 26 %14. Les personnes pouvant voter à l’époque devaient justifier de dix ans de présence sur le territoire, démontrant ainsi des intérêts matériels et moraux les rattachant à la collectivité. Ceci constituait un gage de connaissance leur permettant, entre autres, de se prononcer sur une telle question. Ces dernières années, soit presque trente ans plus tard, nombre de partis non-indépendantistes pourtant signataires de l’accord de Nouméa semblent vouloir négocier un « troisième accord15 » ou encore un « référendum éclairé16 » avec les indépendantistes, permettant de reconsidérer la tenue d’un référendum pour l’année 2018 et donc de proposer une issue alternative à l’accord de Nouméa. Pour un militant indépendantiste ayant vécu l’ensemble de ces bouleversements, il est compréhensible que sa déception soit forte, ce qui le conduit à ne plus aller voter.

Les abstentionnistes, pour des chercheurs en sociologie politique comme Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen17, sont caractérisés comme des « mal inscrits ». En France métropolitaine tout comme en Nouvelle-Calédonie18, l’inscription d’un jeune majeur se fait obligatoirement dans la commune de ses parents. Les mal-inscrits représentent des citoyens qui, malgré le fait qu’ils ne vivent plus dans la même commune que leurs parents, ne cherchent volontairement pas à changer de bureau de vote même s’ils sont déjà inscrits. Ironie du sort, ils permettent au taux d’abstention en France d’atteindre les 28 %. En Nouvelle-Calédonie, le taux de mal-inscrits, si l’on s’en tient par exemple au chiffre de 26 % évoqué précédemment, est donc à peu près comparable à celui de la France métropolitaine. À l’occasion des dernières élections provinciales de 2014, le chiffre d’abstention est devenu encore plus significatif. Seuls 64 % des inscrits se sont présentés aux bureaux de vote, ce qui marque un taux d’abstention de 36 %, sans compter les non-inscrits.

L’abstention est-elle synonyme de rébellion ?

Parallèlement à ces chiffres d’abstentionnisme, les autorités publiques observent depuis quelques années un taux élevé de délinquance juvénile largement relayé par les différents médias locaux. Il s’agit d’une délinquance incluant vols, violences et braquages. Pour preuve, des chaînes de télévision françaises19, friandes de sensationnel, ont récemment réalisé des reportages sur le terrain calédonien, faisant du « caillou » un quasi « Bogota du Pacifique ».

Dès lors, il devient aisé pour des partis locaux positionnés à droite de l’échiquier politique calédonien d’entretenir, comme il est de coutume pour cette tendance, un amalgame entre ce chiffre de l’abstention et celui de la délinquance. En novembre 2016, lors d’un débat télévisé organisé à Paris à l’occasion du comité des signataires20, Pierre Frogier, sénateur non-indépendantiste et ancien président du gouvernement de la Nouvelle Calédonie, n’hésite pas à qualifier de « rébellion » les récents actes de blocages entrepris par des jeunes de la tribu de Saint Louis en périphérie de Nouméa21. La question qu’il est dès lors intéressant de se poser est la suivante : ce type d’insurrection constitue-t-il une forme de rébellion identique à celle des années quatre-vingt ? Peut-on le percevoir comme une revendication politique ?

Ces jeunes n’ont pas pour habitude de consacrer un dimanche matin tous les cinq ans à aller effectuer leur « devoir de citoyen ». Partant du principe maoïste affirmant que « tout est politique », on ne peut pas qualifier le comportement de ces jeunes uniquement de fait social. Il peut en effet être perçu une certaine démarche politique derrière un comportement qui paraît aux yeux de la société déviant voire violent. Ambroise Kamodji, jeune trentenaire et éducateur spécialisé originaire de la tribu de Saint Louis s’est récemment exprimé sur les antennes de la nouvelle télévision NCTV22, en rappelant le potentiel mobilisateur de cette tribu, notamment lors de la période 84-8823. Il explique dans cette interview que les jeunes agissent et usent de codes qui leur ont été transmis par leurs aînés pour marquer leur mécontentement ou de comportements qu’ils ont été habitués à voir depuis le début de leur socialisation. Ce mode insurrectionnel constitue donc finalement pour eux une sorte de reflexe lié à un héritage politique conditionné par la société dans laquelle ils évoluent. Si l’on s’en tient à ses dires, il y aurait donc bien une revendication derrière ces actes, simplement, celle-ci a évolué par rapport à celle des années 84-88.

Les contrats de développement ou encore, les programmes de formations émanant des différents accords, ont profondément modifié le paysage de la société kanak. Ils l’ont inscrit dans la modernité. C’est d’une modernité au sens politique du terme dont il faut discuter ici. En effet, le kanak n’échappe plus désormais aux règles du libéralisme engendrant la dichotomie érigée par Benjamin Constant entre anciens et modernes24. Le kanak est désormais passé au statut de « moderne ». Certes, il reste attaché à son clan et à ses occupations coutumières, mais il jouit d’une liberté dans la sphère privée qui fait de lui un individu à part entière. Dans la société kanak des « anciens », l’individu n’existe pas. Celui-ci est fondu dans un tout qui forme la cellule clanique. Le statut de citoyen obtenu par l’acquisition des droits civiques dans les années cinquante constitue ce passage du statut d’ancien à celui de moderne, qui est scellé par les différents accords prévoyant les contrats de développement et d’éducation. Le kanak désormais formé obtient un métier qui l’inscrit automatiquement dans la démarche mondialiste et l’insère dans le cycle consumériste. Le système représentatif cher à un auteur comme Benjamin Constant s’est imposé en Nouvelle-Calédonie et devient révélateur d’une transition vers la modernité politique pour le kanak. En effet, cantonné à des occupations désormais définies et sectorisées, il va naturellement se politiser pendant la période de campagne électorale pour faire son choix avant le jour du vote. Il fera ensuite confiance à ses leaders qui décideront pour lui. Dans la société kanak des anciens, les décisions politiques se font régulièrement dans la case entre les différents acteurs animant le clan. Ces discussions sont fréquentes et viennent régler des différends ou des prises de décision importantes concernant la cellule clanique. La différence avec la représentativité politique des modernes en Nouvelle-Calédonie est que l’individu n’a désormais d’impact politique à proprement parler que le jour des élections.

Si on analyse l’itinéraire de ces jeunes que la société qualifie de « délinquants », ils sont pour la plupart déscolarisés, sans emploi et vivent en tribu ou dans les quartiers nord25 de la capitale. Ainsi, on peut voir ici qu’une partie de cette jeunesse kanak n’a pas, volontairement ou pas d’ailleurs, tout à fait franchi ce cap qui conduit vers la modernité, intégrant individualisme et propriété matérielle. En interrogeant à nouveau la sociologie, il est intéressant d’observer ce que peut apporter à notre raisonnement un auteur comme Robert King Merton26. Il fait état de groupes d’appartenance, l’en-groupe auquel on est rattaché et de groupes de référence, des groupes auxquels l’on aspire appartenir. Prenons par exemple un de ces jeunes qui a son groupe d’appartenance et un autre habitant une villa des quartiers sud de Nouméa qui constituera pour lui un modèle de référence. Le jeune déscolarisé, sans emploi, pour parvenir à ce modèle de référence27, disposera de deux moyens d’action pour réussir sa socialisation anticipatrice28. Soit il le fera par la voie légale en trouvant un emploi afin de pouvoir s’octroyer un confort matériel identique. Soit il basculera dans l’illégalité en allant le voler. Certains choisissent cette deuxième option tellement relayée par les médias actuellement. Pendant la simple période des fêtes de fin d’année 2016 par exemple, les statistiques affichaient un taux de cinq home-jacking29 par jour en Nouvelle-Calédonie30. Pour ce jeune, rouler à bord de la Porsche Cayenne qu’il aura dérobée lui donnera l’assurance et le sentiment d’avoir réussi ce basculement. Cependant, cette socialisation anticipatrice n’est pas réelle puisque le basculement est éphémère. En effet, le jeune ne pourra rouler qu’un certain temps avec cette voiture et finira par la brûler s’il ne veut pas se faire repérer et arrêter par les forces de l’ordre. L’échec du basculement le fait entrer dans une période de frustration relative. L’individu qui ne parvient pas à accéder au stade de son modèle de référence est forcément déçu et cette déception peut potentiellement augmenter du fait que son groupe d’appartenance finit lui aussi par lui tourner le dos. Pour Merton, c’est cette déception qui peut nourrir le comportement déviant de ce type d’individus.

Récupérer les voix des abstentionnistes pour le mouvement indépendantiste

À travers sa campagne électorale pour le référendum de 2018, le FLNKS et d’autres composantes politiques indépendantistes non affiliées au Front31, n’ont de cesse de devoir se justifier devant les médias ou des représentants du camp loyaliste de l’attitude d’une partie de la jeunesse kanak qui n’intègre pas, selon eux, cette transition vers la modernité, en rejetant toute insertion dans la société. Roch Wamytan, chef de la tribu de Saint-Louis et membre incontournable de l’Union Calédonienne, rétorque à ses opposants politiques un argument plutôt intéressant pour faire avancer notre raisonnement. En effet, au cours de la colonisation et notamment, lors de la codification du droit pénal en Nouvelle-Calédonie, la compétence pénale a été retirée selon lui aux autorités coutumières qui détenaient une certaine expérience en matière d’encadrement de la jeunesse. La compétence pénale intègre ici le domaine dit « du maintien de l’ordre », qui est une compétence régalienne, faisant donc partie des derniers domaines qui n’ont pas été transférés à la Nouvelle-Calédonie32. L’exercice de la justice reste ainsi encore exclusivement aux mains de l’État. La question de son transfert ou non se décidera au moment du référendum. Il en est de même pour le pouvoir de police attribué aux maires des différentes communes calédoniennes. Pour Roch Wamytan, les maires de Nouméa et des agglomérations environnantes sont impuissants pour gérer les différents problèmes liés à la jeunesse kanak, du fait de leur éloignement géographique33, social ou encore, culturel. Ainsi, à son sens, redonner aux autorités coutumières des outils juridiques adaptés au droit actuel34, accompagnés, bien évidemment, de moyens financiers pour assurer leur fonctionnement, leur permettrait de reprendre cette question en main. Paul Néaoutyine, président de la province Nord et cadre de parti au sein du Palika35, a lui, depuis le début de ses mandats à la tête de l’institution, toujours prôné et appliqué un principe qui paraît simple mais pourtant chargé de sens. L’idée qu’il a portée et qu’il continue d’assumer actuellement, est de ne pas contraindre l’individu à s’insérer dans les projets économiques ou de formation que la province et la société lui proposent. Sont donc laissée une place et une reconnaissance à un mode de vie alternatif. Ainsi le kanak, s’il désire demeurer en tribu en marge des différents projets économiques entrepris par les collectivités et continuer à vivre selon le rythme de ses ancêtres, en est libre. La province et sa commune s’engageront à mettre à sa disposition un compteur d’eau et d’électricité ainsi que des aménagements permettant de faciliter son quotidien. Celui-ci, par une petite économie basée sur la vente de produits vivriers pour payer ses factures à moindre coût, est alors en mesure de se procurer des produits de nécessité. Cette possibilité qu’est laissée aux jeunes n’est pas à écarter. Loin du fantasme d’oisiveté de la « vie tribale36 », demeurer en tribu et en quasi situation d’autosuffisance est loin d’être de tout repos et demande un travail quotidien soutenu.

L’association Accueil basée au Mont Dore a bien compris la nécessité pour un ancien détenu de se reconnecter avec la terre. En effet depuis les années 1990, elle a mis en place des « jardins solidaires37 » cultivés et entretenus par des personnes ayant été incarcérées au Camp-Est et des bénévoles. Une fois leurs récoltes effectuées, ils vendent des paniers de légumes38 aux montdoriens. L’effet est doublement positif puisque cette initiative permet de recréer du lien social avec des anciens détenus et de les réinsérer dans une démarche active. Le schéma qui leur est ensuite ouvert se décline sous deux formules. Soit ils décident de se mettre à la recherche d’un emploi. Soit, par cet élan de reconnexion à la terre engendré par l’association Accueil, ils choisissent de retourner cultiver, pour leurs besoins propres, sur leurs terres coutumières ou privées. Cette deuxième solution s’inclurait éventuellement dans la mesure permissive impulsée par le président de la province Nord, Paul Néaoutyine, qui valorise les individus souhaitant demeurer en tribu en ne s’inscrivant pas forcément dans le contexte actuel lié à l’économie de marché. Voici un début de réponse proposé par l’association « Accueil » permettant de redonner, en quelque sorte, du sens à cette jeunesse marginalisée qui peine à se réinsérer voire à s’insérer tout simplement dans le contexte actuel que connaît la Nouvelle-Calédonie.

Pour autant, cette ébauche de solution apporte des éléments de réflexion mais ne répond pas encore directement à notre questionnement initial à savoir : pourquoi les jeunes kanak votent moins qu’avant ? Et comment le mouvement indépendantiste pourrait-il reconquérir ce territoire électoral qu’il a peut-être trop négligé ces trente dernières années ?

On l’aura compris, y répondre de manière tranchée constituerait un projet bien ambitieux voire téméraire et l’on ne peut ici que dresser des hypothèses pour nourrir notre raisonnement. En cette période électorale présidentielle et législative 2017, les taux d’abstention ont encore rivalisé avec les hauteurs du Mont Panié39 en Nouvelle-Calédonie (entre 60 et 68 %). Il ne faut bien évidemment pas se lancer dans des pronostics hasardeux en transposant ces chiffres au scrutin d’autodétermination qui devrait se tenir l’année prochaine. Le corps électoral ne sera bien évidemment pas le même et les enjeux, on ne peut plus primordiaux pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie devraient attirer, pour sûr, un plus grand nombre d’électeurs calédoniens. Au cours de sa campagne électorale aux législatives, l’Union Nationale pour l’Indépendance (UNI)40, figure forte de la mouvance indépendantiste regroupant trois des quatre partis intégrant le FLNKS à savoir le Palika, l’UPM et le RDO, a eu l’occasion de s’adresser à sa base militante et à l’ensemble des citoyens au cours d’une campagne électorale étendue sur l’ensemble du territoire calédonien. Pour la première fois de son histoire41, l’UNI a développé un projet de société régissant la Nouvelle-Calédonie d’après référendum, partant du principe que la réponse serait favorable à la pleine souveraineté du territoire calédonien. Un des intérêts majeurs de cette tournée était pour l’UNI d’échanger avec un auditoire composé, entre autres, de non-indépendantistes et d’indécis pour tenter de les convaincre de la viabilité d’un tel projet de société. Pour autant, une certaine négligence dans le discours a pu être remarquée concernant l’abstentionnisme des jeunes kanak qui demeure un vrai sujet à résoudre. C’est d’ailleurs une des raisons qui peut notamment expliquer la défaite de Louis Mapou au second tour de ces élections dans la deuxième circonscription. Le candidat originaire de Yaté a récolté 45,05 % des suffrages exprimés contre 54,95 %42 pour Philippe Gomès, du parti non-indépendantiste « Calédonie Ensemble », qui renouvelle donc son mandat de député à l’Assemblée Nationale43.

En explicitant d’avantage les perspectives ouvertes à la jeunesse dans le cadre de l’« après-diplôme », donc pour son insertion professionnelle, en lui indiquant quelle sera sa place dans le projet de société qu’ils portent, les indépendantistes gagneraient davantage de voix au cours des échéances qui se profilent. Paul Néaoutyine, lors d’un meeting de l’UNI se tenant à Poindimié le 23 mai 2017, clamait que « ceux qui s’abstiennent fuient leurs responsabilités ».Cette fuite est évidente mais encore faut-il pour celui qui « fuit » comprendre cette responsabilité qu’il détient. Répondre à cette question au cours de l’année qui lui reste permettrait certainement au mouvement indépendantiste de convaincre d’avantage les indécis et les abstentionnistes afin d’aborder plus sereinement le référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie qui se profile à grand pas. C’est certainement par une communication beaucoup plus étendue du projet de société porté par les indépendantistes et par son explicitation intensive qu’ils devront s’adresser à la jeunesse kanak. Lui expliquer quelle sera sa place et quel sera son rôle dans une Nouvelle-Calédonie souveraine devrait la motiver à se déplacer aux urnes en plus grand nombre. Charles Washétine, vice-président de la province des Îles et candidat dans la première circonscription, en faisant référence à de jeunes abstentionnistes auto-revendiqués de l’île d’Ouvéa qu’il a rencontrés durant sa campagne électorale, s’est récemment inquiété d’un « ressort qui s’est cassé44 ». À un tournant de son histoire, il incombe au mouvement indépendantiste de relancer ce ressort pour rebondir vers la libération nationale de la « Kanaky Nouvelle-Calédonie45 ».

1 Hamid Mokaddem, Ce souffle venu des ancêtres…L’œuvre politique de Jean Marie Tjibaou (1936-1989), Expression, 2005.

2 L’expression est reprise au titre d’un ouvrage collectif sous la direction de Jean Marc Regnault « La Nouvelle Calédonie : vingt années de concorde. 1988-2008 », Société Française d’Histoire d’Outre-Mer, Paris, 2008.

3 Nom communément donné aux non-indépendantistes en Nouvelle-Calédonie.

4 « Nous sommes samedi soir et mon premier rendez-vous est mardi à midi. On se met en internat absolu. Personne ne sortira informer quiconque […]. Il n’y aura pas de deuxième réunion, on mettra le temps qu’il faut mais nous sortirons d’ici avec la paix ou la guerre. J’espère bien que ce sera la paix. […]. J’aimerais que personne ici ne doute que s’il s’agit vraiment de la guerre, la France sait la faire, on peut toujours doubler les effectifs militaires là-bas » in « Naissance d’une nation », réalisé par Ben Salama et Thomas Marie, Culture Infos, Documentaire, 2013, 50 min. Lien : www.dailymotion.com/video/x2addsj_l-outre-mer-naissance-d-une-nation-2013_people

5 Nom familier donné par les calédoniens à leur île.

6 www.gip-cadres-avenir.nc/index.php?page=ProgrammeCadreAvernir&m=2

7 Ce chiffre ne se base pas sur un critère ethnique posé par un quelconque recensement. En fait, il suffit de vérifier si les personnes sont de droit civil coutumier. L’une des conditions sine qua non pour appartenir à ce statut étant d’avoir un des deux parents kanak, c’est ainsi que la DUS en a déduit que ces personnes sont kanak.

8 Lors d’un discours d’Eloi Machoro prononcé le 1er novembre 1984 au congrès de l’Union calédonienne à Touho, il s’exprime de la manière suivante pour qualifier le nouveau statut proposé par George Lemoine qui prévoyait entre autre un référendum gagné d’avance pour les loyalistes, car majoritaires démographiquement (aux 3/5e) : « Ce statut Lemoine a pour objectif la destruction pure et simple du peuple kanak » in François Burck, Mon cheminement politique avec Eloi Machoro (1972-1985), éditions de la Province des Îles Loyautés, 2012, p. 138.

9 Hamid Mokaddem, Le discours politique kanak, édition établie sous la direction du service de la culture de la Province nord, 2012, p. 67.

10 Nouvelle Calédonie Première, propos recueillis par Bernard Lassauce et Robert Tamanogi le 27 avril 2016. http://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/corps-electoral-un-quart-des-citoyens-de-droit-coutumier-en-dehors-des-listes-354018.html

11 Daniel Gaxie, Le Cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique, Seuil, 1993.

12 Propos rapportés par Michel Rocard dans «Naissance d’une nation», réalisé par Ben Salama et Thomas Marie, ibid.

13 Émile Durkheim nous propose une définition de la frustration relative : « Mais l’homme qui a toujours tout attendu de l’avenir, qui a vécu les yeux fixés sur le futur, n’a rien dans son passé qui le réconforte contre les amertumes du présent ; car le passé n’a été pour lui qu’une série d’étapes impatiemment traversées » (Émile Durkheim, Le suicide, Félix Alcan, 1897, p. 285). Cette frustration s’empare des militants qui se sont engagés depuis des années dans le chemin de l’indépendance et voient sans cesse son échéance repoussée.

14 Selon Christophe Chabrot, professeur de droit public : « L’approbation de cet Accord de Nouméa l’a emporté à près de 72 % des voix exprimées (52 % des inscrits) contre 28 % (20 % des inscrits). L’adhésion a été massive dans les provinces kanak (87 % dans le Nord, 95 % dans les Îles) et plus réservée dans la province du Sud à majorité blanche (58 %) ». Christophe Chabrot, « La participation des populations à l’évolution statutaire de la Nouvelle-Calédonie », Conference PIPSA symposium Pacific Democracy, What’s Happening ? à Auckland – New Zealand, décembre 2009. www.researchgate.net/publication/280131145_La_participation_des_populations_a_l’evolution_statutaire_de_la_Nouvelle-Caledonie

15 C’est une proposition notamment faite le 31 août 2015 par le sénateur Pierre Frogier représentant du Rassemblement-UMP. http://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/2015/08/31/pierre-frogier-il-faut-un-troisieme-accord-282921.html

16 La proposition est faite par Philippe Gomès et son parti Calédonie Ensemble. L’idée est de partir du principe que le vote indépendantiste sera forcément minoritaire au jour du référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie et donc qu’il convient de convoquer une « assemblée référendaire » en amont afin de ne pas se diriger vers un « référendum couperet ». http://caledonie-ensemble.com/2015/09/12/sortir-de-laccord-de-noumea-par-un-referendum-eclaire-cest-definir-les-contours-dun-nouvel-accord-organisant-la-consultation-dacces-a-la-pleine-souverainete-prevue-en-2018/ Redéfinir les contours du référendum reviendrait à repenser l’accord de Nouméa et donc à réviser, par une majorité des trois cinquièmes de l’Assemblée Nationale, la Constitution française elle-même ce qui, à un an de son terme, paraît politiquement inenvisageable.

17 Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2007.

18 Les communes et le code électoral qui les accompagne ont un statut identique en France et en Nouvelle-Calédonie.

19 « Nouvelle-Calédonie : l’envers du décor » Reportage diffusé le lundi 04 avril 2016 sur la chaîne Numéro 23, Magazine « Révélations ». www.youtube.com/watch?v=_jVORvClzPo&t=46s

20 Rassemblement politique qui se tient régulièrement entre les trois parties ayant signées l’accord de Nouméa à savoir, le FLNKS, des partis politiques non-indépendantistes et l’État, afin de faire le point sur les avancées de l’accord et sur des points d’actualité.

21 Il convient de revenir rapidement sur les faits qui ont causé le blocage de la seule route liant le Grand Sud à Nouméa. William Décoiré, jeune évadé du camp et en cavale depuis quelque temps, se retrouve pris dans un barrage routier et décide de mettre plein gaz sur l’un les gendarmes qui opèrent le contrôle. L’un d’entre eux brandit son arme et tire dans sa direction. Celui-ci succombera à ses blessures dans la nuit. Suite à son décès, les jeunes de la tribu, révoltés, incendient des véhicules sur la route territoriale et se lancent dans des opérations de « caillassage » avec les forces de l’ordre.

22 NCTV « Actu » du 31 octobre 2016. www.youtube.com/watch?v=xQhTmQkDiQk&t=932s

23 Saint-Louis était l’un des bastions de la revendication pendant la période « 1984-1988 » et reste encore aujourd’hui un fief indépendantiste au regard des résultats émanant de son bureau de vote. Roch Wamytan, personnalité politique indépendantiste emblématique de la Nouvelle-Calédonie est en est le chef coutumier.

24 Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, Discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819, Mille et une nuits / La petite collection, mai 2010.

25 Sont traditionnellement opposés les quartiers sud « riches » de Nouméa aux quartiers nord composés d’un milieu social beaucoup plus précaire.

26 Robert King Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Paris, Armand Colin/Masson, 1997. [1957], p. 223.

27 De part les acquis matériels dont il dispose.

28 Le fait de passer du stade du groupe d’appartenance au groupe de référence.

29 Vol de clé de véhicule à l’intérieur du domicile avec présence des résidents.

30 La population locale n’atteignant pas encore les 300 000 habitants.

31 Comme le tout récent « Rassemblement Indépendantiste Nationaliste » (RIN) par exemple.

32 La décision du référendum de sortie de l’accord de Nouméa de 1998 invitera les calédoniens à même de voter à se prononcer sur deux questions à savoir : le transfert des compétences régaliennes (justice, monnaie, maintien de l’ordre, défense, etc.) et celui de la souveraineté sur un plan international.

33 Vivre en tribu n’est pas vivre en ville, ce sont deux choses diamétralement opposées.

34 Qui passerait obligatoirement par une révision de l’accord de Nouméa de 1998 et donc de la Constitution française de 1958. Ceci doit se faire à la majorité des trois cinquièmes à l’Assemblée Nationale ce qui, politiquement, est loin d’être envisageable.

35 Le Parti de Libération Kanak, l’un des quatre membres du FLNKS avec l’Union Calédonienne (UC), l’Union Progressiste Mélanésienne (UPM) et le Rassemblement Démocratique Océanien (RDO).

36 Expression propre au vocabulaire calédonien désignant la vie en tribu.

37 J’ai testé pour vous « Les jardins solidaires », reportage de Chloé Yentao et Mara Lurde, NCTV, octobre 2016. Lien : www.youtube.com/watch?v=ukTx5FjDqr4

38 Au prix très attractif de 2000f soit approximativement 16 euros.

39 Le Mont Panié est le point culminant de la Nouvelle-Calédonie avec ses 1629 mètres d’altitude. L’image ici illustre les pics record d’abstention aux élections législatives où, en moyenne, un inscrit sur trois s’est présenté aux urnes au jour du premier tour, par exemple.

40 L’Union Calédonienne ne souhaitant plus participer aux élections dites « nationales », depuis son Congrès de novembre 2016 qui s’est tenu à Houaïlou, les indépendantistes n’ont pu se présenter aux législatives sous l’étiquette FLNKS. C’est donc trois des quatre partis du Front qui ont mené la campagne avec Charles Washétine comme candidat dans la première circonscription et Louis Mapou dans la deuxième.

41 Il faut noter que l’UC a également acté un projet de société lors de son « congrès extraordinaire » qui s’est tenu à Nimbayes (Ponérihouen) le 13 juin 2015. L’objectif final est de parvenir à une version commune des différents projets portés par les partis indépendantistes pour définir un projet de société unique au FLNKS.

42 Poisson O. « Calédonie ensemble réussit le pari de l’union ». Les Nouvelles Calédoniennes, lundi 19 juin 2017 disponible sur : www.lnc.nc/article/pays/politique/caledonie-ensemble-reussit-le-pari-de-l-union

43 Arrivant en troisième position (12,7 %) après François Fillon (31 %) et Marine Le Pen (29 %), Emmanuel Macron l’emporte au deuxième tour avec 52,6 % des suffrages. Il apparaît, selon les résultats par commune, que la province Sud a voté préférentiellement Fillon, la côte ouest Le Pen et la côte est Macron. Pour les législatives, la Nouvelle-Calédonie est découpée en deux circonscriptions. La première regroupe Nouméa et les Iles Loyauté, la seconde le reste du territoire. Au premier tour, l’UNI (Louis Mapou) fait une percée dans la deuxième circonscription avec 30 % des suffrages contre Calédonie Ensemble (Philippe Gomès, député sortant), alors que dans la première, c’est Calédonie Ensemble (Philippe Dunoyer) qui domine avec 28 % des suffrages contre Divers Droites (Sonia Backès). Au deuxième tour, c’est Calédonie Ensemble qui remporte les deux sièges avec 54 % dans la deuxième circonscription (contre l’UNI) et 59 % dans la première.

44 Propos tenus lors du meeting final de l’UNI avant le 1er tour des législatives de 2017 ayant eu lieu à la salle Venezia à l’Anse-Vata (Nouméa) le 8 juin 2017.

45 Proposition de nom de pays donné à la Nouvelle-Calédonie une fois souveraine actée par le 35e Congrès du FLNKS les 4 et 5 mars 2017 à Nimbayes (Ponérihouen).

 

Anthony Tutugoro

Originaire de Nouvelle-Calédonie, rédige une thèse de science politique intitulée « L’institutionnalisation consentie du mouvement indépendantiste en Nouvelle-Calédonie (1988-2018). Créer l’indépendance dans un territoire en voie de décolonisation ». Il est également auteur-compositeur-interprète sous le pseudonyme d’« Inotux », avec deux albums autoproduits à son actif. Il encadre actuellement des travaux dirigés de droit constitutionnel en Licence 1 mention « Droit » de l’UNC à Nouméa.